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 JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs

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AGE : 24
MESSAGES : 270
ARRIVÉE LE : 07/03/2011
EMPLOI : Chef de Cabinet Parti Démocrate
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MessageSujet: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Lun 28 Mar - 17:40



« Julian tu m’écoutes ? » Pour la deuxième fois consécutive Athalia Spinelli tenta d’attirer l’attention de son cousin. Second échec, cuisante défaite s’il en est. Aucun homme n’était jamais resté indifférent face à elle mais de toute évidence Julian, son cousin, était insensible au charme de sa sculpturale cousine. Il avait insisté pour l’inviter à déjeuner, afin d’échapper quelques heures au Capitole et de ne pas prendre un nouveau repas dans le silence retentissant de leurs villa à Trastevere. « Julian. » L’appela t-elle une fois de plus, pour donner plus de poids à cette nouvelle tentative pour attirer son attention, elle posa sa main fraichement manucurée sur son avant bras. « Julian. » Cette fois, il releva la tête, prit en flagrant d’élit de discussion sur BlackBerry Messenger.
« Excuse-moi… » Soupira t-il en massant sa nuque d’une main. « Le travail. » Se justifia t-il en rangeant son portable dans la poche de son costume hors de prix coupé sur mesure.
« Tu travailles trop. » Lui reprocha t-elle en lui servant un verre d’eau. Elle savait qu’il avait faillit commander une bonne bouteille pour accompagner leur repas, avec une autre peut être aurait-il cédé à la tentation mais pas avec elle. Depuis son retour de Paris, rappelé par le Sénat et en compagnie d’une sculpturale brune de vingt ans son ainée, il tentait de retrouver l’équilibre entre modération et excès. Afin d’obtenir le poste de Chef de Cabinet, il avait dû accepter d’être mis à l’essai, de réduire ses excès, de revenir aux valeurs simples qui le caractérisait auparavant. Pour cela il était revenu vivre « à la maison » dans le confort cosi, bon chic bon genre du Rione de Trastevere et avait réduit au minimum ses apparitions dans les « nuits » Romaine. Il buvait toujours, et ses compagnes triées sur le volet l’accompagnaient souvent hors de la maison de Giovanni pour terminé chez elle une soirée qui promettait d’être exclusivement consacrée au sexe et à toutes autres formes de débauche.
« Cela semblait beaucoup plus facile quand Giovanni tenait la barre. » Avoua t-il en picorant une des gambas dans l’assiette de sa « jumelle ». Il le pensait réellement, tout était beaucoup plus simple lorsque Giovanni tenait les commandes de leur famille. Tout restait sous contrôle. Rien ne filtrait dans la presse et l’un comme l’autre pouvait voguer à leur guise dans la voie qu’ils s’étaient choisis puis changer de direction sans que cela eut la moindre conséquence. Désormais, ils étaient maîtres de leurs existences. Le sentant dévier doucement vers ses réflexions intérieures elle décida de battre le fer tant qu’il était chaud.
« Pourquoi m’as-tu fais venir ici Julian ? » Elle savait que Julian avait du mal à se libérer le temps d’avaler, entre deux autres cadres supérieur du Capitole, un panini et une grande tasse de café avant de retourner abattre le travail que son prédécesseur, accusé de détournement de fond, avait laissé avant d’être congédier. Libérer deux heures en plein coup de feu pour l’inviter dans un petit restaurant à la cuisine délicieuse et décrocher à peine quelques phrases tout en pianotant discrètement sur son téléphone. Cela ne ressemblait pas à Julian. Il s’investissait à fond dans quelque chose, ou il ne le faisait pas. Ils auraient pu se retrouver pour boire un verre dans un bar huppé du centre et parler. S’il avait choisit de l’inviter dans un restaurant, dans son élément, le Capitole, durant son temps de travail, c’était pour se sentir maitre de la situation. Elle se rappelait encore de tous ces conseils que lui avaient donnés les professionnels qui s’étaient occupés de la désintoxication de Julian. Il devait avoir le contrôle de sa vie, et pour cela on lui avait apprit à s’approprié et a retourner une situation pour s’y sentir à l’aise, mettre des évènements. Il avait quelque chose à lui dire, elle le sentait à la manière dont il jouait avec sa fourchette, la faisant danser dans son assiette sans réellement manger, les yeux dans le vague, il évitait de croiser son regard comme pour trouver le courage de l’affronter. « Qu’est ce que tu veux me dire ? » L’interrogea t-elle en posant sa main sur la sienne pour qu’il cesse de jouer avec sa nourriture et lui parle. Depuis son retour à Rome quelques semaines plus tôt il avait reprit leur « histoire de famille » comme si de rien n’était. Elle avait accepté de jouer selon ses règles, de lui donner la stabilité dont il avait besoin pour reprendre pied dans cette ville qu’il avait quitté par amour mais aussi poussé par la peur de ce qu’il était en train de redevenir. Il avait fuit sa culpabilité avec tout bagage l’alcool et les femmes, deux « ingrédients » qui avaient accélérés sa descente au enfer.
« Je m’en vais Thalie. » Souffla t-il avec l’air d’un petit garçon prit la main dans la boite à cookies. Sa cousine fronça les sourcils et il comprit qu’il avait été trop nébuleux. « Je quitte Trastevere. » Elle poussa un petit soupir et un sourire éclaira son visage. « Tu ne m’en … veux pas ? » Elle éclata d’un rire cristallin en rejetant ses cheveux en arrière. Aussitôt trois regards mâles se fixèrent sur elle avec envie et le sourire de Julian monta jusqu’à ses yeux.
« Seigneur j’ai cru que ce moment n’arriverait jamais. Devoir cuisiner, faire ton linge, ramasser les culottes de tes « amies » au petit jour, et en plus tu bouffais toutes les céréales et remettait le paquet dans le placard VIDE ! Merci Seigneur ! Il s’en va ! » Si l’humour spinellien était là, il lisait tout de même l’inquiétude dans ses grands yeux clairs. Ils étaient comme frère et sœur depuis des années, ils avaient toujours vécus ensemble, ils étaient toujours là l’un pour l’autre. Bien sur ils leur étaient arrivés de se séparer, de vivre loin de l’autre mais jamais dans leur propre appartement. Si Julian avait vécu une bonne partie de l’année dernière avec sa fiancée, il n’avait jamais prit ses affaires dans leur totalité et quitté la villa. S’il avait décidé de partir c’était parce que Giovanni avait refusé qu’il revienne vivre sous son toit s’il persévérait dans son amourette interdite. « Julian. » Doucement elle pressa sa main dans la sienne, décevant trois prétendants potentiels par ce simple geste. « Tu n’as pas besoin de moi pour aller mieux, et moi j’ai besoin que tu ailles mieux pour nous deux. J’ai retrouvé mon frère, c’est tout ce qui compte. Que tu vives à Trastevere ou n’importe où ailleurs… Ca n’a pas d’importance. Tu as trouvés un appartement ? »
« Oui… »
« Rassure moi tu ne comptes pas le décorer toi-même ? » Ils partirent d’un grand éclat de rire.
« Je comptais solliciter l’aide de ma bienveillante cousine à ce sujet. »
« Voila, là je retrouve mon frère. »

(…)

« Ce n’est plus possible ! »
« Il est infernale ! Il n’arrête jamais ! »
« Je n’en peux plus, il faut que cela cesse. Si vous n’y allez pas, moi j’irais ! »
« Il faut qu’il s’en aille. »
Les protestations allaient bon train entre les femmes du dernier étage de l’immeuble au trois de la Via de la Rosetta du Rione de Pigna sur le mont Palatin. Inconscient d’être la victime d’une coalition de ménagère de politiciens et avocat en colère, Julian Spinelli sirotait la dernière lampée de sa tasse de café avant de monter prendre part à la réunion de copropriété qui avait lieu dans l’appartement de la concierge de son nouveau chez lui. Il s’était installé depuis un bon mois dans son appartement, la décoration chic et sobre très moderne mais chaleureuse était l’œuvre de Thalie. La seule touche qu’il avait apportée était son salon de musique, un espace de la salle à manger de son duplex consacré uniquement à sa grande passion, la musique. Il n’avait plus caressé les touches bicolores d’un piano depuis des mois mais il n’aurait pu concevoir son appartement sans cet instrument qui l’avait accompagné tout au long de sa vie. Ce piano Stella le lui avait offert lorsqu’il était sorti de cure de désintoxication. Elle croyait en lui, en ses talents de musiciens, elle croyait qu’il pouvait choisir son destin, une autre voie que devenir un homme dédié au peuple. Une porte de sortie, ce piano était sa seule source d’évasion, sa voie de garage, sa passion. Sara Giolitti avait brisée ce rêve sans en avoir conscience. La dernière fois qu’il avait joué un morceau, ils avaient fuit ensemble Rome pour la maison de campagne de Giolitti…. La dernière foi qu’il avait laissé ses mains errés sur un piano, l’amour de sa vie avait encore confiance en lui. La vie avait encore un sens. Le centre de son univers n’avait pas été abattu comme un chien par un fou furieux armé d’un fusil à lunette. Il avait passé la journée au Sénat, déployant toutes ses capacités de négociateurs pour étouffer un scandale sexuel capable de déstabiliser son employeur, il était exténué et pourtant, il s’était libéré pour venir à cette réunion. Il jeta sa tasse en carton dans une poubelle de l’entrée et les bras chargés d’un plat enveloppé de papier d’aluminium il grimpa les marches menant à loge de la gardienne.
« Bonsoir mesdames ! » S’exclama t-il en poussant la porte du petit salon où les résidentes de l’immeuble s’étaient réunis. Son installation dans ce petit immeuble réputé pour héberger des couples de politiciens avait délié quelques langues. On s’étonnait qu’un célibataire réputé pour faire partie du Gotha de Rome décide de s’installer dans un quartier historique et plus traditionnel que « coloré » huppé. Le silence se fit, en homme politique avisé il comprit aussitôt qu’il devait être la cible des gorges chaudes de ces dames. Thalie l’avait prévenu, les murs étaient fins et les femmes de l’immeuble habituée a un certain standing, il n’était pas Avenue Montaigne ou dans le 15ème à Paris. Il allait devoir … s’adapter. Et amadouer ses dames s’il ne voulait pas être sortit manu militari de son appartement. Alors … il employait le grand jeu. Sourire branché en mode « charmeur gentil/garçon » et il avait passé les deux heures consacré d’ordinaire à son sommeil nocturne à cuisiner comme le lui avait enseigné sa mère.
« Monsieur Spinelli ! » Roucoula une hypocrite du groupe. « Justement nous étions en train de parler de vous. »
« Vous m’en voyez ravi et flatté mesdames. Mais tant de discussions ont du vous ouvrir l’appétit ! J’ai cuisiné pour vous. » Annonça t-il en dévoilant un assortiment d’antipasti. Sourire charmeur, nourriture fine. Il n’en fallait pas plus pour ravir une partie du cœur de ses femmes. Une bonne chose de fait, restait à présent à conquérir le reste du voisinage. « Je n’ai pas vraiment eut le temps de me présenter lorsque j’ai emménagé et je m’en excuse. Par ailleurs mon travail au capitole prend beaucoup de mon temps. Cependant je tenais à être présent aujourd’hui pour me présenter. » Il fallait parfois un peu de tact et l’idée d’entreprendre des travaux d’insonorisation avant que sa petite garçonnière ne se transforme en sujet de discorde et ne provoque son éviction du quartier. Peut être devrait-il également se trouver un autre appartement, déménager pour un quartier plus laxiste sur le bruit et les rencontres. Peut être. Oui, demain il contacterait son agent immobilier pour lui demander de lui trouver un nouvel investissement, un petit studio qu’il louerait à l’année pour y emmener ses « relations d’affaires » … privées. D’affaires privées, très privées. Ces filles qui ne suffisaient jamais a le rendre heureux, qui n’étaient que des … passades agréables, la réponse à un besoin physiologique. Il adressa un sourire lumineux à ses voisines tandis qu’il accueillait leurs récriminations concernant les bruits qui provenaient de son appartement. Elles avaient réduit la virulence de leurs propos, amadoués par un homme si jeune qui cuisinait pour elle et leur faisait du charme. Il promit de faire insonoriser quelques murs, et d’être plus silencieux en rentrant la nuit. Profitant d’une accalmie entre les compliments et les reproches il envoya un email à son agent immobilier. « Recherche studio ou F1 proche centre/quartier discret, cuisine sommaire, appartement neuf et meublé. Prix peu importe, location avec bail d’un an reconduisible. URGENT ! »

(…)

« Monsieur Spinelli ! » La pétillante agent immobilier qui s’occupait de toutes ses transactions de biens immobiliers l’attendait devant un immeuble chic et discret du centre ville. Alors que la jeune femme lui serrait la main avec professionnalisme, Julian se rappela avoir fêté dignement la signature du compromis de vente de son appartement en lui faisant découvrir la « méthode Spinelli » sur la banquette arrière de sa limousine durant une bonne partie de la nuit. Nulles traces d’émotions sur son visage alors qu’ils échangeaient les salutations d’usage devant la porte de l’immeuble. Une femme comme il les aimait depuis sa rupture avec Sara, capable de gérer leurs émotions et de les séparer de leurs relations professionnels. Exactement ce dont il était persuadé d’avoir besoin, du sexe sans émotion, sans implication, sans lendemain. « Je suis quasiment sure que cet appartement va vous plaire, il correspond exactement à vos critères et la logeuse est d’une discrétion absolue. Nous avons déjà eu affaire à elle. »
« Rassurez-moi… Elle ne fait pas dans la mise en relation d’hommes et de femmes dans le cadre de relations tarifées ? » Plaisanta t-il en éteignant sa cigarette sur le rebord du trottoir avant de la jeter dans l’égout tout proche. Elle composa un code sur le clavier de contrôle et la porte s’ouvrit en émettant un bourdonnement discret. Elle éclata d’un rire franc qui, il le savait à présent, grimpait d’une octave lorsqu’on la chatouillait de sa bouche le long de la gorge.
« Non du tout. Elle loge de nombreux hommes d’affaires de passage pour négocier des contrats, elle sait rester muette. Pour tous genres d’affaires. » Souligna t-elle avec un sourire en coin, seule preuve d’émotion de sa part depuis le début de leur entretient. Coincés dans une cabine d’ascenseur à l’ancienne Julian pensa à ce qu’il aurait pu lui faire le temps que la cabine arrive à destination. Il lui aurait suffit de quelques minutes. Sa réputation avait fait le tour de chaque ville dans lesquelles il avait logé et elle n’était pas surfaite. Il aurait pu mais cela aurait été dérogé à ses principes. Ces vieux principes, ces « règles » de vie. Ne jamais coucher deux fois avec la même femme. Ne jamais céder aux avances d’une femme que l’on n’a pas « chassée », ne jamais tomber amoureux. Surtout ne jamais retombé amoureux. Alors, il se tint à bonne distance de la superbe brune et se contenta de fixer une zone de son corps qui ne prêterait en rien son corps à décider de déroger à cette règle. Il décida alors qu’elle avait des cheveux magnifiques et qu’il se concentrerait sur ça car ses yeux auraient suffit à damner un saint, quant à sa bouche et son petit nez mutin… très mauvaise idée de se concentrer sur cela. « Je dois vous prévenir que l’appartement est très demandé. Un de mes collègues doit emmener l’une de ses clientes dans une dizaine de minutes. » Julian répondit simplement par un sourire entendu, faire jouer la concurrence était le métier de la jeune femme, elle était payée à la commission et Julian était un excellent client, il n’hésitait pas à mettre le prix pour la qualité de sa vie. Arrivée à l’étage elle ouvrit la grille et la porte de l’ascenseur et se glissa silencieusement sur le palier. De moelleux tapis étouffaient les bruits des talons hauts de son agent immobilier, un plus non négligeable pour les fonctions que Julian envisageait d’attribuer à cette « antre ». L’appartement ne possédait pas de plaque avec un numéro, on y entrait grâce à une clé magnétique. Lumineux et cosi furent les premiers mots qui lui vinrent à l’esprit lorsqu’il découvrit l’appartement. Il s’étendait sur une seule et grande pièce de 50m², les différents espaces de l’appartement étaient bien délimités par la variation de couleurs sur les murs et dans la disposition de l’ameublement. Le lit était adossé au fond de la pièce à un mur de couleur taupe, tout comme la cuisine à l’autre bout de l’appartement dont les murs abordaient la même teinte. Le séjour était meublé de manière sobre, un canapé de cuir noir et blanc, un meuble de télévision taupe, une table basse blanche, une télé grand écran récente, des photographies en noir et blanc égaillaient les murs d’un blanc immaculé. Le lit double était le meuble clé de la pièce, au même titre que le mini bar. Des draps de satin noir, une paire d’oreillers blancs, une tête de lit en cuir façon fauteuil club. Une ambiance virile, chic. L’idée que l’on se faisait d’une garçonnière moderne.
« Je suis quasiment certain que la cliente de votre collègue ne va pas apprécier cette ambiance qui respire la testostérone. » Commenta t-il avec un sourire malicieux en détaillant la pièce du regard. « Et je suis quasiment certain que nous allons devoir redéfinir mes goûts en matière de décoration… Bien trop m’as-tu vue pour moi. Bien que j’apprécie le charme du lieu dans son ensemble, je n’ai rien a compensé… Mais je pourrais vous conseiller quelques collègues sénateurs qui pourraient être intéressés. » Elle pouffa mais rougie tout de même, étonné d’avoir si mal cerné ses attentes. « Appartement suivant ? » Proposa t-il pour la sortir de son embarrât. Elle acquiesça et ils sortirent de l’appartement. Cela faisait des semaines que Sara Giolitti était de retour en ville. Des semaines que Julian était au courant, au vu de la mine réjouit que son père affichait en déclarant que sa fille allait bientôt occuper une place majeure dans la vie politique, bien que Julian fut persuadé du contraire. Pourtant, ils ne s’étaient jamais rencontrés par hasard, jamais. Ils avaient pourtant fréquentés les mêmes cercles, avaient les mêmes habitudes en matière de bars et de restaurants. Ils s’étaient arrangés pour ne pas se rencontrer, chacun ayant développé de nouvelles habitudes durant leur séparation. Elle avait déménagé, changé de parcours. Ils avaient changés. En trois semaines ils auraient pu se croiser de nombreuses fois. Chez le teinturier, dans un café, au restaurant, dans la rue, au Capitole. Les plus fortes probabilités se situaient dans ces lieux et pourtant, ici où ils n’auraient jamais du se rencontrer, ils se retrouvèrent face à face dans ce couloir d’une résidence réputée pour sa discrétion sur ses clients. Durant une fraction de seconde il songea qu’il rêvait peut être. Que ce n’était qu’une nouvelle projection de son esprit, un sursaut de culpabilité qui se matérialisait alors qu’il s’apprêtait à louer un appartement dans lequel il emmènerait des femmes qui ne seraient jamais elle, avec qui il ne sera jamais en parfaite osmose. Des femmes qu’il baiserait mais à qui il ne ferrait jamais l’amour comme il avait pu le faire avec Elle. Pourtant, son esprit n’aurait jamais pu imaginer une Sara aussi réelle que celle qui se tenait devant lui. Elle était différente de la femme qu’il avait quitté des mois plus tôt. Ses cheveux plus longs, ses yeux verts soulignés d’un maquillage plus sombre, plus femme, sa tenue était pourtant moins « tirée à quatre épingles », plus romaine et populaire bien que choisie avec goût. Elle semblait plus mûre, plus sure d’elle. Elle avait indéniablement changé. Il y avait cet éclat dur qui brillait à présent dans ses yeux. Un éclat que sa présence semblait avoir accentuée. A son tour son expression changea. Il se ferma, lui qui quelques secondes plus tôt riait avec son agent immobilier sembla se verrouiller à l’intérieur de lui-même. Conscient qu’un drame était en train de se nouer dans ce couloir étroit où ils ne pourraient pas se croiser sans que l’un cède le passage à l’autre.

« Sara. » Articula t-il doucement. La froideur avec laquelle il prononça les deux syllabes de son prénom contrastait étrangement avec la douceur, la ferveur qu’il mettait dans ce même mot quelques mois plus tôt. L’agent immobilier le regarda, puis contempla Sara, et sembla faire la comparaison avec elle-même. Silhouette menue, yeux verts, cheveux bruns … Il transférait sur d’autres cet amour qu’il avait autrefois eut pour elle.





    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
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EMPLOI : Pour l'instant je me consacre à ne rien faire. C'est bien aussi.
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"cette fille, c'est un prédateur déguisé en caniche"

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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mar 29 Mar - 18:16


JULIAN & SARA.
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« Ecoute-moi bien petite ordure, si tu continues dans cette direction je n’aurais pas d’autre choix que de te foutre à la porte, non pire, te foutre par la fenêtre ! On ne peut pas décemment espérer vivre ensemble si tu n’y mets pas du tien, tu comprends ? » Le ton de sa voix avait beau être calme on pouvait sentir la hargne poindre à l’orée de ses lèvres qu’elle pinçait de colère. Ses poings s’étaient refermés sur le rebord du plan de travail qui, s’il n’avait pas été de si bonne qualité, se serait effrité entre ses doigts. Et cette petite veine qui palpitait contre sa tempe était, pour qui la connaissait bien, le signal d’alarme invitant à une retraite rapide du lieu du conflit. Sauf que l’objet du délit ne fuyait pas, tout simplement parce que l’objet du délit, inanimé, ne pouvait fuir, cela ne figurait pas dans les nombreuses fonctions étalées sur sa notice d’utilisation. «C’est très simple, il faut que je trouve mon intérêt dans cette relation. Si tu ne m’apportes rien, je ne vois aucune bonne raison pour te garder. Alors tu vas être mignon et faire ce que j’attends de toi. » Lentement, elle relâcha le rebord, et son index tenta une progression douce en direction du bouton clignotant vert. Elle prit une profonde inspiration puis, mue par un courage sans borne, elle pressa le bouton. La machine rutilante émit un son guttural assez dégueulasse avant de retomber dans ce mutisme qui mettait Sara hors d’elle. Sa réaction ne se fit pas attendre puisqu’elle abattit un poing rageur sur le sommet de l’engin en hurlant de frustration. Son café du matin, bordel ! L’en priver était passible de la peine de mort avec un ticket direct pour les enfers. Comment une si petite machine était capable de lui gâcher l’existence de la sorte ? Depuis qu’elle était rentrée à Rome et qu’elle s’était réinstallée dans ses quartiers, toutes les vieilles habitudes avaient refait surface, comme sa dispute matinale avec sa machine nespresso. Elle ne savait pas s’en servir en partant et, surpriiiiiiise, elle ne savait toujours pas s’en servir en rentrant. Rien n’avait changé finalement. Elle avait passé près de huit mois à parcourir le monde, et aucune minute n’avait été consacrée à l’apprentissage de quoique ce soit… enfin pas dans le domaine ménagé en tous cas. Alors qu’elle tournait sur elle-même à la recherche d’une arme capable de détruire de manière définitive cette putain de machine de merde, la sonnerie de son portable, posé en évidence sur la table de la cuisine, se fit entendre. Le genre de sonnerie prédéfinie qu’elle ne pouvait ignorer, ni renvoyer sur le répondeur le temps de faire sa fête à la machine à café. Elle reposa donc le tournebroche dont elle venait de s’emparer, et le remplaça par son Iphone affichant le visage radieux d’un sénateur coiffé d’une casquette Mickey.

«Ouais ? » Souffla-t-elle, un peu ailleurs, le regard toujours tourné en direction de la future sculpture imitation César Baldaccini.
«On dit « Oui », Tosca. »
«Et on dit « Sara », Papa. »
«Soit. »
«Soit. »
«Tu as pu t’occuper du logement ? »
«Non, pas encore. Je viens de me lever. »
«A midi passé ? »
« Tout le monde ne peut pas être aussi discipliné que toi, Papa, et se lever avant le soleil c’est pas vraiment dans mes cordes. »
« Il suffit de se coucher tôt. »
« Mais je me couche tôt. »
«Tôt le soir, pas tôt le matin. »
«Ha… dans ce cas je plaide coupable. » Elle s’était laissée tomber dans une des chaises design qui entouraient la petite table de cuisine, une table dont elle ne se servait jamais, pas plus que la cuisine à vrai dire. «Dis… Tu voudrais pas m’acheter une machine à espresso Fisher-Price ? Genre une machine standard qui n’a pour seule et unique fonction que de faire du café, un café standard lui aussi, avec un seul bouton qui, lorsqu’on appuie dessus, met en marche la machine et te sort du café chaud ? »
« Tu es en manque de caféine, Princesse ? Je te fais livrer du café, mais en attendant, file prendre une douche et prends rendez-vous avec l’agent immobilier. Tu as toujours son numéro ? »
«Son numéro… » Elle avait bien souvenir de l’avoir noté sur un bout de papier. Mais où l’avait-elle mit ? C’était une autre histoire. Le téléphone coincé entre son oreille et son épaule, elle entreprit de fouiller les poches de son jean, en ressortant une tripotée de numéros de téléphone griffonnés sur des morceaux de papier, des morceaux de serviette, des morceaux de… Beurk ! C’était quoi ce truc ? Du PQ ? « Oui, ça va, c’est bon, je l’ai toujours. » Ou du moins, elle allait bien finir par le retrouver dans cet amas de numéros.
«Je compte sur toi, Princesse. »
«D’accord, mais… Je choisi en fonction de quoi ? Je ne sais même pas si… »
«Je te fais une confiance aveugle ! » Trancha-t-il, brusquement pressé. La jeune femme leva les yeux vers l’horloge murale et comprit. On était à cinq minutes du début d’une nouvelle séance.
«Très bien. » Soupira-t-elle, agacée de toujours ressentir cette pointe de jalousie envers le sénat et ce sentiment d’abandon totalement déplacé puisque, depuis qu’elle était rentrée au pays, ou plutôt depuis que cet « avorton de Spinelli » avait brisé le cœur de son petit bébé, Paolo était un homme comblé ! Si le malheur des uns pouvait faire le bonheur des autres, tant mieux.

Elle raccrocha et décida de passer ses nerfs sur la machine, lui assénant un nouveau coup plus violent que les autres, un coup qui ne changea rien à l’affaire, si ce n’est qu’un individu de type mâle, en caleçon et chemise ouverte sur un torse de malade, fit son apparition dans la cuisine. Heu… C’était une des innombrables fonctions de la machine ?! Prise d’un doute, elle se mit à feuilleter la notice d’utilisation à la recherche d’un chapitre qui serait intitulé « Faire apparaître Adonis dans votre cuisine. » Il avança vers elle en ébouriffant ses cheveux courts, et vint se placer dans son dos. Alors elle ne vit plus que ses mains et ses avant-bras, s’affairant autour de la machine, retirant l’espèce de manche, que Sara appelait « le zizi », de la main gauche, tandis que la droite fouillait dans le pot à dosettes pour en sortir une et la ranger dans le compartiment qui, bizarrement, semblait prévu à cet effet. Bouche bée, la jeune femme l’observa remettre le tout en place, avant d’appuyer sur le bouton vert. Immédiatement la machine infernale se mit à ronronner avant de cracher un jet sombre dans le mug qu’elle avait placé là.
«Ca marche mieux si on met du café. » Ironisa la voix rauque et masculine dans son dos, une voix qui ne lui disait absolument rien.
«Heu… merci. » Répondit-elle en se retournant vers lui, alors qu’il allait fouiller les placards à la recherche d’une tasse pour lui. « Mais… t’es qui ?! »
« Alonzo. » Il s’était retourné vers elle, et affichait l’air surprit de celui qui ne s’attendait absolument pas à ça. «Tu ne te souviens pas ? » Heu… non. «Hier, au bar. » Oui, le bar, elle s’en souvenait, mais ce qui s’est passé après… blackout total. « T’avais pas mal picolé, j’ai préféré te raccompagner. J’avais peur pour ta voiture, tu comprends ? » Elle se frottait le nez, fronçant les sourcils comme pour tenter de rattraper les bribes de souvenirs qui flottaient à la surface de sa mémoire. Mais tout restait flou. Est-ce qu’elle avait couché avec ce type ?! En soi ce n’était pas très grave, mais la vraie question était : est-ce qu’elle avait couché avec ce type ici ? Dans cet appartement ? Dans son appartement à elle ? Ce même appartement où elle avait vécu en couple et dans lequel elle ne tolérait plus aucune présence masculine, pas même celle de son père ? « Heu… j’ai dormi sur le canapé… » L’informa-t-il, preuve s’il n’en faut que son visage trahissait ses craintes.
«Ok… » Répondit-elle en faisant trainer la dernière syllabe tandis qu’elle tentait de remettre de l’ordre dans sa tête. « Donc, je suppose que je dois te remercier pour avoir sauvé ma voiture, c’était très sympa de ta part, mais maintenant si tu voulais bien dégager de chez moi, et au passage oublier mon adresse, ce serait encore plus sympa. » Le retournement de situation surprit le dénommé Alonzo au point qu’il s’immobilisa, tasse à la main, regard fixé sur elle.
« T’es sérieuse, là ? »
«On ne peut plus sérieuse. Je n’ai absolument pas l’habitude de ramener des gens chez moi, et pour tout te dire, j’ai même horreur de ça. Alors, je vais aller prendre ma douche, et en ressortant, j’aimerais assez que tu ne sois plus dans les parages. Ha, et évite de piquer des trucs en partant, c’est pas la fête, d’accord ? » Elle n’attendit pas sa réponse, elle n’en avait pas vraiment besoin. Elle avait déjà passé la porte de la cuisine, et s’éloignait dans le couloir, parfaitement consciente qu’il aurait disparu à son retour. Est-ce qu’elle aurait du éprouver du remord à laisser filer un beau mec visiblement plus respectueux que la plupart ? Non, parce que rien à foutre qu’il soit un saint, ou autre, au contraire, ça faisait même un peu chier qu’il se montre aussi sympa. Elle aurait préféré qu’il soit bien con, bien primaire, et totalement antipathique, au moins avec ceux-là, il n’y avait aucun risque de rechute. Il tentait de lui faire croire au père noël avec ses bonnes intentions, là ? C’était bien fini ce temps-là, elle avait mûri depuis. Ouais, enfin vite fait, quand même.

[…]

Installée sur le canapé, penchée au dessus de la table basse, elle tentait de faire le tri dans les numéros de téléphone afin de trouver le bon, celui que lui avait communiqué son père la veille, avant qu’elle ne sorte, et avant que ses poches se remplissent de papiers similaires. Certains portant des prénoms masculins, il était facile de les mettre directement de côté, ça ne risquait pas d’être l’agent immobilier. Mais il lui en restait encore cinq, et à ce niveau-là, il ne lui restait plus qu’à les tester un par un, en priant pour que le premier soit le bon.
«Bonjour, vous êtes bien sur le portable de Pedro, je… » Raté ! Next.
«Mouais ?! » Non, ça devait pas être ça non plus. Next.
«Allô ? » Ha… peut être.
«Monsieur Andreani ? »
«Ca dépend qui le demande ? »
«Sara Giolitti. Mon père m’a adressé à vous, il souhaite… »
«Sara ? La petite brune piquante qui danse comme une déesse ? » Ok, c’était pas ça non plus. Raccrochant sans ménagement, elle passa au quatrième numéro.
«Gianni Andreani, bonjour ? »
« Merci Seigneur ! »
«C’est trop ! Vous pouvez m’appeler Gianni. A qui ai-je l’honneur ? »
«Sara, Sara Giolitti. Je vous appelle parce que mon père… »
«Oui, il m’en a parlé ! » Lui coupa-t-il la parole, à croire que c’était une journée à thème. «Vous cherchez un appartement fonctionnel et de standing, c’est exact ? »
«C’est exact. Est-ce que vous seriez disponible dans la semaine pour me faire visiter quelques appartements ? C’est assez urgent en fait. »
« A vrai dire… »
«Oui ? »
«Vous-même, êtes vous disponible dans une heure ? »

[…]

Deux heures plus tard –le retard étant la marque de fabrique de la jeune femme- elle se trouvait au bas d’un immeuble de standing donnant sur la Piazza Colonna avec son sol en spirale noir et blanc, et son immense colonne de près de 30 mètres.
«Un point pour vous. » Annonça-t-elle en donnant un petit coup de poing dans l’épaule de l’agent, les yeux rivés sur la colonne.
«Ravi que cela vous convienne. Mais vous n’avez encore rien vu. » L’appâta-t-il en glissant une main dans sa cambrure de reins afin de la guider en direction d’une grande porte ouvragée armée d’un digicode et d’une gardienne à l’air patibulaire. «Si vous voulez bien me suivre. » Glissa-t-il alors qu’elle tentait de se soustraire, discrètement, à cette main dans son dos.
« Est-ce qu’on peut faire vite ? Je suis garée en double-file. » Demanda-t-elle en désignant d’un pouce par-dessus son épaule, une mini Cooper arrêtée en plein milieu du carrefour, à cheval sur la fontaine servant de rond-point, qui créait déjà un début d’embouteillage très… sonore.
«Oui, oui… » Enchaina-t-il, les yeux rivés sur la voiture, l’air contrit. «On va se dépêcher. » Joignant le geste à la parole, il accéléra le pas, et comme par magie, sa main réintégra la chute de reins de la demoiselle qui leva les yeux au ciel. Foutus italiens ! Après le passage obligé par le digicode et sous le regard inquisiteur d’une gardienne pas franchement avenante, Gianni l’entraîna vers un petit ascenseur qui la fit grimacer. Ca, ça allait moins le faire quand même. Toutefois, elle n’émit aucun commentaire, qui sait ? Peut être que l’appartement en valait le coup, peut être que la vue lui ferait oublier l’ascenseur minuscule. Et en effet, la vue lui fit oublier à peu près tout le reste, de l’ascenseur jusqu’à son propre nom de famille. Giolitti ! Voilà, c’était ça, Giolitti, et c’était toujours ça de prit, alors que son esprit fourmillait d’un tout autre nom, un nom qu’elle aurait eu envie de lui cracher à la tête, comme on crache une insulte, parce que c’était ce qu’il était devenu, une insulte à sa famille, une insulte à elle-même, une insulte à toutes les femmes. Mais les autres femmes, elle n’en avait rien à foutre pour être honnête, tout ce qui lui importait c’était le mal qu’il lui avait fait et qu’il était encore visiblement capable de lui faire. Un regard, un simple regard, et voilà qu’elle perdait son sang-froid, qu’elle perdait cette douce apathie qu’elle avait mit tant de mois à se fabriquer. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Elle avait prit un soin tout particulier à changer chacune des habitudes qu’elle avait eu dans sa vie d’avant afin de ne surtout pas tomber sur lui, afin de ne surtout plus jamais s’exposer au danger. A croire qu’elle connaissait à l’avance sa potentielle réaction. Il ne l’avait pas encore vu, elle avait donc quelques secondes pour se recomposer une chimère d’assurance, de ravaler sa salive, de refermer sa bouche, et de cligner des paupières pour éviter que ses yeux ne s’assèchent. Cinq secondes, pas une de plus, puisqu’il releva le nez et que son visage se révéla surprenant niveaux assemblage d’expressions. C’est à ça qu’elle avait ressemblé quelques secondes plus tôt ? Tout un panel de réactions possibles avant d’opter pour la dureté et la froideur ? Certainement. Ils avaient été tellement similaires qu’ils devaient bien leurs rester quelques ressemblances. Sans perdre de sa superbe, elle reprit son avancée qu’elle avait stoppée en l’apercevant, et tira son agent par le poignet. Même s’il n’avait pas souhaité intervenir, il n’était pas con et devait avoir conscience du malaise palpable de cet étroit couloir. Malaise que n’arrangea en rien Julian en articulant son prénom comme s’il était capable de lui lacérer les lèvres au passage. Une foule de réparties se bousculèrent sous la crinière brune de la jeune femme, certaines touchant directement à la virilité de son ex, mais elle opta pour la courtoisie. Ou presque. Arrivée à son niveau, elle improvisa une révérence parfaite, une de celles qu’elle avait apprise pour tenir son rôle dans la société mondaine de Rome, et ploya devant lui.
«Votre Altesse… » Singea-t-elle avec moquerie avant de se redresser pour jeter un regard blasé à la pauvre fille qui l’accompagnait et qui semblait être redescendue de son nuage un peu trop violemment. Et non, il n’était pas charmant en toutes circonstances, non il n’allait pas l’enlever sur son blanc destrier pour la tirer de la grosse merde pathétique qu’était sa vie, non… il allait simplement se contenter de le lui faire croire avant de se barrer comme le dernier des pauvres mecs, la queue entre les jambes, la bibine de Jacks à la main. Pauvre mec. Voilà ce que disait son regard lorsqu’elle le plongea de le sien. Oh, il devait aussi certainement crier un petit « tu m’as brisé le cœur », mais derrière le gros « FUCK !! » que hurlaient ses yeux, il devait relativement passer inaperçu. Jugeant que cette mascarade avait assez duré, elle secoua une main devant le regard vide de son agent immobilier, puis le devança dans le couloir, dépassant le couple qui l’avait finalement laissé passer.
« Bon, Maurice, on va le visiter cet appartement oui ou merde ? » Ambiance ! Heureusement, elle accompagna sa remarque d’un sourire censé charmer l’agent, qui s’excusa auprès de sa collègue et de son jeune client, avant de se mettre à cavaler derrière sa propre cliente.
« Heu… c’est Gianni mon prénom. » Lança-t-il, un index levé, pour la reprendre certes, mais avec respect et obéissance. C’était la fille du sénateur Giolitti quand même.

[…]

«Non. » Annonça-t-elle les bras croisés sur sa poitrine, le regard sondant une dernière fois la pièce.
« Non ? »
«Non. Définitivement non. » Enchaina-t-elle en secouant la tête cette fois. «Je crois que vous n’avez pas vraiment saisi ma demande. » Ouvrant les bras, elle sembla vouloir englober l’espace pour le lui désigner. Désigner le canapé en cuir, le tapis épais et cosy, la chaîne dernier modèle, la télé toute aussi excessivement luxueuse, le lit king-size invitant aux ébats, ainsi que les trois télécommandes sur la table basse en verre qui devaient contrôler l’électronique mais aussi les stores, les lumières et autres. «Mon grand-père a 84ans, il se déplace avec difficulté, et ne sait toujours pas se servir d’un micro-onde. Que voulez-vous qu’il fasse d’un tel bordel de technologie ? Vous allez le faire flipper avec cette ambiance à la Star Trek ! Il lui faut du calme, du plein pied, et des petits vieux pour s’en faire des potes. »
«Heu… Ne serait-il pas plus à l’aise dans une maison spécialisée… ? » Tenta le courageux petit agent qui n’avait certainement pas encore totalement conscience du potentiel de férocité de sa cliente. Il allait l’apprendre à ses dépends, car pivotant vers lui en un temps record, elle lui offrit son regard le plus noir, pas aussi noir que celui qu’elle réservait à Julian, mais presque.
«On parle de mon grand-père là ! Mon grand-père ! Vous saisissez la nuance avec Alberto le papy de la fille de votre bouchère ou pas ? C’est pas de l’élitisme, hein, c’est juste que si vous l’enfermez avec plein de vieux de son âge, il fomente un putsch et en moins de deux heures, les petits vieux règnent sur le monde. C’est ce que vous voulez ? Non, je crois pas, donc contentez-vous de faire ce qu’on vous demande, et évitez de penser par vous-même, ça vous réussi pas. » Oui, d’accord, elle aurait certainement pu se montrer plus aimable, et peut être qu’en d’autres circonstances elle aurait même été charmante, mais entre son ex qui se la jouait rageux dans le couloir alors qu’elle n’avait absolument pas envie de le voir, et l’autre qui voulait enfermer un Giolitti dans une maison de retraite, c’était un peu scary movie, un film pour lequel les scénaristes avaient du être stone h-24 ! Elle ne fréquentait pas vraiment assidument son grand-père, il vivait à Naples depuis des années, mais elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’il était à l’image de son père : fait pour le pouvoir. En son temps, il avait été sénateur, pas aussi imposant que son propre père, Président du Conseil de son époque, et moins que son fils, mais pas mal quand même au niveau du melon qu’il avait prit, et qu’il trainait encore aujourd’hui. C’était pour cette raison que Paolo avait confié la mission, à sa fille, de trouver un appartement de fortune pour le grand-père, il était hors de question que pour la durée de son séjour, les deux hommes soient obligés de cohabiter, hors de question que Paolo se laisse dicter sa conduite pendant plusieurs semaines, hors de question qu’on commente chacune de ses décisions politiques ou ne serait-ce qu’on fourre son nez dans ses papiers. Alors Papy serait installé dans un joli petit appartement en plein centre de Rome, et il ferait pas chier son monde, bien que Sara se doutait que la petite visite hebdomadaire risquait de lui incomber. «Je n’ai plus le temps pour d’autres appartements. » Et surtout pas l’envie, songea-t-elle en jetant un coup d’œil à sa montre.

«Alors, je vous laisse chercher de votre côté, et je vous recontacte demain ? » Une question purement pour la forme, puisqu’elle ne lui laissait pas le choix. Et comme pour lui prouver ce fait, elle tourna les talons et s’engouffra dans le couloir à présent vide. Elle n’avait plus qu’une envie, rejoindre son appartement, et se terrer sous les draps jusqu’à ce que l’heure soit suffisamment décente pour sortir s’enfiler un verre, voir plusieurs. Elle n’aurait pas du envisager ce lieu comme un havre de paix ou un quelconque cocon protecteur puisque les murs se souvenaient encore de sa vie commune avec Julian, mais ils se souvenaient aussi de sa période post-rupture ainsi que de sa « renaissance ». C’était son appartement, et malgré tout ce qui s’y était passé, ça restait son appartement. Julian n’avait été qu’une parenthèse, une couche de peinture vite recouverte par une autre. Tiens, d’ailleurs, c’était pas une mauvaise idée, ça. Pourquoi ne repeindrait-elle pas les murs du salon ? C’est sur cette pensée qu’elle déboula dans la petite cour intérieure, et pressa le bouton d’ouverture de la porte pour rejoindre la rue, sans attendre l’agent qu’elle avait laissé dans la garçonnière. Tout en poussant la porte, elle s’empara de son téléphone portable et pressa la touche d’un des numéros présélectionnés. «Qu’est-ce que tu penses de la couleur taupe pour les murs du salon ? » S’empressa-t-elle de demander à son interlocuteur, sans lui laisser le temps de placer un « allô ? ». « Ou alors gris anthracite, juste sur deux murs, et les autres en blanc ? Tu saurais faire de la peinture, toi ? Ca doit pas être bien compliqué si même les… » Elle ne finit pas sa phrase. Elle ne la finirait probablement jamais car là, devant elle, attendant sagement que la souris sorte du trou, l’insolent Spinelli dans toute sa splendeur braquait son regard sur elle. Sa position, stratégique à n’en pas douter, l’obligeait, elle, à passer devant lui si elle souhaitait regagner, un jour, sa voiture. Elle ne conduisait pas la même qu’autrefois, mais peut être que sa façon très particulière de se garer sur les ronds-points, lui avait mit la puce à l’oreille, qui sait ? « Je te rappelle plus tard. » Soupira-t-elle dans son portable, alors que l’interlocuteur n’avait toujours pas eu le temps d’en placer une, puis elle s’avança courageusement en direction de sa voiture, et de ce fait, de l’importun. Par fierté, elle ne lui jeta même pas un regard, et s’entêta à garder les yeux fixés sur sa mini, comme s’il était totalement naturel de ne jamais regarder autour de soi. Mais arrivée à sa hauteur, en plein milieu de la Piazza Colonna, elle marqua une pause, non pas du fait de sa proximité, mais bel et bien du fait de ce petit changement significatif qu’elle venait de noter sur sa voiture, à 500mètres de là. Immobile, les yeux plissés afin de mieux discerner si elle rêvait ou pas, elle lâcha un exaspéré : «C’est quoi ce truc ? »
« On appelle ça un sabot, je crois. » Lui répondit très aimablement monsieur son ex très agaçant.
«Merci, Einstein, ça je sais. » Persiffla-t-elle. « Mais qu’est-ce que ça fout sur ma bagnole ? »
«Je pense, mais je peux me tromper, que ça a quelque chose à voir avec le fait que les fontaines romaines ne sont pas considérées comme des places légales de stationnement. » Merde, mais il voulait pas juste la fermer et rentrer chez lui, l’oublier et vivre sa vie ? Mais au regard qu’il lui lança, elle comprit que ce sabot était très certainement la raison de sa présence ici. Il l’avait attendu pour voir sa réaction et prendre son pied en se foutant de sa tronche ? S’attendait-il à ce qu’elle lui demande de la raccompagner chez elle maintenant qu’elle n’était plus véhiculée ? C’était ça ?!?! Son regard émeraude s’écarquilla lorsque la lumière se fit dans son esprit. Qu’importe ses motivations, il était totalement hors de question qu’elle accepte de retourner dans un lieu confiné avec lui. Pour prendre le risque de sentir son odeur ? D’être à portée de ses mains, de sa bouche, de son… Non ! Jamais !
«Oh non, non, non ! Dans tes rêves, Spinelli ! » Trancha-t-elle avant même qu’il n’ait pu émettre la moindre proposition. «Je prends le métro ! » Et vaillamment, aussi fièrement que le lui permettait sa situation, elle le dépassa et fonça droit vers… vers quoi au fait ? Elle était où cette maudite bouche de métro ? Bah, si elle marchait en zigzag, elle finirait bien par en trouver une, hein.

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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Ven 8 Avr - 14:00





Pourquoi était-il resté ? Pourquoi n’était-il pas remonté dans sa voiture, cette magnifique Aston Martin Vanquish qu’il avait si habilement restauré ? Pourquoi n’était-il pas retourné au Sénat assister à la dernière séance de l’Assemblée ? Pourquoi était-il resté ? Parce que l’avoir croisée dans cet immeuble connu pour sa discrétion et les nombreux secrets d’alcôves retenus entre ses murs, avait piqué sa jalousie ? Non, ce ne pouvait pas être la jalousie. Il n’était pas et n’avait pas le droit d’être jaloux. Il l’avait repoussé, il l’avait oublié elle et ses yeux ensorcelants entre des bras bien plus doux, des yeux bien plus verts. Il en avait finit avec Sara Tosca Giolitti. Il n’était absolument pas jaloux. Alors pourquoi l’attendait-il au pied de cet immeuble après avoir assuré à son agent immobilier qu’il n’avait pas le temps d’aller prendre un verre pour « redéfinir ses exigences » (comprendre pou aller follement s’envoyer en l’air) dans un appartement meublé mais vide d’occupant, prétextant devoir rapidement rentrer au Sénat. Il fallait qu’il trouve une autre raison à ce poireautage en règle alors qu’il n’avait plus aucun droit sur son ancienne compagne. Il aurait pu mettre en avant l’insolence de la jeune femme qui aurait titillée l’orgueil de tout mâle italien de base. Mais, Julian était un homme public, un homme qui appartenait au peuple, un homme politique, il avait depuis longtemps apprit à gérer ses humeurs et même ses dérapages dans la presse restaient maitrisés. Il avait vécut près de six mois avec Sara, elle le connaissait mieux qu’il ne se connaissait lui-même, il ne la tromperait pas en jouant les mâles blessés dans son orgueil. Il n’avait plus rien à prouver et encore moins de choses à compenser, elle ne croirait pas cela non plus. Alors, pourquoi était-il resté, en sachant par avance qu’il allait s’attirer bien plus d’ennuis et de soucis que s’il était simplement en aller culbuter sa charmante chercheuse de bien ? Il appuya ses poings serrés sur ses paupières, s’il était honnête avec lui-même, pourquoi était-il resté ? Pourquoi l’attendait-il alors qu’il allait probablement en souffrir ? Lorsqu’il l’avait vu dans ce couloir, les évènements tragiques de ces mois toutes ses erreurs lui avaient sauté au visage et son estomac, non soyons honnête, son bas ventre s’était noué par l’habitude. Pourquoi était-il resté ? S’interrogea t-il une fois de plus en contemplant la Mini-Cooper de Sara garée en plein milieu du rond point, créant un bouchon monstre une fois de plus. Pourquoi était-il resté ? Parce qu’il en éprouvait le besoin, il ne le reconnaitrait pas bien entendu, mais elle lui manquait. Il l’avait aimé et l’aimait toujours, il ne l’avouerait jamais bien sur, et repoussait ses sentiments les enfouissant sous le sexe sans limite et l’alcool à doses plus modérées désormais. Il n’avouerait jamais avoir fait une erreur, il ne reviendrait jamais sur la décision qu’il avait faite à leur sujet. Il prétendait être passé à autre chose, ce n’était que poudre aux yeux, mensonges, il se mentait à lui-même, appliquait la politique de l’autruche, enterrant son cœur dans le sable, n’écoutant que sa raison. Il avait depuis longtemps renoncé à écouter sa raison. Instinctif, c’était le mot adéquat pour le décrire. Il avait toujours eut la fougue de l’Italie dans le sang, l’instinct de Giovanni Spinelli et le charme de tous les illustres séducteurs qui s’était succédés dans cette ville. S’il ne pouvait s’avouer avoir encore des sentiments pour elle, il ne nierait pas les élans de son corps, elle avait toujours été sa faiblesse, la maitresse la plus fougueuse, l’amante la plus créative, la femme la plus douce avec laquelle il avait passé la nuit. La seule à avoir réussit l’exploit de le mettre en cage pour quelques temps. Il avait toujours été attiré par elle, charmé, séduit, prisonnier de cette flamme qui brillait dans ses yeux. Il avait reconnu en elle son âme sœur, sa jumelle, son unique amour. L’oublié, il n’y parviendrait jamais. Il le savait au fond de lui-même, il l’avait su le jour où il avait prit la décision de la quitter quelques semaines après la mort de Giovanni. Une épreuve, la plus grande de sa vie. Il avait tiré une croix sur eux en temps que couple. Il n’était pas fait pour la stabilité, pour fonder une famille. Comme son père avant lui, il était faible. Il n’était pas fait pour tout cela, ce qu’il aimait c’était d’être border line, en équilibre permanant. Tout du moins c’était ce qu’il essayait de se faire croire, conscient qu’il avait perdu son unique chance de former un couple à l’aune de celui qui l’avait aidé à devenir un homme, Stella et Livio Spinelli. Alors qu’il l’attendait, conscient de l’intention évidente qu’il abritait au fond de lui-même d’enflammer à nouveau le corps de sa compagne par ses baisers, ses caresses, préférant résumer ce qui bouillonnait en lui par ce qui caractérisait ses relations avec les femmes : le sexe, l’attraction physique. Pourtant, il n’avait toujours pas trouvé de raison de se trouver ici, de l’attendre. Il ne s’abaisserait pas à dévoiler son jeu aussi facilement, il ne le donnerait pas ce pouvoir sur lui… il fallait qu’elle vienne à lui. C’est alors que les divinités du Panthéon lui envoyèrent un renfort bienvenue en la personne d’une alouette consciencieuse accompagnée d’un véhicule de carabinieri, pour une fois que la Police Italienne était là où on en avait besoin, c’était la faute à pas de chance pour son ancienne compagne. Il sourit et envoya une prière muette aux dieux qui semblaient avoir décidé de réunir le couple le plus médiatisé de Rome. Il avait le cœur dans les joues lorsque la porte cochère de l’immeuble sur laquelle ses yeux étaient rivés s’ouvrit. Ce petit sourire en coin qui avait le don d’agacer la gente féminine et de faire s’affoler les cœurs. Ce sourire malicieux et prétentieux qu’il affichait le plus souvent pour narguer la personne en face de lui. Ce sourire conquérant et assuré qui était devenu sa marque de fabrique à l’aune de ses opinions politiques tranchées et de son caractère explosif, main de fer dans un gant de velours. Il admira la froideur de glace qu’elle afficha en le trouvant sur son chemin, le snobant royalement le nez en l’air, la tête haute et le regard fermé. Il sourit malicieusement, admirant cette chute de rein sur laquelle il avait posé des mains conquérantes et possessives un an plus tôt. Il attendait, prédateur à nouveau à l’affut d’une nouvelle opportunité, un quatrième duel entre elle et lui. Il laissa ses yeux errés sur cette silhouette, laissant l’animal détendre ses griffes dans son estomac. Un défi à l’aune de ses compétences, un duel qui finirait dans les larmes et un sain épuisement. Il était sure de lui, de sa capacité a mené une fois de plus cette bataille à son terme. Il passa une main amusée sur son visage afin de cacher son sourire l’espace d’un instant lorsqu’elle s’immobilisa en découvrant le sabot qui astreignait son véhicule à sa place de parking sauvage. Il lui avait toujours dit qu’un jour où l’autre elle tomberait sur un représentant de la loi que son illustre nom de famille n’émouvrait pas. Combien de fois avait-il du jeter un coup d’œil à de la toile froissé et évalué en expert s’il pouvait faire quoi que ce soit pour l’épave qu’elle avait fait remorquer dans le garage où s’il devait essayer de démonter la bête pour en revendre les pièces et remplacer l’ancien véhicule par un aitre qu’elle démolirait tout aussi aisément. De toute évidence elle avait jeté son dévolue sur une voiture fonctionnelle qui s’adapterait plus facilement dans le Rione qui abritait son appartement des regards indiscrets des journalistes. Une idée germait désormais dans son esprit tandis qu’il la regardait contempler avec surprise le sabot qui maintenait sa voiture. Il savait comment la faire flancher … Il la séduirait une fois de plus, fixerait des règles… Après tout il n’avait pas le temps à perdre avec des midinettes. Sara était la meilleure amante de cette ville. Pourquoi ne pas se rendre mutuellement service ? Ce n’était qu’une question de sexe… comme au premier jour.

(…)

La nostalgie est une maladie rare, difficile à soigner, tout comme les regrets. Julian était victime d’une de ces crises de souvenirs alors qu’il patientait dans la file des visiteurs qui souhaitaient entrer dans le capitole. La sécurité à l’entrée de l’hémicycle s’était accrue depuis l’assassinat de l’un des membres majeur du gouvernement. Julian ne portait pas de costume comme la plus part de ceux qui l’entouraient. Un jeu, un sweat-shirt à capuche et une confortable veste de cuir lui servait de tenue de camouflage alors qu’il attendait de pouvoir pénétrer dans le b^timent qui l’avait vu grandir et devenir un homme. Depuis son retour en ville Julian s’était fait discret, il n’était revenu que depuis trois jours et petit miracle, personne n’avait encore laissé filtrer l’information dans la presse. Il appréciait cet anonymat, bien qu’il savait que ce répit n’était de que courte durée et seulement dû au fait qu’il n’avait presque pas quitté la demeure des Spinelli depuis son arrivée. Il s’étonnait pourtant qu’aucun membre du comité de surveillance et de moralité n’ait laissé échapper le scoop du siècle : Julian Spinelli, héritier légitime du grand Giovanni Spinelli reprenait en main l’héritage familial et faisait ses premiers pas au Sénat. Contrairement à ses deux dernières visites au capitole, Julian ne venait pas remettre son destin entre les mains de ses paires. Aujourd’hui, le motif de sa visite n’avait rien d’officiel et était plutôt hautement officieuse. Il avait réussit à tenir loin de lui le flot de souvenirs lors de ses deux précédentes visites mais son esprit n’était pas focalisé sur un problème plus important ou tenu à distance grâce à la fantastique distraction qu’offrait le corps de sa maitresse du moment. Aujourd’hui, il était incapable d’occulter les derniers souvenirs qu’il avait de ce lieu. Des souvenirs heureux de sa relation avec Sara ou des derniers instants de complicité passés avec son grand père avant que le destin ne se charge de transformer sa vie en douloureuse tragédie grecque. La dernière fois qu’il avait franchit ses portes s’était en compagnie de son grand-père. La dernière fois qu’il avait quitté le capitole romain c’était après avoir été renié par Giovanni qui avait surpris une torride partie de jambe en l’air entre son héritier et la fille de son pire ennemi. Contrairement à la majorité de l’Italie, le comportement de Julian et son histoire d’amour avec Sara n’avaient pas trouvés grâce aux yeux de Giovanni Spinelli. Si les trois quart de l’Italie avait soutenue cette romance, elle avait toujours été aux yeux du patriarche des Spinelli qu’une manière de plus pour Julian de le défier. Exactement comme l’avait fait son fils Dante durant des années avant que Julian ne vienne au monde. Ultime affront, le seul héritier mâle de la famille était le fruit de l’union entre son fils et une roturière, une danseuse exotique qui avait tôt fait de prendre son envol dès lors qu’elle avait comprit que Dante n’aurait pas l’ombre d’une aide financière de la part de son père. Julian se souvenait précisément de ses deux dernières confrontations avec son grand père, il se souvenait des images mais aussi des paroles blessantes qui les accompagnaient. Ce flot de souvenir lui revenait tandis qu’il contemplait la façade à l’antique du Sénat. Pourquoi était-il venu aujourd’hui ? Quelqu’un d’autre aurait pu se charger de cette douloureuse corvée, il en était conscient. Pourtant il avait l’intime conviction qu’il devait être celui qui se chargerait de tout cela, il le devait à Giovanni et à sa famille. Il avait fuit depuis trop longtemps ses responsabilités, il était temps pour lui d’assumer à nouveau la place qui était sienne au sein de cette famille. Il mourait d’envie de boire un verre, il savait qu’il finirait par craquer, il ne se battait plus contre cette pulsion mais tentait simplement de retarder le plus longtemps possible l’instant om il devrait étancher sa soif et où il céderait à ses démons. Le bourbon semblait vouloir remplacer le sang dans ses veines. Les murmures qui l’encerclaient accentuaient ce besoin de se réfugier au fond d’un verre. Beaucoup parlaient de la terreur qui secouait encore le Capitole, de la sécurité renforcée depuis l’assassinat d’un des puissants de cette ville. Il ne voulait pas revivre les souvenirs de cette nuit. Soudainement la file avança et l’horizon s’ouvrit devant lui, dévoilant la silhouette massive du Capitole. Un frisson de pure plaisir remonta le long de sa colonne lorsqu’il pu contempler le bâtiment dans sa totalité. C’était ici qu’il se sentait réellement chez lui. Il avait fait ses premiers pas dans ce bâtiment, avait joué sur la moquette de l’hémicycle alors que la loi sur l’avortement était votée, il avait embrassé sa première petite amie sur cette esplanade. Ici, il se sentait comme à la maison. Il lui faudrait du temps pour arrêter de percevoir l’absence poignante de son grand père entre ses murs, il lui faudrait du temps pour se faire à cette sensation de vide au creux de son estomac. Il était revenu pour lui, afin de faire face à son destin, afin de s’accomplir en tant que Julian. Il se délesta de tout objet métallique, découvrit son visage avant de passer sous le portique de sécurité et se prêta à la fouille corporelle de rigueur. Il se plia à toutes les vérifications d’usage sans broncher, ignorant les regards curieux et avides posés sur lui. Il remonta sa capuche sur son crâne dès que ce fut possible, dérobant son visage d’une insolente beauté aux regards des badauds qui semblaient avoir reconnu l’héritier de Giovanni Spinelli en ce jeune homme négligé.

Il n’avait pas oublié le chemin menant au bureau de son grand-père, ni comment éviter la secrétaire en passant par la porte se trouvant de l’autre côté de la pièce et menant à la salle des débats. Les clés pesaient lourds dans sa poche, lui rappelant le poids de sa culpabilité et l’épreuve qui l’attendait. La porte était verrouillé, il glissa la clé dans la serrure et inspira profondément avant de la tourner dans la serrure. Il su presque aussitôt qu’il ne trouverait pas ce qu’il était venu chercher ici, son grand père n’habitait plus cette pièce. Le bureau était resté le même, mais l’atmosphère était bel et bien différente. Tout était en place, rien n’avait changé si ce n’était que le fauteuil qui aurait du être vide était à présent occupé. Il ne le remarqua qu’après avoir fermé derrière lui la porte dérobée. Paolo Giolitti sur lui ses yeux gris, confortablement installé dans le fauteuil sénatorial de feu son adversaire. Il l’attendait lui, Julian Spinelli, proie inconsciente qui avait eut l’audace de rentrer en ville et de revendiquer un poste au gouvernement après avoir brisé sa fille et tourné en ridicule le nom de Giolitti. Cet avorton avait osé revenir après avoir paradé aux bras de filles différentes dans les plus grands journaux des différents pays qu’il avait visités pendant ses huit mois d’exil. Julian s’était attendu à cette confrontation, le comité de contrôle et de moralité avait finalement laissé filtrer des informations. S’il s’était attendu à cet entretient, il n’avait pas pensé que Paolo Giolitti choisirait ce moment pour l’approcher. Il abaissa la capuche de son sweat-shirt et étouffa la colère qui germait en lui tandis qu’il pensait que Paolo avait osé violer un sanctuaire dans lequel seul un Spinelli aurait du pouvoir rentrer.

« Sénateur. » Le salua t-il froidement en se débarrassant de son cuir qu’il posa sur le dossier d’une chaise poussiéreuse. « Je suppose que vous n’êtes pas venu apporter aide et sympathie pour remplir les cartons de souvenirs poussiéreux d’un vieil homme. Vous n’êtes en tout cas pas habillé pour cette tâche … » Définitivement il n’était pas vêtu pour exercer une quelconque tâche manuelle. Vêtu de pied en cape d’un costume Armani il avait tout d’un combattant des temps modernes, l’armure ayant été remplacée par un smoking hors de prix.
« J’ai eu vent de votre discret retour dans notre belle cité. Même si Athéna est réputée pour sa discrétion, tout finit par ce savoir dans ce bâtiment, elle tend à oublier que c’est moi qui l’ai introduite dans ce milieu… Ces amis sont avant tout les miens, et ils savent où doit aller leur loyauté. » Commenta Paolo en se levant. Il lissa les plus que sa position avait laissés sur son pantalon. Julian eut la vision fugitive de Sara en rencontrant le regard flamboyant de colère contenu du Sénateur. Tel père, telle fille. Julian s’empara d’une pile de cartons posée dans un coin de la pièce et tout en refusant le contact visuel avec le sénateur par défit se permit de couper son illustre paire.
« Je vais vous épargner une perte de temps inutile et une dépense de salive superflue. » Annonça t-il en ouvrant les portes vitrées de la bibliothèque pour ranger dans un premier carton les imposants ouvrages qui décoraient la bibliothèque. « Je n’ai pas l’intention de m’approcher de Sara ni de renouer une quelconque relation avec elle. Mon addiction à l’alcool et aux charmantes compagnes ont déjà été soumises au Comité qui juge ses petits travers regrettables mais acceptables. Epargnez vous donc la peine de remuer la boue et faite vous à l’idée que l’avorton de Spinelli va travailler ici. Je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé, mais je vous ai toujours toléré et respecté. Sachez le je ne fais jamais deux fois les mêmes erreurs. Et je n’ai pas l’intention de bafouer une nouvelle fois votre si précieux orgueil et honneur. Maintenant, je vous serais gréé de quitter ce bureau… Les seules fois où nous nous adresserons la parole, ce sera pour défendre nos idées et nos parties lors de réunion… Je ne compte pas refaire partit de votre vie, ni de celle de Sara. Dieu m’en préserve, j’ai assez de problèmes comme cela. »
(…)

Alors qu’il la suivait tranquillement en voiture il repensait au discours qu’il avait tenu à Paolo Giolitti des semaines plus tôt. Un discours qui avait fait son petit effet puisque ses relations avec Paolo Giolitti n’avaient jamais été aussi professionnelles. Peut être son ancien beau-père avait-il lu la tranquille assurance qu’affichait le jeune homme en affirmant qu’il ne comptait pas s’embarrasser à nouveau d’une relation compliquée. Les choses avaient changés apparemment puisqu’il s’était à nouveau laissé happé par ce petit jeu entre lui et Sara. Cette chasse qui avait été le moteur de leur relation au début. Elle le provoquait, il répondait, elle cherchait à se venger, il répondait. Une spirale ascendante qui les avait entrainés au fond du gouffre la dernière fois. Mais il ne pensait pas à cela pour le moment. Il ne réfléchissait pas réellement à ce qu’il était en train de faire. Il agissait tout simplement. Elle lui avait fait perdre tout sens communs des mois plus tôt, ce n’était pas prêt de changer. Elle avait un corps, une fougue à rendre fou n’importe quel homme. Elle piquait les sens, attisait l’envie, le besoin, les hommes ressentaient le besoin de la posséder, de la soumettre à tout prix. Il savait avoir été le seul à laisser son empreinte sur ce corps qu’il savait souple et passionné. Il ne réfléchissait pas. Il n’avait pas réfléchit lorsqu’il était monté dans sa voiture et avait commencé à la suivre en roulant au pas. A présent il se maintenait à sa hauteur, souriant à chaque regard furibond qu’elle lui lançait par-dessus son épaule. Elle avait commencé à boitillé quelques minutes plus tôt lorsque son talon s’était prit dans une plaque d’égout et s’était rompu net, tordant douloureusement sa cheville et abimant une paire de chaussure qui avait coûté plusieurs centaines d’euros.

« Montes » Proposa t-il une fois de plus en souriant. Pour toute réponse le majeur de la jeune femme se leva dans sa direction. Il éclata de rire et augmenta le volume de son autoradio. Sara avait été plus habitué à être véhiculer d’un point A à un point B dans la ville par un chauffeur qu’à utiliser les transports en communs. Elle aurait alors su qu’elle marchait dans la mauvaise direction. « Montes » Insista t-il à nouveau, sachant par avance qu’elle finirait par craquer une fois de plus. Il connaissait son seuil de tolérance à la douleur physique et sa cheville enserrée dans les lanières compliquées de ses chaussures gonflait à vue d’œil. « Tu préfères te bousiller une cheville que de m’avoir sur chauffeur ? » Argua t-il en levant un sourcil lourd de sens. « Je sais que je suis irrésistible mais je ne pensais pas que je te faisais toujours autant d’effet… » Souffla t-il alors qu’il visait entre ses lèvres une cigarette. Il savait que sa phrase allait faire son petit effet. « Petite joueuse. » L’effet fut immédiat, elle se tourna vers lui le regard furibond.







    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mar 12 Avr - 6:12


JULIAN & SARA.
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Oh ! que je voudrais pouvoir rentrer en moi-même comme un télescope !
(Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, Lewis Caroll)
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LUNDI, 15h37, COLONNA, QUIRINALE


Prétendre qu’elle ne souffrait pas, ou ne ressentait pas la douleur serait un mensonge éhonté. Au contraire, tout en elle n’était plus que douleur atteignant la répulsion. Pas seulement sa cheville qui lui faisait un mal de chien, mais également cette sensation de vulnérabilité qui lui meurtrissait les chairs. Elle aurait aimé pouvoir faire preuve d’indifférence et de stoïcisme, mais il semblait que sa maîtrise d’elle-même n’atteignait pas son point culminant aujourd’hui. Et dire qu’on lui reprochait en permanence d’être indifférente à tout et d’être victime d’une atrophie émotionnelle. S’ils la surprenaient maintenant, ses détracteurs pourraient mesurer leur erreur. Elle tentait de faire bonne figure, mais la colère qui grondait en elle se trahissait par des traits tirés, des sourcils froncés, un regard plus sombre que d’habitude et une démarche quasi militaire. Évidemment, ce dernier point avait été rendu difficile par la putain d’entorse -au moins, parce qu’à vu de nez c’était gangréné et faudrait lui couper la cheville dans les plus brefs délais vu la douleur que chaque pas répercutait dans toute sa jambe- qu’elle venait de se faire sur ces satanés pavés qui semblaient avoir décidé de s’agglutiner à Rome dans le seul but de lui pourrir la vie en saccageant sa sortie théâtrale ! Il y a des jours, comme ça, où on gagnerait à rester couché, à ne surtout pas sortir de chez soi, et à attendre que les aiguilles fassent un tour complet de cadran avant de prendre le risque de foutre un pied dehors. Elle ne souhaitait rien de tout ça, ça ne l’amusait pas, elle n’avait jamais eu dans l’intention de le croiser, mais plutôt de l’éviter, et cette scène grotesque ne faisait que l’énerver davantage. Elle voulait juste retrouver sa vie tranquille, sa vie sans prise de risque, sa vie sans surprise. Elle voulait qu’il arrête de la suivre, de la poursuivre, qu’il soit chassé de sa vie à défaut de parvenir à le chasser de sa tête. Il la provoquait, cherchait à la faire grimper dans cette voiture, peu importe les projets qu’il nourrissait et le pourquoi du comment de ce plan débile, elle voyait dans son sourire qu’il prenait plaisir à la chasser, à la pourchasser. Alors c’était ça ? C’était ça son idée lumineuse ? Reprendre là où ils en étaient restés avant qu’elle ne tombe amoureuse ? C’était ça son intention ? Revenir et… oh, tiens, Sara, une proie tellement facile que ce serait dommage de s’en priver ? Quitte à l’égratigner un peu plus au passage. Sauf que son égratignure, elle ressemblait plutôt à un coup de hache en pleine poitrine, et qu’il lui avait suffit de le croiser trente secondes dans un couloir pour qu’elle se remette à suinter.

Est-ce qu’elle l’avait oublié ? Est-ce qu’elle s’était relevée ? Est-ce qu’elle était parvenue à refaire sa vie ? Non. On se remet rarement aussi rapidement d’une rupture, surtout quand on s’appelle Sara Giolitti, et que le briseur de cœur se nomme Spinelli. Elle s’était ressaisie, elle avait tourné la page, était passée à autre chose, mais elle n’avait rien oublié, surtout pas la souffrance insupportable de cette rupture incompréhensible. Lorsqu’il avait eu besoin d’elle, elle avait été là, lorsqu’il avait fallu faire un choix, c’est lui qu’elle avait choisi, lui qu’elle avait préféré au reste du Monde, lorsque son père l’avait rejetée, elle s’était montrée digne, n’avait pas faibli, et gardé la tête haute sans renier son couple. Et lorsqu’à son tour, il s’était fait renier, elle lui avait ouvert la porte de son appartement, avait ensevelie sa peur de l’engagement en allant jusqu’à accepter de vivre avec lui, tellement cela lui avait semblé naturel. Elle avait accepté les articles mensongers la critiquant, la taxant de mante religieuse avide et cupide, elle avait été présente lors de l’enterrement de Giovanni Spinelli, et malgré son nom de famille, s’était tenue droite dans les rangs ennemis, plutôt que de rejoindre sa place légitime, auprès de son père. Elle avait été accusée de meurtre, elle avait dû vivre cachée pendant plus d’un mois pour fuir la Presse et leurs questions stupides et cruelles. Elle avait tenu bon malgré l’alcoolisme grandissant de ce crétin, malgré les soupçons d’infidélité, elle s’était montrée tellement forte, et néanmoins tellement… soumise ! Ce qui ne l’avait pas empêché, lui, de la quitter, l’abandonnant là avec le souvenir de ses belles promesses et de la confiance aveugle qu’elle lui avait voué. Quelle conne ! Elle était restée enfermée chez elle durant un mois entier, volets fermés, rideaux tirés, avec pour seule substance dans le corps, la fumée inhalée des cigarettes qu’elle s’enfilait. Elle avait cru sombrer dans la folie, attendant la délivrance par la démence qui ne manquerait pas de lui faire oublier la douleur, elle avait subit mille et une petite mort, chaque levé de soleil était une nouvelle épreuve, un nouveau jour à combattre et abattre. Et lui ? Qu’avait-il fait de tous ces jours perdus, de toutes ses heures d’errance ? Il ne l’avait pas aimé, il ne l’avait jamais aimé, sinon comment pourrait-il se permettre un tel comportement ? Comment pourrait-il s’imaginer qu’elle puisse se laisser chasser docilement ? N’avait-il absolument pas conscience de l’état dans lequel il l’avait laissé ? Elle n’avait plus ni l’intention, ni l’envie de se laisser attraper, au contraire, elle voulait fuir, le fuir, et ce le plus vite possible avant que tout ne remonte définitivement à la surface. Elle avait été naïve en se croyant suffisamment forte pour effacer ces six mois de vie, les oublier et vivre dans le déni. Elle avait espéré que cette expérience l’aurait rendu plus forte, insensible et froide, mais ça n’avait fait que la rendre plus méfiante et peureuse. Elle devait fuir, comme une lâche. Alors, tandis qu’il poursuivait son baratin depuis sa voiture tape-à-l’œil, fenêtre ouverte, allure d’escargot bloquant la circulation de l’avenue, elle se baissa pour se déchausser, ne supportant plus les talons hauts avec sa cheville endolorie. Au point où elle en était rendue, poursuivre pied nu était une option tout à fait envisageable. Elle ne l’écoutait pas, mais elle l’entendait, et c’est dans ces circonstances, alors qu’elle rangeait ses chaussures dans son sac, qu’elle entendit sa dernière provocation. Une provocation qui n’avait pour but que de la faire grimper dans la voiture, un défi censé berner la têtue. Sauf qu’ils n’étaient plus six moins en arrière, et qu’elle n’était plus la Sara d’avant, naïve et conciliante, et que la fureur formait à présent un nœud compact dans son estomac, un nœud qu’elle ne cherchait même plus à camoufler, il fallait que ça sorte.

« Petite joueuse ?! Joueuse ?! » Hurla-t-elle pour couvrir les bruits de la circulation de sa voix. « Parce que tu crois que j’ai envie de jouer ? » Une chaussure toujours à la main, elle s’avança vers la voiture à présent immobilisée contre le trottoir. « Regarde-moi bien, Julian ! Est-ce que tu crois vraiment que je suis entrain de prendre plaisir à ton petit jeu sadique ? Me faire de l’effet ? Le seul effet que tu me fais c’est l’envie de te coller un talon de 12 entre les deux yeux. Et si je me retiens, c’est certainement pas par attachement ou sympathie, c’est juste parce que les accusations de meurtre, j’ai déjà donné si tu te souviens bien, et que j’ai carrément pas envie de retourner pointer au commissariat. Alors tu vas être mignon, tu vas retourner jouer avec les mini-moi et m’oublier pour ton tableau de chasse. Y a aucune, mais alors là, vraiment aucune chance que j’y figure à nouveau. Peut être que les autres filles ne demandent que ça, un autre tour de manège, et qu’il suffit que tu te pointes avec ton sourire de triso pour qu’elles se jettent sur ton jean à 500 boules, mais je ne suis pas les autres filles, j’ai jamais été les autres filles, je ne serais jamais les autres filles. T’as été la plus grosse erreur de ma vie, et pour te citer « je ne fais jamais deux fois les mêmes erreurs ». Alors maintenant, tu vas faire ce que tu sais faire avec tant de classe : Sortir de ma vie ! » Elle aurait eut tellement à dire, mais les mots se bousculaient dans sa tête et dans sa gorge. Elle aurait voulu lui faire comprendre le mal qu’il lui avait fait à défaut de pouvoir le lui faire ressentir, mais son regard semblait palier à son manque de vocabulaire. Elle aurait voulu, mais se sentait comme impuissante face à ce tsunami d’émotions violentes qui finalement ne l’avaient jamais déserté, et n’avaient fait qu’attendre sagement dans un coin le moment de se déverser en flot sur le véritable coupable… et puis…

…et puis elle réalisa. Elle réalisa ce qu’elle venait de faire, et les armes qu’elle lui avait offert sur un plateau d’argent, des armes contre elle, simplement parce qu’elle avait laissé entrevoir la faille. En se montrant si vindicative et intraitable, c’était comme porter sa faiblesse en écharpe. Le rembarrer gentiment aurait été plus intelligent, il aurait pu se méprendre et s’imaginer que s’il n’avait plus aucune chance avec elle c’était parce qu’elle s’était lassée de lui, qu’elle était passée à autre chose, alors que là, avec la fureur qui se dégageait de ses traits et de ses mots, elle avait non seulement mis à nue ces mois passés à tenter vainement de le chasser de sa tête, mais aussi la rancœur débile qu’elle nourrissait envers les propos rapportés par son père. Elle aurait du s’en foutre, ou au moins s’y attendre, mais non, elle avait souffert à cause de cette phrase malheureuse, presqu’autant qu’elle souffrait en le voyant s’imaginer pouvoir reprendre le jeu. Parce que si jusqu’ici elle avait pu encore s’accrocher au fol espoir qu’il ne lui avait pas totalement mentit, qu’il l’avait quand même un peu aimé, à présent c’était bel et bien terminé, le rideau était tombé, les illusions aussi. Elle n’avait été qu’un jeu pour lui, une erreur. L’erreur n’étant pas de coucher avec elle, mais juste de s’enraciner avec elle. Finalement, quitte à être une erreur, autant qu’elle lui simplifie la tâche. Il n’avait plus lieu d’exister dans sa vie, ni elle dans la sienne, elle se portait tellement mieux lorsqu’elle ne l’avait pas sous le nez. L’air était certes aseptisé, mais au moins il était respirable, alors que là… Là, fallait qu’elle parte ! Plaquant une main sur ses lèvres comme pour empêcher tout nouveau mot-maux de jaillir, elle recula en marche arrière, le regard vissé au conducteur de l’Austin, ses pieds nus foulant les pavés chauds et irréguliers de l’avenue. Brusquement elle leva un bras, ses yeux se fixant au-dessus de la voiture, et tandis qu’un crissement de pneus se faisait entendre, elle se mit à courir comme une dératée en direction de l’avant de l’Austin. En double file, à quelques centimètres de la plaque d’immatriculation de Julian, un taxi venait de s’immobiliser. La jeune femme s’engouffra dedans, sans un mot, sans un geste pour son ancien compagnon. Pas le temps pour la politesse, ils avaient dépassé ça depuis longtemps.
« Parione ! » Hurla-t-elle au chauffeur en claquant la portière derrière elle. Et alors que le taxi repartait sur les chapeaux de roues, elle se retourna, offrant un dernier regard à l’héritier dans sa bagnole de luxe. Elle n’en avait pas l’intention, elle se serait même donné des baffes en cet instant, mais c’était le genre de geste automatique qu’elle ne parvenait à contrôler. Et son regard ne quitta pas la silhouette jusqu’à ce qu’il soit trop loin pour qu’elle puisse le distinguer du reste du paysage.

Est-ce que, par hasard, on m'aurait changée au cours de la nuit ? Réfléchissons : étais-je identique à moi-même lorsque je me suis levée ce matin ? Je crois bien me rappeler m'être sentie un peu différente de l'Alice d'hier. Mais, si je ne suis pas la même, il faut se demander alors qui je peux bien être ? Ah, c'est là le grand problème !
(Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, Lewis Caroll)
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LUNDI, 16h08, PARIONE, PALATIN


Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour rejoindre son rione, mais malgré ça, elle avait eu l’impression que le taxi traînait, que les feux rouges s’enchaînaient, que les autres automobilistes lui en voulaient personnellement en faisant exprès de rouler à deux à l’heure juste devant son taxi. Elle avait le pressentiment, très certainement infondé, que l’autre abrutit de Spinelli avait décidé de la prendre en filature, comme s’il avait besoin de ça pour connaître son adresse, lui qui y avait vécu pendant plusieurs mois. Le billet à peine claqué dans la main d’un chauffeur persuadé d’avoir eu une fugitive poursuivie par toutes les polices du pays dans son taxi et, de ce fait, affichant un sourire béat, elle s’éjecta du véhicule pour s’engouffrer, tout aussi rapidement, après une vieille dame, un yorkshire sous le bras, qui venait d’ouvrir la porte cochère de l’immeuble. Celle-ci eu un sursaut d’indignation, ouvrit la bouche pour crier « au viol » ou « au voleur » avant de reconnaître la fille Giolitti et pousser un profond soupir blasé. Non, Sara ne faisait pas l’unanimité dans l’immeuble, mais vu qu’il appartenait à Papa, personne n’osait se plaindre… ou presque. La mort aux trousses, la jeune femme tambourina sur le bouton d’appel de l’ascenseur, persuadée que, doté d’une certaine forme d’intelligence ce dernier comprendrait l’urgence de la demande, et bougerait ses câbles un peu plus vite pour Madame. Dans un tintement snob, les portes s’ouvrirent, et dans un tintement tout aussi snob, elles se refermèrent au nez de la madame au Yorkshire qui n’était décidément pas assez rapide, et à qui l’héritière fit un petit signe d’aurevoir plein de politesse. C’est important d’entretenir de bonnes relations avec son voisinage. Ce ne fut qu’une fois la porte de l’appartement claquée derrière elle, et Sara laissant son dos glisser tout contre pour finir par se retrouver les fesses sur le sol, ses jambes maigrelettes perdues devant elle, et ses gros orteils ressortant des bas filés par son périple de va-nu-pied, qu’elle se sentie finalement en sécurité. D’une main tremblante de nervosité plus que de colère, elle tira son paquet de cigarette de son sac, et après avoir eu un mal fou à l’allumer à cause d’une flamme de briquet semblant vouloir aller partout sauf sur le bout de cigarette, elle inhala la fumée cancéreuse avec délectation. Là, ici, dans cet espace réduit –tout est relatif-, elle pouvait enfin calmer son cœur et sa respiration, et tenter de mieux oxygéner un cerveau qui n’avait pas fournit son maximum tout à l’heure. Elle avait beau retourner la scène dans tous les sens, jamais elle n’était à son avantage. Une furie qui hurle en pleine rue sur son ex ? Non, mais à quoi tu pensais, Sara, sérieusement ? A quoi ?
« A RIEN !! BORDEL DE MERDE ! A RIEN ! JE NE PENSAIS À RIEN ! » Hurla-t-elle à son cerveau à voix haute en tapant ses talons contre le sol où elle était toujours. Et immanquablement ce fut le manche à balais de l’étage du dessous qui lui répondit à grand renfort de coups donnés au plafond, et donc à son plancher. Réaction de l’héritière ? Un gémissement de désespoir qu’elle voulait discret, en se tapant l’arrière du crâne contre la porte. Instantanément, le voisin du dessous reprit son ballet de manche à balais contre le plafond, comme si un petit gémissement en plein milieu de l’après-midi pouvait provoquer pareil dérangement. « ET SI J’ÉTAIS ENTRAIN DE ME FAIRE ASSASSINER, HEIN ? ENTRAIN DE ME FAIRE ÉGORGER PAR UN DANGEREUX PSYCHOPATHE, AVANT DE ME VIDER DE MON SANG EN GÉMISSANT CONTRE LA MOQUETTE, HEIN ? » S’énerva-t-elle en hurlant de plus belle afin de couvrir le son des coups de balais.
« CRÈVE EN SILENCE, CONNASSE ! » Lui répondit l’étage du dessous avec une amabilité et une politesse rarement égalée. Voilà qui concluait fort sympathiquement cette conversation singulière entre voisins, et c’est sur ces paroles bienveillantes de son copropriétaire qu’elle se redressa et s’en alla caresser les touches de son clavier avant de se lancer dans une explosion de croches et de double-croches. Voilà, maintenant il avait une raison de se plaindre, et au moins, pendant qu’elle jouait, elle ne pensait pas, elle ne pensait plus à rien, toutes les zones de son cerveau se consacrant corps et âme à la musique, corvéables à merci. Demain, peut être, elle repenserait à tout ça, demain ou jamais. Jamais c’est mieux. L’oublier, aussi.

si l'on boit une bonne partie du contenu d'une bouteille portant l'étiquette : poison, ça ne manque presque jamais, tôt ou tard, d'être mauvais pour la santé.
(Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, Lewis Caroll)
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VENDREDI, 22h24, PIGNA, PALATIN


Vendredi soir, cinq jours plus tard. Vendredi soir et une blonde qui balance ses cheveux d’un air furieux, à la manière d’une vache remuant la queue pour chasser une mouche. Elle a tout à fait l’air d’une vache, ruminant son Hollywood Mega Mystery avec soin, juste parce que c’est une blonde et que seules les blondes se sont fait prendre à ce coup marketing, et dans le rôle de la mouche, un type quelconque, un peu bourré qui, poussé par ses potes, tente sa chance auprès de la reine des abeilles. On est vendredi soir, et les wannabe sont de sortie. Sara les connait bien, elle a même une longue expérience du phénomène. Il y en a dans chaque soirée, chaque bar, chaque endroit où le mâle est censé se retrouver. On les reconnaît facilement selon quatre critères : 1/ la hauteur à laquelle elles lèvent le nez en déambulant entre les tables pour se rendre aux toilettes (à peu près toutes les dix à quinze minutes). Hauteur qui se trouve être inversement proportionnelle à la longueur de leurs jupes. 2/ leurs sourcils, qu’elles haussent si souvent qu’ils finissent par disparaître sous leur frange soooo 2010. Cette particularité visant à masquer les futurs effets du botox et des liftings dans la mesure où personne n’aura jamais vu leurs sourcils « au repos ». 3/ elles ne se déplacent qu’en meute. Inutile d’espérer en trouver une toute seule afin de pouvoir la passer à tabac pour calmer vos nerfs, c’est impossible, vous devrez vous farcir tous ses mini-moi qui se trouvent, généralement, au nombre de six ou sept. 4/ elles pensent que « j’hallucine » est à la fois un sujet, un verbe et un complément, et que ce fantastique et merveilleux petit miracle de la langue se doit, de ce fait, d’être utilisé aussi souvent qu’il est humainement possible de le faire… On est vendredi soir, et tout ce que Rome compte de cas sociaux a enfilé ses habits de lumière. On est vendredi soir et cette réalité lui saute à la gueule dès qu’elle passe la porte d’entrée et que la foule grouillante lui fait l’effet d’un cirque ambulant, la femme à barbe en moins… quoique. Elle aurait pas du venir ce soir, si elle avait encore eu tout ses neurones valides, elle n’aurait jamais foutu un pied hors de chez elle un vendredi soir, mais voilà, elle a un peu perdu la notion du temps, c’est le risque quand on ne bosse pas, qu’on ne fait pas d’études et qu’on passe sa vie à se laisser vivre justement. Elle avait juste ressentie le besoin de sortir après avoir passé cinq jours à l’ombre de ses rideaux. Ça avait trop un arrière-goût de merde pour qu’elle se laisser replonger dans cette ambiance mortelle d’agoraphobie teintée de dépression. Il fallait qu’elle sorte, il fallait qu’elle sorte maintenant, et maintenant… bah… c’était vendredi soir. Elle n’avait prévenu personne parce qu’elle avait tout simplement envie de voir personne en particulier, et elle s’était pointée dans le premier bar pas trop glauque du coin. Le Palatin, c’est bien pour ça. Elle avait machinalement suivie l’animation de la rue, et avait achevé sa balade nocturne dans un de ses établissements où fenêtres et portes ouvertes, les festivités s’étalaient jusque dans la rue. Naturellement, lorsqu’elle était entrée, la reine des abeilles avait vu l’attention portée sur elle se réduire de moitié. C’était comme ça, et c’était surtout à n’y rien comprendre. Affublée d’un simple jean et d’un tee-shirt, la brune attirait plus l’attention que n’importe quelle blonde à culotte apparente. Elle l’avait d’ailleurs dépassée sans la voir, la blonde à chevelure balayeuse de mouche, alors pourtant que son regard lui vrillait le dos, et elle avait poursuivie jusqu’au bar sans réellement prêter attention au reste du monde. Il lui fallait un verre pour supporter ce vendredi soir. Il lui fallait un verre pour l’empêcher de retourner se vautrer dans son lit façon pub Ikea et déclamer un « tu m’as tellement manquééééééééé » à un matelas qu’elle avait quitté quelques minutes plus tôt. Non, elle ne devait pas retourner dans cet état de léthargie avérée, à vivre, façon étoile de mer échouée sur un Epeda sur lequel elle avait déjà bousillé plusieurs mois de sa vie. Elle avait décrété que Julian n’avait plus de place dans sa vie, mais était-ce une raison suffisante pour ne plus avoir de vie du tout, pour le coup ? Quelle connerie ! Elle devait tirer un trait et reprendre une vie normale, enfin aussi normale qu’elle puisse l’être quand on porte pareil nom de famille. Un verre d’une substance indéterminée au nom pompeux de Mojito, qui ne contenait que deux malheureuses feuilles de menthe et un glaçon, à la main, elle n’a plus qu’à s’en aller en direction des bras qui se balancent en l’air en beuglant des « SARAAAAAA ! PAR-LAAAAAA ! ». Elle sait pas vraiment qui c’est, ni d’où elle les connaît, ça lui reviendra peut être plus tard, mais ils ont au moins l’avantage d’avoir obtenu une banquette et de lui offrir un alibi suffisant pour éviter le tabouret de bar qui semble être une invitation pour dragueur relou. Alors elle pose son fessier sur le cuir usé par les millions de culs qui s’y sont posé avant elle, et elle plonge vers sa paille en espérant que ce sera suffisant pour qu’on lui foute la paix et qu’on arrête de lui sourire en la fixant. Elle est posé depuis une dizaine de minutes, ce qui signifie la durée totale de deux morceaux électro poussés à fond par une sono hors d’âge et un pseudo DJ surexcité qui doit faire ça pour la première fois de sa vie en-dehors de sa chambre tant le mec est un florilège de tous les clichés qui puissent exister sur la profession, qu’elle songe déjà à mettre fin à cette torture auditive pour aller écouter du vrai son… chez elle… depuis son Epeda… Elle n’a pas l’intention de dire « aurevoir » à ses nouveaux potes qui, visiblement, vu la joie immense qu’ils tirent de sa simple présence silencieuse et totalement inutile à leur banquette, n’en étaient pas auparavant, juste de se lever et de se barrer sans avoir dit un mot, ébaucher un sourire, ou même amorcé un rictus depuis son entrée dans le bar, voir depuis son départ de chez elle, ou, à bien y réfléchir, depuis lundi dernier en fait, lorsque son mouvement est stoppé en plein vol. C’est pas à cause de la main de cette blonde qui lui enserre le poignet en lui balançant un « tu vas où ? » plein d’espoir comme si la perspective d’accompagner Sara Giolitti aux chiottes la remplissait de joie, c’est pas non plus à cause de ce type qui fait onduler son verre sous son nez en lui proposant de goûter un peu à ce divin cocktail, c’est pas plus à cause de la musique qui, miracle, est brusquement devenue à peu près potable… non… c’est juste à cause de ce qu’elle vient de voir surgir par la porte d’entrée, et qui la fait retomber sur son cul aussi efficacement que s’il venait de lui couper les jambes. Et ça doit être à peu près ça, puisqu’elle ne sent plus ses jambes. Elle ne sent plus grand-chose, à vrai dire, si ce n’est cette nausée qui vient de la reprendre. Qu’est-ce qu’il fout là ? Pourquoi il est là ? Et pourquoi il la regarde avec surprise ? Qu’il n’essaye surtout pas de lui faire croire que ce n’est qu’un hasard ! Ce n’est pas comme si Rome faisait 2 km ² et ne comptait qu’un seul bar. Il n’a rien à foutre là, pas plus qu’elle. Ils n’ont jamais fréquenté ce lieu, et c’est pour cette raison que Sara s’y trouve, parce qu’il n’y avait absolument aucune chance pour que lui, y soit, aussi. Et comme d’habitude, effets secondaires dû à des poumons farceurs, respiration difficile, pouls anarchique, difficulté à déglutir, chaleur corporelle brusque, et incapacité soudaine à réfléchir. Il suffirait qu’elle déclare avoir mal dans le bras gauche et on lui diagnostique un infarctus, à la naine. Malheureusement, elle n’a pas trop le loisir de s’offrir un petit massage cardiaque, ni même de prendre le temps de respirer dans un sac en papier. Si elle doit réagir, c’est maintenant, pas dans cinq ans. Elle lui a déjà trop montré de ce qu’elle avait aux tréfonds des entrailles, maintenant elle devait se ressaisir, s’en tenir à ce qu’elle avait décrété, et agir en conséquence. Elle le déteste, soit, mais elle ne l’aime plus. Sa souffrance n’était que le résultat d’une fierté et d’un égo blessé, rien d’autre. Elle l’a aimé, certes, mais c’est fini. Elle est grande, elle a été élevée pour pouvoir résister aux tirs ennemis et à un char d’assaut lancé à pleine vitesse dans sa direction, alors elle devrait pouvoir survivre à la présence d’un Spinelli dans sa périphérie. Oui, elle peut le faire. Et oui, elle va non seulement le faire, mais le lui montrer. Alors, avant qu’il ne quitte le bar ou qu’il décide de répondre aux regards insistants de Miss Reine des Abeilles dont les cheveux-tuent-mouche se sont transformés en pendule d’hypnotiseur, et après avoir gratifié, pour la première fois de la soirée, ses nouveaux potes d’un rire de gorge totalement feint et hors contexte puisque le dénommé Gino –le type au cocktail absolument divin- venait d’expliquer que son cousin était dans le coma à l’hosto après une chute dans un escalier, preuve s’il n’en faut qu’elle n’écoutait pas un mot de ce qu’ils se disaient autour d’elle, elle se lève une nouvelle fois, parvient à quitter sa banquette pour fendre la foule en direction de l’enfoiré, son ex. Arrivée à sa hauteur, elle se plante devant lui, tend la main droite tout en sirotant son prétendu mojito à la paille, en attente de quelque chose qui ne vient pas. Au regard qu’il lui offre, elle se doute qu’il attend une explication, et c’est le but de toute cette mise en scène.
« 27€ » Déclare-t-elle après avoir ôté la paille de sa bouche, la main toujours tendue. « C’est ce que tu me dois pour le taxi… » Précise-t-elle devant son regard ahuri. « Si je n’avais pas eu à courir pour te fuir, je ne me serais pas tordue la cheville et j’aurais pu continuer à pied en m’évitant une dépense inutile. CQFD, tu me dois 27€. » Calme et presque souriante, elle pense annuler les éventuels effets de leur précédente rencontre et de son esclandre en pleine rue, ou au moins les amoindrir, et qu’il cesse de la voir comme elle se voit : Une pauvre fille qu’il est parvenu à détruire en trois mots « je te quitte. » « Les temps sont durs, c’est la crise, Coco. » Achève-t-elle en haussant les épaules avant d’ébaucher un sourire, les lèvres sur sa paille.



Principessa Sara Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mar 3 Mai - 20:32

« Ah non hors de question Julian ! Il est hors de question que je vienne vivre avec toi ! » Souffla la jeune femme en repoussant une mèche de cheveux qui obstruait son visage. Pour donner plus de poids à sa répartie elle martela de ses longs doigts le torse puissant de son compagnon. Elle roula des yeux excédés lorsqu’il lui resservit un verre de vin, comme si elle avait besoin de cela pour se calmer les nerfs ! « Tu as perdu la tête, bon ok on s’est envoyé en l’air plusieurs fois dans le passé lorsque … je me cherchais encore mais de là à … venir vivre avec toi et à accepter de me fiancer avec toi , il y a un monde ! » Il lui adressa un sourire désarmant de douceur en grignotant une chips de légumes dans l’assiette de sa compagne. « Tu es sérieux ? » S’étonna-t-elle une fois de plus en voyant le jeune conseiller si sur de lui et serein.
« Je demande rarement une femme en mariage dans le but d’égayer ma soirée. » Répondit-il en effleurant sa joue du bout de son pouce. Athéna manqua se laisser attendrir, malheureusement elle connaissait que trop bien le jeune homme pour se laisse infléchir par sa tendresse. Soudainement suspicieuse elle le dévisagea longuement, pour ne pas le voir fuir son regard une fois de plus elle saisit délicatement son menton entre son pouce et son index pour scruter attentivement son visage. Athéna Forza connaissait très bien Julian Spinelli, elle avait fait sa connaissance dix ans plus tôt alors qu’ils se trouvaient encore à Paris. Jeune et fougueux il avait fait d’elle sa maitresse après une intense partie de séduction. Il lui avait apprit les joies de l’amour, il lui avait fait découvrir son corps de femme, elle la pianiste de talent à qui ont promettait une carrière internationale et qui n’avait pas prit une seconde pour les hommes depuis sa naissance. Il avait été le premier et le seul homme qu’elle avait aimé. Il avait été aussi le premier homme à percé à jour sa jolie carapace et à la pousser vers sa véritable orientation sexuelle. Il lui avait servit de couverture durant quelques mois, accessoirement elle lui offrait son corps lors des soirs où il lui fallait bien plus que de la simple passion physique mais aussi de l’amour, de la compréhension et de l’apaisement. Et puis il était partit, et elle n’avait plus eut quiconque pour la soutenir, comprendre sa passion du piano et la défendre contre une mère tyrannique et exigeante. Ils ne s’étaient pas perdus de vue pour autant, Julian avait été son confident pendant des années, il avait assisté à plusieurs de ses concerts, acceptés de jouer des morceaux à quatre mains les soirs dans des piano bars. On leur avait prêté de nombreuses liaisons, chacune de leurs rencontres étaient devenues le rendez-vous des spéculateurs de la blogosphère, aucun d’eux n’avaient démentis ses rumeurs, Athéna s’abritant derrière cette façade de mante religieuse pour organiser des rendez-vous secret avec des femmes. Homosexuelle, lesbienne, gouine tant de mots qui auraient mis fin à se carrière de concertiste classique. Elle avait également posée pour quelques magasines, se dotant du second rôle de Mannequin pour de grandes marques. Son visage avait fait le tour du monde tout comme sa silhouette élancée. Elle était de retour à Rome pour plus d’un an, ayant signée un contrat avec le conservatoire Nationale de musique de Rome, elle enseignerait et se produirait comme concertiste durant près de douze mois. Elle avait décidé de poser ses valises après avoir fait plusieurs fois le tour du monde des salles de concerts les plus réputés de la planète. Elle n’avait pas été surprise de trouver Julian l’attendant dans le salon VIP de l’aéroport, une bouteille de Château Neuf du Pape millésimé, sa boisson favorite. Il l’avait amené chez lui pour sa première soirée en ville, elle avait été surprise de le trouver autre part qu’à Trastevere ou plus encore de retour dans cette ville. Elle l’avait retrouvé à San Francisco quelques mois plus tôt, par hasard dans un club, il était ivre et la douleur suintait par tous les pores de sa peau estimée à des millions d’euros. Elle avait passé une nuit à discuter avec lui, à comprendre et à compatir, puis il s’était évanouit dans la nature, fuyant un présent encore trop douloureux. Elle avait été surprise de le trouver en ville après cela. Surprise de le retrouver et heureuse d’avoir à nouveau une place pour lui dans son existence. Elle s’était attendue à ce qu’il s’adonne à son sport favoris, essayer de la séduire pour lui prouver qu’elle aurait toujours des sentiments ambigus pour lui. Mais il n’avait pas essayé de jouer avec elle. Ils avaient rit, diner, parler et puis… il avait fait sa demande. Aussi étrange que cela puisse paraitre, Julian était ainsi. Mais elle se doutait que tout ceci cachait quelque chose, cette fois il ne cherchait pas à lui servir de couverture … mais à s’en procurer une. Elle scruta ses yeux, cherchant la faille, l’explication.

« Oh non… » Souffla-t-elle soudainement en le dévisageant. « Non, non, non, non, NON ! » Marmonna-t-elle en secouant la tête. « Ne me dis pas que tu as décidés de te lancer à la conquête du Mont Giolitti une fois de plus ! » Gronda-t-elle alors qu’un aire de petit garçon prit la main dans le bocal de cookies apparaissait sur son visage aux traits parfais. « Non c’est pas vrai ! Ne me dis pas que tu as couchés avec Sara Giolitti ! Tu te fous de moi ! Il faut que je te rappel que tu t’es rendue malade pour cette fille ! » Scanda t-elle en enfonçant son index dans sa poitrine. « Julian ce n’est pas vrai ! Tu te serais jetés sous un train à New York pour oublier cette fille et ton passé et maintenant tu veux replonger tête la première dans cette histoire ? Seigneur tu as bousillés bien plus que ton foie durant ton tour du monde de la débauche, tu as aussi perdus de nombreux neurones ! » Elle se leva, excédée, sa robe s’enroula gracieusement autour de ses jambes alors qu’elle s’immobilisait face à la baie vitrée, contemplant la magnifique Rome dans son habit de lumière nocturne. « Je ne te servirais pas de couverture pour que tu puisses te mettre la tête à l’envers pour les beaux yeux de Sara Giolitti ! Même moi qui faisais le tour du monde j’ai pu suivre votre idylle depuis Singapour ou Rio ! Vous n’êtes pas fait l’un pour l’autre, vous n’arrivez qu’à vous faire du mal, tu l’as dit toi-même il me semble, tu l’as quittés pour son bien ! Et maintenant tu décides de revenir sur ta décision ! Et pourquoi ? » Fulminante elle se retourna soudainement et eut la surprise de se retrouver nez à nez avec le jeune homme. L’intensité de son regard la cloua au sol. Déterminé, calme et profondément détendu, il la fixait de ses grands yeux clairs un sourire tendre flottant sur ses lèvres pleines. Il caressa sa joue du bout des doigts et tout l’amour et la reconnaissance qu’il avait pour elle pouvaient se lire dans ses yeux. Il était touché par cette manifestation ardente de colère et par l’attention qu’elle lui portait, elle essayait de la protéger de lui-même et cela faisait longtemps que personne ne s’était ainsi préoccupé de lui. Elle lui avait manqué. Sa meilleure amie lui avait manqué. « Ne me regarde pas avec ces yeux là. » Soupira t-elle en appuyant son visage contre son épaule, vaincue. « Est-ce qu’au moins tu vas m’expliquer ce qui se passe ? » Il sourit et effleura de sa bouche son front, la serrant contre lui il laissa planer le silence de longue minutes savourant pour la première fois leur retrouvaille. « Asseyons-nous » Proposa t-elle. « Je vais avoir besoin d’un verre… quoi qu’apportes la bouteille cela vaut mieux… » Dramatisa t-elle en déposant un baiser d’une légèreté consommée sur cette bouche masculine, presque fraternelle. Elle s’installa sur le canapé de cuir, remontant ses genoux sous son menton elle se contenta de le dévisager de longues secondes, attendant qu’il lui confie ses pensées secrètes et le plan qu’il nourrissait à l’égard de Sara Giolitti.
« Mes intentions ne sont pas honorables » Souffla t-il en lui tendant son verre de vin. « Elle m’a défié une fois de plus … et je crois que nous devons tirer un trait sur notre histoire … Clore cette parenthèse que mon départ à ouverte… Clore cette histoire de la façon dont elle aurait du s’achever il y a un an. Du sexe … rien que du sexe pour se montrer qu’il n’y a plus rien entre-nous… Mais si les paparazzis s’emparent de l’affaire… si on nous voit ensemble…. Nous seront à nouveau poussés et forcés l’un vers l’autre. J’ai besoin…. Je dois pouvoir la faire mienne une fois de plus sans que cela ne se sache… J’ai besoin de toi. D’une couverture, d’une affaire qui apparat trop les médias pour que personne ne s’intéresse à elle, à moi… » Il jouait distraitement avec le bouchon de la bouteille de vin, flirtant avec l’arôme de l’alcool, son odeur sans en avoir consommé une goutte depuis leur rencontre à l’aéroport. Il était fort. Il avait changé, elle ne pouvait pas le nier, il n’était plus cet homme brisé qu’elle avait revu à San Francisco mais elle sentait que flirter avec le danger, renouer avec Sara Giolitti ne serait pas une bonne chose. Que cette fille pouvait tout déclencher de nouveau. Elle n’aimait pas cela… pourtant, elle envisageait l’offre de Julian. Excellente businesswomen elle analysait les pours et les contres avant de faire son choix. En se fiançant avec Julian elle détournerait l’attention des journalistes de ses affaires de cœur, s’assurant une parfaite discrétion concernant ses aventures. D’autre part, sa mère cesserait d’avoir le contrôle sur sa vie si elle pensait que sa fille s’apprêtait à épouser un riche citoyen italien à la carrière prometteuse. Elle pourrait également tenir à l’œil Julian et s’assurer qu’il tienne ses engagements « du sexe pour du sexe » avec la Giolitti. Elle n’aurait pas à chercher un appartement… Les contres étaient tout aussi nombreux : même si elle était homosexuelle Athéna croyait en l’engagement du mariage et même s’il n’était pas question d’aller jusque là elle trouvait cela mal de mentir à tout le monde. Deuxièmement il faudrait un jour où l’autre briser cet accord, et sa vie privée secrète risquait alors de faire parler d’elle. De plus, l’attention des médias serait constante et le moindre faux pas pourrait causer leurs pertes. Bien entendu en menant une carrière de concertiste et de mannequin elle était déjà la cible des journalistes mais là tout serait différent, la carrière de Julian risquait de souffrir elle aussi. C’est en plongeant son regard dans le sien qu’Athéna trouva la réponse qu’elle cherchait. Il avait besoin d’elle. Elle sentait aussi que s’il lui proposait des fiançailles s’était également dans le but de se fixer une limite, un garde fou à ne pas franchir avec Sara. Il avait besoin d’elle.
« Très bien. J’accepte ta demande en mariage… Mais avant que tu t’emballes j’ai quelques conditions à fixer. Premièrement au bout de trois ans si cette histoire perdure et que cet engagement nous convient mutuellement il faudra que tu brises nos fiançailles… Ma famille tiendra à la période traditionnelle des trois ans de fiançailles ce qui nous laisse du temps pour trouver le pourquoi de cette rupture. Deuxièmement … » Plus tard, allongé près de lui dans son grand lit en fer forgé, elle se demanderait pourquoi elle avait dit oui si facilement. Etait-ce réellement pour Julian qu’elle acceptait de faire cela, ou bien espérait-elle enfin trouver la liberté à laquelle elle aspirait depuis des années ?

(…)

« Evènement de l’année. Julian Spinelli enfin casé ! Adieu Sara, bonjour Athéna
.

C’est officiel le célibataire le plus en vue de la capitale c’est fait passé la corde au cou ! Après des années à jouer au chat et à la souris, il semblerait bien que Julian Spinelli et Athéna Forza (de la famille des Forza de Milan) aient décidés d’officialiser une idylle suivie depuis des années par la moitié de l’Italie.

Julian Spinelli, l’ex-enfant terrible du Sénat semble avoir renoué avec les valeurs de son parti. Rappelons-le, le jeune héritier est surtout entré dans les mémoires pour avoir flirté avec l’interdit, et accessoirement avec la fille de Paolo Giolitti, Sara, durant près d’un an faisant fit des rivalités entre leurs familles. Il semblerait que le jeune héritier de feu Giovanni Spinelli soit revenu à ses premiers amours et se soit assagit depuis sa rupture très médiatisée avec la fille du Sénateur.

Nombreux sont ceux à avoir suivit le parcours chaotique de la séduisante concertiste et du charismatique apprenti sénateur. Pianistes talentueux tout les deux, le conservatoire de Musique de Paris abrita les débuts d’une idylle à l’aube de leurs 16 ans. Ils furent séparés par le début de la carrière de concertiste d’Athéna. Au fil des années, le couple se retrouva à plusieurs reprises pour des épisodes de leur romance aussi intenses que brefs. On leur prêta de nombreuses autres liaisons durant près de 10 ans avant de voir le couple renouer au printemps dernier dans une boite de nuit à San Francisco. Aujourd’hui, ils concrétisent un vœu formulé par leurs familles respectives depuis des années en annonçant leurs fiançailles.

« J’ai conscience que ma conduite a choqué une partie de l’opinion publique mais je suis désormais apaisé et conscient que la route est encore longue jusqu’à la guérison. Athéna est une jeune femme merveilleuse qui a toujours compté dans ma vie, avoir l’amour de cette femme est la plus belle chose qui me soit arrivé… » Nous a confié Julian, lors de la conférence de presse ayant officialisée leur récente fiançailles. La rumeur circulait en ville depuis qu’une photo d’Athéna était parue dans la presse portant à son doigt un solitaire d’un très grand raffinement ayant probablement appartenue à la femme de feu Giovanni Spinelli.

« Je connais Julian depuis des années et la vie nous a souvent séparée avant de nous réunir de nouveau. Aujourd’hui j’ai conscience de la chance qui est mienne de devenir sa femme. Nos familles sont ravies de ce mariage et impatientes de nous voir convoler en justes noces. Cependant, nous avons fait le choix de privilégier nos carrières un temps. Nous sommes jeunes, nous voulions simplement officialiser un choix du cœur opéré depuis des années. » A conclu la future Madame Julian Spinelli lors de la dite conférence de presse.

Aucune date n’a donc été annoncée concernant leur mariage. Les spécialistes s’entendent pourtant pour dire que lorsqu’une date filtrera, ce mariage sera l’évènement de la saison voir de la décennie.
»

Julian acheva sa lecture à haute voix, repliant le journal à la page de l’actualité mondiale il jeta un coup d’œil à sa fiancée assise au piano en train de faire ses gammes. Elle avait levé les yeux au ciel de nombreuses fois au fur et à mesure qu’il lui lisait les nombreux articles qui faisaient la une des pages people de la ville après leur conférence de presse de la veille. Ils avaient pourtant choisit d’officialiser la chose à Milan, en présence de la famille Forza et des parents de Julian. Mais une telle annonce ne pouvait rester secrète longtemps. Merci internet. Il avait été difficile pour l’un comme pour l’autre de mentir à leurs familles et Julian avait lu dans le regard de ses parents une certaine tristesse. Des mois plus tôt c’était Sara qu’il leur avait présenté comme la femme de sa vie. Il n’avait pas comprit, ou ne désirait pas comprendre pourquoi au moment de glisser le solitaire au doigt d’Athéna, le visage de Sara lui était apparut.

« Alors ? » Demanda t-il en trempant ses lèvres dans son café. « Qu’en penses-tu ? »
« Je pense que les journalistes ont le chic pour faire ce qu’ils veulent avec des mots. Je suis quasiment sure que nous n’avons pas été aussi cucul et dégoulinant de sentiments que le retranscrivent ces magasines. » Soupira t-elle en refermant le couvercle du piano sur le clavier. Elle étudia ensuite les partitions qu’elle comptait travailler avec ces élèves pour sa première journée au Conservatoire en tant qu’enseignante.
« Je te confirme que je n’aurais jamais pu dire que j’avais conscience que le chemin était long avant la guérison, cela fait un peu trop alcoolique anonyme pour moi… » Plaisanta t-il en s’étirant longuement. La route avait été longue depuis Milan, un soulagement pour eux leurs obligations les avait rappelés à Rome le soir même, les forçant à écourter leurs visites à Milan et la célébration de leurs fiançailles en compagnie de leurs parents respectif. Julian avait une sainte horreur de mentir ainsi à son clan mais, il savait qu’il n’avait pas le choix. « Mais je suis heureux de savoir que nous avons concrétisés ‘’un choix du cœur’’ » Il avait souligné ces quatre mots en formant des crochets avec ses doigts. Elle éclata de rire et lui lança un coussin à la figure. Il le réceptionna avec une facilité déconcertante et le replaça sur le canapé. Elle se pencha en arrière, détendant son dos courbaturé par une nuit de route et bailla.
« Plus sérieusement je suis quasiment sur que ta Sara a lu l’un de ses tissus de conneries à l’heure qu’il est … et je suis quasiment certaine que tu viens de griller toutes tes chances de la glisser dans ton lit. » Argua t-elle en se levant, cherchant des yeux sa paire de Louboutin.
« Tu ne la connais pas. » Répondit-il en achevant son nœud de cravate devant la glace. « Elle va être folle furieuse, fuir Rome quelques jours peut être … et puis elle va devenir dingue du moment où ma délicieuse personne allons faire irruption dans son champ de vision. Elle va vouloir montrer au monde entier qu’elle va bien, qu’elle est cool à notre sujet … Elle n’arrive pas à me détester sans avoir envie de moi… C’est chimique. » Il souriait goguenard.
« Je rêve où tu es en train de me dire que si tu as rendus si vite officielle nos fiançailles s’est dans le but de la faire réagir ? »
« Tu ne rêves pas. Je sais exactement ce que je fais. » Cette fois il n’esquiva pas le coussin qui vint se heurter contre sa nuque. Il l’avait mérité celui là.

(…)

« Je ne comprend pas pourquoi nous devons à tout prix sortir ce soir ! » Soupira t-elle alors qu’elle lui tournait le dos en remontant ses cheveux sur sa nuque, lui indiquant qu’elle avait besoin de lui pour remonter la fermeture de sa robe. Jullian laissa quelques secondes ses doigts errés sur sa colonne vertébrale, prodiguant un massage aux vertus relaxantes, avant de refermer la glissière. « En plus je te rappelle que je te fais la tête, tu ne m’as même pas proposé de t’accompagner à ce mariage. » Glissa t-elle dans un grommellement tout en vérifiant son maquillage dans le reflet du miroir. « Je t’ai vu faire de l’œil à la cousine du Prince William. D’ailleurs je dois te dire que la télévision ne rend pas grâce à ta beauté, ce costume t’allait à ravir, même si j’avoue avoir préférée la petite robe moulante de ta cavalière, la dite cousine du Prince William. » Julian éclata de rire et ajusta les manches de sa chemise.
« J’ai pris son numéro pour toi. » Annonça t-il en agitant son portable dans sa direction. « J’ai besoin de prendre l’air, ces mondanités et cette semaine passée au Sénat m’ont rendus claustrophobe. Rien qu’une petite heure dans un club obscure du Rione le moins susceptible d’abriter une de nos connaissance mutuelle… Ca ne te tente pas de pouvoir ramener un canon chez nous … en la faisant passer pour une de mes conquêtes ? » Il agita ses sourcils la faisant rire aux éclats, elle lui asséna une tape sur sa main baladeuse qui errait toujours dans la région de ses reins.
« Très bien mais je te préviens, je ne serais pas responsable si une émeute de journalistes à lieu à notre sortie … Ils ont déjà fait le pied de gru devant le conservatoire une partie de la journée. Merci à l’Osservatore d’avoir relayé la nouvelle… » Soupira t-elle en agitant son solitaire dans la lueur du crépuscule. « Au fait, tu savais que l’on prête à ta Giolitti une nouvelle histoire ? » Glissa t-elle innocemment en accrochant ses boucles d’oreilles, elle observait sa réaction à la dérobée dans le miroir, elle eut la satisfaction de le voir se figer alors qu’il enfilait sa chemise. Touché. « Elle se serait mariée … juste après l’annonce de nos fiançailles. » Il se retourna lentement, le torse nu et lui sourit.
« Je te l’avais dis … Elle n’a pas tournée la page. » Avait-il conscience de la pointe de douleur qui perçait dans sa voix ?

(…)

Athéna desserra autour de ses épaules les pans de sa cape légère. Julian avait le don de la rendre folle. Comment était-il possible qu’il eut réussit à la semer sans même s’en rendre compte dans ce bar bondé ? Pire qu’une anguille celui là. Elle confia son manteau au vestiaire et entreprit de fouiller la salle des yeux. Comment repérer Julian Spinelli dans une foule dense et agitée ? Le mode d’emploi était simple, suivre le regard de tout ce qui était blond et portait une jupe de la taille d’un timbre poste. Il se dégageait de Julian l’odeur typique d’un homme, un vrai, un italien comme les aimait les filles légères qui fréquentaient ce genre d’endroit. Athéna n’avait jamais comprit la fascination qu’avaient les jeunes hommes et femmes, ou les étudiants pour les bars, elle avait été habituée très jeune aux grands salons, au club de jazz, pour elle les bars étaient des endroits bruyants où l’on s’agitait sur de la musique obscure. Une faune hostile se dressait entre elle et son « fiancé ». Elle ne tarda pas à le repérer, une blonde jouant les gogo danseuse à trois centimètre de lui. Fait étrange il ne semblait pas prêter la moindre attention à cette pimpante demoiselle. Fronçant les sourcils elle se hissa sur la pointe des pieds pour voir ce qui obnubilait son compagnon mais bien entendu la haute silhouette de Julian lui masquait la vue. Elle fut bousculée par un jeune homme attirée par son postérieur moulée dans sa robe verte émeraude relativement courte, Julian avait choisit sa tenue, insistant sur le fait qu’elle ne pourrait pas faire une rencontre « spicy » si elle sortait habillé comme une cadre supérieur. Elle fit un pas sur le côté et écarquilla les yeux. Le destin semblait d’humeur joueuse ses derniers temps car ce n’était pas n’importe qui que se tenait face à Julian Spinelli, la main tendue et un sourire malicieux dans les yeux mais bel et bien Sara Giolitti. De là où elle se trouvait elle ne pouvait saisir ce qu’ils se disaient exactement mais elle lisait dans les yeux de sa « rivale » une touche de provocation et d’amusement, un défi. Avait-elle conscience de se jeter dans la gueule du loup, de donner à Julian un os à ronger. Athéna haussa les épaules et se dirigea vers le bar, elle allait boire un verre et attendre de voir comment la chose allait se terminer.

« 27 euros ? J’espère au moins que les sièges de ton taco étaient confortables, que tu les ais préférés à ma délicieuse banquette arrière me laisse sans voix. » Répliqua-t-il en s’emparant machinalement du mèche de cheveux barrant son front pour la replacer derrière son oreille. « Les félicitations sont de rigueurs à ce que j’ai entendu dire, où donc se cache le nouveau Monsieur Giolitti ? Tu l’as dévorés tout cru ce petit joueur ? » Un sourire insolent flottait sur ses lèvres. Qu’il ait envie de jouer à nouveau une intense partie de séduction avec cette femme l’étonnait grandement. Il avait manqué y perdre la santé, aussi bien mentale que physique la dernière fois. C’était lui qui l’avait rejeté pourtant. Alors qu’elle levait la main pour repousser sa main qui continuait à errer le long de sa gorge il immobilisait son poignet dans sa paume et son sourire s’accentua. « L’iceberg serait-il en train de fondre ? Tu es resté sentimentale Giolitti ? » Le bracelet, ce bracelet qu’il lui avait offert trônait encore à son poignet. « Passe une bonne soirée ! » Il effleura sa joue de sa bouche, emprisonnant sa seconde main avant qu’elle ne gifle. « Cet accueil me touche, vraiment… ».

Repérer Athéna ne fut pas difficile, elle était accoudée au bar, sirotant un cocktail dont il pouvait énumérer les ingrédients de mémoire et la façon dont elle se le faisait servir. Elle le regardait approcher, roulant des yeux amusés et réprobateurs. Il lui sourit et tendit la main, par réflexe elle nicha sa paume dans la sienne et fut surprise qu’il la tire vers lui, l’entrainant dans la marée de danseurs qui se trémoussaient sur la piste. Elle ne savait pas danser, pas ce type de danse et il le savait. Posant ses mains sur ses hanches il imprima un mouvement ondulant à sa taille, riant de la voir si guindée, il l’attira dans ses bras, ses yeux pourtant ne lâchait pas ceux de Sara. Il la défiait. Après tout, c’était sur une piste de danse qu’ils s’étaient rencontrés la première fois.







    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Sam 7 Mai - 18:21


JULIAN & SARA.
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VENDREDI, 22h45, PIGNA, PALATIN


C’est dans ces moments-là qu’on prend conscience qu’on est peut-être pas encore de taille à lutter contre tout ça, contre tout ces sentiments et émotions contraires qui étendent leurs griffes dans vos tripes pour en déchirer méticuleusement toutes les parois. Ca fait un mal de chien, mais on garde la tête et haute et l’esprit passablement clair parce qu’on est Sara Giolitti et qu’on nous a appris à ne jamais laisser filtrer la moindre émotion sur un visage de marbre des fois que cela puisse être utilisé contre nous. Pour ce faire, prenez l’enfant au berceau, répétez-lui à chaque fois qu’il pleure que les larmes sont pour les faibles, que la douleur n’est qu’une arme nécessaire à la combativité, que l’amour est une hérésie, un mythe visant à endormir une population naïve et influençable, que les peurs sont faites pour être dépassées, que le plaisir réside dans la difficulté, que la joie est un sentiment fugace qui ne dure pas et qui, comme l’amour, vise à endormir nos défenses pour mieux être poignardé dans le dos, que chaque émotion est le résultat d’une molécule dégagée dans le cerveau, une molécule qui doit être maîtrisé afin de n’être relâcher que lorsqu’on le décide pour ne pas se retrouver vulnérable face à un ennemi potentiel, apprenez-lui l’apathie, repassez-lui la mort de la maman de Bambi jusqu’à ce qu’il devienne parfaitement insensible et ne lâche même plus un début de larme, et lorsque le sujet se montre aussi talentueux et précoce que Sara Giolitti, alors passez à la phase deux dès ses dix ans. Inscrivez l’enfant à des cours de danse classique pour qu’il apprenne la résistance à la douleur physique, émotionnelle et morale, et à des cours de théâtre pour qu’il apprenne à jouer la joie, la tristesse, la surprise, l’émotion, des sentiments qu’il n’éprouve plus depuis des années mais qu’il doit être capable de mimer lors de réception publique pour compatir aux sorts des pauvres somaliens anémiques, ou se réjouir dans les bras de son père sur des clichés qui serviront à la campagne électorale dudit père. Un travail appliqué à chaque instant de sa vie, un lavage de cerveau, un formatage qu’elle avait eu du mal à cesser d’appliquer lorsqu’elle avait décidé qu’elle voulait croire en l’amour, cette hérésie tant décrié par un père qui souffrait mille morts auprès d’une femme adultérine et glaciale.

Finalement, Julian avait donné raison à un Giolitti, et rien que ça c’était d’une ironie si parfaite qu’elle aurait pu en rire si elle n’avait pas eu à retenir absolument chacune de ses émotions, même un rire froid et aseptisé, de peur que les autres filtrent en même temps et que la folie lui grille le cerveau. Elle avait cru être de taille à jouer, mais elle n’avait pas prévu qu’il surenchérisse, poussant le sadisme jusqu’à récupérer ce geste tendre qu’il avait eu des mois plus tôt, un tic qu’elle avait toujours apprécié lorsqu’elle le croyait encore sincère. Et ce simple geste pris des airs d’affront sitôt qu’il le répéta dans ce contexte, sans amour, preuve si nécessaire qu’il n’en avait jamais éprouvé à son égard et qu’il n’avait fait que jouer avec elle pendant de nombreux mois. Il trouvait même le moyen de l’obliger à accepter ce geste en immobilisant ses poignets avant de la féliciter pour son mariage, un sourire aux lèvres. « C’est Auditore. Milo Auditore. » Rectifia-t-elle après qu’il lui eut manqué de respect en l’appelant «monsieur Giolitti». « Retiens bien ce nom, c’est le mien à présent. » cracha-t-elle en répondant à son sourire sadique. Techniquement elle n’était pas vraiment honnête. Elle n’avait pas changé de nom et restait Sara Giolitti pour tous, mais... Après tout, pourquoi ne pas changer ? Peut être que ça ferait suffisamment chier son ex et son père pour qu’elle en éprouve une sorte de plaisir ? En attendant, pour vraiment faire chier son ex il aurait fallu plus qu’un nom. A vrai dire il aurait simplement fallut que le Auditore soit là, à ses côtés, et qu’il montre des signes extérieurs de tendresse à son égard. Mais il n’était pas là. Il n’était jamais là. Enfin si, pendant longtemps il avait été là à base de 24h/24, toujours en travers de son chemin, absolument partout où son regard se posait. Dans un premier temps elle l’avait prit pour un détraqué sexuel qui aurait fait une fixette sur elle. Elle avait même été jusqu’à appelé les flics prétextant que Madonna avait subit le même genre de harcèlement et qu’elle avait faillit y rester. Police Secours lui avait rit au nez dès qu’elle avait épelé le nom de son supposé agresseur. Milo Auditore n’était pas un délinquant, il était de l’autre côté de la barrière. Ouais, comme si ça allait la rassurer ce genre de discours, comme si ça n’existait pas les flics ripoux. Sauf qu’on ne lui avait pas clairement dit qu’il était flic, et aujourd’hui encore elle ne savait pas très bien ce qu’il faisait de sa vie. Peut-être qu’il était indic ? Espion ? A Venise il avait prétendu être sniper et devoir rentrer à Rome pour assurer la sécurité de la béatification de Jean-Paul II, mais elle avait prit ça pour une blague. Sniper ? Non mais sérieusement, quoi. Alors qui pouvait dire où il était ce soir ? Certainement dans la batcave entrain d'échafauder un plan pour débarrasser la planète de tout les Super-Vilains. S’il pouvait commencer par Julian Spinelli ça arrangerait beaucoup sa jeune épouse.

Surtout que l’ex en question venait d’apercevoir quelque chose dont Sara avait presque oublié la présence tant elle lui était devenue familière. Le poignet captif entre ses doigts, il pouvait à loisir étudier le bracelet qui s’y balançait doucement. Ce bracelet, LE bracelet, celui-là même qui avait tant fait jaser en raison d’une breloque en particulier, un solitaire qui pendait entre divers autres symboles de feu leur relation. Elle put presque faire le compte à rebours dans son crâne. 5. 4. 3. 2. 1. Zéro. Il entrouvrit les lèvres pour laisser filtrer une nouvelle salve meurtrière. Oui, oui elle était sentimentale, oui elle avait conservé ce bracelet parce qu’elle refusait, malgré tout, d’accepter l’évidence. Elle refusait de croire que tout ceci n’avait été que mascarade et poudre aux yeux, elle voulait croire que l’homme qu’elle avait aimé avait réellement existé et lui avait offert ce bijou. Mais cet homme n’était plus. Cet homme venait de définitivement disparaître en même temps que son homologue froid, machiavélique et sadique lui tournait le dos pour aller rejoindre celle qu’il appelait sa fiancée à présent. Elle observa entre tristesse et fureur son dos traverser la marée humaine en direction du bar, tandis que ses doigts, fébriles et tremblants s’évertuaient à trouver la fermeture de son bracelet afin de le décrocher. Ce simple geste sembla lui prendre un temps infini, un temps que Julian mit à profit pour récupérer sa fiancée et l’entrainer sur la piste de danse. Sara avait parfaitement conscience de ce qu’il tentait de faire, mais elle n’entrerait pas dans son jeu. Elle se souvenait avoir usé de la même technique un fameux soir, près d’un an plus tôt, abusant des talents de danseur de Dario afin de ferrer sa proie. Il avait été sa proie. Aujourd’hui il semblait prendre un malin plaisir à retourner ses propres armes contre elle. Sauf qu’elle n’avait pas envie de jouer, encore moins de revêtir le costume de dindon de la farce. Lorsqu’enfin le bracelet se décrocha pour tomber dans sa main, elle attrapa un serveur par le bras, et attira son oreille contre sa bouche. Dans le brouhaha ambiant, il hocha la tête pour lui signifier qu’il avait compris et/ou qu’il acceptait. Alors elle déposa ce bijou qu’elle avait tant aimé sur le plateau circulaire, puis désigna de l’index le danseur qui ne la lâchait pas du regard. Le serveur n’aurait pas vraiment eu besoin de cette précision pour reconnaître Julian Spinelli, habitué des lieux, sur la piste de danse, mais accepta d’un signe de tête, avant de s’éloigner d’elle pour rejoindre le couple de danseur. Un bras derrière le dos, l’autre présentant le plateau sur lequel trônait un seul et unique objet, il se montra très théâtral en l’avançant entre les deux danseurs à présent immobiles sur la piste de danse. Il laissa le jeune héritier récupérer son bien, et voulu lui désigner la jeune femme qui le lui avait remit, mais... L’endroit où elle se trouvait quelques instant plus tôt brillait par son absence. Il sonda la foule des yeux à sa recherche et s’arrêta sur la porte d’entrée en haut de l’escalier. Il pointa un bras et un doigt dans cette direction afin que son client puisse l’entrapercevoir avant qu’elle n’ait totalement disparue, mais finalement tout ce qu’il restait d’elle c’était une frêle silhouette de dos et un regard réfrigérant fixé sur Julian. Pas son regard à elle, non, un regard masculin appartenant à un visage tout aussi masculin qui la surplombait elle, de plusieurs têtes. Il haussa les sourcils au-dessus de son regard d’un bleu quasi irréel a potentiellement flippant avant d’étirer ses lèvres en un sourire en coin qui, lui aussi, avait quelque chose de flippant. Il mima une révérence avant d’attraper la jeune femme de dos par l’épaule et de disparaître définitivement dans la rue.

« Je te laisse seule cinq minutes et tu trouves le moyen de courir dans les bras de ton ex ? Notre mariage démarre très mal. » Souffla le mari, finalement pas si loin que ça, avec une théâtralité toute surjouée qui n’appartenait qu’à lui. « Je commence a me demander si on m’a pas implanté une puce électronique sous la peau.» enchaîna-t-elle en marchant en tête du duo, soulevant sa manche pour inspecter le pli de son bras. « Tu m’as placé un gps dans le crâne pendant mon sommeil, ou quoi ? Comment vous faite pour toujours me retrouver, tous, tout le temps ? » « C’est l’amour qui guide mes pas. » Répondit la voix dans son dos, provoquant l’immobilité totale de la brunette qui fit volte-face pour l’observer avec lassitude. « Facebook, Sara. » Annonça-t-il après un moment de silence. « Tu as utilisé la localisation facebook pour indiquer où tu te trouvais. » Ha oui ? Ha oui. Se mordant la lèvre inférieure elle s’autorisa quelques secondes pour se sentir stupide et coupable, avant de reprendre son air farouche et hautain. « Y a plus moyen d’être tranquille nulle part avec ces réseaux sociaux. Honnis soit Facebook. »

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SAMEDI, 22h30, CASTRO PRETORIO, ESQUILINO


Deux heures à bailler devant un navet d’art et d’essai dans une salle obscure franchement parsemée, c’était sa punition pour avoir déserté le sacro-saint cocon familial sans prévenir Papa au préalable. Deux heures à observer un type absolument ordinaire poursuivant sur un fond vert, un lapin en lâchant des «cui-cui» censés attirer la bestiole - la métaphore devait être archi subtile parce que Sara, malgré ses cinq années d’études et quatre langues à son actif, ne saisissait pas l’intention de l’auteur -, c’était la façon qu’avait trouvé son parano et tortionnaire de paternel pour lui faire payer sa fugue. A peine ses pieds avaient-ils foulé le sol romain que son portable entamait une danse frénétique dans sa poche de jean, comme si Paolo avait des sbires postés absolument partout, l’informant du moindre déplacement de sa fille chérie et surprotégée. Il était bien du genre à lui coller un espion au cul pour s’assurer qu’elle ne risquait pas de se casser un ongle en ouvrant son soda. C’est la pensée qui lui avait effleuré l’esprit lorsqu’en s’emparant de son portable d’une main, elle s’était vu privée de la canette de coca zéro qui parasitait l’autre par son chevalier servant en titre, s’empressant de l’ouvrir pour elle tandis qu’elle lui lançait un regard perplexe auquel il répondit par un haussement d’épaule. C’était donc très exactement cinq minutes après son atterrissage à l’aéroport Leonardo da Vinci qu’elle avait appris que le surlendemain elle devrait babysitter et téléguider une illustre inconnue à une réception mondaine et lui éviter le suicide social lors de cette grande première pour elle. Le lendemain, comme dans un vieux polar en noir et blanc, dans l’immense et impressionnant bureau de son père, alors qu’elle avait le cul posé dans un de ces ostentatoires fauteuils en cuir vieillis, il lui avait remit un dossier contenant le nom, le prénom, et une photo récente de la demoiselle concernée. Une photo prise à son insu, ça va de soi. Le dossier recelait d’autres détails sur sa vie privée et publique, que Paolo jugeait probablement utiles à sa fille. Giuliana Acciaro, fille illégitime d’un éminent écrivain-cinéaste italien dont on lui taisait le nom puisqu’il ne souhaitait pas reconnaître l’enfant. Mais puisque la soirée mondaine n’était autre qu’une projection de film suivie d’un cocktail dinatoire, Sara n’avait pas besoin de sortir de l’ENA pour faire le rapprochement entre le film projeté et le père indigne. Paolo lui avait également appris que la jeune femme en question n’était au courant de rien, et pensait ne faire qu’assister à la projection. C’était la grand-mère qui avait orchestré ce plan machiavélique visant à réunir le père et la fille dans le même cocktail pour démontrer au père que la place de la fille se trouvait à ses côtés. Mouais... La mission de Sara ? Repérer la rouquine, l’aborder, lui faire la conversation, et l’entrainer contre son gré dans ce cocktail où même elle n’avait pas envie de foutre les pieds. Finger in the nose !

Ginger avait été la dernière à quitter la salle, s’attardant au premier rang, les yeux fixés sur l’écran où défilait à présent le générique. « Personne ne reste jamais pour le générique. » avait alors annoncé Sara en s’approchant de sa proie, se laissant tomber sur un siège de la rangée derrière elle, les coudes appuyés sur le dossier devant elle. « Faut se ruer dehors dès les premières notes, sinon la grosse Lucia nous aura devancé au bar et il ne restera plus ni champagne, ni petits-fours. » lui avait-elle glissé sur le ton de la confidence, une moue blasée aux lèvres. « Oh, mais... Je ne vais pas au cocktail. » lui avait alors répondu la rouquine, presque en s’excusant que ce ne soit le cas. « Et t’as envie d’y aller ? » N’importe qui aurait dit oui, joint les mains en prière et remercié le ciel en expliquant que ce serait la chose la plus merveilleuse au monde, l’accomplissement de toute une vie - ouais, au moins -. Sauf que non. Ginger avait froncé le nez et secoué la tête vivement. C’était à ce moment-là que Sara avait décidé qu’elle appréciait cette fille. Toutefois elle avait une mission a mener à bien, et pour ce faire elle devait entraîner de gré ou de force la rouquine dans cette réception qui ressemblait plus à une campagne publicitaire démontrant les méfaits du botox et autres ravages esthético-audacieux, comme cette femme qui se retrouvait à devoir souffrir d’une affiliation indéniable avec Daffy Duck. « Et rater tout ce que Rome compte de fringants vieux papys et leurs nièces à fort accent russes ? Tu n’y penses pas. Allez, suis-moi ! » sans lui laisser le choix, elle s’était emparée de son poignet et l’avait trainé à sa suite entre les rangées de sièges en velours rouge pour regagner la sortie depuis laquelle on entendait déjà le bruit des coupes qu’on entrechoque et les rires gras qui vont avec. Lucia était étalait déjà sa gracieuse graisse dans un fauteuil Louis XV et séquestrait un pauvre serveur qu’elle maintenait captif auprès d’elle, une main accrochée à sa cravate, l’autre piochant allègrement sur le plateau de petit-fours dont il manquait déjà la moitié. « Lucia. » avait-elle indiqué d’un mouvement de menton, tout en se faufilant dans la foule de noeud de pap’ bruyant, direction le bar, la rouquine sur ses talons. Puis elle s’était immobilisée à quelques mètres de leur destination préprogrammée, s’était retournée vers sa «mission» et lui avait ordonné de prendre une profonde respiration, le reste de la route devant se faire en apnée. Sans trop comprendre pourquoi, Ginger s’était exécutée, suivant l’exemple de son aînée, et remplissant ses joues d’oxygène façon hamster. Quelques secondes plus tard, son poignet se trouvait de nouveau entre les doigts de la brune qui fonçait, tête basse, au travers d’une nuée de femmes ayant passé la date de péremption depuis près d’un quart de siècle. « Les cocues joyeuses. » Avait annoncé Sara en posant une main sur la nappe écru du bar, en jetant un regard sur le banc de cougars qu’elles venaient de traverser. « Elles mettent un point d’honneur à utiliser en simultané tous les parfums que leur époux leurs offrent pour compenser les adultères quasi publiques qu’elles subissent au quotidien. Vu qu’elles se parfument à hauteur des cornes qu’elles se payent, l’air se retrouve très vite saturés de Shalimar, et autres merdes hors de prix. »

« Moi c’est Sara. » Avait-elle fini par se présenter au bout d’un bon quart d’heure tant elle avait perdu l’habitude qu’on ne connaisse pas déjà tout d’elle avant même le premier «bonjour». « Giuliana.» avait répondu la rouquine en acceptant la coupe qu’elle lui tendait. « Pas de bol. Personne n’est parfait. » Ginger n’avait certainement pas saisi sa réflexion envers un prénom qu’habituellement les gens trouvaient charmant, mais il lui suffirait de lire l’Osservatore pour comprendre la réaction allergique de Sara. Elles avaient trinqué, avalés des petits-fours lorsqu’un serveur chanceux échappait à Lucia, et discuté. Enfin Sara avait beaucoup discuté avec elle-même, vu que Ginger semblait fonctionner par monosyllabes. Alors elle avait fait la conversation, parlant de tout et de rien, surtout de rien, jusqu’au moment où l’idée de se procurer une arme, de se la coller dans la bouche et d’appuyer sur le détente était passée de parasitaire à totalement obsédante. Alors elle avait prétexté une envie pressante pour se rendre aux toilettes, s’enfermer dans une cabine, refermer la cuvette, s’asseoir dessus, ramener ses jambes contre elle, composer un numéro sur son portable, et plaquer le téléphone contre son oreille avec la fébrilité d’une camée en manque. Ces crises d’angoisse lui arrivaient de plus en plus souvent, sans raison apparente si ce n’est une foule oppressante, des idées noires et l’impression de n’avoir aucun but dans la vie. La seule chose qui lui permettait de tenir c’était le déni pur et simple, le refus de se pencher plus que ça sur les raisons de ce mal-être, et son nouveau jouet : Milo. Enfin «jouet» c’est l’appellation qu’elle lui donnait dans sa tête pour ne surtout pas lui donner trop d’importance et ne pas accepter l’évidence. Son jouet. C’était plutôt elle le jouet dans l’histoire, recroquevillée sur une cuvette de toilette à compter les tonalités qui la séparait de cette voix qui lui rappellerait qu’elle n’était pas totalement seule et qu’il y avait peut être une infime possibilité qu’elle compte pour quelqu’un, même un petit peu. Évidemment, il ne répondit jamais. Évidemment il devait encore être entrain d’assurer la sécurité de Dieu sait qui au Vatican, puisque c’était la raison de son retour à Rome, de leur retour puisqu’elle avait suivi en bon petit toutou. Alors elle avait quitté sa planque, remonté sa robe bustier d’un mouvement preste, l’avait remontée aussi sur ses jambes puis avait daigné quitté les toilettes dame et retourner à sa mission du soir.

Ginger n’avait pas bougé de sa place, comme si elle avait peur de faire le moindre mouvement et de provoquer une catastrophe genre réaction en chaîne, à moins que ce ne soit du au simple besoin de passer inaperçue et de se fondre dans la masse. Oui, sûrement. Mais elle n’était plus seule. Évidemment. Une jeune femme ne reste que rarement seule dans ce genre d’endroit, y a toujours un pseudo-Berlusconi pour tenter une ouverture, ou en l'occurrence, un Julian Spinelli. C’était aussi pour ça qu’elle n’avait pas du tout éprouvé le désir de se rendre à cette projection. Depuis qu’il était de retour à Rome, chaque soirée mondaine était un risque potentiel de le croiser. Un risque élevé à dire vrai puisqu’il semblait mettre un point d’honneur à être de toutes les fêtes, sa gueule de coton-tige sous acides -comme l’avait si bien décrit l’Osservatore- affichant son bonheur tout neuf dans toutes les pages de magazines relatant l'événement dès le lendemain. Et Sara, en pleine overdose Spinellienne, n’avait plus qu’une envie : se procurer une arme, la lui coller dans la bouche et d’appuyer sur le détente pour repeindre les murs tapissés d’un tissu écru aux reflets dorés avec sa cervelle. Elle le voyait lui offrir son plus beau sourire et jouer avec une de ses mèches rouquines l’entortillant autour de son index, avant que Ginger ne la récupère pour la ranger derrière son oreille. Décidément, Rouquine allait devenir sa nouvelle meilleure amie... À condition de changer de prénom. Jamais Sara n’avait encore traversé une salle de réception aussi rapidement. Elle avait écrasé quelques escarpins au passage, et récupéré une coupe sur un plateau, qu’elle s’était enfilé cul sec avant de reposer le verre vide sur le plateau du serveur qui se trouvait être entrain de proposer sa drogue alcoolisé au merdique petit politicien. Elle avait frappé tellement fort le verre contre le plateau d’argent que tout le monde avait sursauté, même Lucia - c’est pour dire -, puis en avait récupéré un autre, qu’elle avait sifflé aussi rapidement. « Alors lui, tu vois... » avait-elle commencé en passant un bras autour des épaules de la rouquine, marquant ainsi son territoire. « c’est l’exemple même du genre de personne que tu dois absolument éviter. » La mine sérieuse, elle lui faisait un topo sous le nez même de Julian, ne se souciant pas le moins du monde de heurter sa sensibilité, c’était justement le but, la heurter, la mettre à terre et sauter à pieds joints dessus. « Lui tu peux. » L’autorisa-t-elle en désignant un brun sur leur droite. « Lui aussi. » son index désignait un trentenaire tout sourire qui leur répondit d’un petit signe de main absolument ridicule. « Lui tu peux. » Un autre brun à quelques mètres. « Lui tu peux. » Le serveur qui leur présentait toujours son plateau de coupettes. « Mais lui tu peux pas. » Sa main venait de s’abattre sans une once de délicatesse sur l’épaule d’un Julian qui continuait tant bien que mal d’afficher un sourire aussi faux que son attitude pseudo décontractée. Sa main repoussa l’épaule de Julian dont l’impulsion l’obligea à un mouvement de recul tandis que son ex compagne attrapait Ginger par les épaules et le regardait avec tout le sérieux dont elle était capable. « Rome est une jungle hostile, et y a parfois, des phacochères qui se prennent pour des lions. Tu me diras, c'est pas dangereux un phacochère, mais détrompe-toi, t'as vu Pumba ? Ses gaz sont mortels ! » Elle secoua la tête comme si cette affirmation la consternait, puis jeta un regard faussement triste en direction de Julian. « Allez, on se casse avant que ça ne chlingue pour de bon. » C’est cet instant que choisi le DJ pour renvoyer Vivaldi à son XVIIème siècle pour le remplacer sans transition par une Rihanna proclamant son amour pour le sexe SM. Sara jeta un coup d’oeil à son poignet débarrassé de son bracelet mais pas de sa montre. Minuit. Ca expliquait le changement musical. Elle afficha, alors, un sourire à damner un saint, et se retourna vers sa partenaire du soir. « Voilà de quoi faire une sortie à notre hauteur ! » annonça-t-elle en lui faisant signe de s’approcher le tout ponctué des « Nanana come on ! Nanana come on ! » Et sans plus prêter un regard à son parasitaire et douloureux ex, elle entraina sa mission en direction de la sortie, prenant son temps en traversant la foule, s’amusant à s’arrêter en plein milieu pour s’approprier les paroles de la barbadienne en ondulant sur ses talons hauts, allumant tout ce qui se trouvait sur son passage, du serveur jusqu’au papy cardiaque rougissant jusqu’à ses favoris en se tenant le coeur. Sa jeune protégée qui avait tout de la provinciale timide se retrouva embarquée par une héritière qui semblait déterminée à réveiller les morts en instaurant une ambiance de luxure avant de vider les lieux. Bientôt la salle fut séparée en deux, une partie s’offusquant du manque de retenue de l’héritière Giolitti se donnant en spectacle, et l’autre partie, plus vaste, se prêtant volontiers au jeu en montrant des signes certains d’amusements.



Lorsqu’elles atteignirent finalement le vestiaire, tout au bout de la salle, le jeune italien s’y trouvant la gratifia d’un « Nanana come on ! » auquel elle répondit par une grimace en secouant la tête. « Pas lui non plus. » Informa-t-elle Ginger en désignant le vestiaire d’un signe de tête. La mine déçue il rendit son sac et sa veste à Sara avant de s’occuper des affaires de Giuliana. En attendant que cette dernière enfile sa composition florale - bordel c’était quoi cette veste-tapisserie ? Mission 2 : refaire sa garde-robe - Sara hasarda un regard en direction de la foule qui continuait à s’agitait sur les vibes de Rihanna. Elle ne tarda pas à croiser son regard, ce regard-là qu’elle cherchait sans même le vouloir, ce regard qu’elle aimait et détestait en même temps. Alors, muettement ses lèvres se calquèrent sur les paroles de la métisse, sans lâcher son ex des yeux : « 'Cause I may be bad, but I'm perfectly good at it. Sex in the air, I don't care, I love the smell of it. Sticks and stones may break my bones. But chains and whips excite me. » Puis Giuliana finalement engoncée dans son rideau de mamie, elle forma un dernier « Nanana come on ! » avant de lui envoyer un salut militaire, deux doigts partant de son front, et pressa le pas en direction d’une sortie ferme et définitive. « Faut vraiment qu’on te trouve un nouveau prénom. » annonça-t-elle en resserrant le col de sa veste contre son cou dans la fraîcheur de la nuit. « Et accessoirement qu’on te trouve un nouveau manteau. » acheva-t-elle dans une grimace en pinçant entre deux doigts le tissu en overdose florale. Oui, mais d’abord, une glace !!

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शनिवार,09h55,नई दिल्ली,INDIA.













1 NV SMS


Tosca, si tu ne rentres pas immédiatement je n’hésiterais plus à te faire rapatrier de force, s’il le faut ! As-tu conscience de risquer un nombre incalculable de maladies mortelles par le simple fait de respirer dans ce pays ?! Est-ce qu’au moins tu as fait ton rappel du vaccin contre le tétanos ? Et la malaria ? Sans compter qu’Al Quaïda peut frapper à tout moment. T’as place est là où je peux te protéger, pas à des millions de kilomètres ! Je me fous de savoir si tu es avec Pierre, Paul ou Jacques, et encore moins si tu as épousé Pierre, Paul ou Jacques, tu vas me faire le plaisir de ramener ma chaire et mon sang en Italie, et l’inconscient qui a accepté de s’unir à toi sans même m’en demander l’autorisation, par la même occasion, j’ai deux mots à lui dire. Apprendre que ma fille est mariée en lisant l’Osservatore, non mais tu te rends compte de la déconvenue pour un père et accessoirement homme politique ? RENTRE !

coded by katie of atf


Depuis sept jours, elle n’avait eu le droit qu’à un simple «Rentre.» clair, net, précis, mais aujourd’hui, en ouvrant son texto tout en se frottant un oeil encore groggy de sommeil, elle s’étonna de la longueur du texte. Ok, ça ne plaisantais plus, maintenant, papa était vraiment au bord de la crise de nerf, à deux doigts d’avaler son extrait de naissance. Elle aurait pu en rire si elle ne l’avait pas imaginé à gigoter sur son fauteuil au cuir ayant prit la forme de son fessier depuis le temps, pianotant comme un dément sur son smartphone dernière génération, avant de s’emparer de son téléphone de bureau pour contacter l’ambassade d’Italie en Inde et leur demander une intervention armée dans l’hôtel où sa petite princesse était encore profondément endormie à l’heure d’envoi de ce texto. Elle fut même surprise de ne pas retrouver des hommes cagoulés au pied de la moustiquaire, arme au poing. Bon, c’est qu’elle devait avoir encore quelques heures devant elle. Elle composa rapidement un «ok», puis appuya sur la touche «envoi» avant de laisser retomber son iPhone sur le sol, et d’enfoncer sa tête dans un de ses immenses oreillers qu’elle affectionnait tant. A tâtons elle chercha le bras masculin qui devait se trouver dans son dos, s’en empara, et le ramena contre sa poitrine comme une peluche contre laquelle on pourrait se lover à loisir. Elle en profitait maintenant, tant qu’il dormait, parce qu’une fois éveillé, tout serait différent. Elle craignait qu’à Rome aussi tout soit différent, très différent. Et pas sûr qu’elle ait vraiment envie que ça le soit.



Principessa Sara Giolitti
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DISPO POUR UN SUJET ?: oui

MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Dim 22 Mai - 9:45




« Baby, I have no story to be told,
But I've heard one on you and I'm gonna make your head burn,
Think of me in the depths of your despair,
Make a home down there as mine sure won't be shared »




« Non ? Comment ça non ? » Une pointe de colère perçait dans la voix du jeune homme alors qu’il reposait bruyamment sa tasse à café sur la table de cuisine.
« Je t’aime Julian et je suis ta mère, je ne viendrais pas à cette soirée, je ne veux que ton bien et ça ce n’est pas bien. » Répéta calmement Stella en grignotant le bout d’un croissant. Elle posa une main apaisante sur celle de son fils. Julian avait machinalement serré sa main droite en un poing rageur, elle comprenait mais elle ne pouvait décemment pas lui mentir, elle ne lui avait jamais menti, sauf lorsqu’il était enfant, au sujet de Dante et de ses visites mais elle aussi croyait que son beau-frère finirait par changer. Etrangement elle reconnaissait beaucoup de Dante dans le Julian qui lui faisait face et tellement de Giovanni également, quelque chose en lui était en train de se flétrir. Elle n’était pas dupe, elle l’avait vu avec cette jeune femme qu’il prétendait être sa fiancée. Athéna avait beau être charmante, idéale pour son fils, elle avait clairement vu qu’ils ne s’aimaient pas tout du moins pas comme s’aime un couple près à se marier. Il y avait quelque chose de différent entre eux, de plus profond mais de moins charnel. Cette jeune fille avait beau porter la bague de la mère de Livio, Stella savait que ce n’était que poudre aux yeux. Elle aimait son fils, elle avait supporté ses excentricités, ses crises identitaires mais cette fois, elle ne pouvait laisser faire et suivre sans rien dire. Il était son fils, elle ne voulait que son bien.
« Mais… » Commença t-il.
« Je suis ta mère Julian. Je sais qui tu es, ce que tu es et j’ai sais très exactement ce dont tu es capables, en bien comme en mal. Athéna est une jeune femme charmante mais elle n’est pas celle qu’il te faut et je sais que l’un comme l’autre vous en avez conscience. Je ne sais pas pourquoi tu fais tout cela Julian et crois bien que si j’étais certaine que cela pourrait te rendre heureux je n’hésiterais pas un instant à t’accorder tout mon soutient… Mais, tout cela ce n’est pas toi. Tu n’es pas machiavélique, tu ne cherches à provoquer personne… Ce n’est pas toi. Le mariage a toujours été une institution qui avait de la valeur à tes yeux, Giovanni t’as donné la bague de ta grand-mère en sachant que tu a destinerais à la femme de ta vie. J’aime beaucoup Athéna et en de nombreux points vous êtes fait pour vous entendre… Mais elle n’est pas la femme que tu aimerais jusqu’à la mort, celle pour qui tu sacrifierais toute ta carrière, tes rêves, ta famille. Ton père pense que je me trompe, que tu as peut être changé plus que nous le pension en un an, que tu as besoin de stabilité. Je suis d’accord avec lui, tu as besoin de stabilité. Mais quand je suis venue en Sicile avec toi, et qu’Athéna nous a rejoints, j’ai ressenti une complicité entre vous mais pas une véritable intimité… J’ai vécu des années aux côtés de Dante, Julian je ne suis pas dupe. Je t’aime, je ne te dis pas cela pour te blesser et si je me trompe j’espère qu’un jour tu me pardonneras ce que je viens de te dire et mon absence à cette soirée. Je l’espère vraiment mais je suis certaine de ne pas me tromper.» La main de Stella quitta délicatement celle de son fils, il n’y avait aucune lueur d’appréhension ou de regrets dans ses yeux, simplement une profonde compassion et un amour infini. Julian se demanda alors comment il pouvait mentir à une femme qui le connaissait si bien, en qui il avait toujours eut toute confiance. Pourquoi mentait-il à sa famille plus encore alors que chaque jour les chances de faire de nouveau sienne Sara Giolitti s’amenuisaient ? Elle le fuyait, elle s’était marié à un quasi inconnu, elle ne le désirait pas. Julian ferma les yeux une poignée de seconde, il prit une longue inspiration.
« Tu refuses de venir rencontrer la famille d’Athéna. » Clarifia t-il simplement en évitant son regard. Stella eut un sourire léger, Julian Spinelli, tête de mule, les Spinelli ne pouvaient niés sont ascendance, il avait hérité du caractère de la famille, tout comme sa sœur. Sa mère tendit alors la main au dessus de la petite table et glissa son index repliée sous le menton de son fils, le forçant à lever le menton pour la regarder dans les yeux. Et ce fut seulement lorsqu’elle capta enfin son regard qu’elle déclara avec sa douceur caractéristique.
« Non Julian, je refuse de te voir malheureux. » Souffla t-elle en caressant sa joue dans un élan de tendresse toute maternelle. « Et Athéna ne te rendras pas heureux, on ne battit pas une relation de couple sur un mensonge et tu le sais, regarde ce qui est arrivé à tes parents biologique. » Julian leva les yeux vers sa mère et souffla doucement.
« Personne ne me rendra heureux maman, je ne suis pas fait pour l’amour. » Un aveu à demi-mot d’un mensonge qui chaque jour l’enlisait petit à petit dans la surenchère médiatique contre Sara.
« Si mon chéri, tu es fais pour aimer une seule femme. Reste à savoir si une fois de plus tu es prêt à te battre ? »

(…)

« Lâchez-moi ! » Si sa voix restait calme on sentait tout de même la menace sous jacente à cet ordre. Un ordre qui n’eut pour effet que de le voir pousser contre le capot d’une voiture et fouillé de bas en haut. Une action qui fit montée la colère en lui, il perdit de sa maitrise et sa voix se fit sourde, menaçante et lourde de menaces cette fois. « Je suis un membre du Sénat ! Lâchez-moi ! » Ordonna t-il une fois de plus. L’un des policiers leva les yeux au ciel, il se fichait de qui pouvait être ce môme qu’il venait de ramasser dans la rue ivre, une bouteille de bourbon dans une main, sa cravate dans l’autre. Le patron avait dit de l’arrêter, ils l’arrêtaient. Néanmoins personne ne leur avait dit dans quel état ramener le garçon. Il n’aimait vraiment pas son ton. Un membre du sénat rien que ça ? Silvio n’était dans la police de Rome que depuis quelques semaines mais une chose était sur, on n’embauchait pas de gamin au Sénat, sauf pour servir de coursier. En plus des insolents, il avait en horreur les menteurs. Il jeta un regard à son collègue qui lisait tranquillement ses droits au gosse qui se débattait encore tandis que Silvio s’employait à lui passer les menottes. Il prit le gamin à la nuque et d’une secousse envoya son crâne cogné contre le capot de la voiture de patrouille. Julian étouffa une plainte de douleur alors que son nez entrait en contact avec la carrosserie, il y eut un craquement et le goût métallique du sang. La pression sur sa nuque se relâcha tandis que les deux policiers se disputaient à mi voix.
« Bon dieu Silvio mais qu’est ce qui t’as pris ! » Jura son collègue en retournant Julian sur le dos pour vérifier l’ampleur des dégâts, une légère contusion au front mais de son nez s’écoulait un flot de sang qui maculait le bas de son visage, sa chemise d’un blanc immaculé et à présent sa veste de costume. Le policier jura de plus belle et ôta sa veste puis son pull pour enlever son tee-shirt et s’en servir comme compresse pour stopper l’hémorragie.
« J’aime pas qu’on me manque de respect. » Grogna le policier en s’éloignant pour contacter leur chef par radio, il signa qu’ils avaient appréhendés l’individu ivre sur la voie publique signaler par une riveraine, que le futur détenu souffrait d’une hémorragie nasale dû à une chute provoquée par son état d’ébriété, qu’ils allaient le ramener au commissariat dès qu’il arrêterait de pisser le sang. « Je ne vois pas pourquoi tu t’inquiètes, il se souviendra de rien demain matin ! » Ajouta t-il à l’intention de son collègue après avoir rangé sa radio. « Il est bien cuit le coco. »
« Le coco comme tu dis c’est Julian Spinelli. » Répliqua son partenaire en aidant Julian à se redresser. Il examina son nez, du sang s’écoulait encore, une légère bosse s’était formée sur le côté droit de son nez et déjà sa peau bleuissait.
« Ouais et alors ? » Soupira son coéquipier en remettant en place les pans de son uniforme malmené par l’altercation avec le jeune chef de cabinet. « Qu’il s’appelle Spinelli ou Tartempion, qu’est ce que ça change, c’est qu’un homme bourré sur la voie public, le patron a demandé qu’on le ramène, c’est tout ce que je sais moi. » Son coéquipier soupira mais aida Julian à monter à l’arrière de la voiture avant d’instruire son collègue sur la situation. Il lui arrivait régulièrement d’oublier que Silvio n’était pas romain d’origine mais sicilien, ce qui expliquait ses manières cavalières, son grand emportement et sa froideur de façade. Les Spinelli était une famille influente à Rome, et chacun connaissait leur nom dans cette ville, ne pas reconnaitre le seul héritier masculin de la famille aurait été difficile étant donné que son visage apparaissait à la une de tous les tabloïds de la ville depuis deux ans puisque non content d’être un petit génie l’héritier de Giovanni était aussi un grand séducteur, bien entendu il avait été doublement à la une compte tenu de la mort récente et tragique du patriarche Spinelli et des soupçons qui avaient pesés sur lui. Mais, Silvio ne pouvait pas savoir tout cela, la Sicile se désintéressait du reste de l’Italie c’était bien connu. Il referma la porte sur un Julian passablement ivre qui marmonnait en français un flot de paroles qui correspondaient surement à la procédure judiciaire qu’il attenterait contre eux lorsqu’il serait sortit de cellule de dégrisement. Enfin il se tourna vers son collègue et se décida à éclaire sa lanterne.
« Julian Spinelli est le petit fils de Giovanni Spinelli, le mania de l’hôtellerie mais aussi le Sénateur, récemment décédé lors d’une fusillade l’été dernier. C’est aussi la figure politique la plus connu après Berlusconi bien qu’il ne soit en rien devenu Sénateur, il est chef de Cabinet pour les Républicains, il est très influent ici et sa famille à bien plus de pouvoir encore… Voila pourquoi des brutalités policières sur la personne de cette chère tête brune n’était peut être pas une excellente idée. » L’informa t-il en prenant la direction de l’avant de la voiture.
« Oui mais le chef … »
« Le chef a un problème avec la famille Spinelli, Julian, le mec à l’arrière de la voiture, a manœuvré de façon à ce qu’on lui donne quelques tapes sur les doigts pour son comportement envers ses proches. Le chef l’a dans le nez, ce n’est pas une raison pour que tu te défoules sur un « détenu », c’est bon qu’a s’attirer des ennuis avec les Spinelli. » Le morigéna t-il en se glissant derrière le volant. Il jeta un regard au « détenu » par l’intermédiaire du rétroviseur, Julian se débattait contre ses menottes et grognait des insultes diverses dans de multiples langues. Le jeune homme était ivre, mais pas suffisamment pour être inconscient de ce qui se passait autour de lui. A son arrivée en cellule il serait déjà passablement dégrisé. Mais, une fois dans l’enceinte du commissariat ce ne serait plus son problème. Il espérait simplement que Julian se souvienne que c’était Silvio qui avait usé de la force sur lui… Il tenait à sa carrière et c’était connu, les Spinelli avaient de nombreux contacts.

(…)

Alors qu’il tournait gaiement sa cheville dans les aires en sifflant un air de « le train siffle deux fois », une voix se fit entendre derrière lui. Julian soupira et daigna se retourner sur le ventre pour jeter un regard compatissant à son nouvel interlocuteur. Il était coincé en cellule depuis deux heures à présent et il commençait à se demander combien de temps il allait patienter avant que le maitre des lieux ne passe lui faire une petite visite.

« Julian Spinelli, j’ai comme une impression de déjà-vu, non ? » Souffla le commissaire avec un immense sourire.
« Furlan je me commençais à me demander quand votre auguste face de bipède bipolaire allait faire son apparition dans mon champ de vision. » Devant lui se tenait un homme mi homme mi-mollusque/moumoute, son vieil ennemi, le Commissaire Furlan. Engoncé dans une veste de grand couturier de trois ans démodé bien trop petite pour lui, le commissaire bedonnant dardait sur Julian un regard triomphant. Pour ceux qui n’auraient pas été suivit la relation conflictuelle, petit résumé de leurs rapports à la fois professionnel et intime. Tout avait commencé trois ans plus tôt, au retour de Julian de Paris. Il courrait tout ce qui était sexy avec une jupe à l’aune du QI, et il avait culbuté la fille de Furlan, une jeune femme qui se présentait comme vierge à son père mais qui en réalité avait le feu à sa jupe. Malheureusement Furlan avait encore des peaux de saucissons sur les yeux au sujet de sa fille et lorsqu’il les avait surprit au lit … Julian était devenu sa bête noir, le coureur qui avait séduit et dépucelé sa fille. Une grande histoire d’amour était née entre les deux hommes. Dès lors Furlan ne l’avait pas lâché. C’était d’ailleurs grâce à l’intervention du policier qu’il avait séduit Sara la première fois, Furlan les avait raflés lors d’une rave party et la tension sexuelle avait fait le reste. Il y avait aussi eut la fois où il avait arrêté son père et sa fiancée. Ou la fois où Furlan l’avait interrogé au sujet de l’assassinat de son grand père. Bien entendu suite aux persécutions et pressions policières la famille Spinelli dans sa totalité avait fait front face au policier et Livio avait obtenu que la persécution cesse. Mais cela remontait à près de huit mois et Furlan s’était tenu tranquille depuis le retour de Julian, une paix qui ne pouvait duré bien longtemps la rancœur pesait lourd dans la balance. Furlan n’avait pas apprécié de se faire taper sur les doigts par ses supérieurs, ni de devoir présenter des excuses à la famille Spinelli après les avoir innocenter dans son enquête. Bref le flic l’avait dans le nez et c’était réciproque. « Il m’a bien semblé voir votre acolyte à mon arrivé. Cela ne vous suffit pas de coffrer des innocents, il faut en plus que vous que vous veniez imposer votre présence à vos prisonniers. » Soupira Julian dans une attitude nonchalante qui devait surtout au reste d’alcool qui stagnait dans son sang. Il avait la migraine et ses mains tremblaient, prémices d’une rechute et d’une envie dévorante. Il avait bu plus que de raison ce soir. Bien trop pour un homme seul. Il n’avait rien fêté si ce n’était sa solitude. Bien entendu Julian avait encore conscience que provoquer l’homme qui avait le pouvoir de le garder vingt quatre heure en cellule de dégrisement n’était pas une bonne idée. Mais, il avait suivit des études de droits et il avait déjà un plan à l’esprit. Un plan étrange, surement dicté par l’alcool qui embrumait son esprit. Il devait sortir de cellule, c’était impératif. Sa carrière dépendait de cette sortie, il fallait quelqu’un qui soit capable de le sortir d’ici et d’enterrer l’affaire, quelqu’un qui avait autant de relations que lui, quelqu’un qui avait des connaissances juridiques.
« Toujours aussi grande gueule Monsieur Spinelli, finalement j’avais raison, vous n’avez pas succédez au vieux en fin de compte. » Répliqua le Commissaire avec un petit sourire sadique en s’accoudant aux barreaux pour observer l’oiseau en cage. « Y’a pas à dire, votre place est derrière les barreaux plus que sur un fauteuil de Sénateur. » Julian sentit le sang bouillir dans ses veines mais s’appliqua à rester impassible. Giovanni l’avait entrainé à se comporter correctement même face à des imbéciles, il savait que sortir de ses gonds ne ferraient que renforcer le petit plaisir de Furlan, ce qui n’était pas réellement dans les projets de Julian. Il voulait sortir avant que le conseil éthique n’entende parler de ce faux pas.
« Non pas que cette petite joute verbale ne me passionne pas mais j’aimerais exercer mon droit de passer un appel téléphonique. » Il se redressa sur les coudes et se remit sur ses pieds, heureux de voir qu’il se maitrisait suffisamment pour ne pas laisser percevoir que le monde s’était mis à tourner autour de lui. « Ne vous inquiétez pas » Ajouta t-il alors que Furlan se résignait à lui ouvrir la grille. « Je dirais à votre fille qu’elle vous embrasse. » Il avait la provocation dans le sang lorsqu’il s’agissait d’emmerder Furlan, il se rappelait ce que disait son grand-père à propos du Commissaire en question, un petit con arriviste dénué de talent doublé d’un cocu. Un sourire effleura ses lèvres tandis que Furlan lui passait les menottes pour l’escorter jusqu’à un téléphone.
« Vous sourirez un peu moins lorsque je vous aurais inculpez pour outrage à agent et ivresse sur la voie public. »
« Et vous vous rigolerez moins dans quelques minutes Furlan, savourez donc en silence la fin de votre carrière. » Lui souffla le politicien en le laissant le guider hors de la zone de détention.

(…)

Il avait bu plus que de raison pour oublier l’atroce sentiment de vide dans son cœur. Sa sœur ne souhaitait plus lui parler et aurait préféré qu’il retourne faire le tour du monde. Il avait l’impression de perdre un peu plus chaque jour sa meilleure amie, comme si en la forçant à passer cette bague à son doigt il avait enclenché le « début de la fin ». Quant à Sara, elle s’était mariée en guise de représailles et avait passé sa lune de miel en Inde. Ouais, sa vie était étrangement solitaire et il ne trouvait aucune consolation dans les femmes qui se frottaient contre lui alors qu’il enchainait bourbon sec sur bourbon sec. il avait bu plus que de raison, plus qu’il n’avait bu depuis son retour, cherchant le réconfort et les limbes de l’oubli dans le pur malt qu’il avalait cul sec. Lorsque le patron du bar à cigare lui avait confisqué ses clés et lui avait appelé un taxi et mit sur le trottoir, Julian s’était mit en tête de rentrer à pied, sa bouteille de bourbon à la main. Très mauvaise idée. Un riverain avait appelé le commissariat pour signaler que « Julian Spinelli » (merci aux journaux de publier sa photographie en une chaque semaine) déambulait ivre sur la voie public. Furlan avait surement dû croire à un signe du Tout Puissant. Debout devant le téléphone public du commissariat Julian se trouvait sur le point de faire un choix. Un choix qui affecterait probablement le reste de sa vie. Il connaissait toujours le numéro de mémoire, là n’était le problème. Le problème était qu’à part elle, il n’avait personne pour lui venir en aide et cela le tuait. Athéna avait quitté la ville pour un concerto à Versailles en l’honneur d’un quelconque centenaire. Thalie filtrait ses appels. Il en allait de même pour le reste de ses amis depuis l’annonce de ses fiançailles. Il fallait qu’il agisse avant que Furlan trouve le moyen de le faire comparaitre devant un juge, il risquait de perdre son poste. Le sénat avait toujours été ce pourquoi il s’était battu. Il avait besoin de son aide. Elle était la seule avocate compétente en qui il avait toute confiance, il savait aussi que pour la convaincre de l’aider il faudrait verser un tribut certain, il n’était plus son ami, encore moins son amant et elle ne le portait pas dans son cœur. Il jeta un regard à Furlan qui l’attendait plus loin, un sourire satisfait vissé aux lèvres. Il prit alors sa décision. Il ne sut pas pourquoi elle accepta le PCV après qu’on lui eut annoncé que Julian Spinelli cherchait à la joindre. Mais il savait qu’il devait la convaincre avant qu’elle ne change d’avis et ne raccroche.

« Je sais que tu ne me dois rien, je sais que je me suis joué de toi, que je ne suis qu’un enfoiré, que je t’ai blessé mais Sara je suis dans la panade et tu es la seule en qui j’ai suffisamment confiance pour lui confier mon avenir. J’ai besoin que tu me sortes de là. Je ne peux pas me permettre d’être inculpé, tu es inscris au barreau de Rome, s’il te plait, défends moi. J’ai besoin de toi. Demande moi ce que tu veux et je te le donnerais. Mais il faut que tu me sortes de là, Furlan se lèche déjà les babines. Je n’ai que toi. Il n’y en aura que pour quelques heures. Sara je … »

Il ferma les yeux. Elle venait de raccrocher sans dire un mot.

(…)

Trois heures.

(…)

Quatre heures.

(…)

Huit heures.

(…)

Huit heures douze. Furlan tournait en rond dans la petite pièce, tapant sérieusement sur les nerfs de Julian, qui allongé sur sa couchette tentait de mesurer l’impact qu’aurait cette arrestation sur le comité d’éthique. Le pire dans tout cela n’était même pas qu’il craignait pour sa carrière mais qu’il offrait à Furlan la possibilité de lui prendre ce pourquoi il vivait encore, son héritage. Il se concentrait sur ses mains et leurs tremblements de plus en plus fort afin de faire le vide. Il fallait qu’il assure seul sa défense face au juge que Furlan aurait réussit à débusquer. Il plaiderait l’arrestation arbitraire, les coups et blessures sur la personne d’un citoyen. Si seulement Sara avait eut le cran de venir … Elle aurait mit à terre Furlan à coup de menaces de poursuite en quelques minutes et il aurait pu respirer. Alors que Furlan s’approchait de la grille en faisant tourner les clés et une paire de menottes dans chaque main, la porte reliant la détention au reste du commissariat s’ouvrir dans une concert de tôle cognant contre le béton armé. Julian se redressa et il manqua de s’étouffer avec sa salive. Elle était venue. L’adjoint du commissaire la talonnait de près. Essoufflé il s’attira le regard noir de son supérieur pour ne pas avoir su retenir la jeune femme.

« Je suis désolé Patron, je ne suis pas arrivé à l’arrêter. »
« Elle fait à peine 45 kilos pour un mètre soixante » Soupira Julian à l’oreille de Furlan. « Je serais vous j’embaucherais un autre garde du corps … »
« Ô fermez là Spinelli. » Grogna Furlan en tapant contre les grilles pour le faire reculer.
« Je serais vous Furlan, j’éviterais de continuer à me passer à tabac devant mon avocat. » Le prévint Julian en s’installant à nouveau sur sa couchette. Comme toujours il affichait ce petit sourire en coin, arrogant à souhait. S’il avait l’air jubiler il n’en menait en réalité pas très large, les barreaux de la cellule l’oppressait, il ne serait soulagé que lorsqu’il serait à nouveau hors de ce bâtiment. Tout dépendait désormais de Sara.






    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
V.O.X P.O.P.U.L.I

AGE : 24 ans
MESSAGES : 1913
ARRIVÉE LE : 01/03/2009
EMPLOI : Pour l'instant je me consacre à ne rien faire. C'est bien aussi.
ADRESSE : 25 via s. maria sopra minerva - Parione, Palatin.
QUOTE :


"cette fille, c'est un prédateur déguisé en caniche"

AVATAR : kristen stew
POINTS : 576

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ARE U IN MY CELLPHONE:
STATUT: Marié(e)
DISPO POUR UN SUJET ?: pas pour l'instant.

MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Lun 30 Mai - 6:22


JULIAN & SARA.
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On rencontre des milliers de gens, et aucun nous touche. Et puis on croise une personne, et votre vie est changée... Pour toujours.


«Ne sois pas en retard. Tâche d’être présentable.» Voilà les consignes qu’il lui avait laissé sur son répondeur, puisque cela faisait longtemps qu’elle ne répondait plus, à lui, ni à personne. Cercle infernal, spirale sans fin, est-ce qu’elle en sortirait un jour ? Est-ce qu’elle percevrait la lumière au bout de ce putain de tunnel ? Il le fallait, elle n’avait pas la possibilité de continuer ainsi, c’était un luxe qu’elle n’avait pas. Ce qui était assez ironique, puisque le luxe, elle baignait dedans depuis son premier «areuh». Accoudée à la fenêtre, son front contre la vitre teintée, elle observait les marches du sénat qui n’attendait plus qu’elle. Est-ce qu’il avait fait exprès de choisir cette date ? Non, probablement pas. Ce n’était certainement pas le genre de choses qu’il souhaitait retenir. Et pourtant. Mauvais concours de circonstance, ironie du sort, ou bien foutue mémoire qui retenait encore et toujours même la plus stupide des dates anniversaires, elle se tenait là, exactement à la même place, un an plus tard. Elle savait ce qu’on attendait d’elle : sortir de la voiture, monter les marches, entrer dans la chambre de l’assemblée, poser son cul juste à côté de son père, et épater la galerie avec sa fougue et ses discours passionnés. Mais en avait-elle seulement envie ? C’était son futur métier, elle se devait d’aimer ça, et elle avait toujours aimé ça qui plus est, mais aujourd’hui... Aujourd’hui ces putains de marches lui semblaient insurmontables, infranchissables. Pourquoi aujourd’hui, bon sang ? Pourquoi aujourd’hui ? Entre ses cuisses, son portable vibra encore. 8 appels en absence. La séance avait du commencer, son père devait être furieux. Mais il s’attendait à quoi ? A la douce et docile Sara qu’elle lui avait présenté ces derniers mois, lui faisant croire au miracle ? Illusion ! Tout n’avait toujours été qu’illusion. Son front cogna plusieurs fois la vitre alors que sa main tremblait sur la clef de contact qu’elle venait d’empoigner. Elle savait ce qu’elle allait faire, elle savait ce qu’elle avait envie de faire. Fuir. Encore et toujours. Fuir comme il y a un an. Boucler la boucle. Recommencer. Toujours recommencer. Les roues laissèrent une trace caoutchouteuse sur le bitume tandis qu’un vrombissement semblait résonner en se répercutant sur les murs étouffants de la piazza. Elle jeta son téléphone sur la plage arrière. Personne à prévenir cette fois-ci, et sa décision prise, ce fut comme un poids en moins sur ses épaules, un soulagement immédiat, un antalgique pour son âme.

Elle avait fuit. Une fois encore. Pourquoi ? Pourquoi était-elle tout bonnement incapable de rester en place, de tenir plus de quelques jours à Rome ? C’était plus fort qu’elle. Peut être simplement parce que ne parvenait plus à faire semblant, qu’elle n’avait plus envie de donner le change. Elle ne fuyait pas dans le but de se vider la tête. Ce n’était pas ses souvenirs qu’elle fuyait, sinon comment expliquer qu’elle se trouve là, en plein milieu de cette pièce où, très exactement un an plus tôt, elle avait vécu tant de choses ? Tout ici respirait la nostalgie. Chaque meuble, chaque tissu poussiéreux semblait imprégné de cette essence indélébile et inaltérable. Non, ce n’était pas pour fuir ses souvenirs qu’elle avait quitté, une fois encore, Rome et son effervescence insupportable. C’était au contraire pour le vivre pleinement, se glisser dans les méandres de douleur, se laisser submerger, et pourquoi pas en faire son deuil, également, si cela faisait encore partie des éventualités envisageables. Elle avait cru, naïvement, qu’elle avait surmonté toute cette histoire, qu’elle était forte, autonome, adulte, et qu’elle était apte à tirer un trait sur les gens et les effacer totalement de sa mémoire jusqu’à abolir toute douleur en son sein. Les gens oui. Lui non. Comment avait-elle pu se montrer si présomptueuse ? Comment avait-elle pu imaginer un instant qu’elle pourrait faire comme avec tous les autres et se contenter d’appuyer sur erase ou reset ? Elle avait longtemps cru que tout, absolument tout dans cette histoire, dans leur histoire, n’avait été que mensonge. Elle se trompait. Elle, elle n’avait pas mentit. Jamais. Et c’était le deuil de cette partie d’elle qu’elle allait devoir faire, le deuil de cette femme amoureuse, cette femme heureuse, cette ridicule personne qu’elle avait incarnée pendant bien trop longtemps. Peu importe ce qu’il avait été, ce qu’il s’était révélé être, ce qu’elle avait vécu ici n’avait rien d’un mensonge, du moins pas la partie qu’elle avait vécu elle. Elle avait roulé comme une tarée pour rejoindre ce lieu, comme si sa santé mentale en dépendait, comme si elle n’était pas déjà condamnée, comme s’il existait un remède contre ce cancer en phase terminale, comme si ce remède c’était cette maison. Elle avait soulevé les draps avec la même frénésie qu’il y a un an, elle avait ouvert les volets avec le même empressement, elle avait traversé les pièces avec cette même euphorie enfantine... Sauf que l’espoir était retombé comme un soufflé. Il n’y avait pas l’ombre d’une rédemption ici, juste l’ombre d’un fantôme. Un fantôme dansant, un fantôme jouant, un fantôme riant. Le sien de fantôme, son propre fantôme, le fantôme de cette autre elle, celle qui avait aimé vivre, celle qui avait aimé se lever, se coucher, rire, danser, chanter, jouer. Celle qui avait aimé, tout simplement. Celle qui ne savait pas encore ce que ça pouvait faire de vivre avec un poignard à la place du coeur, celle qui ne connaissait rien à la douleur, mais qui prétendait tout en connaître. Est-ce que celle qu’elle était devenue s’y connaissait vraiment ? Toujours un peu plus qu’hier en tout cas. Les derniers draps avaient été arraché des meubles, nulle trace de frénésie, juste de la rage qui avait supplanté tout le reste. De la rage, de l’écoeurement et du dégoût, beaucoup de dégoût. Du dégoût de soi.

Les bras enserrant sa poitrine, les mains accrochées à ses épaules, elle déposa son menton dans le pli de son coude, les yeux toujours fixé sur la lumière déclinante et cet astre qui luttait encore et toujours pour retarder l’inéluctable instant où il finirait engloutit par les flots. Cette légère ligne continue qui scintillait encore de cet éclat doré si vivant allait finir, comme tout le reste, par être remplacé par nuit et ténèbres. Rien ne pourrait changer ça. Il aurait beau lutter, se débattre de tout son soûl, il s’agissait d’une bataille perdue d’avance. Il sombrerait, et avec lui le jour qui s’achève. Là, sur les hauteurs dominant la plage, elle semblait être la seule à s’en soucier, la seule à désirer accompagner le jour dans sa lente agonie. Elle resterait là, qu’importe le temps que ça prendrait, elle resterait là jusqu’à ce que le dernier croissant orangé fut emporté vers une autre partie du monde, elle resterait là, témoin silencieux de cette fin si prévisible. L’air s’était rafraîchit, mais elle s’en foutait, assise dans le sable parsemé d’herbes hautes, les genoux ramenés contre elle, elle se laissait happer par cette échéance, comme par besoin d’en finir avec lui, d’être emportée, elle aussi, de l’autre côté du monde. Mais ça n’arrivait jamais, chaque fois elle restait en place, dans le même paysage, avec pour seule différence, un ciel ayant viré au bleu électrique. Et lorsque les derniers rayons de soleil avaient rendu les armes, alors elle daignait se lever, consciente d’avoir échoué, et retournait dans la chaleur prétendument réconfortante d’une demeure plusieurs fois centenaire. C’est exactement ce qu’elle venait de faire, resserrant les pans de son gilet à grosses mailles autour d’elle, avant de rebrousser chemin sur le petit sentier qui traversait une propriété trop vaste et pourtant privée. Elle prenait son temps, sachant que rien ne l’attendait au logis, elle savourait chaque pas, chaque crissement de sable sous ses chaussures, alors qu’autour d’elle, les ténèbres étendaient leur royaume. Bientôt il ferait nuit noire, bientôt il n’y aurait plus que les étoiles, ces foutues étoiles bien trop nombreuses, bien trop brillantes, la narguant de leur éclat. Mais elle n’attendait pas jusque là. La porte grinça sur ses gonds, gémissement plaintif à l’image de sa propriétaire. Tout ici n’était que bois qui craque. Le feu crépitant dans la cheminée, un volet mal accroché cognant contre la fenêtre, le parquet sous chacun de ses pas... La maison criait ce que Sara taisait : sa solitude. Ôtant ses chaussures sans même se baisser, elle poursuivit pieds nus, récupérant le plaid du canapé, au passage, pour s’en draper. Elle n’avait même pas prit la peine de rallumer la chaudière, et c’était monsieur Manitta qui avait, prit de pitié pour la jeune femme, branché l’électricité après deux jours passés à la bougie. Ce n’est pas qu’elle ne savait pas où c’était, ni comment on s’y prenait, c’est juste qu’elle n’en avait absolument rien à faire. Avec ou sans lumière, le vide intérieur restait le même. Alors à quoi bon ? Comment ils appelaient ça déjà ? «Chagrin d’amour» ? Ca n’avait rien à voir avec un chagrin. Un chagrin c’est bon pour le gamin qui vient de voir crever la maman de Bambi, qui chiale toutes les larmes de son corps pendant 5 minutes, avant de retrouver le sourire sitôt qu’on passe le dvd en marche arrière. Dès qu’il est question d’amour, y a pas de «chagrin». C’est un putain de déchirement qui vous attrape les entrailles et vous soulève le coeur, c’est une nausée qui vous suit en continu et vous vide de toute volonté, c’est cette douleur dans le ventre, dans la tête qui à défaut de pouvoir la faire taire, vous donne envie de faire taire la Terre entière, et si possible armé d’un bazooka pour bien tirer dans le tas, c’est une agression perpétuelle qu’on retourne contre les autres, contre tous les autres, parce que les autres c’est pas lui, que ce ne sera jamais lui, et que même lui on peut plus l’encadrer, c’est l’envie d’en finir pour enfin oublier, parce que l’oubli est un luxe que ne peut pas se permettre un coeur atrophié. Et putain, ça fait mal. Et comme une putain de junkie, on se retrouve en pleine crise de manque, vidée de tout, de toute envie, le regard vide et les mains tremblantes. Alors, quand on a un tant soit peu de courage et d’altruisme, on s’exile loin de toute forme de vie humaine, et on s’enferme à double tour afin de ne blesser personne dans notre tentative de sevrage.

C’est ce qu’à voulu faire Sara en s’isolant dans le trou du cul du monde, près de Naples, avant de se rendre compte, que tout sevrage était utopique. Et c’était pas forcément le lieu qui voulait ça parce que d’accord, elle se souvenait avoir fait l’amour sur ce même canapé, elle se souvenait l’avoir écouté jouer sur ce même piano, lire sur ce fauteuil, cuisiner sur la vieille console, apprit à conduire une limousine sur les graviers de la cour, mais qu’importe le lieu où elle se trouvait, les souvenirs étaient partout, et jamais moins douloureux. Dans ce contexte, plus rien ne pourrait plus lui faire de mal. Lorsque la douleur atteint un tel degré, elle agit comme un anesthésiant et vous rend insensible au reste. Alors elle cultivait cette douleur parce que, paradoxalement, c’était la dernière chose qui lui rappelait qu’elle était encore de ce monde, encore rattachée à quelque chose, pas totalement déconnectée. Pas encore. Il ne lui appartenait plus, ni lui ni les souvenirs qu’il lui avait volé en l’effaçant, en la chassant, et niant tout ce qu’ils avaient vécu comme si rien de tout cela n’avait jamais existé. Mais la douleur, la douleur il ne pouvait pas la lui reprendre. Elle était sienne, et quelque part, elle lui appartenait à lui aussi puisqu’il en était la cause. Et on pourrait se foutre de sa gueule autant qu’on le souhaitait, la pointer du doigt en dénigrant ses sentiments, son vécu, ses réactions, personne n’était en mesure de juger ce qu’elle ressentait, personne n’était en mesure de comprendre, ni même d’évaluer le degré de souffrance et de masochisme. C’était sa douleur, rien qu’à elle, le dernier lien inaltérable la rattachant à son passé, la dernière preuve irréfutable que tout cela n’avait pas été qu’une illusion ou un rêve éveillé. Elle avait mal, c’était donc qu’il y avait une part de réel. Et ça, personne ne pouvait le lui enlever. Et en guise de piqure de rappel, elle n’avait rien trouvé de mieux, en tombant sur le vieux caméscope échoué sur une étagère, que de se repasser le film dans son intégralité. Elle était là depuis quatre jours, et depuis quatre jours, chaque soir, elle s’obligeait à le regarder. D’abord directement sur la caméra, et maintenant sur le grand écran, seule concession au modernisme de cette baraque. Recroquevillée sur le canapé, enroulée dans son plaid comme dans une camisole de force, elle le regardait lui sourire, les paupières encore lourdes de sommeil, puis la menacer de représailles sanglantes qui n’arrivaient jamais, elle l’observait lui tourner le dos avec ce qu’il espérait être une certaine sévérité mais qui ne lui donnait, tout au plus, que l’air d’un gamin boudeur. Elle savourait son rire, sa voix rauque, ses gestes tendres. Elle observait la décontraction avec laquelle il lui promettait la lune et lui parlait d’avenir. Et avec sadisme, elle regardait en spectateur qui connait la fin et qui savoure le caractère éphémère de toutes ses promesses à la con. Comme à chaque fois, elle avait tiré les rideaux, fermé toutes les portes, éteint les lumières. Elle n’était là pour personne. Plaisirs coupables, elle savourait sa douleur en solitaire, craignant d’être surprise en compagnie de ce qui n’aurait jamais du exister, ce qui n’avait d’ailleurs jamais existé à en croire tout le monde, comme si elle avait finalement imaginé une partie de sa vie. Rien ne devait la déranger, rien n’était supposé la déranger, si ce n’est son portable, muet depuis des heures, oublié depuis des jours sur la table basse, se mettant à grincer contre le bois avec la frénésie d’un épileptique en crise.

Elle n’aurait pas du répondre, elle n’était pas censée le faire, ni même en éprouver l’envie, mais la curiosité d’un appel aussi tardif la poussa à s’emparer du petit appareil pour y jeter un oeil. Passant un revers de main sur ses yeux, elle en chassa les larmes abondantes qui lui brouillaient la vue afin de constater qu’elle ne connaissait pas ce numéro. Quelque chose la poussa a décrocher, peut être l’ennui ou simplement l’éventualité d’un secours possible, quelqu’un daignant s’intéresser au sort de la pauvre petite fille riche. C’est une voix féminine qui l’accueillit dans le gentil monde de la sociabilité, lui demandant si elle acceptait un appel en PCV de la part du commissariat central de Rome. Pourquoi pas ? Elle n’avait plus de neurones disponibles afin d’éprouver autre chose que la douleur, mais elle avait tout de même conscience qu’elle était supposé ressentir une pointe d’inquiétude. Alors oui, elle accepta, s’attendant à tout. A tout, sauf à ça. Pas à cette voix. « Je sais que tu ne me dois rien, je sais que je me suis joué de toi, que je ne suis qu’un enfoiré, que je t’ai blessé mais Sara je suis dans la panade et tu es la seule en qui j’ai suffisamment confiance pour lui confier mon avenir. J’ai besoin que tu me sortes de là. Je ne peux pas me permettre d’être inculpé, tu es inscris au barreau de Rome, s’il te plait, défends moi. J’ai besoin de toi. Demande moi ce que tu veux et je te le donnerais. Mais il faut que tu me sortes de là, Furlan se lèche déjà les babines. Je n’ai que toi. Il n’y en aura que pour quelques heures. Sara je … » Ce fut trop, elle raccrocha. Elle ne voulait pas entendre cette voix, pas ailleurs que crachée par la mauvaise sono de la télé, elle ne voulait pas qu’il lui parle d’avenir, lui promette des choses et lui sorte des inepties du style «je n’ai que toi.». Non. Elle, elle avait sa douleur, lui il n’avait absolument rien. Alors elle jeta le téléphone au loin, comme s’il venait de lui brûler les doigts, et se recroquevilla sur le canapé, rabattant la couverture sur sa tête. Peut être que si elle fuyait le téléphone, elle pourrait se dire que ce coup de fil n’avait jamais eu lieu, et s’en convaincre ?

Sauf qu’il avait eu lieu, et que berner un cerveau déjà passablement perturbé c’est pas forcément de l’ordre du possible. Elle aurait beau se cacher sous une montagne de plaids, fermer les yeux très fort, ou balancer la musique à fond jusqu’à ce que les décibels lui arrachent un tympan, elle ne pourrait jamais échapper au flot de questions qu'engendrait ce simple coup de fil. Déjà, pourquoi elle ? Pourquoi pas sa cousine ou sa putain de fiancée dont il était censé être over-amoureux depuis une époque où Demis Roussos affolait encore les coeurs ? Pourquoi était-il dans la «panade» pour reprendre son expression ? Qu’est-ce qu’il avait bien pu foutre pour que Furlan se sente pousser des ailes ? De quoi était-il inculpé au juste ? Mais surtout, pourquoi elle ? Il n’avait pas un avocat quelconque à harceler en pleine nuit, genre insomniaque de base restant éveillé 24h/24, stylo à la main, prêt à signer une myriade de gros chèques pour faire sortir son illustre client de la prison où son addiction a) à l’alcool b) à la vitesse c) à la baise d) à un cocktail des trois (rayer les mentions inutiles) l’aurait conduit ? Même s’il s’agissait d’un truc bien glauque et bien salace, difficilement avouable devant un membre de son équipe électorale, en quoi l’intervention de son ex lui serait d’une quelconque utilité ? C’était pas le genre de «détails» que l’Osservatore laissait passer. Cette solution ne pouvait que lui attirer des ennuis, leur attirer des ennuis. Alors putain de bordel de merde, pourquoi elle ? Ne tenant plus, elle émergea de dessous la couverture, et se traina jusqu’au téléphone au sol. 3 sonneries suffirent à son interlocuteur pour répondre. Et oui, elle aussi elle avait un avocat insomniaque, souvent sollicité.
«J’écoute.» Ni «bonjour», ni «que me vaut ce plaisir ?», il savait que vu l’heure, elle ne l’appelait pas pour prendre de ses nouvelles, pas plus qu’elle ne l’appelait dans le cadre d’une arrestation puisqu’elle utilisait son portable. «J’ai besoin de renseignements, Gus’... Et de beaucoup de discrétion. Je voudrais connaître le motif, ou les motifs de l’arrestation de Julian Spinelli.» Blanc au bout du fil. Enorme blanc genre puits sans fond. Le nom Spinelli avait souvent cet effet-là de ce côté de la barrière. «Si je pouvais le faire moi-même, je le ferais. Mais nous savons tous les deux que Furlan se ferait un plaisir de ne pas me renseigner.» «Très bien. Je m’en occupe.» Simple, concis, c’est pour ça qu’elle l’avait embauché. Pour son efficacité aussi. Efficacité qu’il prouva, une fois encore, en la rappelant dans les dix minutes suivantes. Elle récupéra le portable échoué entre ses cuisses et se le colla entre l’oreille et l’épaule, alors que déjà, sans même attendre un «allô», il lui faisait son rapport. «Ebriété sur la voie publique, trouble à l’ordre publique, résistance à agent, outrage à un représentant de l’ordre, refus d’obtempérer et conduite en état d’ivresse.» «Rien que ça ?» lâcha-t-elle avec ironie. «Qu’est-ce que tu en penses ?» «Tu as vraiment besoin de savoir ce que j’en pense ? J’entends d’ici ton cerveau carburer à plein tube. Les charges sont importantes, peut être trop, ce qui les rends peu cohérentes. Je peux le faire sortir dans l’heure.» Pas de réponse de la part de la brunette qui se contenta de grogner dans le téléphone. «Sara ?» «Retourne te coucher, Gus’. Je suis déjà en route.» Un début de protestation sembla s’élever du combiné, mais elle avait déjà ôté le portable de son oreille afin de raccrocher, réduisant son interlocuteur au silence, avant de balancer l’Iphone sur le siège passager, et de titiller un peu plus la pédale d'embrayage. Celui qui avait inventé le terme «chagrin d’amour» n’avait clairement aucune idée de ce dont il parlait. Démence d’amour, serait plus à propos.


Sans désirs et sans crainte, je ne nourris plus les chimères du bonheur, et les hommes ne sauraient me faire plus de mal que j'en éprouve.


La chemise huileuse, la moustache pleine de résidus de chips et autre aliment hautement bénéfique pour l’organisme, l’agent en faction tournait le dos à la porte, préférant de loin le spectacle qu’offraient les deux créatures mi-femmes mi-otaries, s’échangeant des caresses surjouées, des baisers très réalistes tout en langues, dans le petit poste de télé derrière le comptoir. Les tempes perlées de sueur, qu’il tamponnait de son mouchoir douteux, l’homme se désintéressait de tout ce qu’il pouvait se passer à l’accueil. Elle aurait pu rentrer armée d’une ceinture de dynamite en menaçant de tout faire sauter avant de hurler «Allah o akbar !!» qu’il ne se serait pas détourné de son petit plaisir de la nuit. Sauf qu’elle n’était pas armée, juste très fatiguée d’avoir parcouru quelques 300 bornes en deux heures, et énervée d’avoir du mettre en veilleuse sa douleur pour aller secourir la cause de cette même douleur. Ca faisait bien cinq minutes qu’elle était plantée devant le grand comptoir, à se racler la gorge ostensiblement afin d’attirer son attention, et il ne bougeait pas. Alors, à bout de nerfs, elle tapa un grand coup sur le bois, provoquant un sursaut chez le pervers qui ne s’attendait pas à se faire surprendre.
«C’est pourquoi ?» demanda-t-il en retrouvant un semblant de contenance, son index glissé entre son cou et le col de sa chemise trop serré. «La remise de prix des Hot d’Or, c’est par où ?» Insensible à sa moquerie, ou juste incapable de saisir un sarcasme lorsqu’il s’en présente un, l’homme se contenta de soulever un sourcil tout en réfléchissant sérieusement à la question. Mais avant qu’il ne se lance dans une recherche sur internet afin de la renseigner, elle roula des yeux en annonçant «Je suis l’avocate de Julian Spinelli.» Cette fois, ce fut à l’officier de se montrer perplexe. «Non.» laissa-t-il tomber en faisant claquer sa langue avec autorité. «Comment ça, non ?» «Vous n’êtes pas l’avocate de Spinelli.» Ha ouais ? «Vous êtes Sara Giolitti. Donc vous êtes pas l’avocate de Spinelli. Spinelli... Giolitti... Impossible. CQFD.» Il avait annoncé tout ça avec un calme olympien, presque professoral, avant de faire pivoter son siège sur lui-même pour retourner se perdre dans le visionnage de son film érotique à deux balles. «Hey ! Darwin !» l’interpella-t-elle à court de patience. «Si tu penses que j’ai rallié Naples-Rome en pleine nuit sans dormir, sans manger, et sans même une pause pipi, juste pour le plaisir de t’entendre me dire que selon ta théorie fumeuse des relations intra-politiques opposées et autres passifs romantico-macabres entre Spinelli et Giolitti, je ne devrais pas me trouver ici, je te rassure de suite : JE LE SAIS !! Mais il s’avère que je suis visiblement la seule avocate qu’il connaisse et que si je ne le sors pas de là, ton super patron va l’inculper de tout un tas de charges contradictoires et ridicules. Alors oui, je suis d’accord avec toi, il y a probablement dix mille personnes à appeler avant moi, d’autant que je suis inscrite au barreau, mais j’ai jamais plaidé une affaire, donc niveau compétence, on a fait mieux. Mais qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, moi ? Je suis bien tranquille, chez moi, et là monsieur appelle et je me retrouve à faire du 210 sur les petites routes de campagnes...» Appuyant ses propos en tapotant de l’index contre le comptoir sous le nez de l’officier, elle s’interrompit en voyant l’air qu’il affichait suite à sa dernière remarque. «Oui, enfin ça, faudra le garder pour toi, hein.» C’était pas le moment de se faire arrêter pour excès de vitesse et bavardage intempestif. «Tout ce que je veux dire c’est qu’il n’y a rien de rationnel là-dedans, mon comportement ne l’est pas, et j’en ai entièrement conscience. C’est effrayant, je suis effrayante de connerie. Et tu veux connaître la meilleure, Darwin ? Je peux t’appeler Darwin ?» «C’est Umberto, mais Darwin ça ira.» «Ok.» reprit-elle sans lui prêter attention, sa main sur sa propre poitrine comme pour lui montrer qu’il s’agissait d’une discussion à coeur ouvert. «Le pire c’est que j’avais un avocat prêt à intervenir, mais non, il a fallut que je vienne moi-même. Pourquoi ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’il passe sa nuit en taule ? Au contraire, ça devrait me faire plaisir, dans le pire des cas.» L’officier s’était levé, non pas qu’il se désintéresse de ce qu’elle était entrain de dire, bien au contraire, il était pendu à ses lèvres, mais il lui semblait que la petite dame avait besoin d’un petit remontant. Il venait de s’emparer d’une bouteille de whisky bien planquée, et lui en versait une bonne rasade dans une tasse à café. Elle ne le savait pas encore, mais Darwin allait devenir son nouveau meilleur ami.

Combien de temps avait-elle passé ainsi, à siroter du sky en confiant ses peines à un illustre inconnu ? Une heure ? Peut-être plus, peut-être moins. Finalement, elle avait juste besoin de parler, d’exprimer à voix haute tout ce qu’elle avait sur le coeur, et rien à foutre s’il balançait tout, dès l’aube, au premier charognard venu. Ca faisait du bien de se vider la tête, le coeur et l’âme, de confier à quelqu’un d’autre ses démons afin qu’il les fasse taire une bonne fois pour toute. Evidemment, c’était naïf de réfléchir en ces termes, mais le manque de sommeil combiné à l’alcool avait tendance à la propulser sur l’île aux enfants, le pays joyeux des monstres gentils. Ouais et mon cul, connard ? «Bon, c’est pas tout ça, l’ami, mais faudrait peut être que j’aille sortir Môssieur Connard de son trou...» lança-t-elle en prenant son élan pour descendre du comptoir où elle avait fini par s’installer. «Désolé, mais c’est toujours pas possible.» s’excusa son nouveau pote. «Quoi ?» Sincèrement surprise, elle pivota sur elle-même, pensant à une blague. «Je suis désolé, mais le commissaire ne veut pas être dérangé, pendant qu’il...» «Pendant qu’il quoi ? C’est illégal ! La loi stipule que tout détenu à droit à un avocat, même commis d’office. C’est quoi le problème, là ?» «Je ne fais que suivre les ordres.» Le petit gros avait l’air sincèrement désolé, mais ça ne changeait rien à l’affaire. Il ne faisait qu’obéir aux ordres, même si ces ordres baignaient dans la plus absolue des illégalités. «Allons, Darwin... Tu ne vas pas me faire ça, pas après tout ce qu’on a vécu ensemble...» tenta-t-elle de l’amadouer à moitié vautrée sur le comptoir, sa poitrine s’y écrasant de façon suggestive. Il eut juste le temps de déglutir tout en appuyant sur un bouton, sous son poste de travail, alors que ses yeux ne quittaient pas le décolleté exagéré. «Merci !» susurra-t-elle en lui claquant un baiser sur la joue, avant de se faufiler par la grille qui s’ouvrait dans un grésillement métallique. Un rapide coup d’oeil à l’horloge murale l’informa qu’il était huit heures passées, ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : L’inculpation deviendrait effective dans quelques minutes si elle n’intervenait pas avant. Pas le temps de prendre le risque de se faire intercepter par un énième cerbère. Elle vit bien quelques têtes passées par les encadrements de portes, intriguées par les pas précipités dans le couloir, mais personne n’intervint. Jusqu’à ce qu’elle file comme une flèche devant la salle de repos où un personnage bien connu était entrain de s’enfiler un beignet, pieds sur la table, lèvres brillantes de sucre glace. «Garcia !» le salua-t-elle sans s’arrêter, traçant droit vers la porte menant aux cellules de détention et de dégrisement, qu’elle connaissait bien. Il fallut moins d’une minute à Garcia pour réaliser et se lancer à sa poursuite dans l’étroit couloir. Son embonpoint le ralentissant de manière significative, il se contentait de trottiner derrière elle, gesticulant des bras, tout en l’enjoignant trop poliment à s’arrêter, précisant qu’elle avait besoin d’une autorisation pour circuler dans cette partie du commissariat. Sauf qu’elle en avait à peu près autant à foutre que de savoir qui avait finalement tué le colonel moutarde. Elle ouvrit les portes, les unes après les autres, à la volée, tout en se félicitant d’être en tenue dite de «campagne» et non montée sur échasses à équilibre instable. Elle cavalait, son champ de vision se transformant en une trainée de camaïeu de gris, ne ralentissant même pas à l’arrivée d’une porte. Si l’une d’elle s’était avérée fermée à clef, ça aurait pu faire très mal, mais elle ne s’en souciait même pas, elle était comme muée par un sentiment d’urgence qui la rendait plus vivante que jamais. Elle aurait aimé courir sans s’arrêter. Jamais. Juste pour cette sensation d’incroyable liberté qui s’emparait d’elle, mêlée à l’excitation de l’interdit et au plaisir de l’insolence. Elle aurait pu courir encore et encore, si la dernière porte n’avait pas donné directement sur un Furlan déjà rouge de colère, dans lequel elle manqua rentrer. Heureusement elle parvint à se stopper avant l’impact, et à se décaler juste à temps pour éviter Garcia qui lui, ne parviendrait clairement pas à éviter son chef. Bingo ! Il lui rentra en plein dedans, tandis que Sara observait une montre imaginaire à son poignet et déclarait : «Deux minutes dix-sept secondes, Garcia ! Va falloir améliorer votre temps.» Vu la tête des deux représentants de l’ordre, sa blague venait de faire un bide. De toute manière, Garcia était bien trop occupé à s’excuser de l’avoir laisser passer, pour se soucier d’elle, et Furlan bien trop occupé à rembarrer un Spinelli qui se montrait d’une insolence déplacée vu la situation dans laquelle il se trouvait. «Bon, la fête est finie. Ouvrez-lui que je puisse aller me coucher.» haussa-t-elle la voix pour faire taire les autres. Au ricanement de Furlan, elle comprit que ça n’allait pas être si simple. «Vous êtes conscient que je peux vous dénoncer pour détention abusive, diffamation, atteinte aux droits de mon client, et... BORDEL ! C’EST QUOI CA ?» Bien malgré elle, elle avait fini par jeter un regard en direction du détenu, et son nez meurtrit, ainsi que la trainée de sang séché s’étalant sur son col de chemise, n’avaient pu lui échapper. «Coups et blessures ? Mais vous avez conscience de pas être dans un western, Furlan ? Y a des lois à respecter.» «La loi, c’est moi.» répondit l’autre en étirant son cou comme un paon. «Faites-le sortir sur le champ, sinon je vous assigne.» Tempêta-t-elle, lasse de se battre contre ce crétin, contre tous les crétins de la Terre. «Sur quel motif ?» «Abus de pouvoir, incarcération abusive, falsification de rapport, maltraitance... Vous en voulez d’autres ?» «C’est un plaisir de vous revoir au sommet de votre art, Mademoiselle Gioltti... Ou devrais-je dire Madame Auditore ? Vous m’auriez presque manqué.» ironisa-t-il en lui offrant son sourire le plus carnassier. «La réciproque n’est pas vraie.» répondit-elle en ignorant délibérément son attaque quand à son statut et son nom. D’une main elle écarta une des lanières de son sac afin de fouiller dedans. «J’ai là, une demie douzaine de témoignages affirmant avoir assisté à l’arrestation de Julian Spinelli.» Elle sortit une liasse de feuillets dont elle entreprit la lecture. «Il est écrit ici qu’il circulait à pied sur la voie publique... Ce qui amène la remise en question de l’arrestation pour conduite en état d’ivresse, puisqu’une paire de jambe ne peut pas être considérée comme un véhicule motorisé, et dépasse assez rarement les 50 km/h en agglomération. Pour ce qui est du trouble à l’ordre public, il s’avère que ce sont vos agents qui ont dérangé le voisinage, et les a poussé à se pencher à leur fenêtre. D’ailleurs, plusieurs riverains sont prêts à porter plainte contre votre commissariat pour tapage nocturne. Je me suis offert de les représenter, ça va de soi. L’un d’eux soutient avoir surprit vos agents frapper mon client au visage.» Elle jeta un regard perplexe à Julian, puis reporta son attention sur ses feuillets. «Je confirme. Résistance à agent... Hum... Ce point-là, je vous l’accorde, avec un nez un kit, moi aussi j’aurais tendance à me montrer moins coopérative. Bref. Conformément à l’Article L. 3341-1 du Code la santé publique, l’individu trouvé en état d’ivresse devra être retenu jusqu’à ce qu’il ait recouvré la raison. Est-ce le cas, Julian ?» Elle releva le nez pour l’observer acquiescer depuis son coin. «Puisque l’ivresse manifeste n’a pas été déterminée par vos services, trop pressés, certainement, de lui taper dessus, je suis au regret de vous informer que l’amende relative à l’Article R. 3353-1 du Code la santé publique n’a pas lieu d’être. Donc, puisque, en toute objectivité, vous n’avez absolument rien contre mon client, je vais vous demander une dernière fois de le faire sortir avant que je ne perde patience et que je commence à vous attaquer sur votre physique. C’est moche quand on s’attaque au physique.» Elle secoua la tête avec désolation, tout en rangeant les papiers dans son sac. Furlan sembla hésiter un instant avant de signifier, d’un signe de tête, à Garcia d’ouvrir la porte. «Attends-moi dehors.» ordonna-t-elle à son ex, avant de suivre Furlan dans le couloir. Elle avait encore des papiers à signer.

«Tes lacets, ta ceinture, ta cravate.» annonça-t-elle en piochant les éléments un à un, dans le sac en plastique avant de les lancer à l’homme échoué sur les marches menant au commissariat, qui les réceptionna tout en se relevant promptement, comme un diable de sa boîte. «Sara...» Tenta-t-il, sans parvenir à obtenir son attention. «Ca ne figurera pas dans ton casier.» Poursuivait-elle comme pour meubler, l’empêcher de parler. «Sara...» Mais elle ne l’écoutait pas, trop occupée à sortir les partitions de son sac pour les jeter dans la poubelle la plus proche. Des partitions. Absolument pas des témoignages qu’elle aurait récolté en pleine nuit, juste des partitions raturées, travaillées, illisibles. «Je t’ai appelé un taxi. Si tu as besoin d’argent...» Elle n’eut pas le loisir d’achever sa phrase, on venait de l’attraper par le poignet, et sans qu’elle ne comprenne ce qui lui arrivait, se retrouva le nez contre une chemise sentant la cigarette, l’alcool et la sueur. Un mélange écoeurant qui, finalement, ne l’était pas. Pas pour elle. Des bras lui entourèrent les épaules, et contre toute attente, elle se laissa aller à cette étreinte, résistant à peine, juste par principe, avant de fermer les yeux et de se laisser happer par la fatigue extrême dont elle n’avait, jusqu’à présent, pas imaginé l’ampleur. Une fatigue physique et psychologique qui ne demandait qu’à s’échapper alors qu’il lui offrait une aire de repos temporaire. Temporaire. L'adjectif glissa dans son esprit, tournoya encore et encore, avant de s’étaler en lettres grasses et imposantes. Temporaire. A quoi bon, si ça ne durait qu’un temps, qu’importe qu’il s’agisse d’une minute, d’une heure, d’un jour ou d’un mois. La fin inéluctable donnait un goût amère à cette étreinte, la surexposition des marches du commissariat en ce début de journée, aussi. Alors, les deux mains contre son ventre, elle poussa pour s’en échapper, l’obliger à lâcher. «Bonne nuit, Julian.» lui offrit-elle, maladroitement, en se reculant, à l’instant même où le taxi signifiait sa présence par un coup de klaxon fort à propos. Fini le divertissement, la douleur revenait au grand galop avec toujours plus de puissance, entrainant dans son sillage ses grandes copines, colère, frustration, et rage. Reculant de plusieurs pas, elle jeta un regard à ce tableau avec une pointe d’amertume. Combien de fois avait-elle déjà vécu ça ? Une fois, deux fois, peut être même trois. C’était en sortant de ce même commissariat qu’ils avaient fait l’amour pour la première fois, c’était en sortant de ce même commissariat qu’il avait manqué en venir aux mains avec son père. Encore un lieu où les souvenirs se bousculaient. Finalement, y avait-il un seul endroit à Rome qui ne soit pas imprégné de lui, et de tout ce qu’il signifie ? Signifiait. Il n’y avait pas de place pour le présent dans une vie à l’imparfait. Alors elle tourna les talons, direction sa voiture garée à l’arrache, c’était une question de principe, et se demanda si, finalement, il valait pas mieux s’encastrer dans un mur afin que la douleur cesse. C’était peut être la solution. Un mur, c’est ce qu’elle avait devant le nez en permanence, alors peut être que ce même mur pouvait représenter sa délivrance. Tout plutôt que ce vide qui venait de s’accroître dans ses entrailles. Tout plutôt que cette nausée qui l’a prit de court et la força à presser le pas jusqu’à sa voiture, et s’y enfermer à double-tour le temps de calmer ses intestins. Tout plutôt que cette non-vie. Les mains tremblantes, elle attendit que le taxi eut démarré pour mettre le contact à son tour. Elle ne retournerait pas à Naples, ce matin, elle n’en avait pas la force, ni physique, ni mentale, mais elle n’irait pas chez elle non plus. Elle venait de prendre une décision. Quitte à crever, autant le faire en beauté.

Je n'entends plus, je tombe en de douces langueurs ; Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue, un frisson me saisit, je tremble, je me meurs

L’appartement était pourri, mais elle s’en foutait pas mal. Ce n’était pas le lieu qui avait de l’importance, ni même ce qu’elle comptait y faire. En fait rien, absolument rien n’avait d’importance. Pourtant lorsqu’il passa la porte avec son nez en vrac et son air perdu, elle eut le sentiment furtif que ça en avait, de l’importance. Sentiment pas assez vorace pour l’empêcher d’attraper ses lèvres sans un mot, d’accrocher ses épaules sans un mot, de verrouiller son corps au sien sans un mot. Il n’y avait pas eu un seul mot d’échanger, juste des souffles éreintés se répondant, des mouvements de bassins synchronisés, une rage commune, une fureur improbable. Ils ne s’étaient rien dit, rien promis. Il n’y avait eu ni proie, ni chasseur, juste un accord tacite informulé mais palpable. Comme le rougeoiement furieux d’un soleil s’apprêtant à disparaître derrière la ligne d’horizon, Sara voulait, elle aussi, connaître l’expérience d’une agonie majestueuse. Elle aussi voulait briller de tout son soûl avant de s’éteindre, utiliser ses dernières forces pour faire une ultime fois, ce qu’elle savait faire de mieux : l’aimer. «chagrin d’amour». Elle se souvenait, à présent, pourquoi elle avait tout risqué, occultant la faiblesse d’aimer et les risques encourus pour être avec lui, elle se souvenait de tout. Lui avait-il déjà fait l’amour de cette manière ? Aussi fort, comme si sa vie en dépendait, comme si plus rien n’avait de sens si ce n’est son corps dans le sien, son corps ravageant le sien, l’incendiant de l’intérieur, comme un cheval de Troie séduisant puis destructeur ? Non, probablement pas, mais c’était là une question qu’elle ne s’autorisait pas. Sans un mot, toujours sans un mot, elle s’extirpa de l’étreinte maladroite et hésitante, pour sortir du lit pourri dans cette chambre pourrie dans cet appartement pourri. Elle ramassa ses vêtements épars sur le sol, et les enfila à mesure qu’elle les récupérait. Sans un mot elle quitta la pièce, sans un mot elle traversa les 60m carré jusqu’à l’entrée, et sans un mot elle referma la porte derrière elle. Elle avait imaginé qu’après le rougeoiement de ses derniers rayons viendraient les ténèbres. Mais elle s’était trompée. Elle avait chuté de l’autre côté du monde. Un monde inconnu. Un monde où il faisait encore jour.



Principessa Sara Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Lun 4 Juil - 20:19




All guys are jerks. But they get hotter
with age, and we learn to be more tolerant



Le problème de Julian Spinelli ce n’était pas réellement l’alcool même si sa dépendance laissait croire le contraire. Non, le véritable problème de Julian Spinelli mesurait un mètre soixante, pesait quarante-cinq kilos et le rendait complètement marteau. Son problème se nommait Sara Giolitti. Son obsession pour elle virait au cauchemar, à l’overdose. Il était incroyable de se soucier autant d’elle qu’autrefois alors qu’elle … le repoussait. Elle s’était mariée à un autre, elle avait décidé de partir le plus loin possible de Rome sans sembler le regretter, elle était même allé jusqu’à l’emmener à Naples. Naples. Cette maison dans laquelle ils avaient prétendus être un couple normal, un couple simple, elle cuisinait pour lui, lui jouant du piano pour elle. Eux heureux. Le seul problème de Julian Spinelli était ces sentiments contradictoires qu’il éprouvait pour Sara Giolitti. Allongé seul dans le lit de sa chambre à Trastavere il regardait les ombres s’allongé sur le plafond. Il était revenu « à la maison » presque machinalement, espérant trouver Thalie, ne découvrant que Fabrizio faisant le pied de grue devant la porte de la résidence. Il avait congédié le vieil homme d’un simple « ça suffit pour aujourd’hui », l’expression de son visage avait fait le reste. Il avait monté deux à deux les marches du porche et était entré sans frapper. C'était là que Julian avait passé son enfance et le début de son adolescence avant de quitter Rome pour Paris. Dans le vaste hall qui partageait le bâtiment en deux, flottait une merveilleuse odeur de cire d'abeille et de citron, qui se mêlait au parfum des fleurs de camélia disposées dans une coupe. Un siècle plus tôt, le visiteur était accueilli par les mêmes senteurs. Julian avait fait une pause devant une psyché pour écarter quelques mèches folles de son visage, essuyé le sang sous son nez tuméfié avant de pénétrer dans le salon où la gouvernante des Spinelli brodait tranquillement une couverture en coton aux armoiries de la famille. Maria avait poussé un cri horrifié et Julian avait eu l’impression de revenir des mois en arrière, alors qu’il était encore … heureux. Il ne comprenait pas. Il ne la comprenait pas. Il savait qu’il l’avait blessé, qu’il s’était détruit tout autant qu’il l’avait détruit elle, Sara Giolitti telle qu’il l’avait connu n’existait plus. Il se trouvait face à une inconnue. A un problème insoluble. Allongé dans le noir, un air de Carmina Burana flottant jusqu’à lui depuis le salon, il se repassait le fil de la journée, essayant de cerner celle avec qui il avait fait l’amour. Fait l’amour n’était pas l’expression à laquelle il aurait pensé en premier lieu en se remémorant le court des évènements de la journée. Ils s’était battus, l’un contre l’autre, une guerre à l’aune de tout ce qu’ils avaient connus ces huit derniers mois, frustration, culpabilité, colère, agressivité, douleur. Une boule se forma dans son ventre alors qu’il repensait à la façon dont elle l’avait quitté. Sans un mot, sans un regard dans cet appartement minable. Il soupira et reposa sur son visage le sachet de petit pois que Maria lui avait confié en râlant comme une diablesse au sujet de son imprudence. La prochaine fois qu’il jouerait sous la voiture au mécano, il prendrait garde à ce que le Crick soit bien en place. Pauvre Maria, si elle avait su la vérité. Julian se doutait que Fabrizio n’ignorait rien de ce qui s’était réellement passé. Bien entendu le vieil homme n’avait pas bougé le petit doigt pour l’aider. Bien entendu. Paradoxalement il n’avait pas non plus vendu la mèche à Maria et Giuseppe, ce qui était pour le moins étrange. Fabrizio ne l’avait-il pas menacé que recommencer une liaison avec Sara lui coûterait ce pour quoi Giovanni avait travaillé ? Il se redressa sur un coude, lorgnant vers la porte de sa chambre. De toute évidence Thalie ne comptait pas rentrer, rien ne l’empêchait donc de rentrer chez lui… Sauf qu’il désirait comprendre cette menace qui planait au-dessus de sa tête. Il ne pouvait pas forcer la main de Sara, si elle désirait lui parler, elle le recontacterait, il savait que la brusquer ne l’avancerait à rien. Grognant de douleur, il se redressa sur ses pieds, gardant en contact avec son nez tuméfié, et malmené un peu plus par ses ébats avec Sara, le sachet de surgelé que Maria lui avait offert en guise de glace. Il eut soudainement l’impression d’être revenu un an en arrière lorsqu’il trouva un vieil homme assit dans le fauteuil de son grand père, sirotant du bourbon dans un verre en cristal, tout en battant le rythme de la musique du bout de ses doigts. Machinalement Julian contracta sa mâchoire pour ravaler la réplique assassine qui faillit fuser d’entre ses lèvres, malheureusement durant ce court accès de rage il oublia son nez à nouveau tuméfié et manqua de grogner sous l’effet de la douleur. Alerter par son sixième sens de casse pied, Fabrizio redressa le menton pour capter la présence du jeune politicien sur le seuil de « son nouveau bureau ». Pas étonnant que Thalie eut quitté la maison pour quelques heures, avec pareil colocataire il aurait fait de même. Peut-être pourrait-il lui offrir l’asile politique, en guise de présent de paix ?
« Rocky a décidé de remettre le pied sur le ring. Entre donc Julian, et ferme la porte. » Entre donc et ferme la porte, il avait posé ses valises dans LEURS maison et LUI ordonnait d’entrer et de fermer la porte comme s’il était chez lui. Comment diable Giovanni avait-il pu leurs assigner, à Thalie et à Lui, pareil cerbère ? Qui gardait les enfers pendant que Fabrizio rodait dans le monde des vivants ? Pourtant bien que l’envie de claquer la porte de la maison et de fuir le démangeait férocement, Julian referma doucement la porte et s’installa sur le rebord de la fenêtre du bureau de feu Giovanni Spinelli. Il y trouva comme d’ordinaire le cendrier que laissait Maria à son attention.
« Je suppose que Rome ne vous manquait pas, et que ce n’est pas l’envie de passer dire bonjour à des gens qui ne vous apprécie pas qui a motivé votre retour parmi nous. » Commenta-t-il en inhalant une bouffée de sa cigarette, mieux valait fumer pour oublier sa contrariété plutôt que de s’abimer les jointures des mains en chassant ce parasite du fauteuil de son grand-père. Julian n’avait jamais compris l’amitié qui liait Fabrizio et Giovanni, à sa décharge il avait rencontré Fabrizio dans des circonstances peu propice à la création d’une solide amitié, cependant il ne comprenait pas ce qui avait poussé son grand-père à devenir l’ami d’un pareil… manipulateur ?
« Vous n’avez pas assisté à l’ouverture du testament de votre grand-père, n’est-ce pas Julian ? » Une question de pure rhétorique puisque que Fabrizio était l’homme de loi qui avait procédé à la lecture du testament de Giovanni. Julian avait déjà quitté Rome lorsque la lecture avait eu lieu, il lui semblait que Thalie n’avait pas été non plus jusqu’à Naples pour entendre ce dont il était question, seul Livio, Dante et Stella s’étaient rendus jusqu’au cabinet de l’avocat pour se voir révéler les dernières volontés du défunt. « Si le Sénat est informé de certaines mesures visant à assurer votre entier investissement dans votre tâche, Giovanni a procédé à quelques ajustements concernant les mesures que son exécuteur testamentaire devrait prendre au cas où certaines closes privées de son testament ne seraient pas respectés. » Julian fronça les sourcils, se gratta le menton puis lâcha nonchalamment.
« Ah oui je sais, c’est à ce moment-là que je tremble de peur, me jette à vos genoux et implore votre clémence n’est-ce pas ? » Si Julian était un brillant orateur et un meneur charismatique lorsqu’il se trouvait à la tribune du Sénat, dans la vie privée il avait tendance à se comporter comme un môme mal élevé dès lors que l’on prétendait régir sa vie. La meilleure défense de Julian avait toujours été l’insolence et la défiance. Fabrizio soupira, comme s’il était face à un enfant récalcitrant mais continua néanmoins son petit laïus. Petit à petit les pièces se mettaient en place dans son esprit, si Thalie était retournée à Paris, c’était pour en apprendre un peu plus au sujet du testament auprès de leur parent, et comme un crétin il avait tout fait foiré avec sa sœur, une fois de plus. Julian était déçu, déçu par lui-même, déçu de son comportement qui n’avait fait que plonger sa nouvelle vie dans le chaos. Déçu aussi que Giovanni, dans la mort, ne lui avait pas plus accordé de confiance que de son vivant, il avait placé au-dessus de sa tête une épée de Damoclès pour s’assurer qu’il obéirait aux règles qu’il aurait fixées. Il était l’hérité de Giovanni Spinelli, mais un héritier sous conditions car faute d’avoir eu un « héritier » légitime donné par Stella, le patriarche des Spinelli avait dû se contenter de Julian, le fils d’une « danseuse », de la mauvaise graine à laquelle on ne pouvait se fier. Fabrizio sortit un cigarillo de sa poche de veston, de mauvaise grâce Julian consentit à se lever pour le lui allumer, il avait soudainement l’impression d’avoir à nouveau dix ans et de se retrouver convoquer dans le bureau de son grand-père parce qu’en jouant à la balle Thalie et lui avaient cassé un carreau de la maison.
« Ne sois pas aussi insolent Julian, peut-être cela marchait-il avec Giovanni, mais je ne suis pas Giovanni. Si je suis ici c’est par ta faute, je n’aurais même pas eu à intervenir si tu n’avais pas commencé par refaire la une des tabloïds et si tu t’étais tenu éloigné des Giolitti en dehors du Sénat. » Lui rappela le vieil homme en recrachant une bouffé d’une fumée au parfum lourd et entêtant. « Giovanni ne t’avais jamais caché désapprouver ta relation avec la petite Giolitti, même si je trouvais cela divertissant bien loin de ta ligne de conduite habituelle. Tu aurais dû te douter qu’il prendrait des mesures pour s’assurer que tu aurais la force de caractère et les mœurs qu’on attend d’un futur leader du parti démocratique. Epouser la fille de ton principal opposant ne fait pas parti des choses que ton grand-père souhaitait te voir accomplir, de même que de te voir pavaner aux bras de plusieurs conquêtes passé l’âge de 25 ans ou encore de faire le tour du monde pendant des mois sans te préoccuper de tes obligations. » Cette fois ci Julian éclata d’un rire franc et massif qui décrut seulement lorsqu’il eut pris conscience du caractère un peu fou de cette réaction. Mais fou il était bel et bien en train de le devenir. Il avait l’impression de se briser de l’intérieur en un millier de petits fragments tous plus petits les uns que les autres. Sa vie était une mascarade, un immense jeu de passe-passe. Une marionnette, un pion. Une fois de plus Julian avait l’impression de n’être qu’un second rôle, une poupée que Giovanni Spinelli manipulait afin de le contrôler dans les moindres détails pour être sûr qu’il soit digne de prendre sa suite. Digne de prendre sa suite ! Julian eut soudainement envie de ravager le moindre centimètre carré de ce bureau qui était devenu une sorte de sanctuaire. Pas assez bien, pas assez Spinelli, pas assez, pas assez, pas assez ! Il avait tout fait pour que ce vieux tyran l’aime, il avait sacrifié sa vie entière à vouloir recevoir un peu d’amour de Giovanni Spinelli, une marque de confiance et jusque dans la tombe le patriarche lui faisait payer une naissance dont il n’était en rien responsable. Des clauses restrictives, il lui imposait des clauses restrictives pour accéder à ses contacts, ses pistons, son poste. Des clauses qui lui imposaient un style de vie, une manière de mener sa barque, il aurait dû s’en douter, penser que Giovanni ne reculerait devant rien. Il avait consacré sa vie au Sénat, à la politique, il s’était investi au détriment de tout le reste, Giovanni savait que Julian ne prendrait jamais le risque de tout perdre. Parce que son grand-père savait qu’en perdant l’amour de sa vie, il ne lui resterait que cela, le Sénat, sa carrière. Il ne parvenait pas à croire que Giovanni avait osé le blesser de la sorte, sa haine des Giolitti était-elle si forte pour qu’il entérine ses choix en en faisant une clause de sécurité pour accéder à son héritage ? Il fallait adopter sa vision des choses pour devenir son héritier ? Il n’y avait aucune place pour le libre arbitre, le choix ? Les lèvres de Fabrizio se mouvaient en cadence mais Julian était devenu comme sourd au reste du monde. Tout ce pour quoi il s’était battu, l’amour qu’il avait presque réussit à imposer au reste du monde… Il avait abandonné tout cela pour honorer la mémoire d’un homme qui ne le respectait pas ? Il pleurait encore un homme dont le seul et unique but dans la vie avait été de le modeler à son image ? Carolina avait raison, Thalie, Stella avaient raison. Il n’était pas heureux, et en suivant un parcours qu’il haïssait, il ne le serait jamais. Il souffrait, la trahison de Giovanni était plus cruelle encore qu’avoir été purement et simplement déshérité. Il avait le choix, un choix qui n’en était plus un à présent. Par la faute de Giovanni Spinelli, et parce qu’il avait été assez stupide pour croire qu’il avait quelque chose à prouver à qui que ce soit, Julian n’avait plus le choix. Il avait perdu Sara, ne lui restait que le Sénat. Il devrait désormais vivre dans un monde où il ne pourrait ni la toucher, ni l’aimer sans qu’elle ne doute de chacun de ses gestes, tout cela pourquoi ? Le petit sourire que Fabrizio arborait, tout ceci n’était qu’une mise en scène de plus de Giovanni Spinelli. Un dernier tour, une dernière pirouette pour montrer à Julian qu’il lui devait sa vie. Mais que lui devait-il réellement ? Un parti dont il partageait les valeurs seulement parce qu’on ne lui en avait jamais laissé le choix ? Un salaire et un poste qui consistait ni plus ni moins qu’à baby-sitter un sénateur plus volage de Silvio Berlusconi en personne ? Une maison dans un quartier qu’il n’aurait jamais habité si sa mère avait aimé son père et pas simplement son argent ? Il devait à Giovanni Spinelli sa vie, son confort, l’orientation de ses études. La seule chose qu’il avait accompli par lui-même, la seule personne qu’il avait aimé, qui l’avait rendu heureux, Giovanni avait même réussit à l’en priver…. Détruit. Trahit. Il se leva tel un automate et quitta le bureau sans un mot. Disgrâce. Il avait le choix entre la disgrâce et l’obéissance. Alors qu’il déambulait dans les rues de Rome, hagard et désemparé son téléphone émit une plainte dans sa poche.

« Via Agrippa. 12Bis, chambre 4. » L’espoir. Il y avait encore un espoir pour lui, pour eux. Il n’avait qu’elle, il n’y avait que pour elle qu’il serait capable de renaitre. Giovanni lui avait tout prit. Espoir de carrière, choix de vie. Elle était la seule « chose » qu’il avait choisie, le seul choix pour lequel il s’était battu. Elle était tout pour lui. Mais il l’avait brisé, il était brisé, et rien ne serait aussi facile que huit mois plus tôt. Il avait fait d’elle cette boule de souffrance à laquelle il avait fait l’amour des heures plus tôt. Une erreur qu’il ne pourrait jamais réparée. Ils étaient brisés. Ils avaient toujours été brisés, ensemble ils ne faisaient qu’un. Hagard il prit machinalement la direction de la via Agrippa sans même prendre le temps de lui répondre. Elle attendrait, il le savait. Ils avaient besoin l’un de l’autre pour avoir l’illusion d’être encore vivant.

(…)

L’appartement n’était pas meilleur que le précédent et serait surement pire que le suivant. Il s’en moquait, ce n’était pas le cadre de vie qu’il venait chercher ici mais bel et bien elle. La porte n’était pas fermée à clé, elle l’attendait, comment pouvait-elle être sûre qu’il viendrait, il l’ignorait, mais elle savait qu’il viendrait à en croire cette marque de confiance, ou bien se fichait-elle de qui viendrait ? Mais il ne venait pas par curiosité cette fois, mais parce qu’il en avait besoin, il ne connaissait qu’elle, son souffle de vie, son choix. Le premier baiser qu’il lui donna n’avait rien d’hésitant comme la veille, c’était un baiser torride, passionné qui frisait le désespoir. Se moquerait-elle de lui si elle soupçonnait le feu qui coulait dans ses veines, l’impérieux besoin qu’il avait d’être près d’elle ? Il préféra ne pas y penser et relégua ces interrogations dans un coin éloigné de sa mémoire. Pour l'heure, tout ce qu'il souhaitait, c'était se laisser guider par ses sens, parce que c’était ce qu’elle désirait de lui, un amant, une seconde de répit, rien de plus. Il ne pouvait demander d’elle plus qu’elle n’avait à offrir. Il lui donnait ce à quoi elle aspirait, pas de tendresse ou de regard enamouré, cette facette d’eux n’existait plus, il prenait et donnait avec la même audacieuse brutalité, ses lèvres étaient exigeante, son corps solide se pressait contre le sien, les deux amants d’autrefois s’étaient effacés au profit de quelque chose de plus primaire, un besoin lancinant de l’autre qui les poussait à s’aimer. Rien n'incitait au romantisme. Le mince croissant de lune qui éclairait les pas de Julian dans la belle citée de Rome avait disparu depuis longtemps, l’appartement était plongée dans une obscurité froide qui ne conférait à la scène rien de plus que sa réalité. Puis cédant à l'urgence de leur désir, ils roulèrent, enlacés, sur le lit. Leurs deux corps, parfaitement imbriqués l'un dans l'autre, se mouvaient au même rythme langoureux. Puis peu à peu la passion s'infiltra, les rendant impatients l'un de l'autre. Leurs doigts, leurs bouches, exploraient la moindre parcelle de chair, le moindre recoin intime. Julian enfouit son visage dans la chevelure épaisse de la jeune femme, se grisant de l'odeur animale qui s'en dégageait. Si les mains du jeune homme restaient fermes tandis qu’il ôtait son tee-shirt à Sara puis caressait sa poitrine aux courbes menues, son cœur, lui, battait la chamade. Il acceptait les règles du jeu, même si il pressentait des conséquences inévitablement néfastes. Il avait besoin d’elle, il prendrait ce qu’elle lui accorderait. Il avait besoin d’elle, qu’importe les conséquences, il avait fait un choix. Il l’avait choisi, elle et ses règles, elle et ses envies, elle et leurs folies. Leurs deux corps à l'unisson rivalisaient d'imagination et de volupté. Julian réapprenait à aimer ce corps menu, ce parfum charnel qui émanait de chaque centimètre de sa peau et dans lequel il se noyait avec un plaisir qui frisait l’indécence. Toutes ses femmes avec qui il avait fait l’amour ses huit derniers mois, aucune ne parvenait à l’envouter de la sorte, à le faire sien d’une manière aussi viscérale. Elle était tout. La passion, cette faim de l’autre qui ne cessait jamais, cette envie qui vous faisait basculer dans la douleur, dans la folie… Elle lui avait manqué. Sans elle rien n’avait de sens, mais il avait conscience désormais de sa vulnérabilité, de son incomplétude… Elle était tout, et sans elle il n’était rien. Un éclair de vulnérabilité s'abattit sur lui tandis que le corps de son amante s'arc-boutait vers plus de plaisir encore, à la recherche du sien. Jamais encore Julian ne s'était senti aussi psychologiquement nu, aussi fragile. Elle pouvait choisir de le briser un peu plus. Elle avait tout pouvoir sur lui. Ce fut un acte désespéré où amour et haine se mélangeaient étroitement. Ils avaient l'impression de se découvrir pour la première fois. Leurs mains, leurs bouches, exploraient des zones qu'ils pensaient inconnues. Les caresses qu'ils se prodiguaient faisaient frissonner un peu plus leurs corps incandescent. Leurs bouches, chaudes, avides, se cherchaient, se trouvaient, ne se lâchaient que pour mieux se reprendre. Et puis, il y eut l’après, lorsque leurs sens furent enfin apaisés et que les battements désordonnés de leurs cœurs se furent calmés, ils restèrent un moment silencieux. L’univers se déchira. Elle se détacha de lui, refusant le cocon de ses bras. Silencieusement elle se rhabilla et il lui offrit un silence identique, la laissant se rhabiller de son côté tandis qu’il procédait de même avec un certain retardement. Passion et colère se mêlaient en un sentiment unique. Il avait lu dans ses yeux alors qu’elle s’épanouissait sous lui qu’elle était aux portes de la folie, entre douleur et calme total… Il ne voulait pas la perdre, quitte à se perdre lui-même il prendrait le temps qu’elle lui accordait. Il n’y avait qu’elle qu’il avait choisi. Qu’elle seule. Elle serait sa maîtresse, mais elle s'interdirait de l'aimer, elle ne risquerait donc pas son cœur dans l'aventure une fois de plus. Il le sentait, le lisait dans ses yeux. Il serait la faire changer d’avis, cela prendrait du temps, peut-être plus qu’il n’en disposait mais, Sara Giolitti serait sienne une fois de plus.

QUELQUES JOURS PLUS TARD

« Monsieur Spinelli ? » Julian redressa le nez de ses dossiers, la mine tirée et l’air hagard, il avait passé la nuit à travailler sur le meilleur moyen de cacher à la presse les relations sexuelles de son élu avec des prostituées d’un âge bien trop tendre. Sa secrétaire lui tendit obligeamment une tasse de café fumante et obtient en retour ce sourire qui faisait la marque de fabrique de Julian.
« Merci Gina. » S’entendit-il répondre avant de fixer une fois de plus les photographies de surveillance qui s’étalaient devant lui. Il but une gorgée de café et soupira de plaisir, seigneur depuis quand n’était-il pas rentré à Pigna prendre une douche et dormir quelques heures ? Il était épuisé si bien qu’il mit quelques minutes à comprendre que sa secrétaire attendait patiemment devant son bureau, le regardant avec un petit sourire indulgent, le privilège d’être une mère de famille de quarante-cinq ans, le charme de Julian Spinelli vous touchait, sans vous ravager le cœur. « Autre chose ? » Demanda-t-il en se frottant la nuque, il espérait secrètement que Rosario Visconti, son « sénateur », ne soit pas encore rentré de Genève où il assistait à une réunion de grands chefs d’entreprises, il avait bien assez à faire pour couvrir ses frasques et corriger ses erreurs.
« Vous avez reçu ceci. Un livreur vient de l’apporter. » L’écriture sur l’enveloppe ne lui était pas inconnu. Il fronça les sourcils, décacheta le pli et un sourire éclaira son visage pour la première fois, un sourire qui remonta jusque dans ses yeux.





    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
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"cette fille, c'est un prédateur déguisé en caniche"

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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Sam 9 Juil - 7:00

«C’était comme plonger tête la première dans un puis sans fond, mes ongles râpant la pierre acérée égratignant le bout de mes doigts déjà en sang, sans jamais parvenir à me raccrocher à cette paroi lisse et stopper ma chute. C’était comme une nuit sans fin, le soleil, éreinté, qui aurait refuser de se lever pour moi et m’aurait plongé dans un abîme de ténèbres. C’était comme si ma lucidité ne tenait plus qu’à un fil sur lequel je tirais pour la ramener vers moi, mais qui m’échappait constamment. C’était comme une immersion dans un bain d’acide, réduisant ma peau en lambeau, ne laissant plus que les chairs à vif, douloureuse au moindre mouvement d’air. C’était un immobilisme total qui me tirait quand même vers le bas, mais c’était pire si je me débattais, dans ce cas les sables s’accrochaient toujours un peu plus à mes membres, les rendant lourds et gourds, et je m’enfonçais davantage. C’était comme mourir à petit feu, une flammèche venant lécher le bois du bûcher sur lequel on m’avait érigé. J’avais toujours été surélevée par les autres, posée en évidence sur un piédestal, observant le monde depuis mon Olympe, caressant du doigt les nuages, et balançant des ferrero rocher au bas peuple comme on nourrit des fauves affamés. Mais on apprivoise pas un animal sauvage, j’aurais du le savoir, et le coup de griffe succédant aux caresses, s’il n’avait été mortel, avait laissé une plaie qui, mal soignée, avait fini par s’infecter et suinté par tous les pores de ma peau. La douleur m’avait conduit aux portes de la folie, et avait transformé mon piédestal en bûché ardent sur lequel brûlait mon âme à petit feu. Il me suffisait de fermer les yeux pour sentir la vie glisser hors de moi et couler sur ma peau en y laissant sa marque vagabonde. C’était palpable. La lionne avait combattue vaillamment aussi longtemps que ses forces le lui avaient permis, mais cela faisait bien longtemps que les forces, comme le reste, avaient déserté l’enveloppe inutile de mon corps. J’avais baissé les bras. Un cri que personne n’entend parce que j’ai pas envie qu’on l’entende, un verre en cristal qui s’échappe et dont on observe la chute jusqu’au sol avec délectation parce que finalement, ça à quelque chose de beau et d’hypnotique, ce putain de cristal qui explose en répandant ses éclats à travers la pièce. Peut être même est-il plus beau maintenant, ces éclats brillants réfléchissant la lumière comme les faces taillées du plus beau des diamants. Je ne suis pas un diamants. Je ne suis qu’un vulgaire morceau de charbon. Je comprends pas pourquoi on s’entête à me traiter comme si j’avais une quelconque valeur. Je ne suis qu’une miette égarée dans l’écrin carmin dont on m’a orné, et que tout le monde contemple, applaudissant au moindre battement de paupière, à la moindre respiration. Mais l’écrin s’est refermé sur ma gueule et m’a laissé dans le noir. Je cherche, je cherche la sortie, je cherche ce foutu néon vert qui me faciliterait la tâche. «Exit». Au fond de moi je sais où le trouver ce panneau, je sais comment l’atteindre de manière définitive. Il y a quelque chose de doux et d’apaisant dans ce terme. Définitif. Et si finalement le puit avait un fond ? Et si finalement c’était à moi de décider quand la chute prendrait fin ? J’ai le choix, je l’ai toujours eu. Cette pensée me réconforte. Et si j’ai le pouvoir de stopper cette chute, alors je peux me permettre de chuter plus profondément alors, tout en sachant que demain, rien ne sera plus, demain je ne serais plus. Demain j’aurais atteint les enfers, et qu’importe ce qui m’y attend, ce ne sera jamais pire que le purgatoire dans lequel je me complais depuis ma naissance. Je ne me débats plus dans le vide, je sais que j’ai une influence sur ma dérive, la plus grande de toute. Alors je me laisse tomber un peu plus, je prends plaisir à me débattre pour sentir les sables se refermer sur mon corps, m’attirer vers la démence, je jubile en me sentant, pour la première fois, maîtresse de ma destinée. Un destinée qui va s’avérer très courte mais d’une splendeur jamais égalée. Je sens la vie et la raison s’échapper de mon corps à mesure que la sueur s’y forme et glisser sur mon épiderme. Je sens qu’on m’attaque, qu’on m’assiège, qu’on me pénètre et colonise. Je ris. Demain je ne serais plus, colonise-moi autant que tu veux, demain tout ne sera que terre stérile et désolation. Je sens mon corps s’enflammer, et j’imagine le bûché à mes pieds, le bourreau encagoulé, sa torche à la main, charmé par le brasier. Et puis je vois la lumière. Trois fois rien, juste une étincelle, un point lumineux qui semble si loin et qui m’appelle inexorablement. C’est quoi ça ? Je pense d’abord au feu, mais il se trouve à mes pieds, il n’a donc pas raison d’être au tréfonds de mon coeur. Plus mon assaillant me parasite et plus la lumière se fait vive, chaleureuse, accueillante. Plus le fauve me dévore et plus le fil de ma raison se tend. Je pourrais le suivre si je voulais, je pourrais le saisir à pleine main et tirer jusqu’à regagner la surface. Mais je suis si fatiguée... La lumière oscille, devient violente, clignote au rythme des coups de reins de mon ennemi. Je vacille. Elle explose dans ma tête comme le verre en cristal, fichant ses éclats dans chacun de mes organes vitaux. Ca me coupe le souffle, ça m’arrête le coeur. Et puis ça reprend, tout doucement, mon palpitant pulsant ce sang qui me maintient biologiquement en vie. Je ferme les yeux. La lumière est toujours là, tout au fond, très loin, inabordable, inatteignable. Et pourtant je la veux. Finalement je n’ai jamais eu le choix, je crois.»

- I -

Il est 5h du mat, ou quelque chose comme ça. Elle n’a pas vu l’heure tourner tant elle était prise dans sa traque de la lumière. C’est devenu plus qu’un jeu, plus qu’un simple acte, il s’agit d’un instinct de survie, et c’est comme si elle avait réglé toute sa vie autour de ça. Ce qui est terriblement ironique puisqu’une vie, c’est justement ce qu’elle cherche à atteindre. Pour l’instant elle déambule dans une espèce de non-vie où elle tente de donner le change, prétendre que tout va bien, que rien n’a changé, une petite comédie des apparences. Et tout le monde n’y voit que du feu. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu’ils l’ont laissé se mourir sans s’en rendre compte. Depuis des mois chaque jour était un jour de moins, chaque heure un peu de vie évaporée de son corps. Elle avait perdu, elle s’était perdue, et le reste du monde était demeuré aveugle. Il faut dire qu’elle était bonne comédienne, elle savait sourire quand il le fallait, rire aussi, deviser de façon légère, s’adonner au babillage, alors qu’à l’intérieur, les ruines de son âme menaçaient les fondations. Elle allait crever, et tout le monde serait surprit. «Je ne comprends pas, elle était si joyeuse, si festive, si pleine d’entrain. Ce geste fut aussi inattendu que soudain» dirait une source proche de la défunte dans un canard quelconque contre quelques billets et une demi-heure de gloire. Ca lui donnait envie de rire. Un rire sombre et dénué de toute joie, mais un rire quand même. Son père serait inconsolable par contre, la surprise céderait la place au choc, puis à la colère pour enfin aboutir sur l’abattement et les remords. Il comprendrait qu’il avait joué un rôle dans la détresse de sa fille, il était loin d’être idiot malgré ce que prétendaient certains. Alors il s’accuserait de sa mort et ne s’en relèverait jamais. Une douleur vive et furtive secoua son coeur. Elle venait de penser à son père. Ca pouvait surprendre, mais c’était la première fois qu’elle y songeait, qu’elle envisageait sa réaction, qu’elle souffrait en l’imaginant. Il y a quelques jours, cette pensée ne l’aurait même pas frôlée. Elle envisageait sa mort comme une délivrance, sa propre délivrance, sans penser aux dommages collatéraux. Chérissant sa douleur, protégeant son mal, elle s’était repliée sur elle-même, centrée sur son propre nombril, se foutant du monde autour. Elle n’avait pas songé une seconde qu’on puisse pleurer sa mort, que son geste puisse faire souffrir quelqu’un d’autre. Elle n’avait pensé qu’à elle. C’était un progrès en soi. Elle avançait... Doucement, certes, mais elle avançait vers quelque chose d’autre que l’autarcie torturée, elle avançait vers les autres. Finalement elle n’était peut être pas si seule si elle arrivait encore à penser à la douleur d’un autre qu’elle. Elle en fut surprise, et si elle en avait encore été capable, peut être même aurait-elle pu ébaucher un sourire. Mais si elle était apte à jouer la comédie pour les autres, tout ce qui était authentique avait encore du mal à sortir. Sourire, rire, plaisanter de façon naturelle et non calculée, c’était encore quelque chose d’inaccessible. Mais il y avait tout de même quelque chose de changé en elle : son calme. Là, entre les draps d’un énième point de chute minable, le corps vidé de toute énergie, les bras et les jambes échoués autour d’elle, elle en ressentait plus l’habituelle angoisse que comme un point profondément enfouit et en sommeil. Elle n’avait pas disparue, elle était toujours présente, tapie dans l’ombre, menaçant de se réveiller d’un instant à l’autre, mais elle n’était plus omniprésente, oppressant ses poumons, pinçant son coeur, lui bloquant la respiration et l’irrigation du cerveau. Elle ne torturait pas ses doigts, elle ne remuait pas de la jambe avec frénésie, et elle respirait calmement. C’était la troisième fois qu’elle faisait l’amour avec lui, la troisième fois qu’elle pensait en ces termes «faire l’amour» et non plus «baiser», «se faire sauter» ou tout autre terme visant à dépersonnaliser cet acte et le rendre anodin et insignifiant. Elle n’était pas suffisamment déraisonnée pour ne pas saisir qu’il était la cause du léger mieux qu’elle accusait, ou tout du moins, il était l’objet par lequel elle y parvenait. Un médicament dont chaque prise permettait de désépaissir le brouillard de son crâne. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il venait, pourquoi il venait à chaque fois, ni ce qu’il attendait de tout ça, mais pour être honnête, elle ne se posait même pas la question, elle était encore à des années lumières de ce genre de questions. Il était là, elle ne cherchait pas plus loin. Il lui donnait ce dont elle avait besoin, et puis elle rentrait chez elle. J’aurais pu dire «ils rentraient chacun chez eux» puisque c’était certainement ce qu’il faisait de son côté aussi, mais il aurait aussi bien pu aller tout autre part, elle n’en avait que faire, elle n’y songeait même pas, elle ne songeait à rien d’autre qu’à sortir du tunnel où l’obscurité ne lui permettait que de distinguer le bout de ses orteils. Elle était autocentrée sur elle-même parce qu’elle ne pouvait voir le reste, il faisait trop noir dans sa tête. Mais si elle avait été en mesure de noter certains détails, elle se serait rendue compte qu’aujourd’hui, elle s’était attardée un peu plus que la veille. Cela faisait plus de dix minutes qu’elle s’était écroulée sur le matelas bon marché, le souffle court, le corps en sueur, et elle n’avait toujours pas bougé de là, pas plus qu’elle n’avait déplacé le bras qui lui barrait le corps, en équilibre précaire sur sa taille fine, tandis qu’elle lui tournait le dos, de côté sur le matelas, fixant le mur d’un blanc douteux qui lui faisait face. Elle sentait sa respiration chaude dans son cou, et évalua qu’il devait être à moins de vingt centimètres d’elle. Ca ne faisait pas mal. Ou alors ça faisait tellement mal qu’elle ne ressentait même plus ce mal. Peut être, elle ne savait plus trop. Elle avait tellement souffert à cause de lui que finalement, elle s’était peut être habituée à cette douleur au point qu’elle se confonde avec le reste. Ou alors c’était peut être son attitude qui lui permettait de mieux appréhender les choses. Il ne lui demandait jamais rien, la laissait se murer dans le silence sans la forcer à parler, sans lui poser de question, sans même chercher à communiquer avec elle. S’il avait ouvert la bouche, s’il avait fait entendre sa voix, alors sûrement qu’elle n’aurait pu continuer ainsi, le calme n’aurait jamais pu se distiller dans son corps, et la rage accumulé à son encontre aurait explosé comme cela avait déjà été le cas lorsqu’il l’avait suivi à Colonna... Mais il ne parlait pas, pas plus qu’il ne cherchait à la ramener contre lui pour une étreinte post-coït comme ils en avaient l’habitude autrefois. Cet autrefois n’étant plus de mise, il faisait bien de s’abstenir. Elle n’était pas là pour raviver de vieux et douloureux souvenirs, elle était là pour prendre sa dose de lumière, et basta. Et voilà, cette simple pensée venait de réveiller anxiété et agitation, le passé n’avait fait que frôler son esprit, mais cela suffisait à secouer les démons. Alors, sans un mot, très exactement 14 minutes après avoir prit son pied, elle se glissa hors des draps, laissant le bras masculin retomber lourdement sur le matelas. Il avait cessé d’exister sitôt qu’elle avait repensé à lui autrement qu’en terme médicamenteux, elle avait bloqué son esprit de manière à nier son existence et ne pas souffrir. Et jusqu’à sa prochaine dose, elle tâcherait de l’occulter totalement afin de tenir en respect la bête griffue qui lui ravageait les entrailles au moindre signe de faiblesse. Lorsqu’elle claqua la porte d’entrée derrière elle, Julian Spinelli avait été rayé de sa mémoire superficielle.

- II -

Elle avait attendu pendant de longues heures. Assise sur le coffre du bow-window, elle avait observé le soleil décroître au-dessus des toits, sans jamais s’arrêter pour elle malgré le fait qu’elle le lui ait ordonné plusieurs fois, avant de se mettre à le supplier. Elle ne voulait pas qu’il se couche, car lorsqu’il ne serait plus là, alors elle se retrouverait entourée de ténèbres, les ténèbres cernées par d’autres ténèbres. Il y en avait trop en elle pour qu’elle puisse se permettre de se laisser submerger par la noirceur de la nuit. C’est aussi pour ça qu’elle s’arrangeait pour ne jamais être seule. Elle qui avait tant aimé la nuit ne la supportait plus. Elle craignait, de façon irrationnelle et un peu folle, de se faire engloutir, de s’y perdre et de ne jamais en sortir. La nuit avait toujours été propice à la réflexion, alors lorsqu’on fuit ses souvenirs et les méandres de son cerveau, on a tendance à fuir la nuit et l’appréhender aussi. Comme une enfant qui aurait peur du noir, elle avait besoin d’une présence à ses côtés. Mais il n’y avait personne. Il n’était pas venu. Elle le savait d’avance, mais un espoir tenu avait tout de même réussi à s’infiltrer en elle. Son portable entre les mains, l’archivage d’une conversation par textos à laquelle elle n’avait pas compris grand chose, elle relu le dernier. Il avait voulu parler. Elle avait eu envie de le tuer. Elle ne comprenait pas ce qui l’avait pousser à mettre un terme à leur accord tacite, et quelque part elle ne voulait pas savoir, elle s’en foutait, mais il avait brisé quelque chose, il avait déréglé son astucieux système de défense. Pendant quelques heures, alors qu’elle n’était pas avec lui enfermé dans une chambre quelconque à s’épuiser l’un contre l’autre en silence, il avait eu une existence réelle. Ca avait perturbé beaucoup de choses. Trop de choses ? Pendant une bonne partie de l’après-midi elle avait songé à mettre un terme à tout ça. Il avait tout cassé, ça ne pouvait plus marcher. Et puis, vers dix-huit heures, son impérieux besoin s’était fait sentir, et rien ne pourrait faire office de placebo. C’était incontrôlable, ingérable, indispensable. Ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait calmer et refouler dans un coin de son cerveau comme une envie de muffin au beau milieu d’un régime draconien. Elle avait besoin d’y croire plus que de le faire, elle avait besoin de se dire qu’il serait là, que tout le reste n’était rien d’autre banale erreur de parcours sans incidence. Peut être même qu’il n’était pas l’auteur de ces textos, peut être qu’eux non plus n’avaient pas d’existence réelle, peut être que tout ça n’était qu’un regrettable malentendu. Tout plutôt que d’imaginer qu’il s’apprêtait à la détruire à nouveau, et de manière définitive cette fois. Elle ne souffrait pas, elle ne souffrait plus, elle avait depuis longtemps dépassé ce stade. Elle savait ce qui lui resterait à faire, ce qu’elle avait remit au lendemain depuis près d’une semaine. Finalement, il n’avait fait que lui accorder un bref sursit, un vaccin de rappel qui tenait plus du rappel que du vaccin. Elle avait voulu y croire, encore une fois. Tant pis, ce n’était pas grave, plus rien ne l’était. Alors elle ramena la couverture sur elle, et toujours recroquevillée à la fenêtre, elle ferma les yeux et se laissa engloutir par la nuit avec l’espoir de ne jamais se réveiller.

« j’veux pas parler. » était-elle parvenue à murmurer alors que des bras forts l'étreignaient pour la soulever. « j’veux pas parler. » sa voix, faible souffle, lui parvenait comme d’ailleurs, extérieur à son rêve, si proche et pourtant si lointaine. « Je sais. » lui répondit-il en la soulevant comme si elle ne pesait rien, la ramassant contre lui avant d’avancer vers le lit. Elle avait les muscles et les reins douloureux de s’être endormie dans un endroit et une position inconfortable, et s’étonnait que son masochisme la pousse à la ressentir jusqu’aux confins de ses songes. Mais puisqu’elle ressentait tout le reste avec autant de force, elle était prête à accepter les courbatures. Elle inhala son odeur, caressa sa nuque, enfouie son visage dans les plis d’une chemise qui lui était familière jusqu’à l’odeur de l’adoucissant utilisé. Autant de gestes et de réactions qu’elle ne s’autoriserait jamais dans le réel. Il la déposa sur le lit, et instinctivement elle l’attrapa par le col de chemise pour le ramener à elle, et qu’il ne se volatilise pas transformant, de ce fait, le rêve en son habituel cauchemar, celui qu’elle revivait chaque nuit depuis plusieurs mois. Ses doigts crochetèrent le tissu, avant de glisser le long des boutons qu’elle défit un à un. Ses paumes caressèrent ses épaules, puis ses omoplates en le débarrassant du vêtement superflu. Elle contempla sa magnificence à la lueur de la pauvre et unique lampe qui ornait une pièce d’une tristesse à pleurer. Il semblait taillé dans la glaise, les muscles saillant, le cou robuste et délicat, les épaules larges, les bras forts, les lèvres pleines et divinement dessinées, les pommettes hautes, le nez droit, le regard captivant aux yeux habituellement clairs qui semblaient bien sombres en cet instant, tandis qu’ils semblaient vissés à elle. Et ses mains, elle avait toujours aimé ses mains, longues, belles, délicates et robustes, sensuelles, à la dextérité redoutable. Elle s’obligeait à garder les yeux ouverts, sachant d’avance que la moindre inattention la propulserait vers un autre rêve, ou cauchemar. Mais lorsque ses lèvres se posèrent sur les siennes, et qu’elle comprit de manière trop brutale qu’il ne s’agissait aucunement d’un rêve, ils s’écarquillèrent de surprise et d’un petit soupçon de contrariété. Elle répondit néanmoins à son baiser, parce qu’elle était incapable de faire autrement, c’était bien trop vital pour s’en passer, mais ses mains cessèrent de caresser, son corps cessa sa quête du sien, et elle ferma les yeux. C’était réel. Puis, une nouvelle pensée vint occulter la précédente. Il était venu. Alors ses mains reprirent leurs mouvements, moins doux, plus avides, son corps se plaqua contre le sien avec brusquerie, et ses lèvres se firent féroces. Il était venu. Il était là. Quelques heures plus tard, elle quittera le lit sans un mot, sans un regard, sans un geste tendre. Elle enfila ses vêtements sans précipitation, récupéra son sac, et quittera la pièce comme à son habitude. Puis elle se laissera glisser contre la porte, dans le couloir, restera ainsi pendant plusieurs minutes, le temps de reprendre ses esprits, comme d’habitude, et murmurera un «merci» inaudible depuis le lit, comme d’habitude...

- III -


« Sara... Sara... Sara, tu ne m’écoutes pas. A quoi tu penses, princesse ? » Dans un des restaurants étoilés de la capitale, Sara, les yeux dans le vague, n’écoutait le monologue politico-assommant de son père que d’une oreille distraite. C’est un regard vide qu’elle reporta sur lui, un sourire hésitant aux lèvres. « Je suis un peu fatiguée, rien de grave. » avoua-t-elle en s’emparant du verre en pied qu’on n’avait de cesse de remplir devant elle. « T’as une petite mine, c’est vrai. » Le bras paternel s’étira au-dessus de la table, et la main robuste se déposa avec une délicatesse surprenante sur sa joue blanche en une caresse tendre. «Petite mine» c’est un euphémisme pour désigner une fille qui bataille au quotidien avec ses envies suicidaires. « Ca va, je t’assure. » annonça sa bouche, «papa, aide-moi» criaient ses yeux. « Soit. » Comme électrifiée par le contact, la main se déroba de la joue qui se penchait pourtant contre la paume, revenant avec empressement sur les cuisses masculines pour en triturer le tissus avec gêne. Pas de déballage affectif, surtout pas en public, c’est un peu la règle principale de Paolo Giolitti, et ça vaut aussi lorsque l’objet de ce déballage est sa fille à «petite mine». « Je suis passée ce matin, tu n’étais pas chez toi. » Déclaration étonnante, ponctué par une gorgée de vin, accueillie par Sara par un soulèvement de sourcils. Le sénateur n’avait pas pour habitude de passer chez sa fille, encore moins à l’improviste, tout était scrupuleusement planifié, chaque minutes correspondant à une activité, et ce décidé en amont des jours, des semaines, voir des mois à l’avance. Parfois elle avait l’impression de devoir appeler son secrétariat afin d’obtenir un rendez-vous avec son propre père. « Le concierge m’a dit que tu passais de moins en moins la nuit chez toi. » poursuivit-il d’un ton badin les yeux rivés sur les tagliatelles qu’il s’acharnait à enrouler autour de la fourchette. Mais Sara le connaissait trop bien pour croire à une simple information visant à alimenter une conversation anodine. Tout comme ses précieuses minutes, aucun de ses mots, aucune de ses phrases n’étaient gaspillées, tous et toutes conduisaient quelque part, et ce quelque part n’allait pas tarder à jaillir. « Tu vois quelqu’un ? » Question idiote, elle voyait toujours quelqu’un, et le fait de découcher n’avait rien d’inhabituel. Le fait que son père s’y intéresse, si. Mais depuis que Julian Spinelli était de retour dans le paysage urbain, les normes avaient été quelque peu bousculées. Il avait relevé la tête, attendant sa réponse en affrontant son regard. « Rien de très sérieux. » Elle ne lui ment pas, elle ne lui ment plus. Mais elle n’entrera pas dans les détails, ce qui revient au même finalement. Elle sait que par cette question, il lui demande de façon détournée si elle couche encore avec le clan adverse. Et de cette même façon détournée, elle vient de lui répondre que c’est en effet le cas, sans pour autant que ça puisse avoir une quelconque importance aux yeux de quiconque, ni elle, ni Paolo, ni Julian. Mais elle sait aussi que son père n’a pas saisi la subtilité, et le soupir qu’il laissa échapper par inadvertance prouvait bien ce fait. Si elle souhaitait se montrer franche, alors elle devrait le lui dire sans détour. Ce qu’elle n’était pas prête à faire. Peut être le jour où il serait prêt à lui poser la question directement. Les non-dit formaient un maillages solides entre elle et lui, tout était à deviner, à découvrir, même les «je t’aime». Elle joua du bout de sa fourchette avec des aliments qu’elle n’avalerait pas, puis releva le nez vers son père. « Papa... ? » Un sourcil en lévitation, Paolo releva le nez à son tour. « Oui ? » C’était le moment, c’était l’instant, juste elle, lui, personne d’autre, pas de témoins direct, pas de téléphone sonnant au moment le plus inopportun, c’était l’instant parfait... « Papa j’ai mal, papa je vais mal, papa j’ai envie de mourir, papa je l’aime à en crever, papa je veux crever, papa aime moi, papa montre moi que je mérite d’être aimée, papa dis-moi que tu m’aimes encore même si je l’aime lui, papa j’ai froid, papa j’ai peur, papa... me laisse pas mourir... » ses sourcils formèrent un arc triste au-dessus de ses yeux, ses lèvres tremblotèrent, ses doigts lâchèrent la fourchette qui retomba lourdement sur la porcelaine de l’assiette, brisant l’atmosphère avec la brutalité d’une aiguille transperçant un ballon. « Non, rien. » Elle baissa à nouveau le nez vers son assiette, récupérant la fourchette d’une main légèrement tremblante. Les ténèbres n’étaient pas loin, tapies dans l’ombre, distillant leur aura d’angoisse et de détresse. Elle aimait un homme qui ne l’aimait pas, un homme qui ne l’avait jamais aimé, et cet amour risquait de lui coûter celui de son père, il le lui avait déjà coûté auparavant, un amour si fragile qu’un mauvais choix sentimental le faisait basculer de la survivance à l’inexistence. Elle ne pouvait cependant pas cesser de voir Julian, il était le seul conducteur de lumière, renoncer à lui ce serait comme renoncer à la vie, et rien que cette pensée la plongeait dans une terreur abyssale. Elle était plus dépendante de lui que jamais. S’il cessait de répondre à ses appels, alors... Alors... Elle ne voulait pas y penser. Au jour le jour, Sara, pense au jour le jour. Il suffisait qu’elle se fasse discrète, qu’elle fuit les ragots, les commérages, et les oreilles de son père. Seulement, si elle continuait à se rendre de chambres glauques en chambres glauques, le ballet de ces deux personnalités importantes et influentes dans ces hôtels sans prétention finirait par attirer l’attention. Elle devait trouver une autre solution, une qui n’inclurait pas d’aller chez lui, ni de le faire venir chez elle. Un lieu de repli qui n’appartiendrait ni à l’un, ni à l’autre. Un appartement neutre. « Papa... Je vais avoir besoin de débloquer des fonds. » Annonça-t-elle brusquement, ses traits trahissant la révélation qu’elle venait d’avoir. « A hauteur de combien ? » Demanda-t-il plus surprit qu’elle lui demande de l’argent que par la nature de sa requête. « 300 000 - 350 000 ? » Cette fois-ci, le sénateur manqua s’étouffer avec sa bouchée de tagliatelle. « Pardon ?! Tu comptes acheter quoi avec une telle sommes ? » « Un appartement. » vrai. « Mais tu as déjà un appartement. » vrai aussi. « Oui, et j’y tiens beaucoup, tout comme je tiens beaucoup à y vivre seule sans présence masculine. C’est pour ça qu’il m’en faut un deuxième... » A mot couvert, sans mensonge, juste quelques omissions. « Oh ? D’accord, je passerais un coup de fil au banquier demain, dans ce cas. » Concéda-t-il en retournant à son plat de pâtes. Il avait fait une interprétation erronée du terme «présence masculine», et sa répartie suivante ne fit que lui en apporter la preuve. « Au fait, Milo rentre bientôt ? »

- IV -

Ça sentait la peinture fraîche, le vieux bois, et les quelques fleurs odorantes dont elle ne se souvenait plus le nom, accrochées au balcon à peine assez grand pour aller s’y griller une clope. Trente mètres carrés planqués sous les toits, un ancien atelier d’artiste qui offrait le petit plus d’un pan de toit remplacé par une large baie vitrée, pour la lumière, lui avait-on dit. Un cauchemar à nettoyer, plus d’une vingtaine de rectangles de verre à dépoussiérer régulièrement. Elle s’en foutait, elle ne ferait pas le ménage. Tout ce qui l’avait intéressé c’était l’absence de vis-à-vis et de voisins susceptibles de l’espionner ou ne serait-ce que de remarquer sa présence. Au sixième, sans ascenseur, mais passer le deuxième palier, les appartements étaient vides. Trop chers pour des célibataires sans enfants, et trop petits des familles. C’était l’enfer immobilier de Rome, les prix qui flambent, mais pas la qualité de l’offre. L’appartement dans lequel elle était allongée en cet instant, coûtait bien évidemment plus cher que les autres, de part sa superficie, et ne trouvait pas preneur au grand damne du propriétaire surendetté. Qui, à Esquilin, pouvait mettre 315 000€ dans un appartement ? Et qui, possédant 315 000€, voudrait acheter à Esquilin ? Personne, et c’était bien le problème, ou l’avantage. Le propriétaire l’avait refait à neuf, espérant que cela serait un argument de vente supplémentaire, il avait accumulé les inscriptions dans diverses agences de manière a être plus visible. C’est comme ça qu’elle l’avait trouvé. Elle n’était pas passée par une agence, préférant traiter avec le propriétaire pour plus de discrétion. Elle n’avait pas discuté le prix, arrondissant même à 320 000 en échange de son silence. Il avait tout accepté, trop content de se sortir de la merde financière dans laquelle il se trouvait. Le lendemain elle avait les clefs en main. Il lui restait un délais de rétractation de 11 jours, mais elle lui avait déjà fait un chèque de 160 000€, le reste à la signature définitive. Elle avait prévu le coup, si Julian n’acceptait pas son offre, elle l’achèterait tout de même, cet appartement. Pas pour y vivre, non, plutôt pour le contraire. Elle lui avait fait porter par coursier le document, sans un mot explicatif, juste le document, sa signature à elle apposée en dessous de «signature(s) du ou des acquéreur(s) précédé de la mention «lu et approuvé» et de la date.», et un post-it dont la flèche dessinée à la va-vite lui indiquait la marche à suivre, ce qu’elle attendait de lui. La promesse de vente lui était retournée par coursier dans la journée, datée et signée. Elle lui avait répondu par texto «ce soir, minuit.». Plus besoin de lui fournir une adresse, maintenant. Par cette simple signature, il venait de s’engager à ne pas se contenter d’une seule nuit, puis une autre, puis encore une autre, il avait accepté de s’engager de manière plus durable. Mais elle ne voulait pas y songer, pas plus qu’elle ne voulait relever le fait qu’à trop vouloir être dans un lieu qui n’appartenait ni à l’un, ni à l’autre, elle venait de créer un lieu qui leur appartenait à tous les deux, de manière conjointe. Elle raisonnait encore de manière superficielle, au premier degré, cet appartement était encore neutre à ses yeux. Le matelas posé à même le sol attendait encore le lit qui viendrait le compléter, mais ce n’était qu’un détail qui ne viendrait pas perturber le calme qui s’était installé en elle, comme après chaque dose de son anesthésiant. Le bras masculin n’empiétait pas dans son espace, cette fois, replié et ramassé contre le torse si habilement dessiné. Couché sur son flan, les yeux clos, la respiration lente, il dormait. C’était la première fois, lui semblait-il, que l’homme s’autorisait à s’assoupir, ou simplement à y parvenir. Les lèvres légèrement entrouvertes, les cheveux lui barrant le front et les yeux, il avait l’air tellement inoffensif, à plusieurs galaxies de distance d’elle, tellement improbable, tellement insaissable, un homme incompris et incompréhensible, un homme qui la quitte, la détruit, s’échappe, la piétine, la ramasse, et s’acharne à réassembler les pièces entre elles sans raison apparente.

Cela fait exactement une semaine, aujourd’hui, qu’elle est allée le récupérer au fond de sa geôle. Son nez ne souffre plus d'ecchymoses, son cou si, rougissant de ses lèvres et ses dents qu’elle y plante chaque nuit depuis une semaine. C’est presque douloureux de le voir là, à côté d’elle. Il ressemble tellement à celui qu’elle aime. Elle a beau se dire que cet homme-là n’existe pas, qu’il n’a même jamais existé, la ressemblance est tellement frappante que parfois elle a peur de ne plus parvenir à faire la distinction. Le gouffre s’ouvre sous ses pieds, elle sent les tourments lui frôler les chevilles. La panique la guette, comme à chaque fois qu’elle nourrit ce genre de pensée. Il faut qu’elle parte, qu’elle le quitte, comme chaque matin. Elle jette un oeil par la fenêtre ouverte donnant sur le balcon, et si le soleil est toujours invisible, le chant des oiseaux lui apprend que ce ne sera plus longtemps le cas. Il faut qu’elle parte. Sur le dos, le visage tourné vers l’inconscient, elle s’autorise un dernier instant de contemplation, sa main aux doigts fébriles écarte une mèche de cheveux, doucement, lentement, de peur qu’il se réveille et surprenne son geste. Elle ne l’assumerait pas. Pas plus qu’elle n’assumerait le baiser qu’elle dépose sur sa bouche entrouverte, aspirant son souffle, savourant son goût un peu trop longtemps pour qu’il puisse être considéré comme un simple «aurevoir et merci». Alors elle se recule, surprise elle-même de ce qu’elle vient de faire. Sans un mot, sans un bruit, elle ramasse ses vêtements, et trouve refuge dans la pièce suivante, l’atelier en lui-même transformé ultérieurement en salon/salle à manger/cuisine, pour se vêtir. Sur le bar/plan de travail/table qui sépare la cuisine du reste de la pièce, elle ramasse les documents de vente définitive signés un peu plus tôt dans la nuit, ainsi que le chèque de 160 000€ d’une banque qui n’est pas la sienne, mais dont la famille Spinelli détient près de 45% des parts de marché. A la place, elle dépose une simple et unique clef, le double de celui qu’elle possède déjà. Pas de mot pour l’accompagner, juste le post-it fléché récupéré sur la précédente promesse de vente, qu’elle colle sur le support froid, avant de jeter un dernier regard sur ce nouveau chez elle, ce nouveau chez lui, mais pas chez eux. Il lui faudra beaucoup de temps pour accepter cette idée, peut être même n’y parviendra-t-elle jamais. 5h35 du matin, c’est ce qu’affiche sa montre lorsqu’elle déboule dans la ruelle après avoir descendu les 6 étages. Voilà, il fait jour.



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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mar 19 Juil - 0:10

La mort a toujours excité les foules, tout comme le sexe et les scandales. L’homme a pour la mort une fascination morbide, mue par l’horreur, la jubilation et un intérêt tout ce qu’il y a de plus malsain mais qui continue à le fasciner malgré que l’être humain ait conscience de ce paradoxe. La mort, la haine et les complots remplissent les théâtres et ce depuis l’antiquité. Les Romains les premiers se bousculaient au Colisée pour voir des gladiateurs mourir sous leurs yeux ou assister à des spectacles dans lesquels un ou plusieurs protagonistes risquaient de mourir, les premiers en levant ou en baissant le pouce pouvaient influencer le choix de l’Empereur sur la vie d’un autre être humain. Ce que le public voulait c’était du sang. Aujourd’hui les choses se faisaient de manière plus… civilisées, le soir au théâtre. Les familles, les jeunes couples, les romains de tous poils se pressaient devant l’entrée du théâtre pour se repaitre du malheur d’autrui. Et ce soir confortablement assis dans une salle de théâtre comble, Julian Spinelli n’était qu’un spectateur parmi tant d’autre. Les bras croisés sur la rambarde de la loge de sa famille, de ses yeux couleur océan il scrutait la scène, les comédiens tandis que l’Opéra suivait son cour. Ses yeux balayèrent la salle de théâtre tandis que l’action faiblissait sur scène, on approchait de l’entracte. Ce qu’il aimait au théâtre c’était la foule bigarrée qui se pressait dans la salle, certains s’étaient mis sur leur trente et un, smoking et robes aux couleurs chatoyantes, d’autres abordaient des tenues plus décontractées, les adolescents qu’on avait amené de force à la représentation abordaient en bandoulière leur dégout pour ses « activités de vieux » en portant des vêtements aux couleurs criards ou de cuirs qui n’avait de cuir que le nom car il était en réalité en synthétique. Plafonds décorés de fresques, dorures, balcon aux rambardes sculptées et aux fauteuils confortables, tout ici semblait ennuyer la nouvelle génération alors que Julian se sentait ici comme à la maison. La main de Thalie se posa sur son épaule pour attirer son attention, sa sœur était sublime comme toujours, le fourreau de soie qu’elle avait choisie comme tenue en cette chaude soirée d’été lui allait à la perfection, mettant en valeur sa silhouette déliée et longiligne aux courbes attrayantes, d’un vert qui se mariait à la perfection avec l’émeraude de ses yeux, elle était a coupé le souffle et tous les hommes voyaient leurs regards désespérément attirés par elle. D’un signe de tête discret sa cousine lui indiqua la direction de la sortie de leur loge, Julian remarqua aussitôt que le « vieux » était profondément absorbé par une conversation avec leur invité du soir Giulio Andreotti, Julian étouffé un rire et la précéda en direction de l’escalier. Ils éclatèrent de rire sitôt le premier pallier passé. Sa main sur la taille de sa « jumelle », Julian déboucha dans le parterre tout proche de la scène. Une coupe de champagne leur fut offert, une couple qu’Athalia descendit d’une gorgée avant de s’emparer de celle de son frère afin « d’éviter tout risque de se retrouver au poste » plaisanta-t-elle alors qu’il la foudroyait du regard. Ils évoluèrent parmi les personnes invitées à la première de la pièce de théâtre que le tout Rome se pressait de venir découvrir et encenser.

« C’est l’ex-femme la coupable, elle couvre son mari qui a assassiné sa mère afin qu’ils se partagent l’héritage. » Souffla Julian à l’oreille de sa cousine tandis qu’ils entendaient de part et d’autre des conjonctures sur le potentiel dénouement de la pièce. Thalie lui asséna un coup de coude vicieux dans les côtes qui le fit grimacer et rire à la fois.
« Pourquoi est-ce que tu éprouves toujours le besoin de me spolier la fin de tout ce que l’on voit ensemble ? » Lui demanda-t-elle alors qu’ils saluaient une famille de riches mécènes. « Harry Potter, qui veut la peau de Roger Rabbit, bientôt tu me spolieras mon avenir c’est ça ? » Lui asséna-t-elle en enfonçant son doigt dans les côtes. Le rire qui effleura la gorge de Julian ne sortit jamais de ses lèvres, soudainement le monde sembla se figer autour de lui. Elle était là. Il ne l’avait pas remarqué jusqu’à présent, le balcon qu’occupait Paolo était vide depuis le début de la pièce, pourtant elle était là. Seule. Elle était là seule, évoluant parmi les invités avec l’aisance de ceux qui ont grandis dans et avec les mondanités, s’enquérant de la famille de l’un, de la maitresse de l’autre, un sourire permanent vissé sur le visage. Mais elle n’était pas là. Il n’avait jamais eu l’occasion de l’observer depuis leur rupture, depuis son mariage. Il vit alors l’ampleur des dégâts qu’il avait causés en elle. Entendre Thalie la décrire comme ravagée était une chose, découvrir que la femme qu’il avait aimée n’existait plus par sa faute en était une autre. Lorsqu’ils faisaient l’amour il avait l’impression de la retrouver, il n’avait jusqu’alors par comprit que lorsqu’il l’avait quitté quelque chose était mort en eux, en lui, mais aussi en elle, surtout en elle. Elle avait été son oxygène, son évasion, celle qui avait donné un sens à son existence. Il n’avait jamais pensé rencontrer quelqu’un comme elle, il avait voulu le meilleur pour elle, il se rappelait lui avoir simplement dit qu’il voulait faire ce qui était le mieux dans son intérêt. Il se rappelait avoir manœuvré pour lui faire croire qu’il venait de la tromper après une nuit passé à s’enivrer. Les gens allaient au théâtre pour se repaitre de la douleur, de la souffrance des autres. Il n’avait pas besoin de tout cela pour apprécié la souffrance d’un autre, il n’avait qu’à la regarder elle, elle qui n’était plus vraiment elle-même par sa faute mais, il ne se délectait pas de son « œuvre ». Il aurait aimé pouvoir faire quelque chose pour elle, pour la réparer, réparer ce qu’il avait fait à la femme de sa vie. Il aurait voulu effacer les souvenirs douloureux qu’ils avaient l’un et l’autre, il aurait aimé pouvoir la quitter, la laisse penser ses blessures, des blessures qu’il avait causé. Il aurait aimé pouvoir tout effacer, recommencer en la laissant poursuivre sa vie. C’est avec notre premier souffle que nous commençons à mourir, chaque pas que nous faisons nous conduit un peu plus à la mort. Nous inventons une éternité, des dieux, des rituels qui nous rassurent, nous construisons un monde pour que la vie ait un sens, qu’elle ne soit pas simplement une courte période de transition avant d’atteindre le néant. Ce qu’il lisait dans ses yeux l’effrayait. Résignation. Il voulait la sauver. Il désirait les sauver car sans elle… La vie n’avait aucun sens. La seule chose qu’il pouvait faire pour elle était simple. Etre là. Attendre son heure pour ensuite la ramener à la vie, s’il détenait encore le moindre pouvoir sur elle.

(…)

Il avait oublié l’espace d’un instant la promesse qu’il s’était fait, la promesse qu’il avait fait à Athalia. Il avait simplement paniqué, perdu la notion de ce qui était bien et mal pour elle, il avait oublié qu’il devait prendre soin d’elle à distance, la ménager, aller à son rythme. Il avait perdu les pédales, durant l’espace d’un instant il était revenu en arrière, dans ce qu’avait été autrefois leur relation. Il était en colère, perdu, il avait eu besoin d’elle, en oubliant la plus élémentaire des règles : elle n’attendait rien de lui si ce n’était sa présence lorsqu’elle la requérait. Il avait commis une erreur, une erreur qu’il regrettait déjà. Il n’était pas venu. Il avait voulu parlé. Il voulait lui parler plus qu’il ne l’aurait pensé, il avait eu besoin d’elle. Autrefois elle était le pilier de leur couple, celle sur qui il s’appuyait. Une période désormais révolue. C’était elle qui avait besoin d’une base sur laquelle se reposer l’espace d’un instant, elle avait besoin de lui, il ignorait ce qu’elle trouvait comme réconfort dans leurs étreintes éphémères mais une chose était certaine, elle revenait vers lui ensuite. Il avait peut-être tout gâché à présent. Pourquoi s’était-il tourné vers elle. Dans quel but ? En se disant qu’elle réagirait peut être enfin ? Avait-il désiré la brusquer, la faire réagir ? Jusque-là il n’y avait eu que des texto avec des indications pour se rendre jusqu’à elle, des heures, des numéros d’appartement, des noms de rues. Il avait brisé quelque chose en la contactant, en ne la laissant pas décidé de la prochaine étape. Il le regrettait, il regrettait d’avoir été faible l’espace de quelques minutes. Son téléphone entre les mains il tournait nerveusement autour de son doigt la bague de fiançailles qu’il aurait dû logiquement lui offrir si Giovanni n’avait pas été assassiné, la bague que sa grand-mère tenait de sa mère, qui la tenait de sa mère avant elle. Il soupira et jeta rageusement son téléphone loin de lui. L’appareil atterrit par miracle sur la table basse sans dommage ce qui accentua, étrangement, la colère de Julian qui aurait aimé pouvoir briser quelque chose pour calmer la colère qu’il éprouvait à son encontre. Il se leva, faisant rebondir la bague dans sa paume, il amorça un geste du bras en direction de la fenêtre ouverte puis se ravisa. Il la rangea dans sa poche, précieusement. Et il contempla le désastre qu’était sa vie. Les cartons qui s’entassaient dans l’entrée et qu’une quelconque société de livraisons viendrait chercher dans quelques heures, Athéna était partie, pour de bon cette fois. Il avait reçu la bague ce matin. C’était ce qui avait tout déclenché, le besoin viscéral de ne pas être seul, de partager avec quelqu’un la souffrance qui lui brûlait le cœur, qui enflammait son sang. Ils avaient été nombreux à prétendre qu’il serait mieux sans elle, mais ils avaient tords. Il contempla quelques instants les cartons qui s’entassaient çà et là. Il était faible. Il n’aurait pas dû y aller. Mais il était incapable de la laisser. Il ne pouvait pas la quitter, il ne pouvait pas ignorer la souffrance avec laquelle elle lui faisait l’amour. Il ne pouvait pas ignorer qu’elle avait eut besoin de lui, en quelque sorte, et qu’il l’avait déçu. Peut-être se trompait-il ? Peut-être Thalie se trompait-elle ? Peut-être n’était-ce que du sexe ? Il avait une chance qu’il se trompe, il y avait une chance qu’il perde cette bataille, qu’il perde son cœur une fois de plus ainsi que sa raison de vivre. Enfilant sur sa chemise sa veste, il attrapa sa paire de clé. Il ne pouvait pas la laisser. S’il renonçait à essayer de la reconquérir, il ne se le pardonnerait pas. Elle valait de prendre tous les risques. De renoncer à une part de lui-même pour n’être que ce qu’elle désirait. Il ne pouvait pas reculer, il ne pouvait pas la laisser seule face à des démons qu’il avait créés. Oublier la souffrance, la peur qu’il ressentait tel le petit garçon brisé qu’il avait été autrefois. Il avait besoin d’elle. Il avait besoin d’elle qu’importe ce qu’il lui en coûterait, le temps que cela prendrait. Il était prêt à prendre le risque d’un rejet, de se voir abandonné après avoir tout sacrifié pour elle. Il acceptait de n’être qu’un fantôme dans sa vie, un souvenir sur lequel elle se pencherait en compagnie de ses petits-enfants si cela la rendait à nouveau pleine et entière à la vie. La Ducati attendait sagement sa venue dans le garage. Peut-être ne serait-elle pas là ?

Elle était là. Mais ce n’était pas elle. Sara Giolitti n’était pas cette boule de douleur recroquevillée sous une couverture, luttant contre ses rêves, ses cauchemars. Si, Sara Giolitti était désormais cette femme. Il avait fait d’elle cette femme. Et il avait failli recommencer aujourd’hui. Figé sur le seuil de la chambre à couché il n’hésita pas longtemps sur la conduite à tenir. Il avait besoin de la serrer contre lui, de faire partie de sa vie, il ferrait la chose à sa façon, il se contenterait de cette étreinte éphémère si cela l’aidait à aller mieux. Délicatement il passa ses bras autour d’elle, l’un sous sa nuque, l’autre dans le creux de ses genoux et la souleva en douceur. Elle ne dormait pas, pourtant lorsqu’elle parla sa voix n’était qu’un murmure. « J’veux pas parler. » Souffla-t-elle simplement en s’abandonnant à son étreinte, elle répéta cette supplique, presqu’une prière deux fois avant qu’il ne l’apaise d’une simple réponse. « Je sais. » Il acceptait. Simplement, il ne remettait rien en cause. Elle s’abandonna entre ses bras et un frisson le traversa alors qu’elle se nichait contre lui avec une tendresse qui ne méritait pas. Elle le retint alors qu’il la déposait en douceur sur le matelas. Ce qu’il lut dans ses yeux lorsqu’elle caressa son torse mis à nu le bouleversa. Sara Giolitti, la Sara qu’il avait aimée si profondément le regardait en cet instant. Son corps réagit instinctivement à cette étincelle d’espoir qui venait de gonfler son cœur, ses lèvres s’emparèrent des siennes avec douceur, passion. Il la sentit se figer, elle se pétrifia entre ses bras, son cœur manqua un battement, l’appréhension lui serra la gorge et puis… l’intensité, l’urgence reprit ses droits et il prit conscience qu’elle était redevenue « elle-même », cet être qui n’aspirait à rien et ses baisers, ses caresses se tintèrent d’amertume. Il l’avait à nouveau perdu.

(…)

Pourquoi. Pourquoi avait-elle envoyé ce bail ? Pourquoi prenait-elle le risque qu’ils partagent quelque chose ? Etait-ce le signe d’une évolution ? Il avait fait mander un coursier à présent il n’avait plus qu’a signé cette liasse de papier qui les relirait l’un à l’autre. Ils n’avaient jamais franchi cette étape, celle d’acheter quelque chose ensemble qui les lierait l’un à l’autre. Débloquer les fonds ne serait en rien difficile. Signer l’était bien plus. Il ne savait quoi penser de cette promesse de vente qu’elle lui avait fait livrer par coursier. Tout couple normal aurait trouvé la chose normale, n’aurait pas tergiversé avant de signer. Mais ils n’étaient pas un couple, et elle venait de renverser les règles, le surprenant. Il ne s’était pas attendu à cela. Elle ne voulait que de l’éphémère, du temporaire. Il en perdait son latin. Il sentait que les choses avaient évoluées. Il en était heureux même. Mais le revirement de Sara le retournait profondément. L’espoir lui rongeait le cœur à petits feux. Et l’espoir avait failli tout gâcher quelques jours plutôt. Il inspira profondément et joua distraitement avec son stylo plume MontBlanc, réfléchissant à la conduite à tenir, envisageant chaque sens que pouvait avoir cette promesse de vente. Ils achetaient un lieu qui ne leur appartiendrait qu’à moitié chacun, ils ne se retrouveraient plus dans un espace neutre mais dans un appartement qui leur appartiendrait à tous les deux, une chose qui ne s’était jamais produite. Il n’avait été qu’un « invité de passage » dans l’appartement de la jeune femme au début de leur relation, c’était chez elle, pas chez eux, même s’il en était venu à considérer sa résidence comme leur « chez eux », comme leur « maison ». Que pensez de cet acte de vente ? De la décision de Sara de leur offrir quelque chose de concret, une sorte de pacte sur le long terme. Car c’était ce que représentait ce bail aux yeux de Julian, une promesse, un engagement, quelque chose de plus important. Elle le laissait s’approcher d’elle un peu plus. Elle ne lui promettait rien, mais elle essayait. En avait-elle conscience ? Probablement pas. De son stylo au prix équivalent à un salaire mensuel de n’importe quel ouvrier il inscrivit ses initiales au bas de chaque pages du contrat puis face à celle de Sara. Voilà, il était propriétaire. Restait désormais à passer un coup de fil. Il appuya sur la touche 1 de son cellulaire et s’empressa de poser les pieds sur le plateau de son bureau en chêne massif.

« Pronto ! » A nouveau Julian se sentit l’âme d’un enfant de quatre ans, il était détendu, léger à nouveau.
« Si chi parla ? La signora Spinelli ? Commisario Roma. » Répondit-il en prenant un fort accent sicilien.
« Julian Spinelli cesse donc de faire l’idiot ! » Le gronda sa mère, le soulagement de Stella n’était cependant pas perceptible dans le ton de sa voix, machinalement elle s’installa au bureau de son mari et posa ses jambes de danseuse sur le plateau du bureau.
« Comment m’as-tu reconnus ? » S’étonna-t-il en riant.
« Ton numéro s’affiche sur l’écran du téléphone de bureau de ton père. » Se moqua-t-elle en se laissant aller dans le dossier du confortable fauteuil de cuir. « Ton père est parti à une réunion du Comité de Direction, une histoire de fuite dans l’hôtel avec vue sur le parc. »
« Il faut qu’un comité se réunisse pour appeler un plombier. Je rêve où je ne suis pas le seul à qui Giovanni a mis sur le dos des chaperons. » Il ne se doutait pas à quel point il visait juste, les décisions de Livio et Dante depuis la mort de leur père étaient analysés et consignés, un an de mise à l’épreuve chaperonné par le Comité de Direction, afin d’être sûre qu’ils étaient prêts à prendre la direction conjointe de l’entreprise familiale. « De toute façon c’est à toi que j’aurais préféré parler. Dis-moi maman, l’argent que vous aviez mis à ma disposition quand j’ai décidé de rentrer à Rome, il est toujours à ma … disposition ? »
« Julian si tu comptes t’installer avec A… » Commença sa mère, un fond de reproche dans la voix.
« Non … Je voudrais acheter un appartement avec quelqu’un…. » Il entendit la respiration de sa mère se figer à l’autre bout du fil. « J’ai suivi tes conseils. J’essaye d’être heureux maman. »
« Vraiment ? »
S’étonna Stella en jouant la nonchalance. Lorsque Livio pénétra dans le bureau elle lui fit signe de se taire et mis en route le hautparleur.
« Oui… Elle ne me fait pas confiance, elle avance pas à pas, je crois que … cet argent est un gage de ma bonne fois. Je pourrais prendre un prêt mais … Je crois que vous approuveriez ce choix avec Papa, je me demandais donc si tu pourrais voir si la banque ne peut pas me faire un chèque. » Ses parents échangèrent un sourire entendu et Stella lança un clin d’œil à son mari.
« Je vais te faire libellé le chèque, il sera disponible dans une heure tout au plus. »
« Merci maman, il faut que je vous laisse. Salut maman… Et Salut papa. »
« Travaille bien mon fils. »
Lui lança Livio en embrassant sa femme.

(…)

Il ne dormait pas. Pas totalement. Il s’était autorisé à relâcher la tension sans pour autant plonger complètement dans le sommeil. Tel un félin sur ses gardes. Il ne considérait pas encore cet appartement comme un espace dans lequel il pouvait relâcher totalement sa garde, car c’était lorsque l’on ne se méfiait pas que l’on commettait des erreurs, par exemple laisser échapper un « je t’aime » au moment de sombrer dans le sommeil. Il ne se sentait pas à l’aise en ce lieu, ce qui était plus qu’étrange, depuis qu’il était arrivé dans cet appartement il ressentait comme un malaise, il n’était plus en un lieu neutre, impersonnel. Chez eux, c’était chez eux. Un appartement refait à neuf, avec un simple matelas dans une pièce et une cuisine aménagée. Rien dans les placards, aucuns meubles. Vide, aussi vide que leur relation. Il avait peur, peur de relâcher sa concentration, peur que l’espoir prenne trop de place dans sa vie et qu’il commette à nouveau une erreur. Il s’était assoupit recroquevillé dans son coin du matelas comme pour lui laisser le temps de faire son choix. Il se sentait suffisamment à l’aise pour se faire confiance et s’endormir. Il était sur les nerfs, les infidélités de son « poulain » allaient bientôt s’étaler dans la presse s’il ne se préoccupait pas de faire taire les « escort girl » et les « gamines à peines majeures » pour citer l’ébauche d’article qu’il avait eu sous les yeux. Il avait dormit dans son cabinet depuis plusieurs jours, il était exténué, à ses côtés ses soucis s’évanouissaient, il avait fini par s’assoupir, apaisé et détendu. Mais il ne dormait que d’une oreille et lorsqu’elle bougea de son côté du matelas les vibrations de l’antique literie le réveillèrent. Il n’ouvrit cependant pas les yeux, si elle voulait s’évanouir une fois de plus dans la nature, elle en avait le droit, quoi qu’il arrive ils avaient à présent cet appartement entre eux, un lien qui les ramènerait l’un vers l’autre pour signer l’acte de vente ou lorsqu’il leur faudrait reprendre leurs chèques. La confiance. Il avait confiance. Il était cette fois celui qui attendrait.

Lorsque d’une main légère elle dégagea les quelques mèches qui barraient son front il s’efforça de rester de marbre, de ne pas ouvrir les yeux, de ne pas réagir. Elle ne l’aurait pas assumé, elle n’était pas prête. Il faillit se mordre la queue lorsque sa bouche effleura la sienne, lorsque leurs haleines se mêlèrent autrement qu’avec brusquerie et passion. Elle s’attarda quelques secondes de trop pour un simple au revoir et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Lorsqu’il entendit la porte claquer derrière elle il s’autorisa enfin à sourire. Il nota mentalement qu’il devrait faire livrer un camion de rose à Thalie, et peut être lui louer une chronique dans la Reppublica pour qu’elle conseille les gens. Il se leva et vêtu de son seul caleçon se rendit dans la cuisine. Une clé l’attendait. Un nouveau sourire transfigura son visage. Il récupéra son portable et lança une recherche sur une application de géolocalisation. Il y avait une épicerie en bas de la rue. Il mangerait bien un peu avant de se remettre à travailler. Il allait remplir le frigo, puis il s’en irait. Rien de trop invasif. Il la laisserait choisir les meubles, ou l’absence de meuble jusqu’à ce qu’elle l’implique dans ce lieu de passage. Un peu de lui entrerait ici. Qu’importe si ce n’était que de la nourriture pour l’instant, il savait être patient. Il enfila sa chemise et son pantalon s’empara de sa carte bleu personnel et non de l’Amex Black qui aurait attiré l’attention et s’est d’un bas guilleret qu’il débaroula les six étages le séparant de la rue. Julian Spinelli était à nouveau heureux. La femme qu’il aimait n’avait pas totalement disparu, et c’était en soit un évènement qu’il devait célébrer. Pour le coup il envisage de se payer une petite folie, une bouteille de Champomy pour arroser l’évènement.

Etape numéro un, nous avons admis que nous étions impuissant face à l’alcool, que nous avions perdu la maitrise de notre vie.
Etape numéro huit, Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d'elles.
Etape numéro neuf, Sara Giolitti tu apprivoiseras.




    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Sam 23 Juil - 5:59


- PRELUDE -

« c’est comme être accrochée à une branche, à bout de bras, luttant avec ses dernières forces pour ne pas la lâcher, cette foutue branche. Car ce qui retient l’arbre ne me retient pas. Il est pendu au-dessus du vide, cet arbre, tout comme moi, mais contrairement à moi, ses racines sont bien enfoncées dans la terre, juste au bord du précipice. Et moi ? Moi je tangue, mes jambes battant l’air au-dessus du vide, mes doigts se nouant ensembles au-dessus de la branche pour ne surtout pas la lâcher. L’arbre à d’abord l’air frêle, vous savez comme ceux qu’on voit dans les dessins animés, l’arbre mort sur lequel un corbeau ou n’importe quel rapace est perché, lâchant son croassement sinistre avec fatalité. L’endroit est désert, j’ai quitté la forêt depuis longtemps, la laissant derrière moi à jamais. Avant, j’entendais encore l’écho de quelques voix ricanant dans mon dos. Maintenant c’est terminé, il n’y a plus que le vent dans mes oreilles, ou «le souffle des morts» comme disait ma nourrice. J’ai lutté pour quitter cette forêt, persuadée de retrouver un monde plus vivable de l’autre côté de ces interminables troncs, cette insupportable végétation étouffante, oppressante, aliénante. J’imaginais une plage. Oui, c’était bien une plage, une plage déserte avec un couché de soleil éternel et du sable, du sable chaud sous la plante de mes pieds. A la place, il y a eu cette plaine aride, morte, hostile, à la terre craquelée, à l’odeur infecte, et rien, absolument rien d’autre à perte de vue. Un paysage lunaire, un paysage de désolation. J’ai laissé la forêt derrière moi, et j’ai couru. J’ai couru jusqu’à la fin de ce monde, jusqu’à ce que ce paysage ne soit plus qu’une tâche marron, floue, défilant de chaque côté de mes pieds nus et abimés. J’avais encore l’espoir très mince que ce monde n’était qu’une étape, comme pour la forêt. J’ai couru pendant des heures, des jours, des semaines, des mois, sans jamais en voir le bout. J’aurais pu cesser de courir, m’allonger sur le sol et attendre la fin, mais puisque ce monde n’avait pas de fin, j’en étais venue à douter de l’existence d’une fin quelconque, j’en étais venue à douter de la réalité d’une fin, est-ce que le mot «fin» avait jamais existé ? Non. Il n’y avait plus qu’ «éternité». Je ne pouvais pas m’allonger sur le sol pour l’éternité parce qu’alors, rien, absolument rien ne se passerait. Je serais juste un être allongé sur le sol n’attendant rien, puisqu’il n’y avait rien à attendre, juste une particule immobile inspirant de l’oxygène et expirant du Co2, comme une chute interminable, une chute pour toujours, une torture qui ne s’arrêterait jamais. Jamais. Jamais. Alors j’ai couru toujours plus vite, toujours plus désespérément, et ce gouffre m’est apparu comme une délivrance. Il y avait une «fin» finalement, ce n’était pas la plage que j’espérais, mais je n’avais plus d’espoir à cet instant-là. J’avais couru trop longtemps dans ce paysage monochrome pour finalement espérer autre chose que la fin. Et si la fin se traduisait par un ravin, alors je l’accueillais avec joie. J’ai couru plus vite, j’aime à dire que j’ai pris de l’élan pour mon saut de l’ange, et j’ai souris à l’arbre mort et à l’oiseau qui régnait dessus, dernier rappel d’une vie autre que la mienne. Mes pieds ont quitté la terre ferme pour pédaler au-dessus du néant, du chaos, de ce gouffre signifiant ma fin, je l’attendais depuis tellement longtemps. Mais... Mais dans un sursaut d’instinct de survie, mes doigts frôlant la branche ont cherché à s’y raccrocher. Encore maintenant je ne m’explique pas se geste, je ne le comprends pas, je ne l’assume pas non plus. J’avais enfin la possibilité d’arrêter ce mal, cette désolation en moi, et comme la pire des suicidées indécises, je me rattrapée aux branches, la branche d’un arbre tout aussi mort que moi, un arme surmonté d’un charognard. Et les pieds dans le vide, les paumes douloureuses, les bras gourds, j’ai eu de nouveau ce qui m’avait fait défaut depuis la forêt : un but. Je ne devais pas tomber, je ne devais pas lâcher, ce que je ferais ensuite dans cette terre de désolation n’avait pas d’importance immédiate, tout ce qui en avait c’était tenir, survivre, ne pas mourir. Et l’arbre semble si frêle, la branche si tordue et sèche qu’elle ne devrait pas, selon toute logique, pouvoir soutenir mon poids indéfiniment. Et pourtant elle tient, elle tient encore et toujours. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis suspendue au-dessus du vide, mais elle tient, elle tient plus que moi et mes mains moites, moi et mes bras flageolants. J’ose pas regarder en bas, je me doute qu’entre mes pieds il n’y aura que vide et ténèbres. Alors je continue de fixer le ciel au-delà de la branche. Je sais que je vais lâcher, personne ne peut tenir comme ça à jamais. Pour une fois je me rends compte de l’importance du mot «fin». La fin est trop proche. Mais j’en recule l’échéance. Parce que qui me dit que «fin» ne disparaîtra pas sitôt que j’aurais lâché la branche ? Et si c’était une chute interminable sans jamais s’écraser sur le sol ? Et si je voyais défiler les étages de l’immeuble, tous les étages, un immeuble qui ne serait que ça, des étages, sans aucun rez-de-chaussé ? Alors je m’accroche, je m’accroche toujours lorsque je sens mes pieds taper contre quelque chose de solide. Je dois rêver, parce que ce n’est pas possible, il n’y a pas d'échappatoire. Je ferme les yeux, m’attendant à ce que cette sensation disparaisse, mais au contraire elle s’intensifie, devenant plus réelle de minute en minute. Alors je baisse les yeux, m’autorisant à espérer autre chose que le vide. C’est pas très net, c’est pas très solide, c’est juste une ébauche, comme un dessin pixelisé sur ordinateur, mais il y a bien quelque chose sous mes pieds, quelque chose sur lequel se reposer, quelque chose qui pourrait, éventuellement, non pas empêcher ma chute, mais au moins la reporter à plus tard. Ça se dessine en temps réel, les pixels se réduisant, rendant le dessin plus net. Le travail est lent, mais je commence à deviner un sol poussé, créé par les racines d’un arbre que je croyais mort. Il ne veut pas que je tombe, pas tout de suite, alors il m’offre un répit, une base en quelque sorte. J’ai peur, je suis méfiante, alors je ne pose que la pointe de mes pieds sur cette avancée de terre friable, et j’observe l’arbre avec curiosité. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais ça pour moi ? Tu ne me dois rien. Mais... »

Un bruit. Un simple bruit de clefs dans la serrure, cliquetis léger qui dans le silence ambiant prend toute son ampleur. Peut être que si l’appartement avait été meublé comme il se doit, et avait possédé une chaîne stéréo, elle aurait eu la musique pour l’accompagner, mais elle n’était pas encore prête pour ça. Un simple bruit de clefs l’informant d’une intrusion imminente, l’obligeant à claquer l’écran de son mac, le coeur battant, avant de relever le regard à temps pour voir apparaître la silhouette dans l’encadrement de la porte. Une silhouette à qui n’échappe pas la présence de la jeune femme, assise à même le sol, son MacBook sur les cuisses, son sac à main échoué un peu plus loin, dégueulant son contenu sur le parquet. La silhouette s’immobilise, comme on le ferait face à un animal sauvage dont on appréhende la réaction. La jeune femme retient son souffle, comme si ce simple détail pouvait effacer sa présence dans la pièce. Il est là, sur le seuil, un sac plastique à la main, un sac plastique portant le logo de l’épicerie du coin. Elle tourne son regard vers le bar de la cuisine, bar sur lequel traîne encore les restes de son repas de midi. C’est donc lui qui remplit le frigo ? Évidemment que c’est lui, qu’est-ce qu’elle s’imaginait ? Qu’elle était tombée sur un frigo magique qui se remplissait tout seul et de lui-même ? Ou qu’un gentil et bienveillant monsieur passait par la fenêtre toutes les nuits pour lui apporter de quoi manger quand l’envie lui prenait de venir se planquer ici, comme dans «Princesse Sarah» ? Oui, c’est ce qu’elle avait cru, et elle n’avait pas eu foncièrement tort, sauf que le gentil et bienveillant monsieur passait par la porte et possédait une clef qu’elle lui avait elle-même donné. Il ne bougeait toujours pas, attendant visiblement qu’elle lui dicte la marche à suivre en pareille circonstance. Sauf qu’elle n’en savait rien. Elle n’avait pas prévu de tomber sur lui, elle ne l’avait même pas envisagé une seule seconde, c’était pas prévu au programme. Normalement elle lui envoyait un sms, elle arrivait, ils se sautaient dessus, ils s’épuisaient, et puis elle rentrait. Là c’était différent. Il faisait jour pour commencer, et elle n’aimait pas l’idée qu’il puisse la voir en pleine lumière, et les circonstances n’étaient en rien prétexte à se jeter sur l’autre. Elle ne voulait pas qu’il soit là. Non pas qu’elle n’ait pas envie de le voir, c’était juste pas bien comme ça, ça dépassait du cadre, ça chahutait ses habitudes, ça perturbait son organisation vitale. Elle opéra rapidement l’inventaire des options qui s’offraient à elle. Elle pouvait partir comme une voleuse en le bousculant au passage et courir comme une dératée jusqu’à la rue. Non, elle ne pouvait pas se comporter ainsi, même elle avait conscience du degré de cruauté de ce geste. Elle ne pouvait pas, pas plus qu’elle ne pouvait faire comme si tout était normal, le saluer et lui demander comment c’était passé sa journée, ou encore pourquoi il n’était pas au sénat ou à son bureau. Elle prenait en pleine gueule la notion de partage de cet appartement, pour la première fois elle réalisait qu’il était autant chez lui qu’elle l’était. Elle n’avait aucun droit de le foutre à la porte, ni de lui imposer des horaires de visites. Si elle pouvait se trouver ici en plein après-midi, alors, aussi dérangeant que ça puisse être, lui aussi. Il ne bougeait toujours pas, dans l’attente de quelque chose qui ne venait pas. Cet immobilisme latent n’avait que trop duré, aussi se releva-t-elle lentement, posant son mac au sol, pour finir par détourner le regard de la porte, et se diriger vers le coin cuisine. Lorsqu’elle y fut, elle s’autorisa à relever les yeux vers la silhouette immobile, qui sur un simple regard, comme s’il comprenait qu’elle l’y autorisait, se mit en mouvement, précautionneusement, les yeux rivés sur son sac plastique comme s’il était la chose la plus importante au monde. En silence, elle s’occupa de nettoyer sa vaisselle sale, laissant le bruit de l’eau justifier l’absence totale de communication. Elle ne le regardait pas, mais elle le percevait, dans son champ de vision, occupé à ranger le frigo. Il devait même carrément classer les aliments par ordre alphabétique vu le temps qu’il y passait. Mais elle l’en remercia mentalement, avant de comprendre que, comme elle, il devait s’occuper pour justifier quelque chose. Lui c’était sa présence silencieuse ici, et elle de ne pas avoir à fuir trop vite. Elle prenait son temps, non pas par plaisir, juste parce que tant qu’ils étaient occupés, c’était moins choquant ces deux personnes ensembles qui ne se parlaient pas. Lorsqu’elle n’eut plus d’eau chaude et que chaque seconde supplémentaire aurait parut exagérée, elle se recula, laissant sa vaisselle goutter sur l’évier. Sans un regard en direction de celui avec lequel elle partageait cet appartement, elle retourna au «salon» récupéra son mac, puis son sac, rangea le mac dans le sac et quitta l’appartement à pas modérés et contenus, pour ne surtout pas donner l’impression d’une fuite. Ce ne fut qu’une fois dans la rue, alors qu’elle tentait de s’allumer une clope, qu’elle remarqua le tremblement de ses mains.

- I -

C’était devenue comme une habitude, non plutôt un rituel tant il y avait une dimension religieuse dans cette activité matinale. Moins spirituelle que religieuse, d’ailleurs, puisque la spiritualité n’a jamais sauvé quiconque, tandis que la religion se targue de le faire depuis l’aube des temps. Et comme d’autres vont à l’église pour chercher la lumière dans la contemplation d’une vierge à l’enfant, d’un christ sur sa croix, ou d’un apôtre sanctifié, elle elle cherchait la lumière dans la contemplation d’un être de chair et de sang. Comme pour l'iconographie religieuse, elle savait qu’elle ne devait pas toucher, et s’astreignait à regarder, simplement. Il avait prit l’habitude de fermer les yeux aussi sec, tout du moins, lorsqu’elle se retournait vers lui après lui avoir présenté son dos pendant le laps de temps requis, elle le trouvait toujours assoupit, tourné vers elle, les traits détendus comme si cet instant de sommeil était le moment qu’il avait attendu toute la journée. Elle aussi. C’était comme jouer au jeu des 7 erreurs, et rechercher les différences entre ce Julian-là, et le Julian qu’elle avait cru connaître et aimer, et que, malgré toutes les souffrances et la certitude qu’il n’avait jamais réellement existé, elle aimait toujours. Au bord de la folie, amoureuse d’un fantôme, cherchant la lumière dans des coups de reins, s’abandonnant dans la recherche de cet autre, comme si elle refusait encore d’admettre qu’il puisse n’avoir jamais été que fictif, c’est tournée vers lui, sa joue reposant dans sa main, la main reposant sur l’oreiller, son autre main sagement rangée sous son menton, qu’elle cherchait la preuve qu’il lui manquait, celle qui lui permettrait d’affirmer que cet homme lui était totalement étranger, la preuve qui lui permettrait de lâcher prise et d’arrêter de vivre dans le passé, ou vivre tout court. Mais cette preuve n’apparaissait jamais, pas lorsqu’il dormait, pas lorsqu’elle avait l’intégralité de son corps abandonné à ses yeux, sa peau dont elle connaissait par cœur la texture, la souplesse et le goût, son parfum, inchangé depuis tout ce temps, se mêlant à son odeur qu’elle connaissait tout aussi bien, tout était identique, jusqu’à sa façon de respirer par ses lèvres entrouvertes. La seule chose qui changeait était sa position. Dans les premiers temps, il avait gardé l’habitude d’arrimer un bras au corps de Sara, mais il avait fini perdre cette manie, réflexe presque automatique contre lequel il avait lutté pour finir par ramener son bras contre lui, et s’endormir de cette manière. Ce qu’il y avait de choquant dans cette position, c’est qu’elle donnait l’impression qu’il protégeait de son bras une partie de lui : son cœur. C’était l’image que cela donnait à Sara, une image qu’elle ne comprenait, ni n’appréciait. Aujourd’hui, pourtant, il avait quelque peu quitté sa position de défense, son bras se relâchant un peu, sa main venant s’étaler dans l’espace séparant les deux corps. Cette main qu’elle ne vivait plus comme une intrusion ennemie dans son périmètre, mais comme une innocente égarée. Les doigts tendus vers elle, c’était comme si le Julian d’avant coincé dans l’autre Julian, profitait de son sommeil pour tenter un geste vers elle. Elle ne s’étonnait plus de ses pensées incohérentes, de son imaginaire psychotique, elle connaissait sa folie, elle l’acceptait, consciente d’avoir sombré dans une forme de démence dont elle n’était pas certaine de pouvoir sortir un jour. Alors, son index, après une période d’hésitation, vint rencontrer le sien, parcourant ses phalanges avec fascination, passant au majeur, à l’annulaire, l’auriculaire, puis se furent tous ses doigts qui vinrent caresser ceux de l’endormi avec la délicatesse de celle qui ne veut en aucun cas le réveiller. Elle aurait dû être partie depuis longtemps, c’est ce qui avait toujours été prévu dans sa tête, mais cela faisait plusieurs jours qu’elle ne s’obéissait plus, ne luttant même pas contre son envie de rester. C’était ces moments-là qu’elle attendait toute la journée, ceux qui la faisait tenir jusqu’au soir, un jour de plus, ces moments où il sombrait dans l’inconscience. Lorsqu’il était éveillé, tout semblait si différent, si compliqué, si... douloureux. Là elle était bien. Le bruit de la ruelle commençait à lui parvenir, annonçant qu’elle n’avait que trop tardé, mais elle s’en moquait, elle en avait à peine conscience comme si ce lieu était une bulle intemporelle, une faille dans l’espace temps, un lieu où les anciens amants pouvaient revenir à la vie dans leur sommeil, et où rien de brutal ne pourrait lui arriver. Pourtant, son téléphone vibrant contre le parquet fut, dans cette bulle de silence et d’apaisement, plus brutal qu’une salve de mitraillette en pleine tête. C’était aussi dévastateur qu’un moustique géant contre votre oreille en beau milieu de la nuit, le bourdonnement accentué par mille. «Merde !» lâcha-t-elle dans un sursaut brutal. «Merde !» répéta-t-elle à nouveau tandis qu’à quatre pattes sur le lit, ou plutôt sur le matelas faisant office de lit, elle fouillait dans le tas de fringues échoué au sol. «Merde de merde de merde...» continua-t-elle à la recherche de son jean dont la poche devait contenir l’objet nuisible. Sa voix n’était pourtant qu’un murmure, ne souhaitant pas réveiller Morphée si le téléphone ne s’en était pas déjà chargé. Ses doigts rendus fébriles par l’urgence et la nervosité se refermèrent sur le portable, l’arrachant de la poche pour appuyer avec violence sur le bouton de rejet. «Merde !» grommela-t-elle encore une fois en observant la notification des 3 appels en absence s’afficher, tandis qu’elle retombait assise sur le matelas. Un nouveau juron lui échappa lorsqu’elle remarqua qu’il n’était pas 5 ou 6h du matin, comme elle l’espérait, mais bien 8h49. Et lorsque non content d’appeler sans relâche, elle vit un sms s’afficher sur son écran, ce ne fut plus un murmure qu’elle éructa. « Je serais en bas de chez toi dans une demie heure. Tu as donc 30 minutes pour te lever, te doucher, t’habiller et te maquiller. La robe t’a été livré hier, n’ayant pas eu de nouvelle de toi, j’espère que tu l’as bien reçu. Ne traîne pas, ce n’est pas le genre d’évènement pour lequel on peut se permettre d’être en retard. A tout à l’heure. Papa.» «Et merde !» L’agacement venait de faire place à la panique, et la panique à l'hébétude. Elle tourna son regard vers l’homme, les yeux ouverts, qui la contemplait de son regard chargé de sommeil. «Merde...» fut le dernier juron à franchir ses lèvres, presque un juron d’excuse ou de culpabilité d’avoir été surprise, ici, auprès de lui à une heure aussi avancée dans la matinée, avant qu’elle ne se rue sur ses vêtements, les enfile en avançant, et ne claque la porte d’entrée. Depuis le couloir, elle perçu une sonnerie de portable qui n’était pas le sien. Elle n’était peut être pas la seule à être en retard, finalement.


- II -

Il faisait une chaleur rasante à Rome, en cette matinée d’été. Alors que toute l’Europe semblait noyée sous un manteau de pluie, la capitale italienne, et la botte de manière plus globale, dérogeait à la règle, offrant un véritable été aux touristes affluant plus que d’ordinaire. C’était comme si le monde entier s’était donné rendez-vous à Rome, jouant des coudes pour s’octroyer un petit rayon de soleil. Et sous cette chaleur accablante, la ville n’en devenait que plus infernale. Même la place St Pierre prenait des allures de succursale de l’enfer. A cause du soleil déjà haut dans le ciel, des touristes agglutinés comme des mouches autour d’une merde, mais aussi et surtout à cause des pavés dans lesquels les talons hauts de la jeune femme semblaient résolus à se ficher. Accrochée au bras de son père, elle luttait contre chaque pavé inégal qui prendrait, c’est certain, plaisir à la voir chuter. Quelques mètres devant eux, sa mère, majestueuse, déambulait, avec l’aisance d’une danseuse étoile, sur plusieurs centimètres de talons, sans jamais montrer un signe, même infime, de faiblesse. Satan à l’aise en enfer. C’était plutôt logique. Elle aurait aimé pouvoir traverser la piazza en voiture, et n’avoir plus que quelques mètres à faire du parvis jusqu’à l’intérieur de la basilique, à plat donc. Mais cela faisait partie des choses qui ne se faisait pas. Et puis il y a tellement d’autres trucs qu’elle aurait aimé. A commencé par dormir, ce qu’elle n’avait pas pu faire puisqu’elle n’était revenue à son appartement que 20 minutes avant son père. Et puis cette robe... Elle voulait la robe Balmain en cuir rouge, surbrodée de clous et d’épingles à nourrice. «Balmain n’est pas un créateur italien, ma chérie.» Lui avait annoncé son père, diplomate, avant de choisir sa robe pour elle. Elle avait donc dû enfiler une robe Valentino de la dernière collection printemps/été. Blanche, manches longues, finement ajourée sur toute la longueur des côtés et celle des manches, le col rond, et tombant en large plissé un peu au-dessus du genou, elle lui donnait des allures de jeune communiante, mais avait l’avantage de camoufler quelque peu son extrême minceur. Elle n’avait même pas eu besoin de retouche, elle était aussi maigre que le mannequin qui l’avait porté avant elle, lors du défilé. Elle n’avait fait retoucher que l’ourlet, la raccourcissant légèrement en raison de sa petite taille, et du fait qu’elle souhaitait laisser découvrir le début de sa cuisse plutôt que le début de son genou. Les chaussures dorées comme lors du défilé, étaient la seule touche funky qu’elle était parvenue à faire accepter à son père. En échange de quoi, elle s’était pliée à ses lubies capillaires. Sous sa capeline, deux tresses partant du sommet de son crâne et encadrant son visage, glissées derrière ses oreilles, venaient mourir en un chignon flou à la base de sa nuque, accentuant le côté jeune communiante, mais jeune communiante ayant batifolé derrière l’église quelques minutes avant le début de la messe.

Bientôt, à quelques mètres du parvis de la basilique, sa mère s’immobilisa, attendant qu’ils la rattrapent avant de s’emparer du bras vacant de Paolo, et de se tourner vers sa fille comme si elle remarquait pour la première fois sa présence. «Marche derrière.» fut la seule phrase qu’elle lui adressa depuis le début de la matinée, voir même de la semaine, et peut être du mois. Sara ne savait pas trop, elle n’y prêtait pas plus attention que ça, préférant occulter partiellement ou totalement l’existence de sa mère. Néanmoins, elle obéit, se pliant au protocole en vigeur, marchant deux pas derrière ses parents, tout en levant la tête pour observer le débordement de sculptures encadrant la place et la basilique. «Madame Giolittiiiiiii.» Minauda une voix masculine en étirant la dernière syllabe comme si leur nom de famille se terminait par 18 «i». «Sénateuuuuuur.» Décidément, il avait eu un prix de gros sur les voyelles. La jeune femme ramena son regard à portée d’humain juste à temps pour voir l’homme ventripotent lécher la main de sa mère. «Et mademoiselle Giolittiiiiiiiiiiii ! Comme elle est charmante, on dirait un angeeeeee !» Elle ramena ses mains dans son dos avant qu’il ne s’en empare et ne les honore de sa salive répugnante. «Sara, tu te souviens du signore Marcchalo. Il était présent à ton baptême.» annonça son père en tendant un bras vers elle, désireux de mettre un terme à ce protocole vieillot. «Bien sûr, j’ai gardé un souvenir très vivace de cette journée... J’avais 3 mois.» ironisa la jeune femme en s’approchant néanmoins de son père, le laissant lui glisser un bras dans le dos. «C’est madame Auditore, maintenant.» Coupa sa mère en caressant le poignet du Marcchalo afin d’attirer son attention sur elle et non sa fille. «Je suis la dernière et la seule Giolitti, à présent.» son sourire prédateur éblouie un instant Sara qui se retrouva dans l’obligation de plisser des paupières. «Pour ça il faudrait que Nona Giolitti soit morte.» Souffla la brunette avec une feinte innocence. «La dernière Giolitti capable de tenir sur ses deux jambes, alors.» Grinça sa mère en lui jetant un regard noir. «Tsss Tsss» Riposta la brune claquant sa langue tout en secouant la tête comme si ça la peinait de contredire une nouvelle fois sa génitrice. «Il est de notoriété publique que tu es plus souvent à quatre pattes ou sur le dos que debout, mère.» Le bras vengeur se leva, la main agressive s’arma, mais ce fut la voix de son père qui s’éleva. «Sara !» Tonna-t-il avec une sévérité qui poussa la jeune femme à baisser la tête, réfugiant son sourire espiègle derrière le bord de sa capeline. «Ça suffit...» reprit-il plus doucement. «Pour être une Giolitti, Olivia, il faut plus qu’un nom. C’est le sang et le respect témoigné envers cette famille et les membres qui la constituent qui fait un Giolitti. Une signature sur un acte notarié, une garde-robe bien fournie, et une croupe alléchante n’y suffisent pas.» Les yeux toujours rivés au sol, Sara imagina plus qu’elle ne vit le visage de sa mère s’empourprer, et le sourire coincé qu’elle dû offrir à Marcchalo pour lui faire croire à une plaisanterie de son époux. «De plus...» continua pourtant Paolo. «Sara porte toujours le nom Giolitti. L’avantage des grandes familles politiques, on n’hérite pas seulement d’un siège au sénat. Pas vrai, Marcchalo ?» Le ton joueur du sénateur acheva de détendre le pauvre homme témoins d’une friction familiale, celui-ci hocha vivement la tête et en profita pour changer de sujet, partant dans une discussion stérile à propos de l’importance de l’héritage historique, intellectuel et prestigieux des grandes familles italiennes. La main de Paolo se glissa dans celle de sa fille, l’accrochant à lui avant de commencer à avancer vers l’immensité d’une basilique improbable. Sara releva la tête, affichant même un intérêt tout particulier pour ce décor qu’elle redécouvrait à chaque fois. L’allée principale, large comme une avenue, accueillait une foule de personnes comme d’habitude. Sauf que cette fois, les shorts et les tongs avaient fait place aux grandes robes de créateur et au smokings d'apparat. Même Paolo, pourtant pas vraiment enclin à ce genre de démonstration de pouvoir, portait ses décorations sur son coeur, accrochées à sa veste. On se serait cru à l’ouverture de la fashion week de Milan un jour de meeting politique. Improbable.

Tous les gens importants de Rome et d’Italie s’étaient donnés rendez-vous autour de ce que Sara appelait «le lit à baldaquin». Son père lui avait expliqué un jour que ce Canopée haut de 29m, était également appelé «Baldaquin», mais qu’il ne s’agissait pas du lit de Goliath comme la Sara de 5 ans le pensait, simplement un espace sacré au-dessus et autour de l’autel, afin d’opérer l’eucharistie. Il lui avait également expliqué que la structure était en bronze, et que les piliers torsadés devaient rappeler la colonne contre laquelle le Christ avait été attaché avant d’être porté en croix. Sara avait trouvé ça de très mauvais goût, et puis elle avait compris que ce sadisme était une tradition catholique, religion ayant pour emblème l’arme ayant tué son Dieu, ou son Fils de Dieu. C’était comme idolâtrer les cachets de Marylin, la bouteille d’Elvis, La voiture de James Dean, Le flingue de 2pac, c’était pas logique, et Sara avait toujours aimé ce qui était logique. Elle observa encore une fois l’oeuvre du Bernin avec ses yeux d’enfant, puis reporta son attention sur la foule des fidèles. La Basilique avait été occasionnellement fermée au public, seul les membres invités pouvaient espérer en franchir les larges portes. Normalement on était censé présenter un carton d’invitation, mais les Giolitti n’avaient pas à se fendre de ce genre de choses, leurs visages et leurs noms étaient leurs cartons d’invitations. Une seule autre famille était dans ce cas, une famille qu’elle n’avait pas imaginé trouver ici. Pourtant c’était logique, et Sara aimait la logique. Comment avait-elle pu occulter ce détail, ne même pas y songer, ou ne serait-ce qu’imaginer un instant qu’il ne serait pas présent lors d’un tel évènement ? Peut être s’était-elle dit qu’en l’absence de Giovanni, plus rien ne les obligeaient à se déplacer. Elle-même ne serait probablement pas venue si son père n’y avait pas tenu... Non, elle serait venue. Qu’importe sa mère, son père ou le pape, elle n’aurait pas manqué cette représentation. Jamais. Et il en allait probablement de même pour lui, même si elle se refusait à imaginer ce qu’il pouvait penser ou ressentir. Elle marqua un temps d’arrêt quasi imperceptible lorsque leurs regards se croisèrent, puis elle se réfugia derrière ses barricades de fer, reniant le coin de son cerveau qui n’ignorait rien de l’existence de cet homme, et une fois de plus, Julian Spinelli fut rayé de sa mémoire superficielle. Elle était sur le point, et pour la première fois de sa vie, de bénir la brouille qui opposait Giolitti et Spinelli, et qui lui permettait de ne pas saluer le camp adverse, lorsque la tension dans son bras l’informa que son père la conduisait droit dans la mauvaise direction. Affolée, elle était sur le point de rappeler à ce dernier l’identité de ceux qu’il approchait, au cas où il nous aurait fait un Alzheimer précoce et fulgurant, lorsqu’elle remarqua que sa destination n’était pas les Spinelli, mais le président du Sénat se trouvant juste à côté, en pleine discussion avec un vieux monsieur à la voix trop suave pour être honnête. Les mondanités allaient commencer, et Sara en soupira d’avance. Rangée à la gauche de son père, côté décoration comme si elle en faisait partie, elle entreprit de sourire aux moments opportuns, hocher la tête lorsqu’il le fallait, et remercier avec modestie lorsque c’était nécessaire. Pour le reste elle faisait potiche et laissait les «grands» parler ensemble. Tout en patientant elle détaillait le vieux monsieur, un sexagénaire tiré à quatre épingles, et qui observait le froncement de sourcils de la jeune femme avec un amusement non dissimulé. «Je vous imaginais autrement.» Lâcha-t-il brutalement, son éternel sourire aux lèvres, coupant la conversation entre le Sénateur et le Président du Sénat qui se tournèrent, tout deux, du côté du vieux monsieur pour voir à qui il s’adressait, puis du côté de Sara en comprenant qu’elle était l’objet de sa réflexion. «Je vous demande pardon ?» l’interrogea-t-elle, plus surprise qu’autre chose. «Non, c’est moi qui vous demande pardon, je ne sais pas pourquoi je vous avais imaginé plus provocante alors que dans cette tenue, vous semblez angélique.» Ça sonnait comme un compliment, ça donnait l’impression d’un compliment, mais ça n’en était pas un. Sara s’y connaissait suffisamment en attaques polies pour en reconnaître une à 10 mètres. «Mais cela doit être un trait de famille puisque votre mère, elle-même semble tout droit sortie de la Bible, chasteté incarnée.» Poursuivit-il en offrant un large sourire à Olivia qui, aussi vive d’esprit qu’une plante en pot, se répandit en remerciement tout en rougissant jusqu’à la racine. Le vieux monsieur haussa un sourcil devant le sourire radieux de la quadra, puis sourit à son tour, mais de mesquinerie. «Elle ne saurait pas reconnaître de l’ironie même si on la prévenait à l’avance avec un jingle.» annonça Sara avant de battre une batterie imaginaire et de chantonner un «Ironiiiiie.» en agitant les mains. «C’est le Botox, à forte dose ça lui fige aussi les neurones.» conclu-t-elle avant de se tourner vers le sexagénaire au sourire agaçant. «Dois-je en conclure, monsieur, que vous faites partie des détracteurs de mon père, et que vous avez trouvé plus constructif et adulte, plutôt que de débattre avec lui de vos divergences politiques, d’insulter publiquement, et en un lieu saint, sa femme et sa fille ? Non, parce que ce petit détail a son importance avant que je m’interroge sur les ravages du Botox dans les hautes sphères de la politique.» Puis se tournant vers son père, l’attrapant par le poignet, une feinte angoisse sur ses traits, elle ajouta, «Papa, promet-moi de ne jamais toucher à ça. Même si ça fait cool et branché, même si tout tes petits copains en prennent et te traitent de gros nul parce que tu refuses, même si c’est le Président du Sénat... Sauf votre respect monsieur... Même si c’est lui qui deale dans les cages d’escalier, tu ne dois pas toucher au Botox. D’accord ?» Un mince sourire aux lèvres, Paolo hocha la tête et promis à sa fille, luttant contre le sourire plus généreux qu’il aurait désiré lui offrir. Charmante complicité qui fut trop rapidement rompue par des applaudissements. Des applaudissements feints et insultants, le vieil homme tapant dans ses mains comme pour la féliciter de son jeu d’actrice. «Bravo ! Charmant petit échange. Vous l’aviez travaillé à l’avance ? Les répétitions, il n’y a que ça de vrai. Je suis heureux de vous découvrir si féroce, Sara. En vous voyant entrer dans la basilique tête basse, accrochée à la main de votre père, j’ai presque cru qu’il s’était trompé, que vous n’étiez en fait qu’une jeune femme soumise et disciplinée, à l’image de ce que l’on attend d’une femme, en fait. Mais fort heureusement, vous venez de me détromper, vous révélant aussi insoumise qu’indisciplinée, insolente et aussi déplacée dans cette robe que votre mère l’est dans un couvent. Vous êtes une imposture, Sara, à l’image de votre père et de sa politique, vous n’avez rien à faire dans cette élite.» il avait parlé calmement, comme depuis le début, mais cette fois, brûlait dans son œil, la rancune de l’insulte qu’elle lui avait fait, et c’était bien suffisant pour que Sara y ressente une forme de supériorité vis-à-vis de lui. Car elle, elle était tellement en friche et en ruine, que plus rien ne pouvait la blesser, plus rien ne pouvait l’atteindre, surtout pas un vieillard sortit de nulle part et ses propos à peine plus blessant qu’un aphte. «Si c’est l’image que vous avez de la femme, alors laissez-moi vous informer que nous sommes en 2011, pas en 1901, entre-temps les femmes ont obtenus le droit de vote, ont brûlé leur soutien-gorges et ont troqué leurs talons hauts contre des converses... Bon, à part en Afghanistan, charmant petit pays que je vous recommande fortement, mais n’avouez pas que vous êtes catholique, ils vous brûleraient vif, et oui, c’est le risque. Alors oui, monsieur hibernatus, je vote, je conduis, je m’exprime, je fume, je bois, et pardonnez nos offenses, je n’ai pas attendu le mariage pour goûter au fruit défendu, pire que ça, j’y ai pris goût et je recommence chaque nuit. Je porte du blanc, aussi, non pas parce que je tente de faire croire à quiconque le contraire de ce que tout le monde sait déjà, mais parce que le blanc plaisait à mon père. Puisque vous semblez vous intéresser à la symbolique des choses, sachez que le blanc symbolise l'Un et le Tout, c'est-à-dire l'unité qui précède la multiplicité, aussi bien que la multiplicité prise dans son entier, qui manifeste alors son unité symbolique. Le Blanc se situe donc à la fois au début et à la fin du jour, c'est la couleur à la fois de l'Est et de l'Ouest. Le Blanc de l'Ouest est celui de la mort, qui amène l'être au monde lunaire, froid et femelle, à l'absence, au vide et à la disparition de la conscience. Alors que le Blanc de l'Est est celui de la renaissance, c'est celui de l'aube, moment où le ciel réapparaît. Le blanc symbolise la mort, ou plus exactement la phase qui précède la mort, c'est-à-dire l'instant où l'on ne fait déjà plus partie du monde profane mais pas encore du monde sacré. Le blanc c’est la couleur du deuil en orient, c’est aussi la couleur de la chemise des condamnés à mort, celle du linceul, ou des fantômes. Vous avez choisi de me voir porter le symbole d’une pureté virginale, et cela vous offusque, libre à vous de vous en tenir à une seule ligne de lecture et à vous y accrocher désespérément comme une moule à son rocher, votre esprit étroit n’incommode que celui qui y attache une espèce d’importance, ce qui n’est pas mon cas. Cela dit, je tiens à revenir sur l’emploi du terme «imposture». Je ne vous contredirais pas sur le fait qu’en politique, je suis probablement une imposture, mais bien moins que celui qui parle d’élite pour qualifier le corps dirigeant d’un pays. Un corps dirigeant élu par le peuple, pour le peuple, et qui se doit de privilégier les intérêts de ce dernier au détriment des siens. Ce qui est, vous le reconnaîtrez vous-même, partiellement voir totalement incompatible avec la notion d’élite. Alors, avant de cracher sur la politique de mon père, veuillez vérifier, la prochaine fois, la date du jour en vous levant, cela vous évitera probablement quelques déconvenues. Ha, et désolée de vous l’apprendre mais Mussolini est mort, le fascisme avec lui, et les USA ont un président noir.» Elle acheva son monologue par un haussement d’épaule, comme si elle était réellement désolée d’être celle qui devait lui apprendre tout cela.

«Fabrizio, je vous présente Sara Giolitti, parfaite représentante de la nouvelle vague politique, et sérieuse adversaire de votre jeune poulain.» scanda, alors, le président du Sénat, que les années en politique avait rendu toujours à l’aise au milieu d’un conflit. «Son jeune poulain ?» L’interrogèrent Giolitti père et fille d’une même voix, tandis que Giolitti mère était occupée à saluer toutes ses petites copines mondaines de la main. Retrouvant son sourire, le vieil homme leva un bras et claqua des doigts à l’intention de quelqu’un dans le dos des Giolitti. «Julian, mon garçon, viens donc par ici.» Elle n’avait pas besoin de se retourner pour savoir de qu’il s’agissait, déjà parce qu’il n’existait pas 300 Julian, et ensuite parce que cette fatalité avait quelque chose de logique, et comme je me tue à vous le répéter, Sara et la logique... «J’ai dis Julian, il ne me semble pas t’avoir appelé.» Grommelait le vieux à l’intention de la blonde longiligne qui précédait son cousin. «Nous non plus on ne vous a pas appelé, ce qui ne vous a pas empêché de venir, il me semble.» Lui répondit-elle avec aplomb et le sourire qui va avec, un sourire qu’elle reporta sur Sara, le rendant bienveillant. Aussitôt cette dernière se ferma comme une huître, rejetant toute forme de gentillesse en provenance d’un Spinelli. «Madame Giolitti, Sénateur, Sara...» les salua-t-elle à tour de rôle avec une politesse rarement observé chez un membre de cette famille. «Pourquoi j’ai pas une robe comme ça, moi ?» S’insurgea Sara, retrouvant ses 6 ans au passage, en désignant de l’index la robe moulante, décolleté et courte d’Athalia. Une robe bicolore, gris perle et gris foncé, ceinturée à la taille, et au motif finement travaillé traversé par une bande d’une même gris foncé que la ceinture et les manches courtes, créant l’effet visuel d’une croix catholique naissant entre les seins de la blonde, et s’achevant entre ses cuisses plus découvertes que les siennes. «Chacun sa croix.» Répondit cette dernière en désignant la croix de sa robe. «Et puis la tienne ne laisse personne indifférent, crois-moi. C’est Valentino ?» Sara hocha la tête «Printemps/été 2011. Et toi ? Je suis étonnée que tu ne sois pas en bourka.» demanda-t-elle en désignant le vieux du menton. «Maxime Simoens, Printemps/été 2011, également. Et... Non, pas de bourka, je n’existe même pas à ses yeux, je pourrais me présenter en tenue d’Eve au Vatican qu’il ne remarquerait pas ma présence.» «ATHALIA !» gronda le vieux comme pour lui donner tort. Elle se retourna vers lui et écarta les mains de surprise. «Quoi ? J’ai le droit de parler à qui je veux, moi, y a pas de restriction testamentaire stipulant que je ne dois pas m’approcher d’un membre féminin de la famille Giolitti en dehors de la chambre des députés, si ? Non. Donc je fais ce que je veux. En attendant, pourquoi vous n’iriez pas prier pour le salut de votre âme noire ?» Sara haussa un sourcil devant ce discours d’une incohérence totale, puis se tourna vers son père qui semblait aussi largué qu’elle, finalement son regard glissa sur Julian, ne s’arrêtant pas, pas même une seconde, juste pour être en mesure de voir l’expression de son visage sans avoir à donner l’air de s’en soucier. Il affichait un air las qu’elle ne lui connaissait que trop, mêlé à la froide distance dont il avait toujours fait preuve en présence de son père. «Président.» Tonna la voix de ce dernier, réduisant au silence toute personne sur un périmètre de 3m2 autour de lui. «Et si nous allions rejoindre nos places ?» N’attendant pas de réponses, n’en espérant pas non plus, il récupéra le bras de sa fille, et l’obligea à le suivre. Il ne disait rien, il ne dirait rien, mais il n’avait, lui non plus, pas réellement apprécié la petite discussion entre filles de Sara et Athalia. Il y avait des choses qui ne changeraient jamais. Tout en se dirigeant vers le carré de bancs situé dans la nef, et protégé par deux colosses à qui il fallait montrer patte blanche, Sara écoutait d’une oreille distraite la conversation entre son père et le président. «Fabrizio Cristofori.» entendait-elle «exécuteur testamentaire.», «Giovanni Spinelli.», «période d’essai», «Tuteur des héritiers.», «Précaution nécessaire»... Mais Sara s’en moquait, ça n’avait pas d’importance à ses yeux, pas encore...

«Sénateur, Président...» murmura le colosse qu’ils dépassaient en désignant la première rangée de bancs. Sur la longue allées les menant à leurs places attitrés, toutes les têtes se tournèrent vers eux, désireux de connaître l’identité des personnalités importantes siégeant à la droite du Pape. Le nombre de décorations, pour les hommes, et de bijoux pour les femmes, allait crescendo à mesure que l’on gagnait les premières places. Sara ne leur prêta pas la moindre attention, son regard une nouvelle fois attiré par la beauté du lieu. Au pied de l’autel, un nouveau colosse leur désigna leurs sièges. Paolo abandonna le Président qui alla s’installer dans la rangée de droite, puis suivit l’homme de haute stature et à la sévérité de rigueur. Sur le long banc, les programmes surpiqués de dorure délimitait les emplacements. Sara Giolitti siégeait à la gauche de son père, comme l’exigeait le protocole, au plus près du Pape, et sa mère à la droite du patriarche, comme la pièce rapportée qu’elle était. L’emplacement était idéalement placé, témoignant de la place de son père dans la chaîne alimentaire de cette société, et de la sienne puisque si l’importance d’une personne était quantifiable à sa proximité du siège du Pape, alors Sara étant la plus proche, devait être la plus importante de la famille, de la rangée, et même de toutes les rangées en fait. Sauf qu’il y avait encore des places vacantes sur le banc, à sa gauche. Il y avait donc des gens encore plus importants que Paolo Giolitti. Tout n’était que protocole, la tradition voulant que le patriarche d’une famille se retrouve cerné par les siens, sur sa gauche ses héritiers, masculins d’abord, féminins ensuite, par ordre d’âge, le plus jeune se retrouvant normalement à l’extrême gauche, et sur sa droite les épouses et époux issus d’autres familles, la matriarche d’abord, puis les unions de leurs héritiers, les hommes d’abord, les femmes ensuite, par ordre d’âge. Ainsi, même si vous étiez l’épouse de l’ainé des héritiers, vous vous retrouviez tout de même après les époux des héritières. La famille Giolitti étant assez restreinte, Sara n’avait pas à souffrir d’une séparation d’avec son père, mais certaines familles, derrière eux, prenaient toute une rangée tant ils étaient nombreux. Elle les observait, d’ailleurs, par-dessus son épaule, lorsque son père lui donna une tape sur le genou, la rappelant à l’ordre, comme lorsqu’elle était gamine et qu’elle passait toute la durée de la messe à se tortiller sur les bancs inhospitaliers, détaillant tout le monde en leur inventant une vie fictive. Lorsqu’elle était gamine, Giovanni Spinelli était un vieux magicien doté de pouvoirs surnaturels, et Athalia et Julian de jeunes orphelins russes (leur blondeur avait toujours intrigué l’enfant) issus d’un cirque itinérant. C’était là que le magicien les avait trouvé et adopté afin de leur apprendre les rudiments de la magie blanche. Plus tard, la petite fille blonde deviendrait une fée comme celle qui transformait les dents de lait en pièce de quelques lires sous l’oreiller, et le garçon blond retournerait dans sa russie d’origine pour y prendre le pouvoir et délivrer son peuple du joug de l’envahisseur barbare. L’envahisseur barbare qui n’était autre, dans la tête de l’enfant, que l’homme qu’elle avait rencontré plus tôt, le fameux Fabrizio, dont elle ne gardait pourtant aucun souvenir. C’est con un enfant. Aujourd’hui encore elle s’adonnait à ce petit passe-temps, transformé avec le temps en un «devine qui couche avec qui ?». Mais interrompue dans son amusement, et contrainte de rester face à l’autel, elle se retrouva à feuilleter le programme dont la page de garde portait en lettres d’or :

« 84ème anniversaire Summus Pontifex, Sanctissimus Pater, Beatissimus Pater, Sanctissimus Dominus Noster, Patriarcha Occidentis, Servus servorum Dei, Princeps sui iuris civitatis Vaticanae, Archiepiscopus ac metropolitanus provinciae ecclesiasticae Romanae, Primatus Italiae, Caput universalis ecclesiae, Successor principis apostolorum, Vicarius Christi, Pontifex maximus : Benedictus. PP. XVI »

Son regard se porta sur le siège, pour ne pas dire trône, en velours rouge qui, perpendiculaire aux rangées de banc, ne se trouvait qu’à un jet de pierre sur sa gauche. Sa place aurait du revenir à Berlusconi, ou quelque chose comme ça, mais son père lui avait appris que les dernières frasques peu chrétiennes du Président du Conseil l’avaient propulsé dans la liste noire du souverain pontife. Restait le Président de la République, Giorgio Napolitano et sa femme, Clio, qui saluèrent Paolo avant de les dépasser pour venir s’asseoir à l’extrême gauche du banc, séparés de Sara par quelques places supplémentaires. Trois ou quatre, tout au plus. Ce serait trois, elle le comprit lorsqu’à peine après avoir finit d’installé le président et son épouse, le colosse-placeur, se tourna pour réceptionner les nouveaux arrivants.

«Par ici.» souffla-t-il avec le respect dû au lieu, tout en désignant les places vacantes. «Le patriarche, son héritière directe, et son héritier en second.» poursuivit-il en les plaçant. Sara ne regardait pas, gardant les yeux baissés sur ses mains posés sur ses genoux, elle venait de comprendre qu’elle allait passé l’intégralité du récital aux côtés de Fabrizio l’imbuvable, il fallait donc qu’elle se tempère pour ne pas le décapiter à l’aide d’un de ces grands candélabres en or. «Il doit y avoir une erreur.» riposta la voix du fameux Fabrizio qui lui semblait bizarrement lointaine pour quelqu’un censé se trouver juste à côté d’elle. Alors, elle consentit à tourner les yeux vers ses nouveaux voisins, et en lieu et place du regard cruel de l’octogénaire diabolique, ce fut celui plus doux et caressant de quelqu’un dont elle tentait d’oublier l’existence, qu’elle sentit peser sur elle. Son regard accrocha le sien une fraction de secondes avec surprise, avant qu’elle ne se détourne, le cœur battant, vers son père, s’assurer qu’il n’avait pas vu ce qu’il ne devait pas voir. Évidemment, personne ne pouvait voir quoique ce soit dans le regard furtif qu’une pauvre démente venait de poser sur son voisin de banc. Surtout que Paolo semblait plus intéressé par le débat entre Fabrizio et le garde suisse, qu’autre chose. Sara l’imita, suivant son regard, et tendant l’oreille. «Il n’y a aucune erreur.» venait de rétorquer le colosse imperturbable. «M’enfin, ouvrez les yeux, comment pouvez-vous confondre un gamin de 24 ans avec un patriarche ?» S’insurgeait l’autre, debout devant sa place attitrée, en laissant retomber, de consternation, ses bras le long de son corps. «Nous ne confondons pas, Monsieur. Nous ne commettons pas d’erreur non plus.» Sentant que le vieillard n’allait pas s’en laissé compter aussi facilement, le garde tendit le bras en direction de l’allée centrale sans un regard,pour ce qui pouvait s’y trouver, ce qui n’empêcha pas le deuxième garde qui y était posté de venir le rejoindre en lui tendant une liasse de documents maintenus par un cordon aux couleurs du Vatican. Ils sont trop forts les gardes-suisses. «Famille Spinelli : Patriarche Dante Spinelli. En son absence le patriarcat revient à son jeune frère, Livio Spinelli. En l’absence duquel, le patriarcat revient à l’ainé mâle de la génération suivante, Julian Giovanni Spinelli, fils de Dante Spinelli et de mère inconnue. Êtes vous Julian Giovanni Spinelli, monsieur ?» «Je... Heu... Non.» avoua le vieil homme en marmonnant dans sa barbe, «Mais...» «Je poursuis.» Le coupa le garde. «Famille Spinelli : Matriarche Stella Bianca Spinelli, née Palabro, unique détentrice du matriarcat encore vivante. En cas d’absence, elle ne saurait être remplacée par quiconque. Êtes vous Stella Bianca Spinelli, monsieur ? Non. Poursuivons. Les héritiers Spinelli se verront assignés dans cet ordre, de droite à gauche, en partant du patriarche Dante Spinelli : Livio Spinelli, Julian Spinelli, Athalia Spinelli, Calypso Spinelli. En cas de présence d’un nouvel héritier ajouté par voie testamentaire, membre ou non, de la famille élargie, il se verra positionné à l’extrême gauche protocolaire. Veuillez décliner vos noms et prénoms, monsieur, afin que je puisse vérifier votre positionnement hiérarchique au sein de la famille Spinelli.» son ton calme n’incitait pas vraiment à la rébellion, aussi le vieil homme déclina son identité en marmonnant. «Fabrizio Cristofori.» répéta plus fort le garde, afin que tout le monde, ou du moins tout le premier rang puisse en profiter. «Vous êtes effectivement héritier testamentaire. En cas de décès de (et dans cet ordre) Dante Spinelli, Livio Spinelli, Stella Spinelli, Julian Spinelli, Athalia Spinelli, Calypso Spinelli, la future épouse de Julian Spinelli, le futur époux d’Athalia Spinelli, et le futur époux de Calypso Spinelli, et si vous n’êtes pas vous-même passé de vie à trépas, et que les sus-nommés n’ont pas eu de descendance, cela va sans dire, vous hériteriez de tous les biens en possession de la famille Spinelli. Monsieur Fabrizio Cristofori, je vous confirme que votre place est bien à la gauche de mademoiselle Athalia Juliana Spinelli, en raison de l’absence de sa jeune soeur, Calypso Lucy Spinelli. Veuillez vous asseoir.»

«S’il a l’intention de toucher le magot, il ferait mieux de prévoir un petit génocide Spinellien.» murmura Sara tandis que le vieux, bougon, se réinstallait aux côtés de l’épouse du président, une place que beaucoup aurait envié. «Sara !!» tempêta son père. «Quoi ? Ça te rendrait bien service, non ?» demanda-t-elle, insolente, en se tournant vers lui. «Non.» répondit-il pince sans rire, avant de lui offrir un regard rieur. «Ou alors juste Julian. Les filles ne m’indisposent pas.» «Oh, tu ferais bien de te méfier, Thalie pourrait bien reprendre l’affaire en main, et tu serais étonné de voir ce dont elle est cap...» «Sara.» la coupa son père. «Je ne crains aucun Spinelli en politique.» reprit-il laissant entendre que s’il craignait Julian, cela n’avait rien à voir, ni de près, ni de loin, avec son domaine professionnel. La jeune femme fronça les sourcils, s’apprêtant à lui demander pourquoi il le craignait, alors, avant de comprendre, et de laisser échapper un «Ooooh...» de compréhension. «Avoue, ça te perturbe de me voir à la place de la matriarche Spinelli.» le taquina-t-elle, ne récoltant qu’un regard d’un noir d’encre. «Tu es à la place de l’héritière Giolitti.» «... Et à la droite du patriarche Spinelli.» insista-t-elle lourdement, plus lourdement qu’elle ne l’avait jamais osé, ni même qu’elle n’avait osé plaisanter sur ce sujet, preuve que sa folie était toujours vivace en elle, la détachant de tout, y compris des éventuelles blessures infligées à son père. «Je regrette que Milo ne soit pas là.» rétorqua-t-il en la quittant du regard pour le perdre dans la contemplation de l’autel réaménagé en scène pour l’occasion. «Mais il est là...» souffla-t-elle nonchalamment, avant de réagir au regard surprit que son père venait de reporter sur elle. «Il est certainement quelque part planqué dans la coupole, armé d’un bazouka ou d’un lance-roquette, prêt à faire feu à la moindre intrusion des copains de Ben Laden dans le saint des saints.» C’était à son tour de fixer le néant, l’amertume pointant dans sa voix. «Ne plaisante pas avec ça. Tu ne devrais même pas en parler, on pourrait t’entendre...» s’inquiéta Paolo en jetant des regards à la ronde. Mais personne n’était tourné vers eux, les Spinelli lisaient ou apprenaient par choeur leur programme, et les autres étaient bien trop loin pour entendre quoique ce soit. Sara, néanmoins, obtempéra, et s’empara de son programme pour imiter les autres, s’occuper l’esprit, et ne pas songer à l’ennemi cardiaque numéro un installé à sa gauche, bien trop près pour demeurer invisible. «La messe de Requiem en ré mineur (KV 626) de Wolfgang Amadeus Mozart» lu-t-elle sans vraiment y prêter attention. Comme d’ordinaire, son esprit vagabondait, sautait d’idée en interrogation, d’interrogation et élucubration, d’élucubration en pensée morbide, de pensée morbide en souvenir d’enfance, et tout ça à une vitesse vertigineuse, si bien qu’elle en perdait souvent son fil de pensée, oubliant le début de sa réflexion, et les milliards d’idées lumineuses qu’elle était persuadée d’avoir eu. «Dis, papa...» interpella-t-elle son père suite à une nouvelle interrogation existentielle. «Quand tu seras mort, j’espère dans super longtemps mais on sait jamais, je deviendrais quoi ? Le patriarche ou la matriarche Giolitti ?» Son père, souriant, heureux de la retrouver dans de meilleures dispositions, dispositions dans lesquelles elle ne s’imaginait plus en matriarche Spinelli, reposa le programme qu’il tenait en main, et se tourna de trois quart vers sa fille. Sara su, avant même qu’il ne parle, qu’il allait emprunter son ton pédagogue, celui qu’il avait utilisé aussi le jour où il avait souhaiter lui expliquer comment faire les bébés. Elle avait 19 ans à l’époque. «Lorsque ce sera le cas, ce que j’espère dans très longtemps également, notre famille passera tout simplement d’un système patriarcale à un système matriarcale. Ton époux, patriarche de la famille, s’installera à ta droite, et vos enfants à ta gauche. C’est aussi pour cette raison que tu conserves le nom Giolitti, pour ne pas que la matriarche porte un nom différent de celui de son matriarcat.» Elle hocha la tête, satisfaite, mais reprit rapidement. «Et si j’épouse le patriarche d’un patriarcat ? Il se passe quoi ? Qui s’installe à la droite de qui ? Et les enfants ? On les mets à la file indienne devant nous deux.» «Tu es déjà mariée.» «C’est une simple interrogation par curiosité, les subtilités du protocole m’ayant toujours échappées.» C’était vrai. «Dans ce cas... Dans l’hypothèse que tu divorces de Milo, et que tu te retrouves dans la situation improbable d’épouser le patriarche d’un patriarcat en voie de disparition en Italie, alors... Alors tu devrais choisir entre ton nom et le sien.» «Il se passe quoi si je prends son nom ?» «Tu es ma seule héritière donc, je suppose que la famille s’éteint avec le nom.» Elle sembla peser mentalement l’impact de cette révélation, puis reprit «Et il se passe quoi si je garde le nom Giolitti ? Il rejoint mon matriarcat ?» Paolo secoua tristement la tête «Non. Tu gardes ton matriarcat, il conserve son patriarcat, et vos enfants portant le nom de leur père, comme c’est la loi, rejoindront le patriarcat.» Un moment de silence suivit ce nouveau verdict, durant lequel la jeune femme en vint aux conclusions qui s’imposaient. «Donc, en fait, dans le deux cas c’est la fin des Giolitti, soit avec mon mariage, soit avec ma mort.» «Voilà.» Confirma à contre-cœur son père. «Heureusement, tu n’as pas épousé un patriarche, la question ne se pose donc pas.» En observant le profil de son père, elle nota ses traits réellement soulagés. Elle ne comprenait pas trop quelle différence cela faisait puisqu’une éventuelle descendance aurait tout de même porté le nom de leur père et non celui des Giolitti, mais elle n’osa pas l’importuner davantage. Elle hocha la tête, même s’il ne semblait pas la voir, puis retourna dans son cerveau en compagnie de ses pensées furtives.



Principessa Sara Giolitti
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Sara T. Giolitti
V.O.X P.O.P.U.L.I

AGE : 24 ans
MESSAGES : 1913
ARRIVÉE LE : 01/03/2009
EMPLOI : Pour l'instant je me consacre à ne rien faire. C'est bien aussi.
ADRESSE : 25 via s. maria sopra minerva - Parione, Palatin.
QUOTE :


"cette fille, c'est un prédateur déguisé en caniche"

AVATAR : kristen stew
POINTS : 576

.
ARE U IN MY CELLPHONE:
STATUT: Marié(e)
DISPO POUR UN SUJET ?: pas pour l'instant.

MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Sam 23 Juil - 6:01

- III -

« C’était comme un chant transfiguré par mes tympans en quelques symphonies funèbres joué pour la mort, pour ma mort, chaque mot m’interpellant, me heurtant de plein fouet, comme autant de piqures sur chaque centimètre carré de peau disponible, un violent rappel de ce que j’étais, de ce que j’avais souhaité et appelé de mes voeux, une violente délivrance, bras bienveillant se tendant vers moi dans le but de me secourir en m’entrainant loin de tout cela, loin du vivant, loin du profane, dans un espace sacré et paisible et blanc... blanc... un blanc dont je ne voulais plus. Je ne voulais plus mourir. J’avais besoin de vivre. »

Voilà ce qu’elle écrirait plus tard dans son journal, ou ce qui s’en rapprochait le plus, ensemble de pages où elle compilait ses pensées, ses élucubrations, tentant de détailler l’indétaillable, de décrire l’indescriptible, de mettre des mots sur les déchirures de ses entrailles, et de les abandonner là, après avoir cliqué sur «enregistré sous.» et rangé le tout dans un coin de son mac. Voilà ce qu’elle écrirait pour décrire ce qu’elle avait ressentit lorsqu’un Requiem qu’elle avait entendu et écouté des milliers de fois, lui avait fait monter les larmes aux yeux, et imploré son salut. Ça l’avait prit par surprise, comme un hoquet. L’ouverture l’avait d’abord apaisé, calmant les tensions accumulées dans son corps de part la proximité de Julian qu’elle ne parvenait à oublier. Sa tête souhaitait quelque chose, et son corps l’inverse, se tendant vers l’ennemi sans que cela soit quelque chose de réfléchit. D’abord ses jambes croisées, la jambe supérieure tournée vers lui, son pied se balançant à quelques centimètres du sien. Puis sa avait été sa main, qu’elle avait souhaité poser sur l’espace de bois lustré entre eux, avant de se rendre compte qu’il en avait fait de même, et que sa main venait d’atterrir sur la sienne. Évidemment, elle l’avait ôté vivement, mais l’avait reposé suffisamment près pour que leurs auriculaires se frôlent. Elle nierait jusqu’à son dernier souffle que ce geste était volontaire, et pourtant... Puis, les voix graves des ténors et barytons s’étaient élevées, la clouant à son siège, lui coupant le souffle, lui étreignant le cœur, le lui soulevant. Elle avait cru, l’espace d’un instant qu’elle allait vomir, là, comme ça, devant tout le monde, au pied de l’autel sans même avoir le temps de courir nulle part. Mais ce n’était pas ce genre de malaise qui venait de la prendre aux tripes. Elle n’était pas malade, juste mal à l’aise, comme si on avait modifié le requiem pour la viser elle directement. Elle avait fermé les yeux, ravalé sa salive, priant pour que ça lui passe. Elle devenait folle, elle sombrait dans la folie, voilà la seule explication qu’elle avait trouvé pour expliquer sa réaction. On la jugeait, on l'appelait, on l’attirait, la cajolait, on l’accusait, la condamnait. Les minutes s'égrenaient, les partitions aussi, et elle se perdait de plus en plus dans les notes. Bientôt elle eut l’impression que les anges des fresques bougeaient, battant de leurs ailes duveteuses, pour bientôt fondre sur elle, mais elle comprit rapidement que cette fausse impression n’était due qu’aux larmes lui brouillant la vue. Elle passa une main sur sa joue, la découvrant mouillée de larmes avec surprise. La violence de ses émotions s’intensifiait à mesure que la messe funèbre perdurait. L’espace d’un instant elle fut persuadée d’assister à une répétition de son enterrement, la célébration de sa mort. Alors elle comprit pourquoi elle se sentait si mal. Elle ne voulait plus mourir, elle ne voulait plus cesser d’exister, elle voulait encore avoir mal, elle acceptait d’avoir mal, si ce mal lui rappelait qu’elle était en vie. En vie. Cette révélation fut un choc brutal, comme une barrière de périph à plus de 200km/h. Elle ne voulait pas s’envoler, elle ne voulait pas bouger de là, elle voulait se raccrocher à la vie, se raccrocher, s’y attacher, comme une ancre fichée dans la terre pour ne plus avoir à craindre de s’envoler. Alors c’est ce qu’elle fit, elle s’attacha, s’accrocha désespérément, et ne trouva la paix qu’en se sentant reliée à la vie. Comme une réponse, la mélodie, les chants, les instruments se firent plus doux, délicats, harmonieux, accompagnant sa décision avec bienveillance, apaisant son âme, calmant ses larmes, rétablissant sa respiration rendue douloureuse. Lorsque le chant final s’acheva sur une note soutenue qui retint le souffle de toute personne présente dans la basilique, elle prit conscience qu’elle avait pleuré sans discontinuer pendant près de 40 minutes. Elle se sentait vidée, épuisée, vulnérable... tellement vulnérable... Elle reprit conscience de son corps, et de ce monde autour, elle sentit la présence de son père qui venait de poser sa main sur la sienne, juste posée avec ce qu’il faut de retenue entre un père et sa fille en public, comme en privé, et elle sentit également la présence de Julian, sa présence physique, intime, sa main dans la sienne. Non, pas seulement dans la sienne, totalement enchevêtrée, emmêlée, les jointures de la jeune femme devenues blanches à force de serrer entre ses doigts, un désordre d’index, pouce, annulaire masculins qui avait finit par se refermer, lui aussi, sur les siens, formant une étrange boule, sculpture abstraite de chaire et d’os, et, elle venait de le comprendre, son ancrage à la vie. Son regard s’attarda sur cet étrange phénomène qu’elle ne comprenait pas, ni se rappelait avoir orchestré, mais nulle doute possible elle en était l’instigatrice, puis ses yeux remontèrent jusqu’à l’homme au bout de ce bras, l’homme qui l’observait avec appréhension, comme s’il redoutait à l’avance une réaction brutale de sa part, comme s’il savait qu’elle n’avait pas agit en pleine possession de ses moyens. Il avait raison. En tous points. Sa main quitta vivement la sienne la laissant dos au bois du banc, paume ouverte vers le ciel. Cet homme lui avait coupé les ailes, tailladé les veines... Il allait lui falloir du temps pour abandonner les réflexes de survies qu’il lui inspirait. Elle le contemplait toujours avec surprise, lorsque le souverain pontife se leva de son trône pour applaudir. Alors tout ne fut plus qu’un concert désordonné de talons sur le sol, raclement de banc sur le marbre, bruissement d’étoffe, avant l’explosion d’applaudissements qui accompagna ceux du Pape. Elle chassa les dernières traces de larmes sur ses joues, avant d’applaudir à son tour. C’en était terminé de cet instant volé.

- IV -

« Je peux ?» c’est ce que lui avaient demandé ses yeux alors qu’il amorçait un mouvement de bras hésitant, très hésitant dans sa direction. Elle n’avait répondu qu’en lui présentant son dos, comme d’ordinaire, mais sans renforcer l’espace entre leurs deux corps, en restant suffisamment proche pour que son bras, hésitant toujours à quelques centimètres d’elle, puisse se poser délicatement sur sa peau. Elle ne l’avait invité, ni encouragé à rien, mais elle ne s’était opposée à rien non plus. Si bien que lorsqu’elle l’avait sentit passer un bras autour d’elle, elle n’avait accusé aucun sursaut, ni ne s’était éloignée. Elle était restée stoïque, refusant même de respirer de peur que l’équilibre précaire dans lequel ils se trouvaient ne se brise. Et puis elle avait fermé les yeux, doucement bercée par la respiration qu’elle avait sentit dans sa nuque, et, pour la première fois depuis plus de deux semaines, elle s’était autorisée à s’assoupir, juste un peu, quelques secondes, pas plus, et puis après, elle en avait été persuadée, lorsque lui se serait endormi, elle n’aurait plus qu’à s’adonner à sa petite contemplation quotidienne avant de s’enfuir. Quelques minutes, tout au plus, c’est ce qu’elle s’autorisait... juste quelques minutes... quelques minuscules petites minutes...

Un nombre incalculable de minutes plus tard, elle s’éveilla en sursaut. Emmêlée dans les draps, elle ne parvenait plus à trouver la sortie, ni à comprendre ce qui lui arrivait. Ne subsistait que ce sentiment d’urgence pesant sur son estomac comme un poids mort. A mesure qu’elle parvenait à s’extraire de son cocon ouaté, les esprits lui revenaient. L’anniversaire du Pape, la Basilique, l’affreux Fabrizio, Julian, le matriarcat, Julian, le Requiem, la sensation de petite mort, Julian, son père, Milo, le refuge, l’écriture, le texto, Julian, le sexe, le bras, le sommeil, quelques minutes... Oh merde ! Elle se redressa d’un coup dans le lit, tel un diable jaillissant de sa boîte. Il faisait encore nuit noire dehors, mais il y avait une place vide à côté d’elle dans le lit. Une place froide, ce que confirma la main qu’elle venait de promener sur le matelas. Merde !! Il n’avait pas le droit ! Aussi injuste que cela puisse paraître, il n’y avait qu’elle qui avait le droit de s’enfuir, pas lui, pas alors qu’elle... Il n’avait pas le droit, c’était interdit, il n’avait plus le droit de la quitter, plus jamais, sous quelque forme que ce soit, il devait rester, rester tout le temps, et attendre qu’elle parte elle, de son plein gré, de sa propre volonté, lui il devait rester, c’était comme ça, ça ne pouvait être autrement, c’était le deal, il avait pas le droit, pas comme ça, non il n’en avait absolument pas le droit... Au bord de la panique, le gouffre s'entrouvrant sous ses pieds, elle se leva, enroulée dans son drap, se raccrochant à l’idée qu’il ne pouvait pas être parti, gardant l’espoir qu’il ne l’avait pas fait, sinon... Sinon elle pouvait presque sentir ses organes écartelés, son coeur déjà mort, rétrécir encore, comme s’il venait d’être jeté dans un bocal d’acide, pauvre organe fumant, crépitant, se transformant en coquille de noix noircie. Aussi stressée et hagarde qu’une junkie cocaïnée, elle tourna sur elle-même, au milieu de la chambre, perdue, ne sachant que faire, ni où aller. Il n’y avait pourtant pas cinquante options, juste la porte menant à la pièce principale, porte qu’elle passa comme une furie, l’angoisse ayant annihilé toute trace de raison dans son crâne. Elle le trouva appuyé au chambranle de la porte menant au minuscule balcon, une cigarette aux lèvres. Sous sa crinière brune une Lady Gaga miniature sous amphét’ se mit à tambouriner comme une démente, engendrant le mal de crâne de la décennie, voir du siècle, tandis que Sara se battait entre soulagement, colère et reste de panique. Elle n’eut même pas conscience d’avoir laisser le drap glisser sur sa peau sans même chercher à le rattraper. Elle ne faisait que foncer droit sur lui, toute rationalité et estime de soi restées au sol derrière elle. Elle se planta devant lui, son regard de démente le scrutant avec hargne. Ses doigts fins vinrent ôter la cigarette qu’il avait entre les lèvres, avant de s’abattre avec une vitesse et une force qu’on n’aurait jamais soupçonné dans un si petit corps, sur la joue masculine, y laissant une marque rouge. Ça c’était pour l’avoir laissé seule dans le lit s’imaginer qu’il avait profité du sommeil qu’elle s’autorisait pour la première fois, pour partir. Un psy aurait certainement évoqué un trouble lié à l’angoisse de l’abandon, mais elle était bien trop perdue pour tenter de se raisonner ou même se comprendre elle-même, elle ne faisait que vivre et subir ses propres angoisses, et les imposer aux autres. Elle plaça la cigarette entre ses propres lèvres, et de nouveau calme, enjamba la porte fenêtre pour se rendre sur le petit balcon. Nue comme un ver, elle n’avait qu’à peine conscience de la brise fraîche sur sa peau, et encore moins des larmes de rage et de peur qui avaient coulé à son insu le long de ses joues, des joues qu’elle offrait calmement à la brise en relevant le visage, yeux clos, en direction d’un ciel d’encre. Rapidement, doucement, deux bras masculins vinrent recouvrir son corps du drap abandonné plus tôt, couvrant son innocente nudité. Elle en attrapa un et le ramena tout contre elle, le serrant contre sa poitrine façon doudou pour enfant de 4 ans. Le corps masculin accusa une légère crispation de surprise, avant de se détendre contre le sien, ramenant son torse contre son dos, passant son deuxième bras autour d’elle. Elle ferma les yeux, abandonnant son crâne contre cette courbe qui devait être une clavicule, ou un pectoral. Un bras, fort, puissant, protecteur, et néanmoins d’une douceur extrême, remonta au-dessus de sa poitrine, encerclant ses épaules. Elle y posa son menton, puis ses lèvres, puis de nouveau son menton. Elle était bien là, consciente de faire une connerie, de dépasser les limites, mais ses bras la retenant captive, enserrant sa taille et ses épaules, étaient comme autant de branches la rattachant à la terre ferme, lui empêchant tout envol. De toute manière, sans ses ailes, comment aurait-elle pu voler ? Cette nuit-là, elle resterait silencieuse, comme toujours, pas un mot ne s’échapperait d’entre ses lèvres, mais lorsqu’il la ramènerait au lit, elle viendra d’elle-même se lover contre lui, enroulant son corps autour du sien, lui rendant la tâche difficile lorsqu’il devrait se relever pour aller refermer le MacBook resté ouvert dans le salon.


- EPILOGUE -
plus tôt dans la nuit

«Tu te rends compte de l’heure qu’il est, rassure-moi ?» bailla-t-elle dans son Iphone5 -oui, le cinq, pas encore sortit sur le marché, ni même des usines Apple, et pourtant déjà entre les mains de la plus blonde des italiennes- avant de le reposer sur son oreiller pour poser sa tête par-dessus. «T’es pas censée dormir aussi tôt.» Lui rétorqua son interlocuteur à voix basse. «Tôt c’est le mot, oui, puisqu’il est presque 4h du mat. Papy va se lever dans une heure et faire comme s’il vivait seul dans cette baraque. Traduction : chanter, siffler, demander à Maria de passer l’aspi devant ma porte. Ma vie est un enfer, Julian, alors j’essaye de faire en sorte que mes nuits ne le soient pas, de manière à...» «Thalie !» La coupa-t-il doucement. «Quoi ?» Elle avait fermé les yeux, prête à poursuivre sa nuit tout en l’écoutant à moitié. «J’ai besoin de conseils.» «Quel type ? A 4h du mat, j'ai peur du conseil.» «Type : je suis devant le mac de mon ex mentalement dérangée, et y a pas de mot de passe.» A l’autre bout de la ligne, la blonde émit un bruit signifiant qu’elle était en pleine réflexion. «Hum... Y a pas de mot de passe, ou bien tu connaissais le mot de passe ?» échec et mat. «Je connaissais le mot de passe.» bougonna-t-il dans le combiné. «Donc tu veux savoir si tu as le droit de fouiller ou non ? La réponse est non. Bonne nuit.» Elle s’apprêtait à extirper le portable de sous sa joue, lorsqu’elle l’entendit l’interpeller à nouveau, la panique et l’urgence filtrant dans sa voix. «Attends ! C’est pas ce que tu crois, je cherche pas à lire ses mails ou à me connecter à son compte facebook, j’en ai rien à foutre de tout ça... C’est juste que... Elle écrit, tu comprends ? Elle écrit sans arrêt, je l’ai déjà surpris deux fois, et... Thalie ?» Si elle demeurait silencieuse, elle s’était néanmoins redressée dans son lit, et assise au milieu des draps, le téléphone collé à l’oreille, elle était toute ouïe. «Oui, je suis là. Continue...» «Je pense qu’il s’agit d’une sorte de journal où elle consigne ses pensées.» «Qu’est-ce qui te fait dire ça ?» «Le dossier s’appelle ‘pensées’...» Élémentaire. «Ouvre-le !» «T’es sûre ? Je... C’est...» «Ouvre-le, Julian ! C’est le moyen le plus certain de savoir exactement ce qui se passe dans sa tête, de connaître son mal. Après ça, tu seras peut être réellement en mesure de la soigner, ou au moins de prendre conscience de l’étendue des dégâts, parce que crois-moi, frangin, t’es encore très loin de la vérité. Alors ouvre, ouvre et lis ! Et magne-toi le cul avant de te faire goaler !» «Elle ne voudrait pas que je lise... Si elle l’apprenait... Et même, je...» «Quand on écrit c’est pour être lu, c’est pas pour kiffer sur le cliquetis des ongles sur le clavier. Et bizarrement, j’pense pas, non plus, que ce soit pour publier ses mémoires. M’enfin, fais comme tu le sens.» Il y eut un silence sur la ligne, silence qu’elle analysa comme étant le temps nécessaire au politicien pour peser le pour et le contre. «Je ne suis pas ta conscience, Julian, je vais pas te dire que c’est bien ou mal de faire ça. Parfois, pour atteindre le bien, il faut passer par le mal... Et si jamais je me goure, rappelle-toi de ne pas m’en tenir rigueur, je ne suis même pas sûre d’avoir réellement cette conversation avec toi, peut-être suis-je encore entrain de dormir... D’ailleurs, j’y retourne. Appelle-moi demain pour me dire si je rêvais ou pas. Bonne nuit, Jul’.» «Thalie !» «Bonne nuit, Jul’.» «Bonne nuit.» Elle jeta le portable plus loin, et se laissa tomber contre l’oreiller pour s’endormir aussi sec et rêver pirates informatiques, bandeau sur l’oeil et tête de geek... Demain elle aurait tout oublié...

Spoiler:
 



Principessa Sara Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Dim 7 Aoû - 17:23





Une imposture, tout ceci était une imposture, une mascarade qui se fendillait petit à petit, une fissure contre laquelle un réparateur de chez Carglass ne pouvait rien, ce n’était pas quelque chose que l’on pouvait fixer avec une petite dose de résine magique. Assit au milieu de son appartement vide désormais de tous meubles et de tous cartons qui avaient appartenus à Athéna, Julian semblait perdu, hagard, plus seul que jamais. Il avait l’impression que ces souvenirs, cette vie qu’il avait tenté de construire à nouveau s’étalait devant lui, l’absence de souvenirs véritables lui revenait en pleine tête sous la forme de traces de poussière autour des emplacements qu’occupaient les cartons de déménagement, qui marquaient la fin d’une amitié de longue date. Il avait anéantit une relation qui avait beaucoup comptée pour lui durant son adolescence et sa vie de jeune adulte, pourquoi ? Par fierté ? Parce qu’il refusait de reconnaitre qu’il avait fait une erreur ? Parce qu’il avait peur de froisser la mémoire d’un grand homme politique qui ne lui avait jamais accordé la moindre légitimité, même avant sa mort ? De là où il se trouvait il pouvait très clairement apercevoir ce à quoi se résumait sa vie depuis la mort de son grand père neuf mois plus tôt. Une bouteille de vin, victime abandonnée près de l’évier, lors de sa dernière soirée avec Thalie. Une photo de famille posée à même le bois d’une console design ultra moderne. Une serviette qui vomissait sur le sol son contenu en un joyeux et coloré pèle mêle : téléphone dernier cri, un macbook pro malmené par ses différents voyages autour du capitole, une pile de dossier rangés dans des protèges dossier aux couleurs criardes, un passe donnant accès au Capitole, son badge de sécurité, ses cartes professionnelles, un briquet en argent massif cadeau de son grand-père et héritage familial, un paquet de cigarette amputé d’une bonne partie de son contenu, un trousseau de clé. Et le silence, ce silence oppressant, cette absence de toute chaleur, de toute vie dans un appartement qu’il avait pris pour fuir Trastevere et se prouver qu’il n’était plus le Julian Spinelli d’autrefois. Mais à en croire les erreurs qu’il accumulait, les obstacles qui se mettaient au travers de sa route, il était bel et bien le même qu’autrefois. Le même homme qui portait cependant un regard moins abusé sur sa situation, le même en plus lucide, en moins docile, en plus ouvert. La peau de saucisson qu’il avait devant les yeux, la culpabilité s’étaient effacés au détriment d’une lucidité qui lui blessait l’âme et le cœur. Il avait tout quitté, tout abandonné pour se soumettre au jugement d’un vieux fou qu’il n’avait aucune confiance en lui, il avait blessé la femme qu’il avait aimé au point de s’opposer à sa famille dans sa quasi-totalité, tout cela pour ça : un appartement vide, une vie à l’état de ruine et un boulot dans lequel il ne s’épanouissait plus ou dans lequel il ne s’était peut-être jamais épanoui ? Avait-il eut vraiment le choix ? Toute sa vie il avait été conditionné dans un seul but, prendre la relève d’un parti qui était menacé de plus en plus par le libéralisme et des mœurs devenus obsolètes pour une génération désabusée au sujet de son gouvernement. Les frasques de Silvio Berlusconi et consorts entachaient la réputation d’une démocratie vieille de plus d’un demi-siècle. Etait-il si semblable que cela au Julian Spinelli qui avait débarqué un an et demi plus tôt en Italie pour reprendre la relève d’un grand-père qu’il idolâtrait ? Le jeune homme confiant et idéaliste qui croyait réellement en les valeurs qu’il défendait avait laissé place à un jeune homme bien plus proche de l’opinion des jeunes de sa génération envers le gouvernement et les politiques. A quoi se résumait sa vie si son travail ne valait même plus la peine de se sacrifier pour lui ? Il avait tout gâché par lâcheté et pour se conformer à un moule pour se découvrir des velléités de rejet envers un parti dans lequel il devait, si on se conformait au plan rédigé après sa naissance, effectuer ses premiers pas d’homme « politique ». Il avait reçu une visite aujourd’hui. Une nouvelle visite « d’inspection ». Fabrizio était passé le voir à son bureau, pour « discuter » et Julian avait dû se justifier. Une fois de plus. Pourquoi avait-il fait ceci, avec qui avait-il passé telle heure, quelle discussion avait-il eut, pourquoi avait-il choisit de justifier une action de telle façon, quel projet de loi était en cours d’examen au Sénat, envisageait-il les conséquences de ses actes ? Juste une fois, rien qu’une fois il aurait aimé pouvoir lever la main sur cet homme sans que cela porte à conséquence, l’envie le démangeait, courrait dans ses doigts, le long de ses bras d’expédier ce vieil homme au sourire suffisant et aux mœurs hautaines au tapis et de le voir perdre sa superbe. Mais il n’était pas seul dans ce bateau. Il y avait Thalie, et Sara. Surtout Sara. Thalie savait très bien se défendre seul. Un sourire effleura ses lèvres lorsqu’il repensa au SMS qu’il avait reçu un peu plus tôt dans la journée. Sa sœur lui rappelait la messe d’anniversaire du pape à laquelle ils étaient tous conviés, ils avaient convenus ensemble d’un rendez-vous afin de faire enrager le vieil homme. Ils seraient présents, comme le voulait la tradition, mais pas en robe sage et costume de cérémonie. Non. Les Spinelli étaient entrés en guerre face au fantôme de leur grand-père. Trahis ils étaient désormais sur le pied de guerre pour rendre la vie de leur « tuteur » insupportable. Car ni l’un, ni l’autre n’étaient décidés à se plier sans bronche aux directives arrière parentale afin d’accéder à leur « héritage », ils se battraient pour avoir le droit d’exister aux yeux des autres comme eux même et non pas comme on aimerait les voir. Il redressa la tête lorsque son téléphone émit un bip bref mais caractéristique d’un message en attente de lecture. Tel un chien à l’arrêt il se figea et attendit une seconde, deux, avant de tendre la main pour s’emparer du téléphone. La vie reprit son cours lorsqu’il lut le contenu du message. « Ce soir. » rien de plus, rien de moins. L’existence sembla avoir soudainement un sens nouveau et il se releva. Ce soir il aurait l’illusion de lui appartenir de nouveau, de ne pas être aussi seul qu’il le pensait, ce soir il redeviendrait l’homme comblé qu’il avait été avant de tout foutre en l’air.

(…)

« Tu es complètement folle tu en as conscience n’est-ce pas ? » Demanda Julian tandis que sa sœur se garait dans un dérapage qui n’avait rien de contrôlé entre deux voitures à l’arrêt sur le bas-côté de la route. Jamais un trajet d’une quinze de kilomètres ne lui avait paru aussi long que dans cette voiture. Il avait fini par oublié à quel point sa sœur appréciait une conduite sportive faite de coups de klaxons et d’insultes en italien ou en français. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, malheureusement il savait que la conduite de sa sœur ressemblait à la sienne, bien qu’il n’insulte personne, se contentant de conduire vite et bien dans un style plus … policé. Il sortit de la voiture l’estomac retourné et jeta son latte macchiato dans la poubelle le cœur soulevé à la simple odeur du café au lait prit chez Espressamente Illy. Il s’appuya sur le capot de la voiture de sa sœur, respira un grand coup et fit face au visage hilare de sa sœur. « Ahaha je suis mort de rire. » Souffla-t-il en lui assénant une tapette sur l’arrière du crâne. « Bon, où est-ce qu’on rencontre ton nouveau coup de cœur vestimentaire ? »
« Mon non officiel, nouveau coup de cœur vestimentaire. » Lui rappela-t-elle en l’entrainant par le bras en direction d’un bâtiment qui avait tout de l’entrepôt industriel désaffecté.
« Si c’est un plan machiavélique pour faire devenir mon patriarcat, un matriarcat, tu peux simplement me proposer d’épouser un homme tu sais, pas besoin de me trainer dans une zone industrielle déserte pour me faire tabasser par des hommes de mains. » La jeune femme leva les yeux au ciel toqua discrètement à une porte qui s’ouvrit aussitôt devant elle. Il fallait reconnaitre une chose à Thalie, elle ne manquait pas de style et savait faire ses entrées. Elle fut accueillie comme une reine, quelle était, grande prêtresse de la mode, habituée des fashion-week et modeuse accomplie. Si Julian avait horreur d’une chose c’était bien le shopping, il parlait Prada, Versace, Hugo Boss et Lagerfeld quand cela était nécessaire mais depuis toujours il laissait à Athalia toute la latitude en ce qui concernait sa garde-robe. Sa cousine avait un goût sûr, tout comme lui, mais grande différence faire les boutiques ne la dérangeait pas, tout comme fréquenter les ateliers de créateurs. Il la suivit précautionneusement, se rappelant clairement la dernière fois qu’il s’était retrouvé dans une boutique en compagnie d’une femme, ce jour-là avec Sara ils prétendaient être d’autres personnes, non plus un Spinelli et une Giolitti. On lui proposa du champagne, un café, des petits fours tandis que Thalie passait entre les mains de l’habilleur, les stylistes qui souhaitaient la voir porter une de leurs créations lors de l’anniversaire du Pape chuchotait nerveusement dans un coin de l’entrepôt tandis que la jeune femme enfilait sa première tenue. Julian s’installa confortablement, ôtant sa veste de costume qu’il posa négligemment sur le dossier du divan installé près de « la cabine improvisée », il posa sa cheville gauche sur son genou droit et desserra le nœud de sa cravate, il se préparait à la longue séance qui se préparait. Mais il tiendrait le coup car cette « épreuve » faisait partit d’un plan bien huilé préparé par les héritiers. Car selon la presse la jeune femme avait déjà fait son choix vestimentaire, quelque chose de sobre et d’approprié, une robe choisie par les soins de Julian sur l’ordre de Fabrizio, de même le jeune homme serait chic et sobre comme à son habitude. Il en était tout autre en réalité. Les tenus choisis pour Fabrizio resteraient sagement au placard tandis qu’ils sortiraient leurs costumes d’apparat provoquants. Première petite rébellion de leur part. Alors que Thalie enchainait les tenues et les créateurs Julian donnait son avis par série de petites remarques brèves, de toute évidence il appréciait leur tenue pour leur degré de provocation. Il appréciait la robe toute en transparence de chez Valentino, éclata de rire lorsque Thalie enfila une robe blanche courte à manches longues d’un blanc virginal, ses courbes éclatantes de féminité rendaient grotesque cette robe conçue pour cacher plus que révéler.

« Chanel, beaucoup trop sage. » Commenta-t-il en la voyant apparaitre vêtue d’une robe du grand couturier. « J’aime pas mal la collection d’imitation of christ. La noire que tu as essayée en dernier. Assez découverte pour provoquer une crise cardiaque à Pépé casse pied. Celle en soie et capeline de dentelle, tu vois celle dont je parle ? »
« Oui, de quoi choquer le Vatican dans son intégralité. Dans le pire des cas, s’il me demande de changer de tenue, je n’aurais qu’à y aller nue. » Julian éclata de rire et se redressa. « Ola mon grand où est ce que tu penses aller comme ça ? » Demanda-t-elle avec l’ombre d’un sourire sadique. Julian se figea, la regarda avec les yeux d’un lapin prit entre les phares d’une voiture.
« Non, non, non… Je croyais que nous étions d’accord, une chemise destroy et des chaussures tout sauf cirés… Thalie. » Il avait prononcé son nom comme un père prononçant celui d’un enfant désobéissant.
« Allez Julian, je fais venir la boutique à toi. Pas besoin de te déplacer, de subir les vendeurs… J’ai fait apporter quelques costumes, que j’ai présélectionné, je suis sure qu’on en a pour une toute petite heure... Tu me demandes de sortir quasiment le cul à l’air en pleine Basilique Saint Pierre, je ne peux pas être la seule à donner de ma personne. » L’argument fit mouche, un soupire de résignation lui échappa et à nouveau sa sœur eut l’air d’avoir cinq ans. « Seigneur. » Murmura-t-il comme une prière. Mais dieu ne pouvait rien pour lui, personne ne résistait à Athalia Spinelli. Il passa alors à son tour derrière le paravent où déjà quelques petites mains s’occupaient d’évacuer les vêtements dédaignés par les Spinelli. Alors qu’il tombait la chemise pour enfiler celle que lui tendait l’habilleuse Julian se figea.
« Attendez. » Il avait parlé à voix basse, une voix dans laquelle vibrait cependant son autorité naturelle. L’éclat rouge et argent avait attiré son attention. Il s’empara d’une robe sur un portant, la regarda et un sourire passa sur son visage aux traits sévères. Il la vit très clairement dans cette robe. Courte et rock roll, une robe bustier en cuir rouge qui semblait l’œuvre de Satan et qui la rendrait à coup sûr divine. « Balmain ? » Demanda-t-il à l’habilleuse qui sembla surprise de son coup d’œil expert, après tout avant de se trouver des partenaires de shopping à Paris Thalie l’entrainait avec Stella dans les défilés de la fashion-week.
« C’est exact, votre sœur n’a finalement pas appréciée le bustier, elle n’y était pas à son aise. » Une manière charmante de dire que les mensurations voluptueuses de sa sœur n’avaient pas trouvées leur place dans le bustier étroit de la robe.
« Je la prends. »
« Elle ne pourra pas… » Commença l’habilleuse.
« Je la prends. » Répéta-t-il d’une voix plus forte. « Trouvez-moi un livreur voulez-vous. » Ajouta-t-il en enfilant la jacket qu’on lui présentait. La couleur lui brulait déjà la rétine mais ce que Thalie voulait, Thalie l’obtenait. Cette robe lui plairait, il en était persuadé. C’était une bêtise, probablement une énorme bêtise que de lui faire livrer ce petit présent à plusieurs zéro derrière le 1 mais Julian en éprouvait l’envie. Il n’avait pas besoin de signer son présent, simplement de lui offrir. Il l’imaginait, elle le diable tentateur qui risquait de bousculer son existence une fois de plus, dans cette robe de cuir que Paolo Giolitti brûlerait surement s’il la trouvait dans la garde-robe de sa fille. Elle était faite pour elle. Il ne pouvait faire autrement que la lui acheter. Comme avant.

(…)

« Oui Thalie. » Il hocha la tête accentuant son accord par pure réflexe oubliant une fois de plus qu’elle ne pouvait pas le voir. « Bien sûr. J’irais les récupérer en passant vous prendre. » Il hocha une nouvelle fois la tête manquant de lâcher son téléphone qu’il tenait à son épaule grâce à la pression de son oreille contre le combiné pendant qu’il fouillait dans ses poches à la recherche de son portefeuille. Une vieille dame lui tendit l’objet de ses investigations qu’il avait coincé dans la poche arrière de son jean. « Merci Madame. » La remercia-t-il d’un sourire charmant. « Non pas toi Thalie. Je suis en train de faire des courses. Oui il m’arrive de la nourrir, non cela n’est apparemment pas considéré comme une intrusion excessive dans sa vie. Au rythme où les provisions descendent dans le frigo je dirais même qu’elle apprécie. » Il tendit sa carte personnelle à la caissière et sourit. Le charme de Julian Spinelli opéra auprès de la caissière, en transition entre l’adolescence et l’âge adulte, à cet âge où le cœur est le plus tendre. Un sourire de lui, lorsqu’il lui tendit sa carte bancaire suffit à lui faire imaginer être aimé de lui. Pourtant, le jeune homme la remarqua à peine, des beautés entre dix-huit et vingt-cinq ans il en voyait quotidiennement dans les couloirs du Sénat ou dans les dîners mondains. Une seule femme avait le don de le toucher profondément, pour un seul regard d’elle il aurait été prêt à tout, y compris à s’oublier lui-même et à sacrifier ces envies, ses désirs, ses attentes. Il ne remarqua pas le regard enamouré que lui jeta l’étudiante qui devait vivre de petits boulots afin de payer ses études mais, étrangement, il remarqua la vieille dame qui le suivait dans la file d’attente de l’unique comptoir de caisse de l’épicerie. Elle avait quelque chose dans les yeux, dans sa manière de sourire qui lui rappela étrangement quelqu’un sans qu’il puisse cerner celle dont il était question. La vieille dame avait effectué des achats pour tenir un bon mois, la plus grande partie de son chargement constituait en nourriture pour chat. Julian qui, sur les conseils de son « thérapeute » et qui par malheur, avait acheté un chat dans le but de comblé un vide, et qui avait eu la grande surprise d’apprendre que son chat, était en réalité une chatte, pleine qui plus est, lorsqu’elle avait mise bas en plein milieu de son dressing dans les boites de ses chaussures Prada, c’était trouvé l’heureux propriétaire de sept chatons, se trouva un point commun avec la vieille dame. « Thalie je te laisse. » Lâcha-t-il soudainement alors qu’elle lui rappelait la nécessité de ne pas ouvrir le sac de sa robe afin de ne pas abîmer la dentelle de Caudry avec l’air saturé de malhonnêteté et de sueur du Sénat. « Je peux vous aider madame ? » Proposa-t-il en dénouant le nœud de sa cravate afin d’être plus à son aise. Sa veste de costume était restée dans la Citroën DS garée dans une ruelle quelques pâtés de maisons plus loin, une folie sécuritaire frisant la paranoïa qu’il s’autorisait étant donné qu’une quelconque fuite dans la presse de ce qui se passait dans cet immeuble de l’Esquilin aurait suffi à provoquer un accident national digne d’une explosion atomique au Sénat comme à Trastavere. « Vous semblez bien chargée. » Ajouta-t-il avaec un sourire de petit fils modèle. Mais si, vous savez, celui qu’il affichait à la une des magazines lorsque pour les fêtes FORBES publiait ses photos de nouvelle année de ces familles qui ont réussi et ont encore un bel avenir devant elles. Comme toute femme entre 7 et 107 ans, la vieille dame se laissa charmer par ce jeune homme bon chic bon genre à l’air travailleur si on en croyait les cernes sous ses yeux, les manches de sa chemise de marque remontée au-dessus du coude et son sourire étincelant de sincérité. Elle se souvenait l’avoir vu dans la cage d’escalier de son immeuble. Sa compagne et lui venaient d’emménager, ils n’avaient pas encore choisi leurs meubles puisque que Simonetta n’avait vu aucun camion de déménagements devant la porte cochère, mais ils étaient souvent là, tous les soirs où presque. Bien entendu elle ne les entendait pas, ils avaient achetés au dernier étage et fautes d’ascenseur à partir du 3ème les résidents se faisaient rares. Elle savait simplement que leur boite aux lettres n’indiquait aucun nom et qu’ils partaient tôt le matin et rentraient tard le soir. Un bon petit couple bien de son temps, ah ces jeunes, ils ne prenaient plus le temps de vivre, de profiter de l’autre, leurs carrières leur prenant tout leur temps. Elle remarqua les boites de pâtés qu’il glissait dans son propre sac en fibre de bambou, encore un truc de jeune l’écologie, et lui adressa un sourire édentée mais charmant.
« On ne l’entends pas. » Laissa-t-elle échapper en tendant l’équivalent de ses achats en billets à la caissière.
« Excusez-moi ? »
« Votre chat, il ne miaule pas, pourtant Silvio, Giulio et Rocco font un ramdam pas croyable lorsqu’ils sentent qu’un nouveau locataire à quatre pattes vient d’arriver. »
« Madeleine est une créature plutôt volage, trois grands matous pour elle seule, de quoi l’enchanter. » Plaisanta Julian au sujet de sa chatte coureuse de jupe à poils. « Elle n’est pas encore avec nous. » Ajouta-t-il alors que la vieille dame laissait échapper un petit rire. Il prit ses paquets et les chargea en plus du sien dans ses bras.
« Oh je comprends, vous n’avez pas encore déménagé totalement, un chat a besoin de s’habituer à son environnement comme à ses nouveaux propriétaires, il faudra la laisser s’apprivoiser. » Julian manqua éclater de rire, le parallèle avec Sara, sa conversation avec Thalie lui sauta aux yeux. Un chat sauvage ayant besoin de temps.
« Elle aura tout le temps dont elle a besoin ne vous en fait pas. »

(…)

Il ne s’attendait pas à la trouver là. Cet appartement leur appartenait certes mais il ne s’attendait pas à la trouver là, pas en pleine journée, assise au milieu de ce qui aurait dû être le salon. Cela ne faisait pas partit du plan qu’il s’était fixé, ne pas la presser, ne pas lui imposer sa présence lorsqu’elle ne la demandait pas. Cela ne faisait pas partit du plan. Que faisait-elle là ? Qu’écrivait-elle ? Comment allait-elle réagir à sa présence ? Toutes ses questions qui supplantaient l’étonnement passager de la trouver ici. Elle semblait redouter la nuit, au crépuscule il recevait toujours un SMS lui intimant de venir, de la rejoindre avec le simple nom de leur quartier et un S en guise de signature. Elle n’aurait pas dû se trouver ici seule, pas en plein jour, il y avait quelque chose d’anormal dans sa présence en ces lieux alors que le soleil était encore à son zénith. Il découvrait pour la première fois que cet appartement était vraiment à eut. Qu’il n’y vivait pas seul. Qu’elle aussi vivait là, il n’était pas le seul à y passer pour y trouver le calme, l’apaisement quelques heures. Ils auraient dû se croiser avant, le destin une fois de plus avait choisi son moment. Qu’écrivait-elle ? Ce n’était pas la première fois qu’il la surprenait ainsi, pensive, presque en transe, prise dans une frénésie de mots. Elle avait l’air toute aussi surprise que lui, et il y avait dans ses yeux une certaine hostilité, elle n’était pas encore prête à partager, elle n’avait pas confiance. Pourtant, il était ici chez lui tout autant qu’elle. Il hésitait sur la conduite à tenir, il la sentait au bord de la panique, prête à prendre la fuite au moindre mouvement. Alors il s’immobilisa. Un animal sauvage, n’était-ce pas la comparaison qu’il avait faite tout à l’heure ? Elle fit alors un pas vers lui, littéralement parlant, elle ne prit pas la fuite, ne lui ordonna pas de partir. Elle accepta l’espace d’un instant de le laisser exister en dehors des nuits qu’ils passaient ensemble. Elle accepta de partager sa vie une fraction de seconde, comme avant. Il lui accorda tout le temps nécessaire pour qu’elle se sente suffisamment en paix avec elle-même pour s’en aller sans le blesser. Elle prenait en compte ses émotions pour la première fois. L’espoir était en train de renaitre.

(…)

Le regard de la jeune femme ne le dérangeait pas, elle l’épuisait une partie de la nuit et il n’était capable de trouver le sommeil qu’une mince partie de la nuit, souhaitant profiter de ses instants avec elle. Son regard la troublait, il sentait les regrets peser sur lui, comme si elle cherchait en lui l’homme d’autrefois, comme si elle essayait de cerner d’où provenait son mal, de comprendre comme il avait réussi à l’abuser. Il avait petit à petit apprit à ne pas la toucher, à ne pas empiéter dans son espace vital, à rester sage, à ne pas montrer le moindre signe de son affection, de ses désirs. Il restait auprès d’elle car il y était autorisé, rien de plus. Plus que tout, ces caresses, cette tendresse qu’elle lui prodiguait lorsqu’il était assoupit le perturbait plus que tout. Ne pas réagir, rester insensible, et attendre, attendre le bon moment, celui où elle lui ferrait confiance. Profiter de ces instants volés à la douleur, à la solitude. Elle était restée, plus quelques minutes, plus qu’une heure, elle était restée toute la nuit, avec lui. Rien ne troublerait le plaisir qu’il prenait à cette preuve de confiance inconsciente qu’elle lui offrait. Rien sauf le Deus Ex Machina téléphone. Le fléau de l’humanité était sans conteste le téléphone mobile, être toujours joignable, n’importe où n’importe quand. Elle bondit à une telle vitesse de leur couche qu’il ouvrit les yeux de surprises. Ses jurons à répétitions n’apaisèrent en rien son inquiétude. Et lorsqu’elle se sauva comme si elle avait le diable à ses troupes, il se demanda ce qu’il avait bien pu faire une fois de plus… et ce jusqu’à ce que son téléphone sonne à son tour. Fabrizio.

« Soit à Trastavere dans 20 minutes. Je ne saurais tolérer d’arriver en retard au Vatican. » Oh Seigneur, il avait oublié l’anniversaire du Pape et leurs tenus par la même occasion. Thalie allait le tuer.

(…)

« Derrière. A trois pas. »
« Avec joie, nous aurions des scrupules à être associé au diable en personne. » Commenta calmement Athalia en traçant le signe de croix sur sa robe pour éloigner le vilain. Thybalt éclata de rire et prit le bras de sa cousine sous le sien, Thalie maitrisait telle une professionnelle le défilé en talons hauts dans les rues pavés de Rome, cependant les Spinelli affichaient un front uni face à celui qu’il appelait « affectueusement » le « Führer ».
« Bien envoyé. J’aimerais pouvoir être aussi vindicatif en public et arriver à faire comprendre discrètement à Sara le pourquoi du comment de sa présence ici. » Soupira-t-il en ajustant sa cravate aux couleurs criardes, les chaussures en cuir assorties qu’il portait égaillaient sa tenue et la rendait absolument déplacée toute en restant résolument chic. Il tira la langue dans le dos du « tyran » en une mimique puérile mais jubilatoire. « Tu as vu la tête qu’il a fait en voyant ta robe. Quoi que j’ai aussi été surpris que tu me fasses la surprise. Il va se venger de ça tu sais. » Ajouta-t-il.
« Qu’il essaye j’en mange deux comme lui au petit déjeuner. » Répliqua-t-elle alors qu’ils le laissaient s’éloigner loin devant eux, marquant une séparation réelle entre lui et la famille Spinelli.
« Il doit normalement partir à la fin de la semaine prochaine. Il se rend à Paris, dans les pattes de maman et papa. Apparemment il va fouiner dans les notes de frais de Dante, autant dire qu’il en a pour minimum six mois s’il persévère. J’ai eu un mystérieux appel à ce sujet. Un rendez-vous pour parler de mon plan de carrière. » Thalie haussa un sourcil, son expression « dit moi en plus ou tais-toi à jamais. ». « Je n’en sais pas plus. Une femme. Pas ce genre de femme. » Ajouta-t-il. « Je commence à y songer sérieusement. Qui sait je pourrais je ne sais pas, renouer avec ma carrière d’avocat, devenir procureur. »
« Le sénat c’est tout ce pourquoi tu as travaillés Julian. »
« Oui et je me demande si tout ceci n’a pas été une immense manipulation, une de plus. » Il n’ajouta rien de plus puisqu’ils avaient rattrapés Fabrizio devant la Basilique. L’apparat commençait.

(…)

Elle s’était approchée de lui, l’espace d’un instant il avait vu ce que cela aurait pu être, d’être une famille, de ne pas se haire, de ne pas voir chacun d’entre eux détester qui ils auraient été, leur amour. Elle ne lui avait pas souri, elle ne l’avait même pas regardé, elle ne lui avait même pas accordé un regard. Thalie avait pressé son bras, il ne savait pas ce que sa « sœur » avait en tête, mais il se crispa lorsqu’il le vit arriver à leur hauteur. « Seigneur. » Marmonna-t-il entre ses dents en serrant la main de sa sœur dans la sienne.
« JULIAN ! » Ce dernier se força à sourire, un sourire faux et aigu qui lui entamait le visage en une grimace douloureuse. « Alors comment va mon meilleur chef de cabinet ? Vous devez-être Athalia, nous avons jamais été présenté je crois. Alors Julian me présentez-vous votre charmante cousine ? » Charmante, c’était le mot qu’il employait d’ordinaire pour désigner ses prostituées mineures.
« Athalia, le Sénateur Andréas Bartolini, le successeur de Giovanni. » S’exécuta Julian avec un sourire crispé. Il le sentait, Andréas avait trouvé une nouvelle proie, malheureusement il ne savait pas à qui il s’attaquait. Alors qu’Andréas entamait sa parade de l’amour, une tentative vouée à l’échec bien entendu, pour la première fois Julian bénit l’intervention de Fabrizio. Mais, en relevant les yeux, il écarquilla légèrement les yeux, il était auprès d’elle, auprès d’elle et de son père.
« Viens. » Lui souffla Thalie. « J’ai une idée pour faire passer ton message. » Jamais il n’avait été aussi heureux d’avoir une sœur et aussi angoissé à l’idée d’affronter les Giolitti.

(…)

« On pourrait le tuer. » Julian tourna soudainement ses yeux vers sa cousine. « Quoi ? Avoues que tu y as pensé lorsque le Garde Suisse à parler de ce qui arriverait si on décédait tous, je ne savais pas moi, dans un crash d’avions. S’il meurt, au moins nos biens iront à une association caritative pas à un vieux crétin croisement entre Hitler et Cerbère. » Julian se permit un sourire, il savait qu’elle cherchait à le détendre alors que chacun des pores de sa peau réagissait à la proximité immédiate de Sara.
« Je dois dire que j’apprécie pour une fois de le voir se faire rabattre son claquet, remettre à sa place. Le grand héritier prend soudainement conscience que tout prendra fin un jour. »
« Cela pourrait prendre fin plus tôt si tu le décides. » Lui souffla-t-elle alors que Sara interrogeait son père sur sa place.

(…)

Elle était mariée. Son père le détestait. Son héritage était en danger. Elle était mariée à un autre homme. Son père appréciait cet homme. Son père le détestait. Avait-il le droit de pénétrer une nouvelle fois sa vie, de tout ravager pour la faire sienne ? En avait-il le droit ? Pouvait-il violer son intimité, lire ce qu’elle confiait à son ordinateur, la comprendre enfin pour ensuite lui imposer une nouvelle épreuve ? L’étreinte dans laquelle ils s’étaient abandonnés sur ce balcon lui avait confirmée que la femme qu’il aimait était encore là, qu’il n’était pas qu’un moyen de se ramener à la vie. Il avait une responsabilité envers elle, il s’était engagé à ne plus la blesser mais avait-il les moyens de tenir cette promesse. Il jouait machinalement avec l’étui de son iphone, se demandant qu’elle était la marche à suivre. Elle n’avait pas changée son mot de passe. Il avait été curieux, il ne pouvait même pas prétendre être poussé par la jalousie, ni vouloir évaluer les liens de Sara avec Milo, c’était stupide et puéril, et il n’était en rien stupide et puéril, il savait qu’il lui appartenait au même titre qu’elle n’aimait que lui de cette façon, même si elle n’en avait pas actuellement conscience. Il voulait savoir ce qu’elle écrivait, ce qui lui trottait dans la tête, il voulait comprendre entièrement la folie qu’il avait fait naitre en elle. Mais il hésitait, bien entendu pour être honnête avec lui-même il savait qu’il finirait par ouvrir ce fichier et par le lire, c’était simplement vingt-cinq années d’éducation catholique qui se rappelaient à lui, mais dans le cas de Sara la notion de bien distincte du mal était très flou. Il aurait été prêt à tout pour connaitre ses pensées. Elle n’avait pas changé de mot de passe. Elle laissait son ordinateur allumé. Sa décision fut prise dans l’instant. Il posa son iphone sur le socle le reliant à son ordinateur et transféra le dossier « pensées » sur son bureau. Ce soir on jouait Aïda à l’Opéra. Elle serait là. Ce soir il avait peut-être la chance que tout redevienne comme avant. Il joua avec les clés que Thalie lui avaient remises alors que le fichier se déroulait sous ses yeux. Il n’aurait jamais imaginé l’ampleur de ce qu’il avait provoqué. Thalie avait raison, ce qu’il avait vu jusque-là n’était que la partie immergée de l’iceberg.

(…)


« Merci Thalie. » Souffla Julian en déposant un baiser sur sa joue légèrement fardée. « Tu devrais envisager d’accepter de bosser pour l’Osservatore, tu es la meilleure informatrice qui soit. » Ajouta-t-il en abandonnant sa veste sur le dossier du fauteuil de la loge, espérant que si quelqu’un se tournait vers eux durant la représentation, il penserait que le jeune Spinelli s’était simplement absenté pour fumer une cigarette ou se rendre aux toilettes.
« Soit de retour pour la fin de l’Opéra, je doute de trouver une raison convaincante à ta présence dans la loge des Giolitti si quelqu’un t’y trouves, l’excuse du verre de contact perdu c’est éculé et plus personne n’y croit. » Il leva les yeux au ciel et attendit que les lumières de la salle se soient éteints avant de se lever. Il retira ses chaussures au grand étonnement de Thalie. Il mina Edgard des Aristochat pour lui faire comprendre que ces souliers grinçaient et elle retint un éclat de rire alors qu’il se glissait discrètement dans les couloirs desservant les loges des différentes grandes familles de Rome avec des airs de James Bond. L’activité dans les coulisses du théâtre était encore importante, éviter les quelques employés encore en plein rush pour s’occuper de la réception après la représentation fut aisé, il portait un smoking noir et une chemise blanche une tenue qui le différenciait à peine des employés de l’Opéra aussi se fondit-il dans le décor sans éveiller les soupçons. La loge des Giolitti se situait sur la droite de celle des Spinelli, deux couloirs les séparaient, une distance qui lui sembla rapidement comblée. Discrètement il ouvrit la porte de la loge et se glissa à l’intérieur, refermant le battant derrière lui sans un bruit mais, elle savait qu’il était là, il l’avait vu se redresser légèrement lorsqu’il s’était adossé au battant. Il se surprit à éprouver une once de soulagement en constatant qu’elle était bel et bien seule malgré qu’elle ait passé la nuit avec l’homme auquel elle appartenait. Hier, elle ne l’avait pas appelé, son téléphone était resté désespérément muet. Le fauteuil près du sien était libre, il s’installa sans un mot auprès d’elle. Sa main ouverte, paume tournée vers le ciel. Elle y logea sa main alors que le premier tableau prenait fin. Il n’avait pas envie de sexe, pas à présent, pas encore. Il avait envie d’elle, de se présence, de partager autre chose comme l’autre soir, sur le balcon, plus que du sexe, plus qu’un oubli éphémère. Il voulait exister dans son monde, être celui qu’elle appellerait en pleine nuit un soir de spleen.

« Je n’ai pas envie de bouger. » Souffla-t-il lorsque le premier acte prit fin. Message à double tranchant, il en avait conscience. Sa pressa la sienne avec douceur et il croisa pour la première fois de la soirée son regard. Il n’avait rien suivit du premier acte, l’observant observer l’Opéra avec une certaine fascination dans le regard. Il adorait la regarder, guetter sur son visage les signes d’une émotion. Il avait chassé de son esprit ce mari dont il ne voulait rien savoir, cet héritage dont il ne voulait plus. Elle était là. C’était ce qui comptait. Il voulait l’inviter à la campagne, se retrouver seul avec elle une partie de la semaine, sans coupures, sans fuites, sans possible drame comme ils l’avaient fait autrefois après que Giovanni eut tout découvert. Mais, il ne savait pas comment s’y prendre, ce qu’il avait lu, ce qu’il avait vu d’elle l’avait effrayé, il avait peur de la perdre bien plus que lorsqu’ils avaient fait l’amour pour la première fois ce jour-là, une fois qu’elle l’avait sortie de cellule. Il avait conscience qu’au moindre faux pas, elle pourrait se donner la mort, il l’avait lu, les pensées suicidaires semblaient être devenues de compagnes de solitude. Il avait peur. Peur de la perdre à tout jamais à cause d’une simple initiative. Il ne voulait pas la manipuler, il ne voulait pas la brusquer, il ne voulait pas lui faire du mal. Il la considérait comme le plus fragile des matériaux, comme du cristal, il voulait la ménager. Il savait que tout cela était une erreur, qu’elle ne l’aurait pas supporté si elle l’avait appris. Il ne savait pas comment agir, se comporter. Elle n’était plus la même, elle n’était plus cette fille avec qui il avait fait l’amour sur le toit d’une boîte de nuit, celle avec qui il avait dansé un tango effréné, celle qu’il avait serré dans ses bras au bal black and white, cette fille qui lui tenait tête par deux fois lors de leurs premières rencontres. Il était perdu face à cette jeune femme douloureusement à vif, cette jeune femme qu’il avait « créée » de toutes pièces en lui brisant le cœur, en piétinant ses serments. Il sortit une clé de sa poche et la déposa dans la paume de sa compagne, entre leurs deux mains. Elle avait le choix.







    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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Sara T. Giolitti
V.O.X P.O.P.U.L.I

AGE : 24 ans
MESSAGES : 1913
ARRIVÉE LE : 01/03/2009
EMPLOI : Pour l'instant je me consacre à ne rien faire. C'est bien aussi.
ADRESSE : 25 via s. maria sopra minerva - Parione, Palatin.
QUOTE :


"cette fille, c'est un prédateur déguisé en caniche"

AVATAR : kristen stew
POINTS : 576

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ARE U IN MY CELLPHONE:
STATUT: Marié(e)
DISPO POUR UN SUJET ?: pas pour l'instant.

MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mer 10 Aoû - 8:32

- PROLOGUE -

« Sur mon tricycle en roues arrières, j'me barre de l'autre côté d'la Terre. Aller m'fumer une cigarette, est-ce que t'aurais des allumettes ? Pour foutre le feu à leur pays, des molotofs, est-ce que ça t'dit ? Mais dis-moi toi est-ce que tu sais, est-ce qu'on va tous au paradis ? Je vais la nuit quand il est tard au gré des fantômes et des nues je demande aux gens dans la rue, je demande si on t'a pas vu. Je tape les portes et rien ne vient, je crie ton nom sur les chemins, sur mon tricycle en roues arrières j'voudrais bien aller voir la mer. Et demande aux rois de la nuit, ils m'disent tous que toi t'es partie dans les bras d'un apocalypse, qu'tu t'es tracée comme une éclipse. Sur mon tricycle à cœur perdu, je vais tout nu sur les avenues. J'voudrais fumer une cigarette mais y a plus d'soufre sur l'allumette. On a tous une Lula dans nos cœurs, on a tous une lame de rasoir qui vient pour nous tailler le cœur et ma sale gueule dans le miroir. »

- I -

Une clef, acier froid plaqué contre sa paume rendue chaude d’en avoir serré une autre contre la sienne pendant des heures. Une clef abandonnée dans sa main, et pas l’ombre d’un semblant d’explication, avant qu’il ne disparaisse à l’instant même où les lumières, malgré les applaudissements qui n’avaient toujours pas cessés, faisaient passer la salle d’une féérie intimiste à un enfer surpeuplé. «Attends !» c’est le cri étouffé qui ne pu se résoudre à s’extraire de sa gorge sèche, tendit que son bras se tendait pour rattraper un fantôme, un fantôme qui avait déjà disparu, comme s’il n’avait jamais vraiment été là, comme si elle avait imaginé ces heures passées à ses côtés, comme si rien n’avait jamais été réel mais simple et nouvel effet dévastateur de sa folie. Seule preuve de sa présence, de ce moment passé avec lui, cette clef dans sa main, clef qu’elle enfonçait dans sa paume à force de serrer, s’y rattachant comme à un fil mince, très mince, perdu au milieu des ténèbres de son esprit instable. Si la souffrance, salvatrice, était la preuve que tout ce qu’elle avait vécu autrefois, avec lui, était réel, cette clef était celle que ce qu’elle venait de vivre sur l’instant l’était aussi. Et lorsqu’on a du mal à différencier le vrai du faux, le réel du fantasque, ce genre de preuve revêt une symbolique presque sacrée, comme une relique. Il avait disparu presque aussi rapidement qu’il était apparu, illuminant la loge en ouvrant la porte, avant de laisser les ténèbres reprendre le dessus en refermant immédiatement derrière lui. Elle s’était bien sûr demandé ce qu’il faisait là, avait jeté des regards anxieux autour d’elle, prise de panique à la simple idée que quelqu’un puisse le surprendre ici, mais paradoxalement avec la volonté de surprendre le regard surprit d’une tiers personne, lui apportant la confirmation qu’elle n’était pas la seule à le voir, mais ces émotions, ces craintes et angoisses n’étaient qu’un arrière goût face à son brusque besoin de l’avoir à ses côtés, elles ne faisaient pas le poids, elles ne feraient jamais le poids. Elle n’avait qu’à peine hésité lorsqu’il lui avait tendu sa main, comme si les dernières nuits passées ensembles étaient parvenues à amoindrir toute tentative de préservation de son âme. C’était le manque qui s’exprimait au travers de cette main qui s’était précipité vers son homologue masculine. Une nuit sans lui et ses membres réclamaient son toucher plus qu’elle n’aurait pu les réfréner. Jamais Aïda ne lui avait parut si court, jamais elle en avait tant redouté la fin, l’acte final, lorsque les deux voix, celle de Radamès et d’Aïda se mêlent pour ne plus former qu’une lente complainte funeste alors que leurs vies déclinent et qu’ils passent de vie à trépas. Elle avait envié cette fin, mourir dans les bras amants, mourir avec son amant, et pourtant lorsque la réalité avait reprit le dessus, et que la main amante avait été arrachée à la sienne pour retrouver la foule vivante et bruyante, la déchirure avait été si intense qu’elle en eut le souffle coupé. La réaction fut immédiate, elle bondit de son siège savamment ouvragé, et se précipita vers la porte restée entrouverte. La foule commençait déjà à sortir de la salle, si bien que les balcons et le hall grouillaient de monde. Elle s’immobilisa au milieu de cette foule, seule tâche silencieuse et sans mouvement, à l’affût de quelque chose, oscillant la tête de droite et de gauche, à la recherche de quelque chose connu d’elle seule. Certaines personnes s’arrêtèrent pour l’observer avec curiosité, mais elle ne les vit même pas, allant même jusqu’à les bousculer pour s’approcher de la rambarde et fouiller, depuis son emplacement surélevé, l’intégralité de la salle s’échapper par les portes battantes et rejoindre la rue. Le hall était plein à craquer, mais son regard accrocha tout de même sa silhouette élancée au costume impeccable, ses cheveux trop clairs pour un italien, formant de légères boucles dont elle connaissait et adorait le toucher, son profil sculpté dans le marbre de la plus pure qualité, son nez droit, ses lèvres finement ourlées, et son regard azur qui ne manqua pas de captivé le sien. Il avait le bras accroché autour de la taille de sa cousine, l’entrainant vers la sortie comme s’ils venaient de passer trois heures ensemble et allait profiter du trajet jusqu’à chez eux pour débattre de la représentation. Mais elle, elle savait qu’il n’en était rien, elle savait qu’il n’avait passé que quelques minutes avec sa cousine, et qu’ils venaient à peine de se retrouver. Elle en avait la certitude, il lui avait suffit de croiser son regard une petite fraction de seconde pour savoir qu’elle n’avait rien imaginé de tout cela. Il avait faussé les règles du jeu, il devait à présent lui expliquer comment on jouait. Elle observa son dos franchir les portes, puis reporta son attention sur cette clef, toujours au creux de sa main... Une clef qu’elle ne connaissait pas, une clef en forme d’énigme, quelque chose qui allait lui accaparer l’esprit tant qu’elle n’aurait pas de réponse, tant qu’elle ne saurait pas. Il n’en avait sûrement pas conscience, et elle non plus, mais il venait de lui fournir un nouveau but, de quoi faire taire les démons pendant un temps. Mais combien de temps. «Je peux vous aider, Mademoiselle ?» Elle n’eut même pas un coup d’oeil pour l’employé mis à sa disposition par le teatro dell’opera, se contenta de secouer la tête avant de retourner à sa loge récupérer son sac et sa veste. C’est telle une somnambule qu’elle regagna l’extérieur, les yeux rivés sur sa clef, mal à l’aise sur ses Louboutin. Son regard parcouru tout de même les immeubles voisins et les toits, par habitude plus qu’autre chose, comme si elle s’attendait vraiment à y trouver quelqu’un de sa connaissance, et vous auriez été étonné de savoir combien de fois elle l’y avait effectivement trouvé, maintenant qu’elle savait. Mais aujourd’hui, il ne semblait y avoir personne... Ou presque.

- II -

Il était là. Devant sa porte, adossé au mur, un vieux manuscrit entre les mains. Cela faisait longtemps qu’elle ne lui posait plus de questions sur ses lectures, il ne répondait jamais et elle n’y accordait que très peu d’importance, comme pour tout le reste à vrai dire. Elle ne lui demanda pas non plus ce qu’il fichait ici, elle le savait déjà, il venait s’assurer qu’elle allait bien, qu’elle était toujours en vie. Elle n’aurait jamais du lui demander de la rejoindre au petit matin. Elle s’était montrée faible, et il l’avait trouvé dans un sale état. Elle avait tenté de trouver l’oubli dans quelques pilules multicolores, mais au lieu de repousser les démons, les drogues n’avaient fait que leur donner corps et vie, tant et si bien qu’ils l’avaient malmené une bonne partie de la nuit. Elle avait tenté de résister, de se battre, d’encaisser les coups et de tenir, mais après plusieurs heures de combat, elle avait fini par baisser les armes et laisser venir les renforts. Des renforts qui l’avaient retrouvé en position fœtale au milieu du salon, les yeux rougis de larmes, les membres pris de tremblement, la voix cassée d’avoir trop crié et imploré. Il l’avait ramené jusqu’à la chambre, jusqu’au lit, l’avait plaqué contre lui, et avait veillé sur son sommeil, comme il le faisait à chaque fois qu’elle lui en laissait l’occasion. Il lui avait préparé le petit déjeuner, et l’avait observé le finir tout en s’occupant de ses mails, il lui avait présélectionné les médicaments à prendre, et les lui avait fait avaler avec un grand verre de jus de fruits, et puis il l’avait déposé devant l’Opéra avant de reprendre son téléphone pour faire son rapport à Paolo. Elle savait qu’il allait occulter certains évènements, comme la prise de drogue et l’état précaire de la santé mentale de sa fille, mais comme à chaque fois, Sara aurait le sentiment d’être «sous contrôle» sans même pouvoir lutter contre cet état de fait. Il était presque 20h lorsqu’elle ouvrit la porte de son appartement, sans la refermer derrière elle afin que Milo puisse entrer à son tour, mais elle n’avait ni faim, ni soif, ni sommeil, elle n’avait que cette clef à l’esprit, cette clef qu’elle posa sur la table avant de s’installer devant, le menton entre les mains, les coudes sur la table, les yeux rivés sur l’objet de ses interrogations. «Comment était la représentation ?» Elle n’était pas dupe, elle savait qu’il s’agissait d’un moyen d’engager la conversation, de ne pas laisser le silence s’installer, il n’aimait pas la musique classique. Elle hocha la tête. «Tu as croisé du monde ?» Il s’en foutait de savoir qui de l’élite était venu assister à une énième représentation d’un opéra dont il n’avait que faire, il n’y avait qu’une personne qu’il redoutait qu’elle croise, et cette personne avait passé l’intégralité de la représentation sa main engloutissant la sienne. «Étant donné qu’il y a à peu près 3000 places assises dans la salle, je dirais, et à vue de nez, que j’ai du croiser 2900 personnes, au bas mot.» Son insolence, soulignée par le fait qu’elle ne lui accorda pas un regard, fit mouche, et l’homme se redressa du canapé où il avait échoué. Son mouvement brusque tira Sara de sa transe, et pour la première fois depuis leur entrée dans l’appartement, elle croisa son regard. «C’est la version que tu fourniras à mon père lorsque tu lui feras ton rapport. Sara se porte comme un charme, elle a adoré Aïda, le talent de Riccardo Mutti à la direction ne se dément pas, mais elle aurait préféré que vous vous joignez à elle plutôt que de passer l’intégralité de la représentation toute seule, sans pouvoir partager ses émotions avec vous.» Un silence s’installa tandis qu’elle le défiait du regard et qu’il la sondait du sien. «La version officielle donc. Mais celle qui m’intéresse c’est la version non censurée, celle que tu gardes pour toi, et que...» «... Et que je garderais pour moi quoiqu’il arrive. Écoute, hier soir j’ai... J’ai déconné, d’accord ? Je le reconnais, j’en ai conscience et je regrette même mon geste. J’ai même été un peu rude avec cette fille là, c’est quoi son nom déjà ?» «Carolina di Brolese.» «Voilà ! Mais j’avais besoin d’être seule et vous ne vouliez pas le comprendre.» «Être seule pour quoi ? Pour t’enfiler tout un tas de saloperies ? Je ne suis plus dupe, Sara, tu ne peux pas m’envoyer l’illusion d’une vie idyllique à la gueule comme tu le fais avec ton père et le reste du monde, ça ne marche plus. On a fait un deal, Sara, respecte ta part du contrat si tu veux que je respecte la mienne.» Sa menace à peine voilée aurait pu provoquer la fureur de la brune si elle n’avait pas été si apathique à tout ce qui était extérieur à sa propre douleur. Elle ferma les yeux, consciente qu’il ne devait pas être poussé dans ses derniers retranchements, puis retourna à la contemplation de sa clef. «Je vais rester ici cette nuit.» Là il poussait sa chance un peu trop loin, elle se retourna et le dévisagea comme s’il eut s’agit d’un de ces parasites gravitant autour d’elle en tous lieu où elle avait le malheur de poser le pied. «Non. Ce soir j’ai d’autres projets.» «Être seule ?» Interrogea-t-il avec une certaine ironie teintée d’agressivité. «Non, ne pas l’être justement.» Il ne posa pas plus de questions, sachant d’avance qu’il n’en apprécierait pas les réponses.

- III -

La nuit était tombée de tout son poids sur Rome, caressant le sommeil de la moitié de la population. A l’image de ce pourcentage, la moitié de la population de cette chambre dormait, la moitié seulement. Elle avait les yeux grand ouverts, le dos appuyé contre le mur, là où aurait du se trouver une tête de lit, et pas la moindre envie de dormir. Lui, pour sa part, avait sombré depuis longtemps, son visage chauffant le bas ventre de la jeune femme où il avait fini par trouver le sommeil. En chien de fusil, le corps recroquevillé sur lui-même, mais la tête résolument échouée sur le corps féminin, et le bras résolument accroché aux hanches féminine, il n’avait pas été repoussé par la propriétaire du corps. Il avait prit cette position en dormant, se rapprochant progressivement jusqu’à, brusquement, glisser contre elle, puis sur elle. Elle avait été surprise, attendrie par le mouvement, dérangée par le fait que ça n’arrive que maintenant. Si, lorsqu’il dormait, il prenait inconsciemment cette position, cherchant son corps une fois que les barrière de la retenue se trouvaient endormies par le sommeil, alors comment expliquer son immobilité de ces dernières semaines, lorsqu’il restait sagement dans son coin sans chercher à empiéter sur son espace à elle ? Est-ce qu’il avait seulement dormi durant tout ce temps ? Est-ce qu’il avait feint le sommeil de manière à surprendre chacun des gestes tendres qu’elle avait eu à son égard en le pensant endormi ? L’avait-il trompé une fois de plus ? Une chose était sûre, cette fois il dormait bel et bien, sa respiration était lente et chaude contre son ventre, légèrement bruyante, ses cheveux, froissés, s’étalaient sur sa peau, elle ne voyait pas son visage mais en imaginait aisément les traits détendus, elle ne percevait que son corps se soulever légèrement à chaque respiration. Elle avait remonté les draps sur lui, cachant sa nudité à la nuit, et d’une main, cajolait sa nuque offerte aux bout de ses doigts. De l’autre, elle tournait et retournait la clef qu’elle avait prit avec elle, cherchant à en percer le mystère. Il n’avait rien dit, il était venu jusqu’ici, mais il n’avait rien dit. Il avait vu la clef posée sur le bar où elle avait diné et laissé trainer son assiette sale, mais il n’avait rien dit. Il avait juste attrapé la jeune femme par la taille, l’avait soulevé de son tabouret de bar, et avait capturé ses lèvres à l’instant où elle entourait ses hanches de ses jambes. Et puis ils avaient fait l’amour, comme chaque soir, routine immuable et installée depuis plus d’un mois maintenant. Sauf la veille, la veille elle avait paniqué en le voyant afficher un statut particulier sur facebook, passant de fiancé à célibataire. Cette seule petite ligne sur un mur virtuel avait suffit à la bouleverser, ne sachant si elle devait se réjouir du fait qu’il ne soit plus fiancé, ou inquiète du fait qu’il se déclare célibataire. Dans un sens, et avec du recul, c’était stupide comme réaction, elle le lui avait confirmé elle-même, ils n’étaient pas en couple, ils ne se devaient absolument rien, elle aurait été sûrement furieuse s’il était passé au statut «en couple» en pensant à elle. Mais dans les faits, elle avait toujours su que ses fiançailles étaient fictives, dès lors qu’il l’avait appelé ce soir-là, depuis le commissariat, elle avait su, et ce statut resté inchangé sur un profil, c’était comme la confirmation qu’il ne cherchait pas, que la Terre entière continuait de le penser définitivement prit. Lorsqu’il était passé «célibataire», ça avait été comme à l’époque, lorsque 5 minutes après l’avoir quitté, il avait prit le temps de changer son statut avant de s’envoyer la moitié de Rome. C’était comme prévenir qu’il était de retour parmi les serial fucker, et malgré elle, elle ne voulait pas qu’il aille voir ailleurs, elle ne voulait pas être amenée à l’imaginer avec une ou plusieurs autres. Jamais elle n’irait le lui dire, jamais elle n’oserait se l’avouer et encore moins le lui avouer, mais il devait rester à elle, sinon elle ne pourrait plus jamais le toucher, ni se laisser toucher. Il en allait de sa santé mentale, sans son toucher, elle perdrait totalement la raison et finirait par dépérir. Mais parallèlement, elle ne voulait plus de lui, elle ne pouvait ni ne devait vouloir d’un homme qui l’avait conduit à la ruine. Cette dépendance l’avait perdue, et même si cette même dépendance l’aidait aujourd’hui, d’une manière qu’elle ne s’expliquait pas encore, à regagner la surface, elle ne devait être que temporaire. Plus tard, lorsqu’elle irait mieux, lorsqu’elle sera sûre de pouvoir atteindre la lumière toute seule, elle le chasserait de sa vie, comme il l’avait chassé de la sienne. Pas par puérile vengeance, simplement parce qu’il n’avait plus de place dans sa vie, dans sa tête, dans son coeur. Alors elle vivrait avec son fantôme, et peut être que ça lui suffirait... Peut être pas, mais il n’y aurait pas d’autre option. Et il allait falloir qu’elle fasse vite, si elle ne voulait pas risquer de devenir plus dépendante qu’elle ne l’était déjà. Elle avait lâché du leste en un mois, peut être trop et bien malgré elle, pourtant elle ne pouvait faire machine arrière, elle pouvait seulement se promettre de ne pas allée plus loin que ce qu’elle lui offrait déjà. Il y a un mois, elle aurait déjà été dehors à cette heure-ci, peut être même chez elle. Elle se serait offerte à lui avec agressivité et fureur, dans un hôtel minable de seconde zone, puis aurait fuit à toutes jambes en s’efforçant de l’oublier. Et aujourd’hui, elle était là, glissant dans le lit en position horizontale, l’observant se réveiller à moitié, dérangé par son changement de position, lui jeter un regard chargé de sommeil qui venait de lui submerger le coeur d’une émotion vive et intense qu’elle s’efforçait de nier. Il y a quelques semaines, elle aurait profité de cet instant pour partir, honteuse d’avoir été surprise auprès de lui si longtemps après le dernier coït, aujourd’hui elle n’en fit rien, restant allongée sagement, glissant ses doigts dans ses cheveux pour l’inviter et accompagner sa tête contre sa poitrine. Il y a quelques semaines, elle n’aurait pas supporté son contact autrement que pour lui offrir une jouissance rapide et fulgurante, aujourd’hui elle lui permettait de se reposer tout contre elle, comme si elle avait conscience qu’il avait, lui aussi, besoin d’être rassuré sur quelque chose dont elle était la seule détentrice. Il y a quelques jours, elle aurait souffert son contact en évitant soigneusement de l’amplifier, aujourd’hui son bras venait tout naturellement encercler son dos, comme pour le garder au plus près d’elle, l’empêchant de s’éloigner, et empêchant n’importe qui de s’approcher. Il y a quelques heures, elle n’aurait jamais envisagé cet appartement comme un lieu où l’on pouvait et devait dormir, et pourtant, après avoir observer les éclats lumineux que le vieux lampadaire en fin de vie de la ruelle, projetaient sur le cuivré des cheveux de son amant, elle ferma les yeux, calqua sa respiration sur la sienne, et sombra plus rapidement que jamais, comme si elle n’avait plus dormi depuis des mois.

- IV -

Lorsqu’elle émergea d’un sommeil sans cauchemars, la première chose dont elle eu conscience, avant même d’ouvrir les yeux, avant même de sentir la caresse du soleil sur sa peau, avant même d’entendre les bruits de la rue, avant même qu’aucun de ses cinq sens ne soient fonctionnels, ce fut son absence. Elle n’avait même pas encore conscience de son corps qu’elle savait déjà que le sien manquait, comme un instinct primitif apte à ressentir avant tout autre chose, l’autre être. Pas son corps, puisqu’il ne s’agissait pas bêtement du touché, ni de l’odorat, ni de la vue, mais sa présence immatérielle, quelque chose qui n’aurait pas été palpable, ni visible, juste une sensation, un sentiment, comme un fil invisible tendu entre elle et lui et qui finit par se rompre lorsque la distance est trop importante. Elle connaissait bien cette sensation, elle l’avait ressentit chaque matin pendant des mois après son départ, son abandon, et cette douleur au bout de ce fil tranché. Dans ses pires matins de détresse, elle avait imaginé comme un cordon ombilical à l’extrémité sanguinolente. Elle connaissait si bien cette douleur, qu’elle savait tout de la nausée qui allait lui soulever le coeur dans quelques secondes. Une nausée qui la projeta hors du lit, le coeur battant, suintant, les membres lourds et gourds, la respiration frénétique. Elle le cherchait, tout en sachant qu’il ne serait pas là. Elle était déjà debout dans le salon, lorsqu’elle sentit pour la première fois les rayons du soleil lui caresser la peau, lorsqu’elle entendit les coups de klaxons et les bruits de circulation étouffés, et lorsque l’odeur de café chaud dansa jusqu’à ses narines, elle avait progressé jusqu’au salon sans même être réellement éveillée. Maintenant elle l’était. Son regard embrassa la pièce dont le blanc des murs étaient rendus éclatant par la soleil filtrant au travers des centaines de carreaux montant du sol jusqu’au sommet du toit, un soleil déjà très haut, trop haut. Quelle heure pouvait-il être ? Elle retourna dans la chambre pour s’emparer de son portable et constater qu’il était 11h passées, et qu’un texto annonçait «sénat» simplement précédé des initiales «LUX» sous lesquelles elle avait entré son numéro. Lux. Lumière. Evidemment, à cette heure-ci il devait être au sénat. Elle aurait du être énervée qu’il l’en informe, qu’il trouve nécessaire de l’en informer et presque de s’en excuser, elle aurait du être énervée contre elle-même de l’avoir poussé à se comporter de la sorte en perdant le contrôle sitôt qu’elle se sentait à nouveau abandonnée, mais elle était bien trop soulagée pour ressentir une autre émotion que celle-ci. Toutefois, elle ne répondit pas, comme toujours, elle avait fait voeu de silence. Ce ne fut qu’en reposant le portable au sol qu’elle remarqua l’absence de la clef. Elle l’avait posé là avant de s’endormir, et à présent il n’y avait plus rien. La panique la gagna à nouveau, pour une raison inconnue elle s’inquiétait du fait qu’il ait pu la lui reprendre. Elle retourna le lit, les draps, les fringues éparpillés par terre, puis passa à la pièce principale. L’avantage avec un appartement non meublé, ou peu meublé, c’est que le moindre objet perdu peut être facilement retrouvé. Le salon/salle à manger/cuisine, ne comptait que quelques meubles récupérés à droite et à gauche, une table basse faite d’une plaque de verre posée sur des piles de magazines, un banc et quelques coussins faisaient office de canapé, et le reste de la pièce n’était que vide et cuisine équipée. Aussi remarqua-t-elle rapidement le petit déjeuné préparé à son attention sur le bar de la cuisine américaine, le mug, le verre de jus d’orange, les céréales, et tout à côté, la clef. La clef posée sur ce qui semblait être une carte routière. Dédaignant le petit déjeuné, elle se précipita sur l’objet scintillant, comme s’il s’agissait du Précieux, et ne jeta un coup d’oeil à la carte qu’après avoir plaquer le petit objet contre sa poitrine. Il s’agissait bien d’une carte routière, une carte routière représentant l’Italie, sur laquelle on avait entouré à la main et en rouge, la ville de Follonicà en Toscane. Il lui donnait un nouvel indice. Qu’importe quelles étaient ses intentions, peut être espérait-il lui offrir le temps de la réflexion, tout ce qui en résultait, c’est qu’il jouait sur sa curiosité pour attirer son attention. Comment pourrait-elle réfléchir à savoir si oui ou non elle en avait envie, alors qu’elle ne savait pas de quoi il retournait, et que son esprit était tout accaparé à le découvrir ? Vraisemblablement il s’agissait de l’emmener quelque part. Quelque part en Toscane, à Follonicà. Dans quel but ? Par quel moyen ? Combien de temps ? Avec qui ? Et pourquoi ? Autant de questions qui resteraient sans réponse si elle ne se donnait pas la peine de chercher. Et elle avait envie de chercher. Sans s’en rendre compte, elle s’était servie en céréales et les engloutissait, les yeux rivés sur la carte. Il fallait qu’elle fasse une recherche, mais l’appartement n’avait pas d’accès internet, pas plus que de ligne téléphonique, ni rien de ce style. Il fallait qu’elle rentre à Parione, même si, pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, elle ressentait l’envie et le besoin de demeurer entre ces murs. Ce qu’elle fit.

- V -

«Pas ce soir. Ne viens pas.» C’était la première fois qu’elle le prévenait. D’habitude, elle lui envoyait un texto pour lui dire de venir, ou ne lui envoyait pas du tout de texto. Cette fois, elle prenait la peine de le faire, simplement parce qu’elle y serait jusque tard, et qu’elle ne voulait pas qu’il l’y surprenne. Cela faisait deux jours qu’il lui avait laissé son indice, et depuis il n’avait plus fait aucune allusion à ce sujet. Peut être attendait-il qu’elle pose d’elle-même la question, ou bien lui rende la clef. Ce qu’elle ne ferait pas. A vrai dire, la clef était autour de son cou, pendue à une chaine, et Follonicà restait dans un coin de sa tête, en attendant qu’elle trouve le courage de taper le nom dans la barre de recherche Google. Elle avait l’excuse de n’avoir pas quitté Esquilin depuis 48h, vivant, mangeant, dormant entre ces murs. Elle avait occupé sa première journée à passer des coups de fil afin d’obtenir tout ce dont elle avait besoin. Sur les coups de 23h, Lux avait fait jouer son jeu de clef dans la serrure, et le reste de sa nuit avait été occupée. Elle s’était levée avant lui, afin que la scène de la veille ne puisse se reproduire, et avait claqué la porte alors qu’il ouvrait les yeux sur un lit vide. Elle avait passé le reste de la journée dans les magasins, passant commande pour le jour même où le lendemain. Dès 16h, les premiers camions avaient encombré le fond de la ruelle, et les premiers jurons masculins, emplis la cage d’escalier. A 21h, la ruelle fut de nouveau calme et déserte, mais pas le dernier étage de l’immeuble qui ressemblait de plus en plus au BHV après le premier jour des soldes. Vers 2h du matin, rompue de fatigue et ne parvenant même plus a retrouver le matelas sous un amas indescriptible d’objets divers et variés, elle regagna Parione, pour la première fois depuis 48h. A l’aube, le lendemain matin, la valse des camions reprit dans la petite impasse esquilienne, bousculant un peu la petite vie tranquille des habitants. Au milieu des livreurs et des livraisons, Sara, tel un chef d’orchestre scandait ses directives, son chien dans les bras pour qu’il ne risque pas de se faire écraser par un de ces molosses malhabiles. A midi, tout le monde était partit, ne restait plus que la jeune femme, un bordel sans nom, et un chien avec une furieuse envie de pisser. Un chien de luxe avec une furieuse envie de pisser, détail qui a son importance lorsque le chiot en question n’a jamais monté ni descendu un escalier de sa jeune vie, et qu’il s’agit de le trainer sur six étages, marche après marche. Au troisième étage, n’en pouvant plus de gémir ses malheurs, il avait fini par alerter la moitié de l’immeuble, si bien qu’une petite vieille finit par sortir la tête par sa porte entrebâillée, et sourire à la jeune héritière tâchant d’expliquer à son chien que l’escalier était quelque chose de sûr, et qu’il n’avait rien à craindre. «Désolée...» murmura-t-elle, gênée. «Il vient de se découvrir une phobie des marches.» La vieille dame ne lui répondit que par un sourire amusé, avant d’ouvrir un peu plus sa porte pour gagner le palier, une boule de poils rousse venant se frotter contre ses jambes. L’effet fut immédiat sur le chiot, qui bondit en avant, tout crocs dehors, aboyant contre le chat comme s’il s’agissait d’Hitler en personne. La boule de poils souffla, avant de filer vers l’intérieur de l’appartement, à l’instant même où Sara ramassait son chien pour l’empêcher de le suivre. «Désolée.» S’excusa-t-elle à nouveau, le chiot tremblant de peur et d’énervement entre ses bras. «Il déteste les chats.» «Comment faites-vous avec Madeleine ?» L’interrogea la petite bonne femme en refermant la porte derrière elle. «Qui ?» S’exclama-t-elle avec surprise tout en se demandant si la pauvre femme n’était pas sénile. «Madeleine, la petite chatte de votre mari.» Répondit la vieille en semblant se poser la même question à l’égard de Sara. «La chatte de mon mari ?» Cette femme connaissait Milo et lui parlait de «sa petite chatte» comme si elle avait du être au courant ? C’était quoi ce délire encore ? «Oh, vous n’êtes pas mariés, c’est ça ? Je ne m’y ferais jamais. Faut comprendre, de mon temps on ne vivait ensemble qu’après être passé à l’église. J’ai tendance à oublier qu’on a changé de siècle et que les jeunes font les choses à l’envers maintenant.» «Oh, vous parlez de Ju... Gio ?» Pas de nom, Sara, pas de nom. Elle avait faillit faire une erreur. Si elle donnait leurs véritables prénoms à cette femme, ils auraient tôt fait de sonner comme familiers à son oreille. Les journaux avaient trop souvent parlé de «Sara et Julian» pour que l’association des deux prénoms ne parlent à personne. «Si c’est le nom de votre ami, alors oui, je parle de Gio. Et lui, comment s’appelle-t-il ?» Demanda-t-elle en venant caresser le museau du petit animal. «Ova.» «Ova ?» «Omnia Vincit Amor. Mais Ova c’est plus court.» «Omnia Vincit Amor...» Répéta la vieille avec un sourire tendre. «Désolée encore pour votre chat.» «Ne vous en faites pas, ça fait du bien un peu de vie et de mouvement dans cet immeuble vieillot, Silvio s’en remettra.» Rejeta-t-elle ses excuses, avant de s’adresser directement au chien. «Et toi, mon petit amour, essaye de ne pas faire trop de misère à cette pauvre Madeleine. La cohabitation entre un chien et un chat peut s’avérer périlleuse, mais une fois l’équilibre trouvé, le chat devient tendresse et le chien d’une fidélité sans faille.» Julian avait donc un chat répondant au nom de Madeleine. C’était bien de l’apprendre par la voisine d’un immeuble qu’ils occupaient par intermittence depuis deux semaines à peine. Déconcertant tout de même, mais illustration parfaite des inconnus qu’ils étaient devenu l’un pour l’autre. «En tous cas, ravie d’avoir fait votre connaissance...» Il fallut une bonne poignée de secondes à Sara pour comprendre que la vieille dame attendait son prénom. Prénom qu’elle fournit immédiatement. «Tosca.» Ou presque. «Simonetta.» Enchaina-t-elle avec le sourire qui ne la quittait pas. «Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas.» Elle rouvrit la porte avec précaution, et se retourna au dernier moment pour lancer un : «Vous saluerez Gio de ma part.» «Qui ?» Sara, depuis la première marche de l’escalier, le chien tremblant en regardant en bas, pivota pour faire face à sa charmante voisine, avant de percuter rapidement. «Ah oui ! Oui, comptez sur moi.» Bien sûr, ça allait être très simple d’annoncer à quelqu’un à qui elle ne parlait pas, que la voisine du troisième étage pensait qu’il s’appelait Gio et qu’elle lui passait le bonjour. Finalement cette histoire d’appartement commun prenait une toute autre dimension en cet instant, une dimension qu’elle n’était pas sûre d'apprécier.

- VI -

Elle était parvenue à tout mettre en place. Elle y avait passé la journée, ne décrochant même pas son téléphone lorsqu’il sonnait, mais ça ressemblait enfin à quelque chose. Le banc avait migré sur le minuscule balcon, remplacé dans le salon par un véritable canapé en angle, large et spacieux, d’un blanc immaculé à l’image des murs qui, autrefois vierge de tout, supportaient désormais des étagères modernes contrastant avec les livres séculaires qui les peuplaient. Devant le canapé, sur le tapis épais à poils gris clairs, où s’entassaient de gros coussins, une imposante table basse carrée montée sur de grosses roulettes qu’on aurait dit chiné dans une usine désaffectée et retapée par un expert en design d’intérieur, en ciment laqué, elle pesait plus lourd que l’intégralité des autres meubles réunis. Dessus, des bougeoirs dépareillés et des bougies diverses et variées, quelques uns des magazines qui supportaient l’ancienne table basse, des piles de livres dont l’appartement de Parione se trouvait à présent soulagé, le MacBook Pro de Sara, et la télécommande de l’écran plasma qui s’étendait, à présent, sur tout un pan de mur. Dos au canapé, une grande table en bois patiné, traversée par une large bande de tissu d’un luxe discret, offrait des sièges à quelques huit convives éventuels, le tout éclairé par un impressionnant abat-jour noir, descendant du haut plafond. Et en face, l’éternelle cuisine, inchangée si ce n’est les nouveaux tabouret de bar, assortis cette fois, et une véritable machine à café. Elle n’avait rien acheté d’autre, partant du principe que la cuisine n’était qu’accessoire, et qu’il n’était pas question d’y faire à manger ou d’y préparer un diner comme un réel couple. Elle avait meublé l’appartement pour s’y sentir à son aise, mais au même titre que les huit chaises de la salle à manger ne servaient à rien dans le mesure où personne ne devait savoir qui vivaient ici, le reste du décor n’était que ça, un simple décor. Comme pour un film, le film de sa vie, elle avait créé un univers fictif dans lequel les personnages pourraient évoluer et offrir l’illusion d’une presque normalité. Simple illusion qui durerait le temps d’être à nouveau apte à se passer de lui... Et du reste. La chambre, elle aussi, avait subie quelques transformations. Le lit bénéficiait, à présent, d’un sommier, et d’une tête de lit fait par un artisan à l’aide de vieux volets recyclés, il avait eu le droit à ses draps assortis, ses oreillers moelleux, son dessus de lit aux tons identiques aux coussins s’entassant contre la tête de lit, et sur un dernier plaid, le chien s’était roulé en boule, décrétant de ce fait, que c’était là son nouveau fief. Sa maîtresse avait récupéré des tables de nuit chinées, et des lampes de chevet d’un autre temps, tranchant radicalement avec le style résolument moderne du reste de la pièce. Un contraste qui plaisait à l’oeil. Et nouveauté intéressante, une large armoire jouxtait la porte de la salle de bain. A l’intérieur, quelques affaires ramenées de Parione, dont la robe Balmain qu’elle avait rêvé de porter pour la Messe de la semaine dernière et qui lui était arrivée par livreur le lendemain. Elle n’avait aucune certitude concernant l’auteur de se présent, mais malgré tout, comme si elle se doutait inconsciemment de son identité, elle avait scrupuleusement caché cette robe jusqu’à présent. Il était près de 22h, lorsqu’elle se laissa, enfin, tomber sur le canapé, son MacBook sur les cuisses. Sous la télé, la Livebox clignante annonçait que la ligne avait été établie. Il était temps de s'enquérir, auprès de Google, de toutes les informations possibles et imaginables concernant Follonicà. Elle ferma les yeux un instant, inspira et souffla longuement, puis une fois qu’elle fut certaine de pouvoir à peu près tout encaisser, ou presque, elle tapa le nom dans la barre de recherche. Alors, sous ses yeux, la page se transforma en agence de voyage, proposant location de maison ou d’appartement, réservation de chambres d’hôtel, de séjour complet, de luxe ou pas, puis une page wikipédia l’informa qu’il s’agissait d’une commune italienne de la province de Grosseto dans la région de Toscane, et finalement le site internet officiel de la commune de Follonicà qui annonçait aux curieux que sa ville avait été classée 1ère station balnéaire pour toute l'Italie, sur 100 sélectionnées et analysées, pour la qualité de l'eau de la mer qui la borde, la propreté des plages, la nature environnante et l'accueil. Et que chaque année, la bannière bleue lui est décernée, ce qui rassure les familles avec enfants. Génial, Julian voulait l’emmener en vacances ou quoi ? Il avait loué une maison ou un appartement pour l’emmener, elle, au bord de la mer, dans une ville surpeuplée de gamins hurlants et de mamma psychorigides, de châteaux de sable à moitié écrasés et de boule de glace tombée dans le sable provoquant une troisième guerre mondiale sur la plage ? C’était à n’y rien comprendre. Qu’avait-il en tête en lui refilant cette clef ? Une clef qu’elle tira de sous son tee-shirt pour la faire jouer entre ses doigts. D’accord c’était l’été, évidemment tout le monde partait à un moment ou à un autre pour s’étaler sur une plage et fuir son quotidien, et oui elle avait songé à en faire de même, elle avait même envisagé la possibilité de retourner à Salerno quelques jours. Mais elle y avait renoncé, sachant pertinemment qu’elle était incapable d’y supporter sa présence à nouveau, pas après ce qu’ils avaient vécu, pas maintenant qu’il s’agissait de la résidence officielle de son fantôme, et sachant d’avance qu’elle ne pourrait se passer de sa lumière très longtemps. Alors finalement, elle en était réduite à ça, rester auprès de lui où qu’il soit, simplement parce qu’elle était dépendante de lui, ou tout de moins que sa santé mentale l’était de cette petite dose de lui quotidienne, de l’adrénaline à l’état pur en intraveineuse, directement jusqu’au coeur. Alors, s’il voulait aller à Follonicà, la question était : devait-elle le suivre ? Pouvait-elle seulement ne pas le suivre ? Que se passerait-il si elle devait se retrouver seule, livrée à elle-même, pendant quelques jours ? Serait-elle assez forte pour tenir ? Non, elle n’avait pas envie de partir en vacances avec lui, comme le couple normal qu’ils n’étaient en rien, non elle ne voulait pas se retrouver coincée dans une maison de vacances à la con à préparer des sandwichs au jambon de parme avant d’aller s’étaler sur la plage entre deux familles nombreuses qui hurleraient après leurs démoniaques mômes du matin jusqu’au soir, puis rentrer dans une maison sentant le vieux et à la décoration discutable, pour s’observer en chien de faïence devant un rediffusion de la Roue de la Fortune, avant de finalement faire l’amour en se rappelant qu’ils n’étaient plus que ça, l’un pour l’autre, une dose d’adrénaline nocturne qui permettait de tenir jusqu’au lendemain. C’était triste à en pleurer, comme un mauvais roman au dénouement évident : l’héroïne se donne la mort après avoir réaliser que son prétendu sauvetage n’était qu’une cage de plus, une cage douloureusement étouffante, car malgré toutes ses précautions, elle se retrouvait à devoir la partager avec la personne qui lui était la plus nuisible, dernier vestige de ce qui ne sera plus et qui n’avait probablement jamais été. Elle entendit les clefs tourner dans la serrure, et claqua l’écran de son ordinateur. Elle n’avait pas envoyé de texto, mais se doutait qu’il viendrait quand même, du moins l’espérait-elle. Un coin de son cerveau dont elle n’avait qu’à peine conscience lui soufflait qu’il s’était inquiété de son message de la veille au soir, et que s’il avait obéit, cela ne signifiait pas qu’il avait accepté d’être tenu éloigné de l’appartement sur ordre. A sa place, elle serait venue, elle aussi, en quête de réponses dans un appartement dont l’accès lui aurait été temporairement refusé. Il ne violait aucune règle, elle ne lui avait pas interdit de venir aujourd’hui, elle avait juste tut qu’elle y serait et qu’elle espérait qu’il viendrait de lui-même, sans avoir à y être invité. Elle savait qu’il viendrait, elle avait guetté l’heure toute la soirée, mais ça ne l’empêcha pas d’en éprouver une certaine satisfaction et une pointe d’angoisse aussi, un pèle mêle d’émotion qui lui éclatait à la tête sans qu’elle ne puisse faire le point sur aucune d’entre-elles. Ou alors, peut être, l’inquiétude, l’inquiétude en le voyant s’immobiliser sur le sol et parcourir du regard avec surprise, une pièce qu’il avait quitté en friches et retrouvait, quelques 24h plus tard, meublée avec soin. Elle demeurait immobile, ne le lâchant pas des yeux, cherchant à desceller une réaction sur son visage aux traits impénétrables. On l’avait formé à masquer ses émotions, tout comme elle, mais en cet instant, alors qu’elle avait imaginé qu’elle faisait tout ça pour elle, sans même songer à lui pendant une quelconque fraction de seconde, elle prenait conscience que son avis était d’une importance capitale, comme si, finalement, elle avait fait ça pour lui et non pour elle, pour offrir tout le confort à cette cage dans laquelle elle s’imaginait prisonnière alors qu’en fait, c’était lui qui l’était, jusqu’à ce qu’elle le relâche lorsqu’elle serait arrivée au bout de sa cure, de quelque manière que ce soit. Alors oui, en cet instant, elle avait besoin, un besoin urgent et démentiel que ça lui plaise, qu’il apprécie son geste et note l’effort qu’elle venait de fournir, et comme une enfant rapportant un bon bulletin de notes à ses parents, elle attendait avec une pointe d’angoisse et d’impatience, se tordant les doigts, une légère grimace aux lèvres. Elle le suivit du regard lorsqu’il pénétra dans l’appartement, refermant la porte derrière lui, avant de scruter les lieux avec intérêt. Elle se leva sur son passage, le suivant jusque dans la chambre, attendant sur le seuil de la salle de bain qu’il en fasse la visite, analysant au passage les gels douche et autre mousses à raser qu’elle avait acheté à son attention, puis se recula pour le laisser sortir et pénétrer réellement dans la chambre, notant la présence d’un vrai lit, et du chien couché en travers qui leva la tête à son arrivée, et lâcha un aboiement de bienvenue, enfin c’était comme ça que Sara l’analysait, et elle connaissait plutôt bien son chien. Un jappement presque improbable en ces lieux qui n’avaient accueillis que le silence jusqu’à présent, et gémissements étouffés. Lorsqu’il eut fini son tour, et retourna à la case départ afin de s’assurer qu’il n’avait rien raté dans la salle principale, et poser son attaché-case sur le canapé, preuve qu’il n’était même pas repassé par chez lui avant de venir ici, elle s’adossa contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine en une feinte attitude nonchalante. Le verdict tardant à venir, le masque tomba en même temps que ses bras le long de son corps. Anxieuse, angoissée, inquiète, elle n’avait pas soupçonné un instant qu’elle pourrait accorder la moindre importance à son avis. Elle avait laissé de la place afin qu’il puisse apporter, lui aussi, des affaires personnelles, mais ça avait été par pur soucis de civisme, rien d’autre, du moins c’était ce qu’elle avait pensé à ce moment-là. Ne tenant plus, elle fit ce qu’elle ne pensait plus savoir faire, elle entrouvrit les lèvres et laissa échapper sa voix. «C’est bien ?» Un mince filet, à peine audible, s’adressant à l’homme qui lui tournait le dos, occupé à détailler la bibliothèque. Il sembla presque aussi surprit qu’elle en se retournant, mais cela ne dura qu’une seconde avant qu’il ne retrouve son expression impénétrable. «Très bien.» Répondit-il un fin sourire aux lèvres. Un soupir de soulagement plus tard, elle affichait à son tour un timide sourire, avant de détourner le regard, gênée de se montrer si soucieuse de son avis. Elle sentit son regard la frôler encore un moment, puis il la libéra en rejoignant le balcon. La voix de Simonetta perça trois étages en dessous, saluant Gio qu’elle apercevait depuis son large balcon où elle nourrissait ses chats et ses plantes. Mais lorsque Gio se retourna pour interroger la jeune femme du regard, elle avait une nouvelle fois disparue. Trouvant refuge dans le silence, elle attendait qu’il la rejoigne au lit, faire ce qu’il avait à faire, essayant par ce moyen de rétablir l’équilibre entre eux, tenter de réaffirmer la nature de leur relation, une nature qu’elle avait elle-même malmené ces derniers temps et qu’elle devait rétablir.

- VII -

Il faisait jour, mais elle dormait encore, à mi-chemin entre éveil et sommeil. Elle avait conscience de l’endroit où elle se trouvait et de l’heure avancée, mais elle se sentait presque bien et ne voulait en aucun cas rompre ce sentiment à classifier dans la case des choses «agréables», ou presque, une case qu’elle n’avait plus visité depuis trop longtemps, sans ne pouvoir rien faire pour changer ça. Les yeux clos, elle sentait la respiration d’Ova dans son dos, tout comme elle avait conscience de l’absence d’un autre corps que le sien dans ce lit. Mais peu importe, le fil n’était pas rompu, et des tréfonds de son sommeil elle entendait l’eau couler dans ce qui devait être la salle de bain. Bientôt une odeur de shampooing et d’après rasage vint glisser jusqu’à ses narines, emplissant la pièce comme un doux nuage parfumé. Elle s’en foutait d’être là, à moitié endormie, alors qu’il était debout, certainement prêt à partir, lorsqu’elle dormait, les démons se taisaient, c’était tellement rare qu’elle dorme vraiment qu’elle en avait oublié cette insouciance salutaire pour son esprit. Il glissa une main dans ses cheveux, dégageant son front, ça elle le sentit, puis plus rien, peut être s’était-elle rendormie. Quand elle émergea à nouveau, l’odeur de bain avait été remplacée par celle du café chaud, mais ça ne suffit pas à la tirer de son semi-coma. Les lèvres qui entreprirent de couvrir chaque parcelle de peau disponible, quelques instants plus tard, ou peut être plus longtemps, non plus. Elle n’avait qu’une conscience partielle de ce qui se passait à l’extérieur du brouillard de son crâne, quelques sensations fugitives, rien d’autres, d’agréables sensations qui ne perturbaient en rien son apaisement temporaire, au contraire. Elle cru l’entendre lui dire quelque chose, mais n’étant pas très sûre, elle préféra l’ignorer, et bientôt le silence revint dans l’appartement, et le fil se tendit encore et encore jusqu’à se rompre. La douleur fut amoindrie par la douce torpeur qui était sienne, mais le changement d’atmosphère fut presque palpable, l’empêchant de replonger dans un sommeil sans rêve. C’était quelque chose d’immuable, d’inchangé, d'inéchangeable et d’abominable, comme le fait de s’amputer d’un membre et prétendre qu’il n’a jamais été là, s’arracher le coeur et dire qu’on en a jamais eu, embrasser ses lèvres et prétendre qu’on n’y croit plus. Le monde est peuplé de mensonges, le coeur de Sara a toujours été le plus gros de tous. Elle a d’abord prétendu aimer pour toujours, puis décidé qu’elle n’aimerait plus jamais, elle a ensuite fait le mauvais choix imaginant qu’elle pourrait aisément géré, puis elle a perdu la bataille et les restes de son innocence avec, elle prétendu s’en remettre, l’oublier, ne plus jamais l’aimer, ne plus jamais aimer, mais elle n’avait jamais cessé de l’aimer, alors elle a dit que c’était son fantôme, que lui n’existait pas vraiment, simple substitut de celui qu’elle avait perdu, comme une veuve se consolant dans les bras du frère, mais le frère était l’amant et l’amant n’avait pas de frère, et pourtant elle continuait à agir en veuve éplorée à moitié folle et totalement suicidaire, parce que la réalité n’était plus, ne restait que la sienne, faussée, violente, insupportable, une réalité alternative où les codes étaient changés, faussés, où le mensonge était roi, le mensonge qu’elle se servait à elle-même incapable d’accepter cette douleur en son sein chaque fois que ses pas creusaient la distance entre eux. Julian était mort... Julian était mort... Julian était mort... Julian avait prit le volant et s’était encastré dans le mur... Julian était mort... Ne restait que Lux, Gio, qu’importe son nom, il ne s’agissait que d’une pâle copie, une illusion, qui lui permettait, de temps en temps, d’apercevoir feu son amant tout au fond de l’azur de ses yeux, une étincelle, invisible de tous, sauf d’elle, qui lui apportait la certitude qu’il était là, encore, quelque part au fond de cet homme, cet imposteur, celui qu’elle n’aimait pas. Non, elle ne l’aimait pas, elle ne l’aimerait jamais celui qui l’avait laissé au sol, sanglotant sur un parquet ciré à grands frais. Elle ne l’aimerait jamais. Jamais. Alors pourquoi avait-elle aussi mal ? Elle ouvrit brusquement les yeux, à bout de souffle, le coeur fracassant sa poitrine, tapant toujours plus fort pour s’en extraire et bondir vers ailleurs, ce coeur qui mentait, trichait... A moins que ce ne soit sa tête ? La patte d’Ova griffait la partie de peau nue au dessus de son sein, il voulait sortir. Mais ça n’expliquait pas la douleur, plus profonde et moins charnelle qu’une simple griffure involontaire. C’était le fil, saignant sur le parquet, qui était la cause de tous ses maux, de ce réveil brutal. Elle ne devait plus rester après lui, elle devait absolument être celle qui coupait le fil au petit matin, elle devait rétablir les premières règles établies, et ne plus se laisser endormir par l’enjôleur. Il n’était pas lui, ne le serait jamais, elle devait se rentrer ça dans le crâne sous peine de souffrir plus qu’elle ne pouvait l’endurer. Pleinement réveillée, elle laissa le chien sortir sur le balcon, arroser les plantes et par la même occasion celles de Simonetta trois étages plus bas si le coeur lui en disait, puis se dirigea, toujours suffocante jusqu’au salon. Les mains tremblantes elle s’empara d’une cigarette qu’elle alluma avant même d’ingurgiter quoique ce soit d’autre. La table du petit déjeuner l’attendait, cette fois encore, et elle éprouva l’irrépressible envie de tout envoyer valser par terre. Elle ne voulait rien de la part de cet enfoiré qui prétendait être un autre, qui la cajolait, la consolait comme s’il avait une quelconque légitimité pour ce faire. Seul Julian avait le droit, et Julian était mort. Si elle avait eu les couilles, elle aurait même organisé des funérailles pour prouver à la face du monde que tout ce qui prétendait être Julian Spinelli n’était qu’usurpation d’identité. Mais elle retint son geste, avisant le mot laissé en évidence aux côtés du bol de céréales, un mot manuscrit expliquant qu’il allait quitter la ville quelques jours, s’excusant de ne pouvoir être présent à Esquilin pendant cette période, et lui rappelait l’existence de cette clef, toujours pendue à son cou, comme une invitation à le rejoindre là-bas, à l’endroit dont il ne donnait pas le nom mais qu’elle savait être Follonicà, une clef pour ouvrir la porte de là où serait pendant une semaine. Et à la fin du mot, il ajoutait «Sinon, tu peux me rejoindre à 6am, via Agrippa.» et signait d’un Gio qui lui allait comme un gant. Sa réaction fut immédiate, elle arracha la clef de son cou, et la claqua contre le papier, gratifiant le tout d’un «Va te faire foutre, enfoiré !!» Avant de s'effondrer sur le sol, camouflant ses larmes derrière ses mains qui lui mangeaient le visage. Enfoiré. Elle n’irait pas s’enterrer dans une station balnéaire avec lui, jouer au petit couple et sourire à la vie comme si la vie était autre chose qu’une belle salope, un revolver chargé d’une seule balle, et un doigt qui presse la détente après avoir compté jusqu’à trois. Un... T’es encore en vie... Deux... T’es encore en vie... Trois... Tu seras peut être mort. La vie est une roulette russe, pas une prairie bordée d’arc-en-ciel et de petits poneys multicolores. Et lui, lui ce n’est pas l’homme qu’elle aimait. Finalement, sortir de la folie c’est comme y plonger un peu plus profondément, chaque prise de conscience entrainant une nouvelle slave de questions menaçant de la laisser sur le carreau... Définitivement.



Principessa Sara Giolitti
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Sara T. Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mer 10 Aoû - 8:49

- VIII -

Elle y avait songé toute la journée. Elle avait quitté l’appartement pour fuir les ténèbres qui lui oppressaient le crâne, et ne plus penser à lui, mais finalement, qu’importe l’endroit, qu’importe le lieu et le nombre de personnes autour d’elle. Elle était déterminée à lui faire avaler son mot, lui faire comprendre qu’ils n’étaient pas un couple, qu’il était hors de question qu’elle parte en vacances avec lui ou fasse le moindre projet d’avenir, hors de question qu’elle l’accompagne où que ce soit. Elle avait lâché trop de leste, et maintenant il se sentait en droit d’exiger ou de prétendre à certaines choses, alors qu’il n’était rien d’autre qu’un substitut, un placebo sur une plaie encore à vif, un moyen de ne pas se balancer du haut du toit, pour l’instant. Pourtant, au cours de la journée, la colère avait cédé la place à quelque chose d’autre, un léger sentiment de manque, comme la perspective d’une dose à venir qui la faisait tenir jusqu’au soir, elle devint plus irascible, plus impatiente aussi, moins amorphe et atone, plus fébrile, agitée de tics nerveux, rongeant ses pouces, secouant sa jambe sitôt qu’elle était assise, passant et repassant sa main dans ses cheveux. Tant et si bien que son père fini par l’observer du coin de l’oeil avec surprise. Il tenta bien d’en apprendre plus, mais elle se contentait de fixer l’horloge avec impatience. A 21h, elle fut à Esquilin, comme s’il s’agissait de son logement officiel, allongée sur le canapé, son ordinateur en face d’elle, elle tapait à vive allure ses sentiments et impressions, s’obligeant à exprimer une nouvelle fois le fait qu’il n’avait aucune emprise sur elle, et qu’elle se contrôlait totalement, même si cela sonnait faux à la relecture, c’était le dernier moyen qu’elle avait de se convaincre de ce fait. A 22h son ventre commença à se faire entendre, elle n’avait rien avalé, ou presque, de la journée, et la table de petit déjeuner trônait là, sous ses yeux, intacte, mais elle mettait un point d’honneur à ne pas y toucher pour que, lorsqu’il entrerait dans la pièce, il prenne note que ces gestes faussement attentionnés n’étaient pas les bienvenus. A 23h, elle était immobile, face à la porte, la tête de son chien reposant contre sa cuisse, tandis qu’elle détruisait consciencieusement l’ongle de son pouce. A minuit, elle avait ouvert toutes les fenêtres sans que cela soit d’un quelconque effet sur sa respiration anarchique et plus que douloureuse. A 1h du matin, ses doigts meurtrissaient sa chaire, tentant de vaincre le mal par le mal, d’oublier une douleur en s’en infligeant une autre, elle enfonçait ses ongles dans la chaire tendre de ses bras, mordant l’intérieur de ses joues pour refouler les larmes de rage qui menaçaient de surgir à tout moment. A 2h du matin, ses mains tremblantes passaient à tabac le clavier d’un ordinateur affichant une page facebook demeurant inchangée depuis des heures et des heures. A 3h du matin, elle avait retourné son sac, éparpillant son contenu sur le sol à la recherche d’une de ces pilules qui lui permettaient d’oublier la douleur pendant quelques heures, des pilules que Milo avait certainement foutu à la poubelle, préférant la voir morte que droguée. Folle de rage, son bras envoya valser cette table de petit déjeuner au sol, verre et bol vinrent s’y briser, jonchant le parquet d’éclat de verre et de céréales à la forme grotesque, de jus d’orange tiède depuis le temps. A 4h, ses doigts accrochés à un morceau de verre acéré, prirent la direction de son avant-bras, y dessinant une entaille, puis une deuxième, puis une troisième, la douleur irradiant son être l’apaisant, les perles écarlates s’en échappant la fascinant. La cendre de la cigarette pendue à ses lèvres, s’écrasa au sol, venant rejoindre le morceau de verre tâché de sang, alors que la tête de la jeune femme partait en arrière, cognant le mur contre lequel elle avait prit appui, ses bras pendant autour d’elle, ses entailles laissant fuir le mal, ce mal qui la rongeait et lui faisait perdre la tête. La chaîne toute neuve crachait ses symphonies signées Beethoven, tandis que petit à petit, la jeune femme fermait les yeux et se laissait happer par l’endorphine sécrété par son cerveau, un cerveau qui ne servait plus à rien d’autre, désormais, qu’à endormir une souffrance physique, et au passage la douleur de ses entrailles aussi. Elle trompait tout le monde, tout le temps, lui, elle, et même son cerveau, juste pour arrêter d’avoir si mal, chaque instant, chaque seconde, en permanence, à s’en taper la tête contre les murs, à se tirer une balle dans la tête, à s’arracher la peau lambeau après lambeau, à hurler de douleur, ce qu’elle avait fait avant de sombrer partiellement. A 5h, couchée sur le parquet, les yeux ouverts sur le néant, elle observait un nouveau jour se lever. Autour d’elle, les morceaux de verres et de porcelaine formaient comme une couche, la couche d’une martyre, sa couche. Apathique, ses doigts avaient étiré quelques gouttes de sang, formant un dessin abstrait avant qu’elles ne sèchent complètement. Ses entailles n’étaient plus que des lignes rougeâtres sur sa peau blanche, partant du pli du coude pour s’arrêter un peu avant le poignet, droites, nettes, presque belles. Elle, elle les trouvait belles, entourées d’arabesques rouge foncé, là où le sang avait glisser jusqu’à l’intérieur de sa main. Une main qu’elle avança jusqu’à cette feuille de bloc, froissée, tachée, et cette écriture soignée, presque dessinée, ridicule au milieu des gouttes de sang séché qui formaient comme des petits soleils écarlates, et cette clef, qui semblait se tendre vers elle. Ses doigts fins, presque ceux d’un enfant, accrochèrent le papier, le ramenant près de son visage aux joues rosies de larmes, elles aussi sèches, et la pulpe de son index se mit à suivre avec application les courbes élégantes, retraçant les mots, les phrases, les questions, jusqu’au «6 am, via Agrippa» final. Ses membres, toujours secoués de tremblements, s’immobilisèrent un instant, ses paupières papillonnèrent en direction de la voute de verre et l’horizon rose orangé au-dessus des toits de Rome. Et les tremblements reprirent de plus belle. C’était bientôt l’heure, l’heure de son départ, l’heure à laquelle il quitterait définitivement la capitale pour un nombre incalculable d’heures, de minutes, de secondes. Elle n’était même pas parvenue à tenir une nuit sans se mutiler, comment ferait-elle pour survivre à toute une semaine ? Elle ne parviendrait même pas à donner le change, elle n’y parviendrait plus, ses talents d’actrice avaient leurs limites, et à la voir ainsi, face contre terre, on ne pouvait qu’en convenir. Alors, elle se releva, lentement, péniblement, ses mains et ses pieds s’enfonçant dans les morceaux de verre sans qu’elle n’en ressente aucune douleur, elle n’était plus que douleur en cet instant. Chaque pore de sa peau suintait la détresse intolérable qui filait au travers de ses veines, elle sentait résonner les battements de son coeur dans chaque muscle, chaque organe, si bien qu’elle aurait été apte à faire un inventaire détaillé de son anatomie. Elle avait envie de s’injecter une péridurale dans le crâne, mais elle avançait, malgré tout, en direction de la chambre. Le sac de voyage qu’elle avait utilisé pour amener des vêtements jusqu’ici était toujours sur le sol, ouvert et vide, elle se chargea de le remplir, sans vraiment faire attention à ce qu’elle faisait, à ce qu’elle y mettait, certainement rien d’adéquat. Puis elle entreprit de nettoyer ses plaies, celles qui étaient visibles, sous le jet de froide que crachotait le lavabo, et cacha grossièrement le tout sous une bande étroitement serrée, si serrée qu’elle lui faisait mal, et c’était le but. Elle enfila un tee-shirt à longues manches, attrapa le sac d’une main, passa la laisse au chien de l’autre, et abandonna les lieux, ses morceaux de verres, ses céréales au sol, et les gouttes de sang imprégnant le parquet tout autour de l’endroit où elle était restée prostrée. Seul trophées de guerre, son ordinateur fourré dans son sac, et la clef qui pendait à nouveau à son cou.

- IX -

Grelottant dans le matin frais et silencieux, elle se faisait violence pour tourner à chaque coin de rue, se rapprochant toujours plus du lieu de rendez-vous et de la perspective de ne pas l’y trouver. Son crâne était peuplé de «Et si ?», et s’il n’était pas là ? Et s’il ne cherchait qu’à se jouer d’elle une nouvelle fois ? A montrer, une fois encore, à la face du monde, à quel point un Spinelli pouvait manipuler une Giolitti ? Et si tout ça ne se résumait qu’à ça, une guerre politique dans laquelle elle ne représentait rien d’autre qu’un trophée qu’on se disputait pour définir qui était le plus fort ? Chaque pas était un pas de trop pour son père, un pas de trop la partie paranoïaque et sadique de son cerveau qui l’obligeait à avancer des théories diaboliquement crédibles, et c’était peut être ça le plus dur à accepter. De quoi aurait-elle l’air, via Agrippa s’il n’y était pas ? Une pauvre fille, capuche sur la tête, sac et chien à la main, attendant désespérément quelqu’un qui l’utilisait comme un pion aux échecs, un pion qu’on sacrifie pour mettre le roi en échec et mat. Son coeur sembla arrêter de fonctionner correctement lorsqu’elle tourna au dernier coin de rue, celui par lequel la via Carlo Botta se jetait dans la via Agrippa. Ses dents revinrent torturer l’intérieur de sa joue, emplissant sa bouche d’un goût métallique, mais quelque part, elle sentait le fil se tendre, vibrer un peu plus à chaque pas dans cette direction. Son regard fouilla la rue quasi déserte, et s’arrêta sur la DS à moitié sur le trottoir, feux éteints mais moteur ronronnant. Il était là. La nausée aussi. Nausée causée par l’appréhension. Si elle avançait plus il aurait gagné, il aurait gagné sa dépendance à elle, il en aura fait sa chose, une fois encore, obéissante et docile, incapable d’imaginer une semaine sans lui, apte à accepter de le suivre n’importe où, même dans une location pourrie d’une station balnéaire surpeuplée, juste pour avoir sa dose, et ne pas prendre le risque de sombrer trop profondément à nouveau. L’expression «y laisser des plumes» lui vint à l’esprit, et puis elle se rappela, avec un amusement froid et dur, qu’elle n’avait plus de plumes depuis longtemps. Que pouvait-elle bien y laisser, alors ? Sa vie ? Elle n’y tenait pas tant que ça, il pouvait bien la prendre si ça lui chantait, il l’avait déjà fait par le passé, elle n’avait absolument plus rien à lui offrir. Est-ce qu’il en avait seulement conscience ? Finalement, c’était lui le plus à plaindre, s’il attendait quelque chose de sa part, alors c’était triste... vraiment très triste. Ses larmes qu’elle avait cru asséchées, recommençaient à creuser ses joues, mais elle en avait à peine conscience tant le souvenir de cette nuit d’agonie avait fait ressurgir la colère en elle. Elle pleurait, riait en même temps, songeant à ces plumes qu’elle n’avait plus, et qu’il imaginait encore sur elle, riait jaune, riait froidement, alors que les rares promeneurs égarés la regardaient les dépasser comme s’il s’agissait là d’une démente, et non pas de l’illustre fille du très important et imposant Paolo Giolitti. La portière s’ouvrit avant même qu’elle ne la touche, et le chien fut le premier à s’engouffrer dans l’habitacle, suivit de près par un sac qui rata de peu la tête du conducteur, avant de venir s’échouer sur la banquette arrière. Puis ce fut au tour de l’héritière d’entrer, le regard furieux, les joues humides, les lèvres meurtries de les avoir trop souvent mordue. A peine installée sur le siège, la portière encore ouverte, elle se rua sur lui, le martelant de coups distribués aveuglement, visant simplement à expulser sa rage, sa frustration et son mal être. Ses poings heurtèrent bien plus souvent le volant, le levier de vitesse ou le tableau de bord, que l’homme, mais peu importe, du moment qu’il en recevait quelques uns au passage. Mais bien vite elle se retrouva avec les poignets immobilisés entre ses mains puissantes, et son regard sévère ancré au sien. «Ça suffit ! Tu vas finir par te faire mal.» Souffla-t-il, plus inquiet qu’en colère. Mais elle avait déjà mal, juste là où il pressait ses doigts, au-dessus du bandage, au-dessus de ses plaies, et puis au cœur aussi. Elle voulu lui échapper, récupérer ses poings pour le frapper encore, pour lui faire aussi mal qu’il lui faisait, mais un mouvement vif découvrit un peu trop son bras, qu’elle ramena contre elle en rabaissant la manche suffisamment rapidement pour qu’il ne s’aperçoive de rien si ce n’est son étrange comportement. Mais puisqu’elle venait de le cogner comme un punching-ball, rien ne devait plus vraiment le surprendre. Elle referma la portière, renifla bruyamment, essuya son nez contre sa manche, puis ramena ses jambes contre elle, genoux enfoncés dans sa poitrine, regard résolument tourné vers l’extérieur. Le fil était connecté, elle allait bien puisqu’il était là, puisqu’elle pouvait sentir sa présence, respirer le même oxygène que lui, tendre le bras et le toucher, mais elle ne voulait pas qu’il puisse la voir ainsi, plus qu’il ne l’avait déjà vu, en larmes, la rage au ventre, les cernes creusées, la démence en bandoulière. Il ne chercha pas à la brusquer, se contentant, certainement, lui aussi, de sa présence et du simple fait qu’elle soit venue. Sans un mot, il démarra la voiture, prenant soin, tout de même, de verrouiller les portières, toutes les portières, craignant visiblement plus que quelqu’un sorte de cette voiture, plutôt que quelqu’un tente d’y entrer en marche.

- X -

C’est l’immobilité de la voiture qui la réveilla, elle n’avait même pas conscience de s’être endormie, mais après tout, puisqu’elle n’avait pas fermé l’oeil de la nuit, ça n’avait rien d’étonnant. Elle se frotta les yeux avec sa manche, jetant un regard perplexe et encore à moitié endormi autour d’elle. Premier réflexe : paniquer à la vue du siège conducteur vide, puis se rassurer en apercevant sa silhouette dans le rétroviseur, adossé à la carrosserie, camouflant un bâillement d’une main, tenant le pistolet de la pompe enfoncé dans le réservoir de l’autre. Elle fouilla son sac à main, entre ses jambes, afin de mettre la main sur son portable. Il était 7h30. Ils devaient être à plus de 100 kilomètres de Rome maintenant. Et elle n’avait toujours prévenu personne de son départ, même si les mots «fuite» ou «kidnapping» auraient été plus appropriés. Elle enfonça son poing dans son estomac pour le faire taire, puis pressa la touche «2» de son clavier tactile. Le mot «Papa» s’afficha en plein écran tandis que l’Iphone composait tout seul le numéro. Il décrocha au bout d’une seule sonnerie, visiblement inquiet qu’elle puisse l’appeler si tôt, et par extension qu’elle soit debout à une heure aussi matinale. Passé les banalités d’usage, elle entra dans le vif du sujet, ne souhaitant pas perdre de temps et profiter de l’absence de l’ennemi public numéro 1 de la voiture. «Je voulais juste te prévenir que je vais m’absenter quelques jours, fuir un peu la capitale au profit de la campagne.» Avoua-t-elle en se montrant volontairement le plus évasive possible. «Tu as bien raison, la vie ici risque de devenir rapidement insupportable, d’autant qu’avec les Bourses en chute libre, je ne vais pas être très disponibles dans les jours à venir.» Lui répondit la voix hachée de son père, hachée par la mauvaise qualité de la ligne, mais aussi par sa respiration rapide, preuve qu’il était occupé à traiter mille choses en même temps. «Je vais certainement partir quelques jours à Londres, également, il aurait été intéressant que tu viennes avec moi, mais la situation actuelle du pays n’est pas...» «A Londres ?» Le coupa-t-elle tandis que la portière conducteur s’ouvrait et laissait s’engouffrer air chaud et homme. «La situation actuelle du pays ? De quoi tu parles ?» «Les émeutes, Sara. Violences et pillages depuis plusieurs nuits. David a du nous quitter précipitamment.» «David qui ?» «David Cameron, le premier ministre britannique et accessoirement ami de longue date. Tu vas bien Sara ?» «Oui, oui, j’avais juste oublié que David passait ses vacances à la maison. Et donc il est rentré à Londres et tu vas le rejoindre ?» «Il y a des chances, oui, il n’était pas préparé à ce genre de révoltes populaires, alors si je peux aider... Et toi ? Tu pars avec Milo ?» Question plus difficile cette fois, surtout alors qu’elle avait décidé de ne pas lui mentir, ou disons le moins possible. Question qui arriva en même temps qu’une viennoiserie offerte par l’homme derrière le volant, un homme qui n’était pas Milo. «Je suppose qu’il va être envoyé à Londres, lui aussi. Raison de plus pour quitter Rome, si ni toi, ni lui n’y êtes.» «Excellente initiative.» Se réjouit-il. «Tu vas à Salerno, alors ?» «Peut être.» Éluda-t-elle. «Comment ça peut être ?» Cette fois le ton était nettement moins doux et paternel, plus sévère et claquant. «Sara ! Tu dois me dire où tu vas, je dois connaître l’endroit exact où tu te trouves. L’époque où tu pouvais t'éclipser dans la nature est définitivement révolue et tu le sais. Ça fait partie de nos accords, pas de traceur à la seule condition que tu m’informes de ta localisation en temps et en heure. Sinon...» «Sinon tu ne seras pas en mesure de me protéger...» Poursuivit-elle à sa place, avec le ton de celle qui a déjà entendu ça mille fois. «Je sais, papa. Je disais peut-être parce que je ne sais pas encore où je serais. Mais dès que je serais...» informée, elle allait dire informée. «... décidée, tu seras le premier au courant. Et puis j’aurais mon téléphone sur moi, je serais en permanence joignable. Ne te préoccupe pas de moi et pars serein.» «Je ne serais jamais serein, Sara. J’aurais préféré que Milo soit avec toi, mais je ne décide malheureusement pas de ses affectations.» «Finalement, je préfère qu’il soit à Londres si tu dois y aller.» Répondit-elle en tentant d’ouvrir, d’une main, la bouteille de jus d’orange qu’une main venait de lui tendre, cette même main qui revint de son côté pour la lui ouvrir à sa place. «Je ne suis pas rassurée de te savoir au milieu d’une violente révolution.» «N’exagérons rien, il ne s’agit pas d’une révolution, juste d’émeutes. Je ne crains rien dans la résidence ultra sécurisée de David, et Milo ne craint rien non plus.» Bizarrement, elle n’avait pas songé une seule seconde à la sécurité de Milo, peut être parce qu’elle le croyait indestructible, un peu comme un superhéros plein de superpouvoirs, à moins qu’elle n’ait tout simplement pas pensé à lui. «D’accord.» C’est tout ce qu’elle fut capable de dire après un long moment de silence, pas très sûre de ce qu’elle ressentait, ni si c’était en adéquation avec ce qu’elle était censée ressentir. «Je t’appelle dès que je me suis décidé, et toi, fais-en de même.» «Oui, mais...» Il avait déjà raccroché, comme selon son habitude, mettant fin à une conversation lorsque lui, n’avait plus rien à dire ou autre chose à faire. Elle observa l’écran un instant, le temps qu’il vire au noir, puis le reposa entre ses cuisses, avant de s’attaquer au petit déjeuner que l’homme lui avait apporté, et selon toute vraisemblance, acheté aussi. Sans un mot, elle calma son estomac douloureux trop longtemps ignoré. Pas un mot, alors qu’il redémarrait, scrutant son appétit par de discrets regards. Elle ne l’interrogea pas sur la durée restante de voyage, elle se contenta d’observer les panneaux indiquant Grosseto à quelques poignées de kilomètres. Elle avait dormit plus de la moitié du trajet qui s’avérait, somme toute, assez court. Elle n’avait pas pensé à regarder la distance entre Rome et Follonicà, lors de sa recherche sur Google, mais d’après les calculs qu’elle avait effectués grâce aux panneaux et à l’heure actuelle, elle en avait déduit qu’ils ne seraient qu’à 200km, tout au plus, de la capitale. Et quelque part c’était encore trop proche. Elle ne s’expliquait toujours pas la raison de ce séjour, un séjour si proche de Rome et dans une station balnéaire qu’elle savait surpeuplée, pendant les vacances d’été, de familles populaires qui devaient lire l’Osservatore sur la plage, et qui s’empresseraient de la ou les remarquer. Pourquoi un Spinelli, et le portefeuille financier qui va avec le nom, se donnerait-il la peine de faire comme le reste de la populasse, alors qu’il avait clairement les moyens de l’entrainer à l’autre bout du monde, dans une contrée déserte et reculée, où il pourrait la séquestrer à loisir ? Pourquoi Follonicà ? A mesure que la route défilait, et que le paysage changeait, la tension dans le corps de la jeune femme s’accroissait. Elle ne comprenait pas, ça n’avait aucune logique, s’exposer avec elle, l’obliger elle à s’exposer avec lui, c’était un suicide médiatique qui ne toucherait pas qu’elle. Il avait certainement plus à y perdre, d’un point de vue professionnel qu’elle, la quasi-chômeuse, ou rentière pour faire un brin plus classe. Et puis exposer quoi ? Croyait-il réellement qu’elle allait avoir le moindre geste à son égard en public, alors qu’elle avait déjà du mal à accepter ses faiblesses en privé ?

Bientôt la voiture quitta l’autoroute et s’engagea sur une nationale, pour finir par aboutir sur ce qui avait tout d’une petite route de campagne, la circulation dense en plus. D’un côté des champs dorés à perte de vue, de l’autre un horizon bleuté scintillant, la mer, et au milieu cette route étroite sur laquelle serpentaient plusieurs voitures. Puis ils traversèrent la ville de Grosseto qu’elle avait imaginé plus vaste et moins «typique», mais qui pour le reste correspondait bien à l’idée qu’elle s’en était faite avec ses touristes en shorts hawaïens, cornets de glace à la main et gamins hurlants sur les épaules. Et puis ce fut de nouveau les routes de campagne, jusqu’au fameux panneau annonçant «Follonicà : 5 km» accompagné du premier centre commercial qu’ils croisaient depuis la périphérie de Rome, énorme, abominable, monstrueux, vomissant des touristes par toutes ses portes à tambours. Ils suivirent la route de chemin de fer, détonant dans le paysage toscan, les routes devinrent mieux goudronnées, agrémentées de pistes cyclables où des gamins battaient des bras à l’arrière du vélo de leur mère, et de voitures tirant d’ignobles caravanes. Dès qu’ils eurent dépassés la dernière colline, l’effarement fut total. Même le chien lâcha un aboiement de consternation devant ses immeubles de 20 étages qui poussaient vers le ciel, dénaturant le littoral et faisant ressembler cette station balnéaire à une cité de banlieue industrielle. C’était juste moche, il n’y avait pas d’autres mots pour qualifier ce carnage, une tâche d’encre sur un tableau de maître, une moustache grossièrement dessinée au feutre au-dessus de l’énigmatique sourire de Mona Lisa. Qui avait permis une chose pareille ? Elle retint le cri de consternation qui manqua s’échapper d’entre ses lèvres, mais ne pu réfréner une grimace de dégoût. Et c’était là qu’il comptait l’emmener ? C’était pour l’entrainer ici qu’il l’avait abandonné toute une nuit ? Pour ce paysage grotesque de ville champignon ravagée par des promoteurs immobiliers sans scrupule ? Elle observa les tours, se demandant dans quelle espèce d’appartement microscopique il comptait la loger. Mais ils dépassèrent les HLM, les lotissements pavillonnaires aux maisons toutes identiques, et finirent, à sa grande surprise, par quitter la ville, laissant les barres d’immeuble loin derrière eux. Le paysage redevint rapidement sauvage, l’or des champs cédant à l’écarlate des tulipes à perte de vue. Ils suivirent le littoral, sur des routes qui semblaient creusées à flanc de falaises. Tout n’était plus que nature sauvages et restes de civilisation médiévale, des hameaux protégés de remparts, qu’on devait traverser en passant sous une arche gothique, et des pavés, des pavés partout. Pour la première fois, la jeune femme fit un mouvement autre que celui de câliner distraitement son chien. Elle ouvrit la fenêtre, laissant entrer l’air chaud mêlant embruns marins, parfums floraux et l’odeur du soleil chauffant les vieilles pierres, et appuya sa tempe contre le rebord de la fenêtre, yeux clos. Et puis, il n’y eut plus aucune trace de civilisation, si ce n’est quelques très rares et très discrets panneaux sur la route, indiquant des Casa aux noms divers et variés sur la gauche, ou sur la droite. Et lorsque les rares panneaux eurent totalement disparus depuis plusieurs bornes, et qu’il n’en resta plus qu’un, annonçant «casa rattoppata», Julian quitta la route pour rejoindre le petit chemin de terre qui semblait s’enfoncer en pleine végétation. Il l’entrainait faire du camping sauvage ? Mais après quelques mètres parcourus derrière ce rideau végétal, le chemin de terre se transforma en chemin pavé, si large qu’on pouvait à présent le qualifié de route, deux voitures auraient pu s’y croiser sans se toucher. Et tout au bout de ce pavement médiéval, de hauts murs d’enceinte infranchissables, troués d’une arche, encore une arche au-dessus d’une immense porte en bois travaillé qui empêchait toute intrusion. Cette création, cet édifice, presque, devait être impossible à dater. S’agissait-il de remparts médiévaux ou d’une construction bien plus moderne ? L’absence de symétrie, les pierres apparentes sous le patinage craquelé, fissuré, inexistant par endroit, la faisait penché pour l’ère médiévale, mais le cadran high tech qui requérait un code compliqué contre le mur, dans l’ombre de l’arche, était visiblement bien plus moderne. L’homme immobilisa la voiture, et du la quitter pour aller y taper une suite de plusieurs chiffres et lettres si longue que Sara renonça à la mémoriser. Lorsqu’il eu achevé d’amadoué le digi-code du futur, et qu’une lumière verte se mit à clignoter, il contourna la voiture, dédaigna le côté conducteur, au profit de la fenêtre passager contre laquelle il se pencha et s’accouda. «La clef.» Demanda-t-il simplement en lui présentant sa main, paume ouverte, devant elle. La clef. Celle qu’elle avait autour du cou, quelle autre ? Mais pourquoi avait-il besoin de cette clef en particulier ? Pour ouvrir la porte en bois, certainement, mais n’en avait-il pas un jeu à lui ? Lui aurait-il confié la seule clef qui existait ? Et dans ce cas, qu’aurait-il fait si elle n’avait pas été là, à 6h, via Agrippa ? Docilement, elle ôta le cordon de son cou, gênée qu’il puisse voir à quel point elle tenait à cette clef, jusqu’à présent cachée sous ses vêtements, et déposa le tout dans sa main. Un sourire effleura ses lèvres en même temps que ses doigts, puis il tourna les talons, rejoignant l’imposante structure en bois, faisant jouer la vieille clef dans une serrure compliquée et travaillée, avant que la porte ne cède et qu’il en pousse les deux lourds battants. C’est à cet instant qu’elle découvrit une partie de ce qui l’attendait au-delà de la muraille, une construction incroyable, improbable, et gigantesque, des morceaux d’architectures diverses assemblées les unes aux autres, des époques, des styles, qu’on faisait coexister s’assembler, et s’unir en un tout à la fois fascinant et cohérent. Une tourelle moyenâgeuse succédait à une construction renaissance aux larges fenêtres surmontées de frontons en bas reliefs, pour finir par une structure on ne peut plus toscane, ses pierres apparente et son toit de tuiles rouges mangée par une végétation grimpante. Et tandis qu’elle détaillait la seule partie visible du bâtiment, Julian remonta en voiture, et attira son attention en venant prendre sa main et la lui ouvrir pour y redéposer la clef, comme si c’était la sienne. Il referma sa main dessus, garda la sienne captive pendant un peu trop longtemps pour que cela semble involontaire, puis se réinstalla convenablement au volant afin de redémarrer. Une fois le mur d’enceinte passée, la demeure apparaissait comme encore plus imposante. La première construction, dont il restait quelques vestiges comme la tourelle, datait clairement de l’époque médiévale, et puis elle avait subit des modifications, des agrandissements, certaines pièces avaient été détruites puis reconstruite, pour former, à présent, ce pèle-mêle gigantesque et majestueux. Il pouvait se réclamer de toutes les époques, et d’aucune en même temps. Il était intemporel, capable de traverser les âges sans jamais dénoter dans le paysage toscan. La voiture s’immobilisa au niveau d’une fontaine qui trônait au milieu de la cour pavée, à quelques mètres des quelques marches menant à l’impressionnante porte d’entrée, dont la caméra de vidéo surveillance s’activa dès que les portières s’ouvrir. Ova se jeta à l’extérieur de la voiture, et alla directement honorer le gazon volontairement mal entretenu de sa royale pisse. Sara, quand à elle, resta immobile face à la maison, incapable de détacher ses yeux de la façade. C’était fascinant et intimidant aussi, c’était comme si des siècles d’Histoire l’observaient et la jugeaient.

Elle sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale, et lorsqu’elle aperçu Julian s’éloigner de la voiture pour rejoindre les portes de l’enceinte toujours ouvertes, elle se mit en mouvement pour le rattraper, pressant le pas afin qu’il ne la distance pas, et, une fois à sa hauteur, glissa une main dans la sienne, et s’accrocha à son bras de l’autre, le cou tordu pour continuer d’observer la bâtisse. Fascinée, émerveillée, mais inquiète, et sans comprendre comment, ni pourquoi, c’était lui, d’ordinaire pire source d’inquiétude qui soit, qui venait de devenir ce qu’il y avait de plus rassurant en ces lieux. Il du pousser et fermer les lourdes portes d’une seule main, exercice périlleux, mais jamais il ne lâcha la sienne, ni ne cessa de lui sourire de manière rassurante. Il rejoignit la voiture ainsi, avec la sauvage Sara accrochée à son bras et sa main, vulnérable mais toujours imprévisible, récupéra les bagages, et l’entraina, sans précipitation, vers la porte. Comme une petite fille, elle se laissa guider vers l’intérieur frais et sombre comparé à l’extérieur chaud et ensoleillé. Il fallut quelques minutes à ses yeux pour s’y adapter et percevoir ce qu’on ne pouvait soupçonner depuis la cour. C’était immense, tout en pierre du sol jusqu’au mur, des tomettes dépareillées créaient une harmonie improbable sur le sol, tandis que les murs épais blanchis à la chaux, révélaient quelques pierre de taille par endroit. La vaste entrée donnait sur un ensemble d’arches menant à diverses pièces, un salon qu’elle percevait sur sa droite, un autre sur sa gauche, et au fond ce qui ressemblait à une loggia, et puis il y avait l’escalier en bois massif qui montait jusqu’à un premier étage qui devait être tout aussi impressionnant en terme de superficie. Julian l’entraina vers la droite, dans ce qui s’avérait réellement être un salon avec près de 4 ou 5 mètres de hauteur sous plafond, des ouvertures incroyables et des lustres semblant dégringoler du ciel. Le sol était recouvert de tapis persan tranchant avec le style résolument moderne de la pièce. Des fauteuils Louis XV, oui, mais d’un blanc immaculé, des tableaux d’art contemporain, des bibliothèques en bois brut, droites et linéaires, une télé écran plat, faisant face à un gigantesque canapé blanc aux lignes structurées, où une espèce de peau de bête étrange et très certainement synthétique, s’étalait en travers. Au fond de la salle que Julian venait de nommer «petit salon», se trouvait une échelle donnant sur une mezzanine recouverte de matelas, couvertures, coussins colorés, et des livres, encore des livres, un coin lecture avec une immense fenêtre donnant sur le parc de la propriété, et si Sara avait bien deviner la topographie des lieux, sur la mer, plus loin. L’homme évita l’échelle, et l’entraina sur la gauche, la faisant entrer dans un bureau à la décoration mêlant ancien et moderne, et dont la porte fenêtre elle-même entourée de panneaux de verres, donnait directement sur une partie du parc à la végétation impressionnante. Il lui fit passer une nouvelle porte qui les ramena dans l’entrée, puis une autre pour atterrir dans la loggia qui n’était autre qu’une salle à manger aux dimensions d’une salle de bal, et dont toutes les immenses fenêtres donnaient sur le parc, incroyable et ce qui devait être une piscine. Une porte sur la gauche les menèrent dans un étroit couloir, étroit comparé au reste, évidemment. Sur la droite, une porte donnait sur une cuisine aux tomettes inégales et au poêle lui rappelant Salerno. Vraisemblablement l’une des premières cuisines qu’avaient abrité la demeure, mais dont l’absence de four, de frigo et autres électroménager, laissait à penser qu’elle n’était plus la seule. Julian referma la porte, et l’entraina plus profondément dans la maison. Ils dépassèrent un escalier qui semblait s’enfoncer sous terre d’où émanait une forte odeur de chlore, puis aboutirent dans un autre salon, à la décoration tout aussi intéressante que pour le premier. Il y eut encore une salle à manger, moins vaste, plus moderne, et une autre cuisine, toute équipée, encore une bibliothèque, et une chambre dans la tourelle.

C’était comme se promener dans un labyrinthe où toutes les pièces communiqueraient entre elles. Outre le «petit salon» et la grande salle à manger, les autres pièces possédaient des dimensions décentes, et en dehors de leur agencement quelque peu étrange, comme si l’architecte avait été bourré au moment de dessiner les plans, l’ensemble était très harmonieux, chaleureux et agréable. C’était ce qu’on appelait maintenant une «villa de luxe», le genre de lieu que seul un mania du pétrole ou un Spinelli pouvait s’offrir. Il l’entraina au premier étage, où les fenêtres offraient une meilleure vue du jardin. «Jardin», ça n’avait rien d’un jardin. Elle n’avait aucune idée du nombre d'hectares que pouvait faire la propriété, mais c’était comme s’ils avaient racheté une partie de la Toscane à l’état italien. Un parc tout en pente avec, sur le premier niveau, la piscine qu’elle avait entraperçue, entourée de buissons taillés d’un côté et de transats de l’autre, et puis, plus loin, après avoir traverser ce qui semblait être la moitié du pays, la mer, et si elle en croyait ses yeux et le rectangle turquoise sur la droite, une autre piscine surplombant la mer. Peut être même qu’on pouvait plonger dans la mer depuis la piscine ? Le nez collé à la vitre, elle fut tirée de sa transe par une main dont le bout des doigts se promenait timidement contre sa joue, cherchant à attirer son attention. Elle tourna la tête dans sa direction, lui offrant un regard encore fasciné par tout ce qu’elle était entrain de voir. Il sembla hésiter, se mordit la lèvre, loucha sur une mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux, avant de souffler dessus pour l’obliger à rejoindre ses copines, et finalement se racla discrètement la gorge. Il allait parler. Voilà pourquoi il hésitait tellement, parce qu’il allait parler et qu’elle lui avait dit il y a plusieurs semaines qu’elle ne voulait pas parler. Depuis il n’avait absolument rien dit, ou pas suffisamment pour que cela soit notable. Et là, il allait bafouer une nouvelle règle. Elle aurait voulu l’en empêcher, mais c’était trop tard, il avait déjà ouvert les lèvres. «D’après ce que j’ai compris, il y a plusieurs chambres, alors...» D’après ce qu’il avait compris ? Quoi ? C’était la première fois qu’il venait ici ? Et qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire qu’il y ait plusieurs chambres ? «... Je te laisse choisir la tienne, et... et si tu veux que...» Hein ?! Où voulait-il en venir, là ? Il voulait qu’elle dorme seule dans une chambre et lui dans une autre ? Elle l’observa comme s’il venait de lui annoncer une nouvelle fois que tout était terminé entre eux, et se mit à secouer la tête, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Finalement sa question était logique, d’accord elle avait acheté un appartement pour qu’ils puissent se retrouver la nuit, mais elle l’avait fait afin qu’il puisse lui faire l’amour autre part que dans des hôtels minables, et qu’elle n’ait plus à chercher des chambres libres et discrètes chaque soir ou presque. Elle n’avait cessé de lui faire comprendre qu’ils n’étaient pas un couple, qu’ils ne se devaient rien, et avait même mit un soin tout particulier à ne pas dormir auprès de lui malgré quelques écarts ces derniers temps, alors oui, il était légitime de penser qu’elle puisse avoir envie de sa propre chambre ici. Sauf qu’elle ne l’entendait pas de cette oreille, et qu’après son abandon de la nuit dernière, ça sonnait comme un recul qu’il prendrait vis-à-vis d’elle, une distance qu’il instaurerait entre eux, et dont ce séjour serait le moyen de le lui faire accepter progressivement. C’était possible qu’il lui fasse ça ? Qu’il se donne tout ce mal pour, finalement, rompre encore ? Lui annoncer qu’il préférait le célibat qu’il avait afficher sur facebook plutôt que d’avoir à répondre à ses textos presque tous les soirs de la semaine ? Il pouvait lui faire ça ? En tous cas, contre toute attente, au lieu de la repousser comme elle s’imaginait qu’il allait faire, il l’attira contre lui, et murmura un chapelet de «d’accord, d’accord, d’accord.» visant à l’apaiser. Dans la foulée, les sacs de voyage avaient échoués sur le sol, mais il ne se baissa pas pour les ramasser, c’est elle qu’il ramassa et accrocha à ses hanches, comme une enfant épuisée. Et épuisée elle l’était, à un point tel, qu’elle du s’endormir avant même qu’il atteigne la chambre, elle ne garda aucun souvenir du trajet jusque là bas, ni même du moment où il posa sur les draps, elle se souvint juste qu’il vint se coller contre elle, ses longs bras tout autour de son corps. Il devait être quelque chose comme 9h du matin, et elle entamait sa nuit.

- XI -

La panique la gagna dès qu’elle ouvrit les yeux sur une pièce inconnue, dans un lit inconnu, sans personne autour d’elle. Il lui fallu quelques secondes pour se souvenir du trajet en voiture et de l’incroyable casa rattoppata, mais elle n’avait aucune idée précise de l’endroit où elle se trouvait. Une pièce aux murs blancs, des poutres au plafond, et le chant des cigales s’échappant de la porte ouverte. Elle avisa son sac au sol, et le chien, la tête posé dessus. Mais pas Julian. Ni son sac. Ni rien ne lui appartenant. La panique la gagna à nouveau, ainsi que la nausée, forte, violente. Il était partit. Elle en était certaine, elle ne voyait pas d’autre explication, n’en cherchait même pas, il était partit, tout simplement, en la laissant là. Le poing s’enfonçant dans l’estomac, la respiration lourde, pénible, douloureuse, elle se leva et s’avança vers le jardin. Le jour avait décliné, il allait bientôt faire nuit, elle avait dormi toute la journée. Pliée en deux, une main suivant le mur extérieur, elle progressa jusqu’à trouver une nouvelle porte, une porte qui mènerait au bâtiment principal. Elle entra par la vieille cuisine, vide, gagna la salle de bal, tout aussi vide, puis les salons déserts, aux lumières éteintes, la bibliothèque et le bureau. Une fois dans le petit salon, elle eut conscience de sa vue brouillée et des larmes qui ruisselaient contre ses joues, mais elle s’en foutait, elle se foutait de tout tant son ventre était entrain de s’ouvrir en deux, écartelant ses côtes au passage, et tailladant ses entrailles. Elle se retrouva dans l’étroit couloir, désert et sombre, et sans même s’en rendre compte, emprunta l’escalier qui menait vers les ténèbres. C’était là qu’était sa place de toute manière, toujours plus profondément sous terre. Mais faute de ténèbres, elle trouva de la lumière tout en bas, de la lumière déformée par l’eau chlorée qui se trouvait au-dessus d’elle. Elle venait d’aboutir dans la piscine d’intérieur, comme une grotte souterraine, une cavité artificielle abritant d’autres cavités, créant un espace qu’on aurait dit taillé dans la roche. Mais elle n’était pas en état de s’attarder sur l’incongruité et la beauté des lieux. A bout de force, rompue par la douleur, elle se laissa glisser jusqu’au sol, et repliée sur elle-même, sa tête cognant la roche artificielle, elle se laissa submerger totalement par la souffrance, incapable de lutter contre elle. Combien de temps était-elle restée ainsi, immobile, recroquevillée, apathique, enterrée sous terre ? Elle n’en avait aucune idée, elle n’avait plus conscience du temps qui s’écoulait. Peut être cinq minutes, ou bien plusieurs heures, peut être même des jours. Mais ça ne devait pas être des jours, la maison n’étant pas immense à ce point, et à l'inquiétude qui perçait dans la voix masculine qui criait son prénom, il n’aurait pas laissé passé plusieurs jours avant de partir à sa recherche. Mais même ça, elle n’en n’avait qu’à peine conscience, la voix lui parvenant amoindrie derrière le sang qui battait ses tempes à l’en rendre folle. Mais folle, n’était-ce pas ce qu’elle était déjà ? Elle n’émergea de son monde tourmenté que lorsqu’elle le sentit tout proche, accroupi à son niveau, dégageant ses cheveux d’une main, tandis que l’autre maintenait sa tête dans sa direction, cherchant à y capter son regard. Et lorsque ce fut chose faite, qu’elle prit conscience qu’il était là, devant elle, et non pas dieu sait où après l’avoir abandonné dans une vaste maison vide, elle prit une profonde inspiration, comme si elle était restée en apnée pendant de longues, très longues minutes. Son coeur se remit à cogner fort dans sa poitrine et les tremblements de ses membres furent sans précédents. Elle s’accrocha à son tee-shirt, à son cou, à sa peau, puis à sa bouche, à ses lèvres, dévorant plus qu’elle n’embrassait, suffocant entre ses baisers et ses larmes qui avaient reprit. Et lorsqu’elle n’eut plus suffisamment d’air, elle s’agrippa à lui, serrant son cou à s’en faire mal au bras, enfonçant son visage dans ses vêtements, mouillant son tee-shirt de larmes incontrôlables, n’ayant plus conscience de rien d’autre que son corps contre le sien, et cette peur de le perdre, tenace, indomptable, déraisonnable. Il lui parlait, elle percevait sa voix mais pas les mots, elle notait les vibrations inquiètes, tourmentées, mais ne parvenait à faire le point sur les mots qui mit bout à bout devaient former des phrases, ou plus certainement des questions. «Ne me laisse plus jamais !» sanglota-t-elle contre son cou. «Plus jamais ! Je peux pas, j’y arrive pas sans toi. Et je m’en fous de ce que tu penses ou de qui tu es, je veux plus avoir aussi mal, je peux pas supporter cette douleur, c’est trop, ça me tue, je voudrais mourir et j’y arrive pas, c’est juste une torture sans fin, ma tête qu’on compresse jusqu’à une explosion qui n’arrive jamais ! Je sais pas pourquoi t’es là, je sais pas pourquoi tu m’aides, je sais pas ce que tu veux, mais si ton but c’est de m’emmener plus haut pour que la chute soit plus longue, alors tue-moi tout de suite, parce que je suis plus en état de supporter quoique ce soit... Je suis plus en état de rien... Je voudrais juste me reposer un peu et plus avoir peur. Je deviens folle, et j’en ai conscience, c’est peut être ça le pire, je perds la tête, je fais des conneries, je refuse les mains qu’on me tend, parce qu’il n’y a qu’une seule main qui compte et elle a cessé de tenir la mienne il y a longtemps. Je crois qu’elle est morte, cette main, c’est ce que ma tête me dit, mais parfois mon cœur me dit autre chose, et j’ai l’impression qu’elle est encore là. Et je me débats, entre ma tête et mon cœur, et j’en peux plus... J’en peux plus... Je veux juste que ça cesse... Il faut que ça cesse.» Sa voix n’était plus qu’un faible souffle, amplifié par l’écho de la piscine, mais un souffle tout de même. Et lorsque sa voix se tut, c’était comme la suite logique, inextricable, comme le dernier soubresaut d’un mourant. Sauf qu’elle se fit entendre une nouvelle fois, faible mais distincte. «Parle-moi... Empêche-moi de dormir, je ne suis pas sûre de pouvoir me réveiller... Parle-moi... Parle-moi ou tue-moi.» Et dans un dernier souffle presque irréel, un souffle inaudible du commun des mortels, elle avoua ce qu’elle taisait depuis des mois, presque une année. «Je t’aime Julian... Où que tu sois... Je t’aime.»



Principessa Sara Giolitti
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MessageSujet: Re: JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs   Mar 27 Sep - 16:05



Assis en tailleur devant son ordinateur en chemise et boxer, sa cravate gisant depuis plusieurs heures dans l’entrée subissait les assauts répétés de Madeleine. Julian se tenait immobile s’est à peine si on l’aurait cru éveillé. Julian fixait calmement la page ouverte sur l’écran de son MacBook Pro. Il avait bien sur finit par lire le « journal » de Sara, la tentation de comprendre enfin l’ampleur des dégâts qu’il avait causé avait été trop forte mais ce n’était pas les écris de son amante qu’il fixait avec tant d’obstination comme si la réponse, à force de contemplation, allait finalement lui apparaitre. Il hésitait, son index en suspension au-dessus de la touche entrée. Il savait que cette décision pourrait lui coûter cher mais il savait aussi que c’était un pas nécessaire à franchir, afficher sa sincérité aux yeux de tous. La fin d’une énorme supercherie reposait sur le fait qu’il valide ou non ce changement. Aussi cherchait-il sur le profil de sa page Facebook une réponse à ses questions. Jamais un changement de statut ne lui avait semblé aussi important. Il savait qu’elle aurait une réaction disproportionnée, qu’elle le rejetterait, qu’elle prendrait peur là où toute autre femme se serait sentie rassurée. Elle ne fonctionnait pas comme une femme lambda, elle était Sara Giolitti, la plus grande cocue de Rome par sa faute, la femme dont on s’était moqué des mois durant pour sa naïveté par sa faute. Elle croyait être amoureuse d’un homme qui n’avait existé que dans sa tête, elle n’avait aucune confiance en lui, aussi ce changement de statut n’avait rien d’anodin. Cependant, comme l’avait si bien dit Carolina ainsi il afficherait clairement son jeu, il se rendait disponible tant aux yeux de sa famille qu’à ceux des médias, il avait fait un choix. Ne plus être un menteur, assumer ses véritables sentiments et arrêter de se chercher des excuses en s’abritant derrière des fiançailles factices. Il arrêtait ses conneries. Bien sûr Sara ne percevrait pas la chose de la sorte, il en était persuadé. S’il changeait son statut pour « en couple » à la place de « fiancé » elle penserait qu’il cherchait une nouvelle fois à se moquer d’elle, a attiré le regard des médias sur eux. Pareillement relation libre laissait entendre qu’il pouvait à la fois faire l’amour avec elle et fréquenter d’autres femmes, ce qui n’était pas le cas et ne le serait jamais plus. Il restait alors « célibataire » et « c’est compliqué ». Certes leur relation pouvait sembler compliquée mais aux yeux de la jeune femme elle était simple, elle reposait sur le besoin, la demande et la satisfaction immédiate, l’apaisement, l’anesthésiant nécessaire pour calmer la douleur. Ce n’était pas compliqué pour elle. Aussi avait-il choisit la mention « célibataire », un statut qu’il peinait à afficher sur son mur sachant qu’il pourrait être la cause d’un violent rejet la veille de leur « première sortie » non officielle. Il avait peur qu’elle prenne ce changement comme une entorse à leur accord tacite, il ne se remettait nullement sur le marché, il abaissait simplement le masque. Il ne supportait plus le poids de ses fiançailles fictives qui avaient détruit sa plus vieille amitié. Mais il savait que ce changement lui rappellerait de douloureux souvenir. Il se souvenait parfaitement de la dernière fois où il était passé de « en couple » à « célibataire », il venait de la quitter et pour faire en sorte qu’elle le déteste suffisamment pour ne pas l’entrainer avec lui dans sa chute il avait actualisé son statut dès lors qu’il s’était retrouvé seul dans le hall de leur résidence. Il savait qu’il commettait peut être une erreur en affichant clairement la couleur car pour elle, pour son esprit « malade » ce changement pourrait ne pas être interprété comme une profession de foi, un repentit sincère. Il soupira et passa une main dans ses cheveux puis, il appuya sur la touche entrée espérant une fois de plus ne pas avoir accentué les dégâts qu’il avait déjà causés.

(…)

« Alors ? » La question de Thalie ne le surprit pas, elle savait toujours ce qu’il tramait avant même que l’idée ne lui traverse l’esprit, parfois l’idée venait même d’elle, comme ce soir. Elle lui avait offert un coup de pouce, un moyen d’offrir à Sara, de s’offrir également, un moment d’intimité, de liberté loin de l’oppression médiatique et familial. « Comment l’as-tu joués ? Direct genre Roméo et Juliette … ‘’Part avec moi, enfuyons nous loin de cette ville maudite ?’’ Ou alors plus thriller psychologique, clé mystérieuse délivrée avec un message tout aussi sibyllin ? » Elle haussa un sourcil lorsqu’il l’aida à passer sa légère veste en cachemire, l’air avait fraichit ses derniers jours, le gros temps n’allait pas tarder à gagner l’Italie comme partout en Europe. « Je vois, thriller psychologique, quand je t’ai dit de la jouer fine avec elle, d’y aller doucement je n’entendais pas lui faire un remake de souviens-toi l’été dernier. » Il lui laboura les côtes de son coude, petite vengeance digne d’un enfant de trois ans, alors qu’ils rejoignaient le hall d’entrée de l’Opéra.
« Très drôle. » Marmonna-t-il en récupérant ses clés auprès du voiturier, ce soir il avait eu gain de cause, Thalie restant seule à l’opéra il lui avait grassement offert une bouteille de champagne millésimée pour passer la soirée agréablement, il conduirait donc pour la nuit. « Mais j’ai opté pour la solution qui lui offrirait le plus de temps pour se faire à l’idée de partir avec moi. »
« Tu la manipules, toi Monsieur Grand Sens Moral ? » Elle le taquinait, il en avait conscience.
« Je lui laisse du temps, c’est toi qui m’a dit qu’il ne fallait pas la brusquer, y aller pas à pas, ne pas la bousculer et ne surtout pas croire qu’elle me suivrait avec la même fois que dans le passé. Alors je l’ai joué mystérieux. Je le conçois je prends un risque important en nous lui donnant pas toutes les cartes d’un coup. Mais je la connais, je la connais bien mieux à présent que j’ai lu son journal. » Thalie le dévisagea un instant et il lui adressa un sourire triste. « J’avais déjà lu le journal de Calypso quand elle sortait avec ce gars un peu trop parfais à mon goût au lycée. Comparée aux pensées de Sara c’est un peu comme si le monde des petits poneys rencontrait celui de Sauron du Mordor. Elle est suicidaire … au bord de la folie. Je l’ai poussé au bord de la folie. » Il s’interrompit quelques secondes le temps pour eux de franchir les portes du hall, de récupérer les clés de leur voiture et de poser pour les photographes. Ils avaient à nouveau opté pour des tenus excentriques qui cadraient avec leur choix de provoquer le vieil homme qui avait pris ses quartiers à Trastavere. Un sourire faux qui ne cadrait pas vraiment avec l’état d’esprit de Julian sur l’instant. Il savait que sa décision pouvait tout faire basculer entre lui et Sara, il savait à quel point elle était fragile, à quel point sa vie dépendait des choix qu’il ferait, des décisions qu’il prendrait. Il tint galamment la portière à sa cousine avant de contourner la voiture et de s’installer derrière le volant. « J’ai peur de commettre une erreur en tentant de la convaincre de prendre ses vacances avec moi. J’ai peur qu’elle n’y voit une énième manipulation, j’ai peur de trop la pousser. Je sais que si je pars cinq jours, dix sans elle, si elle ne me rejoint pas… Je ne pourrais pas contenir mon inquiétude, pas après ce que j’ai lu. C’est pire que ce que j’imaginais. Ce n’est pas à moi qu’elle fait l’amour, c’est avec le Julian que j’étais avant l’assassinat de Giovanni, elle pense être amoureuse d’un fantôme. Qui le lui reprocherait au vu de mon comportement, je le conçois. » Il passa brusquement la quatrième et slaloma sans même ralentir entre les véhicules plus ou moins à l’arrêt qui gênaient sa progression. Parler avec Thalie, parler à Thalie lui faisait du bien, il se sentait plus serein après chacune de leurs conversations, sa sœur avait un regard extérieur sur la situation, de plus elle n’hésitait jamais à être désobligeante avec lui, toujours honnête, parfois même brutale, elle savait exactement quoi dire à quel moment. « Je ne suis pas certains de faire le bon choix, d’employer la bonne tactique. J’ai peur de l’effrayer, de la voir reculer ou de la pousser à aller trop vite trop soudainement… Chaque décision que je prends pourrait entrainer sa perte. » Il soupira, dégagea quelques mèches qui ombrageaient ses yeux et effleura la pédale de frein consentant enfin à ralentir alors qu’il frôlait depuis longtemps le retrait de permis en conduisant aussi rapidement. Immunité quand tu nous tiens. « J’ai senti son regard sur nous lorsque nous avons quitté le théâtre, ne pas me retourner m’a demandé une force que je n’imaginais pas posséder, alors prendre le risque de m’éloigner pour nous rapprocher si mon plan fonctionne. Je ne sais pas si je suis capable de prendre ce risque. Je ne suis pas un joueur, je ne l’ai jamais été, je n’aime pas la fantaisie, je ne prends que des risques calculés… C’est un saut dans l’inconnu et j’ai peur qu’elle y perdre encore un peu plus d’elle-même. J’ai peur que choisir entre moi et Rome soit trop dur. Elle a son mari, son père ici et avec ce qui se déroule en ce moment dans le Monde … Je ne veux pas qu’elle fasse un choix qui la briserait. » Il amorça délicatement le virage menant à Trastavere, la route défilait sous ses yeux par automatisme, il était encore avec elle, dans cet opéra, un moment de calme, de partage loin de la dureté de leurs rapports quotidiens, du sexe, voilà en quoi se résumait leur interaction même si son comportement avait changé, même si elle admettait désormais avoir besoin de lui. Il ne partageait avec elle qu’un simple appartement qu’elle avait meublé sans lui, un appartement qu’elle avait conçu comme un décor de théâtre destiné à abriter leur drame. « Mais égoïstement je veux qu’elle parte avec moi… J’ai besoin de plus. De plus que ce qu’elle m’offre déjà. J’ai besoin qu’elle me fasse confiance, qu’elle me prouve qu’elle a confiance en moi, suffisamment pour partir avec moi à nouveau, pour sortir de cette roue infernale… Je suis égoïste Thalie ? »
« Simplement humain. »

(…)

La quitter avant qu’elle ne s’éveille fut difficile, un véritablement déchirement et aussi un effroyable cas de conscience. Elle s’abandonnait enfin à lui, lui faisant subtilement confiance, s’accordant le droit de s’endormir auprès de lui, de ne pas s’enfuir avant le lever du jour. La quitter alors qu’elle dormait encore fut une de choses les plus dures qu’il avait eu à faire depuis son retour à Rome, il avait vu sa réaction l’autre nuit, lorsqu’il était simplement sortit fumer sur le balcon alors qu’elle dormait profondément dans leur lit. Il avait pensé qu’elle ne se réveillerait pas, il avait simplement voulu éteindre l’écran de son mac qui illuminait la chambre d’une lueur bleuté. Bien sûr il s’était absenté plus de quelques minutes, il avait volé son journal dans son ordinateur, il avait fait une copie et avait allumé une cigarette pour atténué sa culpabilité en la noyant sous la fumé et le sentiment de bien-être post coït. Il ne s’était pas attendu à cette réaction viscérale, à ce besoin qu’elle avait eu de lui, ce besoin qu’elle n’avait pas caché et cette peur, cette peur qu’elle avait eue qu’il soit parti en l’abandonnant. Il avait fait de cette femme qu’il aimait une petite fille perdue qui craignait plus que tout qu’il s’en aille, qu’il l’abandonne dans le noir avec ses démons. La laisser alors qu’il la savait vulnérable, effrayée à l’idée qu’il la quitta lui donna l’impression de s’arracher le cœur. Il fallait qu’il l’aide à se décider, qu’il la convainque de partir avec lui en lui donnant le choix, en lui montrant ce que serait ce départ, en lui faisant réaliser qu’elle devait partir avec lui, qu’ils en avaient besoin. Il lui avait laissé la clé la veille au soir. Il avait cuisiné, disposé à son attention dans la cuisine de quoi se nourrir pour la matinée, il avait gratouillé le chien entre les oreilles, disposé la carte avec précaution sur le bar et avait entouré sa destination. Il prenait un risque. Un risque non calculé qui pourrait avoir de graves conséquences. Il jeta un dernier coup d’œil sur la carte et noua sa cravate en examinant son reflet dans la glace de l’entrée, il vérifia que son Macbook était rangé dans sa serviette avec ces clés, son portable et ses dossiers avant de se rendre à pas de loup dans la chambre. Elle remua dans son sommeil et tendit le bras de son côté, vide, du lit. Il s’agenouilla à la tête du lit et déposa un baiser sur ses lèvres en murmurant.

« Je dois partir bosser, Ova a mangé, le petit-déjeuner est près. » Il se retint de justesse de lui avouer qu’il l’aimait. Les mots ne franchirent pas ses lèvres mais en silence il articula les mots qu’il rêvait de pouvoir à nouveau lui offrir. Il laissa ses lèvres s’attarder sur son front et reçu en guise de réponse un grognement de la part d’Ova lorsqu’il lui ordonna de veiller sur sa maitresse. Il hésita sur le seuil de l’appartement, quelques secondes son pied resta en suspension entre l’intérieur et l’extérieur de l’appartement. Il devait y aller, l’habituer au manque, faire qu’elle le rejoigne. Il inspira fermement et referma doucement la porte derrière lui. Il fallait qu’il rentre nourrir Madeleine avant de partir au Sénat. Il fallait aussi qu’il achète un panier à chat, quelque chose de masculin mais qui lui permette de se promener avec Madeleine sans risque qu’elle ne se sauve ou n’éborgne quelqu’un. Il passerait demander conseil à sa voisine du dessous, elle devait savoir ce qui conviendrait. Normalement Julian n’était pas un homme à chat, il n’aimait pas les chats, enfin il ne les aimait pas jusqu’à ce qu’Athéna craque sur cette boule de fourrure, un chat, il avait accepté de prendre un chat sous son toit. Il s’était occupé d’elle, il l’avait aimé, il avait choisi lui-même les familles qui avaient pris en charge les petits de Madeleine. Madeleine faisait partit de sa vie, chien et chat devraient cohabités si cet appartement devenait son lieu principal de résidence. Les vacances… Les vacances seraient peut être le moyen de savoir s’ils étaient fait pour cohabiter. Lui et Sara, Ova et Madeleine. Il leur faudrait des efforts, de grands efforts, il savait que si elle se rendait avec lui dans la maison de Thalie rien n’était encore gagné. Il savait qu’elle viendrait, de force, elle viendrait. Elle viendrait il le savait, ce qui l’inquiétait c’était les séquelles que ce choix causerait. Car il y aurait des conséquences.

(…)

Il l’avait laissé. Il l’avait laissé passer la nuit sans lui. Et sa nuit avait été aussi hanté que d’ordinaire lorsqu’il se trouvait loin d’elle. Sa mine de papier mâché et les poches qui alourdissaient son regard affirmaient au monde entier à quel point sa nuit avait été mauvaise. Il passa une main dans ses cheveux, cherchant à se maintenir éveillé tandis qu’il fixait le bout de la rue avec l’impatience d’un chiot attendant le retour de sa maitresse. Il espérait qu’elle viendrait, il attendait ici depuis deux heures déjà, incapable de rester immobile, allongé, il imaginait tout un tas de chose aussi avait-il décidé de quitter son appartement, de l’attendre dans cette rue. Il n’avait eu de cesse de l’imaginer avec son mari dès lors que l’heure habituelle de son arrivée avait été largement dépassée. Rongé, il avait littéralement été rongé par la jalousie, la peur, l’angoisse de la voir fuir et de devoir prétendre qu’il avait passé d’excellentes vacances alors qu’il se planquerait dans son appartement en attendant que les cinq jours annoncés s’écoulent. Il n’avait eu de cesse de l’imaginer dans les bras d’un autre, un autre qui avait plus de légitimité que lui, un autre qui ne l’avait jamais blessé, un autre qui lui faisait du bien, un autre qui était autorisé à la prendre dans ses bras lorsqu’elle l’éloignait … lui. Il passa une nouvelle fois sa main dans ses cheveux achevant de se décoiffer un peu plus. Il tendit la main à l’arrière de sa Citroën pour caresser la chatte qui s’impatientait d’être enfermée. Peut-être ne viendrait-elle pas. Julian avait appris que son père comptait se rendre en Angleterre, il n’était pas sans ignorer que le premier ministre britannique était un ami intime des Giolitti. Sara se rendrait peut être avec lui à Londres, puisque son amant n’avait pas daigné passer la dernière nuit qu’il lui restait à Rome avec elle. Il pianotait nerveusement sur le volant agaçant la chatte enfermée dans sa cage, Madeleine sentait la nervosité de son maitre et n’avait pas réellement appréciée être fourrée sans ménagement dans son catbag. Alors que les minutes défilaient et que sa nervosité allait en augmentant, il la vit soudainement apparaitre au coin de la rue, d’abord vague silhouette alourdie par le poids de ce qu’elle portait à bout de bras, puis de plus en plus sa silhouette se découpa dans la nuit. Elle était venue. Elle était là. Son attitude alerta Julian avant même qu’il n’eut pu distinguer clairement son visage. Elle ne marchait pas droit et ce n’était pas dû au chien qu’elle tractait plus qu’il ne la tirait, en laisse. Quelque chose n’allait pas, elle semblait rire et pleurer à la fois et son regard avait tout de celui d’une folle. L’inquiétude remplaça le doute dans son cœur. Avait-il bien fait de lui faire frôler ainsi les bords du précipice ? Il se pencha et ouvrit la portière et son cœur se serra à la vue de son visage défait, rougi par les émotions contradictoires qui l’habitait. Elle semblait être une autre. Une Sara aux portes de l’enfer, son visage pâle était creusé par le souci et ravagé par les larmes, des larmes de soulagement ? De joie ? De colère ? Il n’aurait su le dire, surement un peu de chaque probablement. A peine eut-elle claqué la porte de la l’habitacle que la violence qui l’habitait se déchaina sur lui, soulagement, rancœur, souffrance se déversèrent sur lui au travers de ses poings qui l’attaquaient de toute part. Elle ne lui faisait pas mal, ses coups portaient à peine, elle était trop épuisée pour réellement le blesser. Plus pour son bien que pour le sien il l’emprisonna contre lui, l’empêchant de faire le moindre mouvement sans pour autant l’immobiliser violemment. Il comprit que jamais il n’arriverait à la guérir totalement de ce qui lui avait fait subir. Elle devait l’accepter tel qu’il était réellement, réapprendre à lui faire confiance, de son côté il fallait qu’il apprenne à vivre avec cette folie qu’il avait implanté en elle, à l’accepter avec ses doutes, sa colère et cette relation qui ne ressemblerait jamais à l’ancienne.

(…)

Il l’avait retrouvée prostrée dans un coin de la maison, non loin de la piscine. Il s’était inquiété en ne la trouvant pas dans le lit où il s’apprêtait à la rejoindre. Un appel du Sénat l’avait distrait de sa première tentative pour se glisser silencieusement sur le matelas sans la réveiller. A nouveau le Sénateur avait fait des siennes, profitant de l’absence de son conseiller pour retrouver sa maitresse dans le lit conjugal, sa femme l’avait à nouveau découvert et il avait fallu tout le doigté de Julian pour la convaincre de se calmer et de ne pas contacter la presse. Les femmes bafouées il commençait à connaitre, pour avoir cocufié parfois sans le vouloir quelques maris, il savait comment raisonner une femme trompée par son mari. Son travail se résumait désormais plus à celui d’un simple attaché de presse qu’à son réel statut de chef de cabinet. Il passait désormais son temps à jouer à cache-cache avec les journalistes de la presse à scandale ou à régler les factures d’hôtel et de room-service du sénateur qu’à préparer les projets de lois, intrigué pour découvrir les intentions de votes des autres membres du parti. Il avait dû la quitter pour régler ce problème, l’assistant à qui il avait délégué ses charges était le seul à avoir le numéro de son portable personnel, il ne devait déranger Julian qu’en cas de force majeure. De toute évidence un nouveau scandale sexuel alors que le Sénateur envisageait de se présenter aux primaires du parti n’était pas du meilleur goût, l’Italie craignait désormais plus les frasques de ses dirigeants qu’un potentiel attentat à l’approche du dixième anniversaire du 11 septembre. Il avait géré la crise avec le sang-froid d’un avocat, bénissant ses deux années de travail en tant que membre du barreau de Rome. Il avait trouvé un compromis avec l’épouse hystérique qui cette fois ne comptait pas laisser passer cette infidélité avec l’ancienne baby-sitter de son fils, et oui le syndrome Jude Law touchait aussi l’Italie. Julian avait fait valoir qu’un scandale réduirait l’importance de la pension alimentaire si la carrière du Sénateur était entachée, alors que s’il était vainqueur aux primaires, elle pourrait vivre bien plus confortablement avec son fils, que seule si il perdait son siège de sénateur. Il l’avait calmé en lui faisant miroiter une pension alimentaire indécente alors que l’italien moyen peinait à maintenir son compte en créditeur. Il avait haït, une fois de plus, son employé, ce travail dans lequel il ne trouvait plus aucun épanouissement. Et il avait passé de longues minutes seul au bord de la piscine extérieure à tenter de retrouver son sang-froid. L’équilibre de sa relation avec Sara dépendait également de ce travail, de la stabilité de sa vie professionnel et familial alors que sa vie sentimentale pouvait à tout moment prendre fin. Elle avait besoin de croire que sa vie ne dépendait pas d’elle, qu’il pouvait se passer d’elle, qu’il était sans cœur, sans pitié, que le Julian qu’elle avait aimé n’existait que dans sa tête, que celui aux côtés duquel elle vivait dans un appartement en dessous des toits n’était pas ce Julian mais uniquement l’être qui s’était moqué d’elle et lui avait brisé le cœur pour le simple plaisir. Elle avait assez a gérer avec ses propres émotions pour lui imposer son propre tumulte. Il s’était attardé au bord de la piscine et elle avait paniqué. Pendant qu’il cherchait à la préserver il l’avait blessé sans en avoir l’intention. Il avait cru qu’elle dormirait encore un peu, qu’elle ne se réveillerait pas en une quinzaine de minutes. Il s’était absenté et il l’avait blessé. Elle était désespérée, prostrée contre le sol de marbre, incapable de bouger, ne réagissant pas à son appel tel un animal craintif replié sur lui-même. Il avait emporté avec lui chien et chat en dehors de la maison afin que les deux animaux ne réveillent pas la dormeuse, elle s’était retrouvée seule dans une maison qu’elle ne connaissait pas… sans lui. Il n’avait pas réalisé, et peut être était-ce là son erreur récurrente, qu’elle souffrirait à ce point de son absence. Il voyait encore en elle la Sara qu’il avait connu, refusant de la voir tel qu’il l’avait créé. Elle était désespérée, il avait vu les bandages sur ses bras, il s’était souvenu des cicatrices blanchâtres qu’il avait autrefois vu. Des cicatrices qu’on ne voyait sur sa peau qu’en la détaillant du bout des doigts comme seul peut le faire un amant. Il avait deviné l’état dans lequel son choix l’avait mis, il avait cerné la souffrance qui l’avait poussé à se mutiler afin d’atténuer la souffrance en la remplaçant par quelque chose de plus vivant, une douleur sourde qu’elle pouvait maitriser au rythme de son cœur qui propulsait le sang dans ses veines. Il s’était détesté de l’avoir imaginée avec lui, de ne pas avoir compris qu’il comptait peut être trop pour qu’elle partage sa douleur avec un autre qu’elle-même. Lorsqu’il l’avait déshabillé afin qu’elle ne souffre pas de la chaleur qui progressivement grimpait le long des murs il avait effleuré ses pieds meurtris par des coupures superficielles mais ô combien douloureuse pour lui-même. Il s’en était voulu, il avait haït son égoïsme qui l’avait emporté sur la raison lorsque Thalie lui avait proposé de lui prêter la maison. Et cet appel l’avait éloigné d’elle alors qu’il s’apprêtait à lui faire comprendre qu’il ne serait jamais partit sans elle, si la clé n’avait pas suffit à le lui confirmer. Cet appel, le Sénat. Le sénat l’éloignait d’elle une fois de plus. Elle était insécure, il avait du mal à inscrire cette donnée dans son tableau personnel, elle avait peur, peur d’un nouveau rejet, peur de voir s’écrouler le fragile équilibre qu’il avait réinstauré dans sa vie. Et tandis qu’elle lui avouait sa faiblesse il se rendait compte que jamais il ne serait amène de ne pas la décevoir, de ne pas la blesser, il l’avait trahit, meurtrie, souillée et désormais il faudrait constamment assumer ses anciens choix. Il la serra fortement contre son torse, oubliant ses bras et ses pieds meurtris, ses paroles de désespoir. Elle avait besoin d’être rassuré, elle avait aussi besoin de comprendre qu’il ne partirait pas, que s’il quittait son champ de vision cela ne signifiait pas qu’il allait fuir, qu’il ne reviendrait pas, qu’il l’abandonnait. Il fallait qu’elle apprenne à lui faire confiance, à ne pas redouter chacune de ses disparitions car il était désormais certain qu’il serait amené à disparaitre du paysage quelques heures, ne serait-ce que pour son travail, et il faudrait qu’elle apprenne à rester seule sans attenter à sa santé. Des progrès étaient encore à faire de ce côté-là puisqu’elle avait passé la nuit à se mutiler pour expier sa souffrance. Il se rappela ce que lui avait dit Thalie au sujet de la maison. Fort Knox version italienne. Il la souleva dans ses bras soudainement, cela ne représenta pas un réel effort, elle pesait à peine plus lourd que le chiot qu’elle trimbalait partout avec elle. Si ce brusque changement de position la gêna elle n’en dit mot, se laissant transporter d’une pièce à l’autre sans mot dire. Pelotonnée contre lui, respirant son odeur en cherchant à reprendre son souffle elle semblait aussi vulnérable qu’une enfant. Elle n’était plus la femme qu’il avait aimé autrefois, ce qui était étrange était probablement qu’il tenait à elle encore plus qu’un an auparavant. Il aurait tout donné pour assurer son bonheur avec un autre qui ne l’aurait pas fait souffrir. Tout. Mais il n’était pas capable de la laisser. Il ne connaissait pas encore particulièrement bien la maison pourtant il trouva la salle sans réellement se perdre, Thalie lui ayant expliqué qu’il devrait peut être avoir a surveillé les abords de la propriété de temps à autre, la maison attisant l’intérêt des curieux depuis que le panneau à vendre avait quitté le bord de la route. Le local n’était pas immense, cependant les différentes caméras qui surveillaient sous tous les angles la maison et ses alentours disposaient chacune d’un écran sur lequel, en dessous de l’image figurait le nom de la pièce qui apparaissait sur l’écran. On aurait pu aisément tourner une téléréalité dans la maison, pourtant les caméras étaient suffisamment discrète pour qu’on ne les remarque pas, la nouvelle technologie fournissant des dispositifs de vidéo surveillance de la taille d’une bille en verre que l’on fichait dans un mur, finit les imposantes caméras que l’on trouvait désormais uniquement dans les musées. Il la déposa sur la chaise qui faisait face à ce mur de petites télévisions. Hébétée elle contempla quelques instants ce mur sans comprendre.

« Si je m’éloigne de toi l’espace d’un instant, si je me réveille avant toi et que je disparais … Cela ne veux pas dire que je m’en irais pour toujours. Si tu te réveilles et que je ne suis pas là, je suis pourtant là, non loin. Je ne te laisserais pas. Je ne le veux pas. Tant que nous serrons ici, si jamais je m’éloigne, que tu as besoin de moi. Tu n’auras qu’a venir ici, et me chercher sur l’une des caméras, la maison et le jardin en sont équipés, le moindre m² est affiché sur ces écrans. Si tu as besoin de moi, tu me trouveras rapidement en me cherchant ici. Je ne te quitterais pas, je ne t’aurais pas amené ici pour t’abandonner deux heures après… Je ne serais jamais loin…. » Il était difficile de lui expliquer les choses tout en sachant qu’elle ne croirait pas un mot de ce qu’il dirait s’il se livrait trop à lui révéler ce qu’il éprouvait réellement, l’impossibilité de s’éloigner d’elle, de la quitter car elle lui était trop précieuse. Elle croirait que chaque je t’aime, chaque promesse serait un mensonge. Alors comment la rassurer quand elle remettait en cause chacune de ses paroles ? Il avait du mal à s’habituer à devoir taire tout ce qu’il ressentait, éprouvait, a étouffer sa passion comme sa colère, son malaise ou sa gêne pour être neutre, suffisamment détaché pour ne pas l’effrayer. Trop peu d’intérêt et elle penserait qu’il était bien le salop qu’elle imaginait, trop sentimentale et elle s’enfuirait flairant un piège qui n’existant pas. Il fallait trouver le juste milieu, le point d’équilibre dans leur relation. Ne rien promettre, ne rien projeter. Vivre l’instant présent jusqu’à ce qu’enfin elle réalise qu’il avait toujours été le même, qu’il avait fait une énorme erreur.



    baby do you understand me now, sometimes i feel a little mad but don't you know that no one alive. can always be an angel when things go wrong i seem to be bad but i'm just a soul whose intentions are good oh lord please don't let me be misunderstood baby sometimes i'm so carefree with a joy that's hard to jude and sometimes it seems that all i have do is worry then you're bound to see my other side but i'm just a soul whose intentions are good. oh lord please don't let me be misunderstood.
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JULIAN & SARA ☂ l'alcool noit la raison, pas les souvenirs

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