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 DELIVER US

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AuteurMessage

AGE : 21 ans
MESSAGES : 46
ARRIVÉE LE : 07/03/2011
EMPLOI : haha
ADRESSE : hotel majestic roma, via vittorio veneto
QUOTE : ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres, o charme d’un néant follement attifé.
AVATAR : sean o
POINTS : 6

MessageSujet: DELIVER US   Ven 13 Mai - 3:16

— remind me i'm golden, the fortress above the sun.

— C’est par réflexe, plus que part réelle envie d’entretenir les risques de stérilité qui s’affichent sur mon paquet de Marlboro Light, que je m’empare d’une cigarette. De mon point de vue tout à fait subjectif mais profondément honnête, je n’ai de toute façon aucune envie d’imposer l’Existence à quelqu’un qui ne l’a pas demandé, pas plus que j’ai envie de savoir qu’une partie de moi continuera à vivre quand de mon coté, j’aurais enfin été soulagé. C’est un choix que je considère noble. La naissance est un don, dont très peu de gens savent tirer parti. Oui mais il y a le cancer du poumon, allez vous me dire dans une autre tentative de me convaincre que ma présence sur le sol terrestre est assez précieuse pour que j’en prenne soin. Mourir avant 50 ans, alors que j’en ai 21 et que j’ai tout fais et tout vu depuis presque 5 ans, j’ai envie de dire tant pis.

Je porte la cigarette à ma bouche bientôt rejoint par le briquet que j’ai trouvé dans la poche intérieur du costume impeccable que je porte. Après plusieurs essai infructueux je me rend à l’évidence, plus de gaz. Petite moue blasée, d’un mouvement du poignet je jette l’objet coincé entre mon index et mon majeur dans le vide comme s’il s’agissait de l’éternel bic volé à je ne sais qui. Un éclair de lucidité tardif me frappe, je me penche vaguement pour voir mon Dupont achever sa course quelque part, en bas. Tant pis aussi. Je me retourne pour observer les personnes présentes à la recherche d’un fumeur pour me dépanner. Il s’agira d’une fumeuse, qui me dévisage avec une insistance aussi frappante qu’elle à été frappée par la scène qui viens de se dérouler sous ses yeux. Je ne lui demande pas son briquet, je sais qu’elle s’attends à ce que je le lui empreinte, tout comme je sais que je vais devoir payer mon geste précédent et malheureux d’un peu de patience.

« C’est ce qu’on appelle balancer de l’argent par les fenêtres. » m’annonce t’elle d’un ton léger à peine altéré par une réalité dont nous ne voulons pas.
« Ou par dessus le balcon ? » j’esquisse mon premier sourire de la soirée qu’elle me rends avec une adresse discutable. Pas sur qu’on se comprenne, et pourtant elle ressemble à s’y méprendre à un spécimen de mon espèce.

Les longues boucles noires et brillante qui lui tombent sur les épaule sont l’oeuvre d’un Artisant coiffeur qui affiche très certainement «depuis 1948» sur sa devanture. Sa peau naturellement bronzée trahit un récent voyage d’agrément dans un pays qui sent bon le soleil, autant que les effluves d’un oriental hors de prix créé pour la même maison de couture prestigieuse dont est griffée sa robe m’affole les sens à distance pourtant raisonnable. La pochette en cuir verni qu’elle tient dans une main et qui contient ce qu’elle à jugée utile d’emporter avec elle en soirée représente au bas mot ce que récolte le peuple après plusieurs mois de dur labeur, et les carats coulent tels une rivière au creux de sa poitrine. Et ses yeux pétillent comment autant de bulles qui animent la coupe de champagne qu’elle tiens dans sa main libre. Signe qu’elle est encore en mesure de s’amuser de peu de choses. Tant mieux pour elle. Mes attributs de richesse extérieures sont plus simples. Il faut dire qu’auprès de la gente féminine, j’ai l’avantage d’un physique qui fait 90% du taf pour moi. Par principe de compléter les 10% restants, je porte le costume taillé pratiquement sur moi par un tailleur parisien lui aussi vieux comme le monde, un paire de chaussure qui ne dénote pas dans la ville dans laquelle je me trouve, une chevalière en or frappée de trois fleurs de lys qui annonce la couleur à qui possède un minimum de culture, la montre Audemars Piguet que je porte au poignet coute 196 000 euro et je trouve normal de balancer mon Dupont à travers la nature quand il n’a plus de gaz. Signe que moi, plus rien ne m’amuse. Tant pis pour moi.

« A qui ais-je l’honneur ? » Me demande t’elle perspicace dans un français irréprochable sans manquer d’entretenir un accent italien dont elle n’ignore pas le pouvoir.
« Julien de...Paris» Je m’empare du briquet Cartier qu’elle me tends enfin, et pendant que sa flamme sert son but, la demoiselle à qui elle appartient comprend qu’il ne sera pas nécessaire d’en demander plus sur mon identité.
« Vous n’aimez pas Vivaldi, Julien ?»

Je me retourne pour m’adosser contre la fonte tout en aidant ma cigarette à se consumer en aspirant de longue bouffée d’air volontairement pollué comme s’il s’agissait d’un spliff. Je reste silencieux durant de longues minutes, silencieux et sceptique à l’écoute des notes de musiques qui forment une composition de Vivaldi qui nous parvient depuis la salle que j’ai quitté un peu plus tôt, piétinant sans le moindre scrupule les règle de la bienséance à l’Opéra en gravissant les marches qui me conduisaient à l’extérieur en pleine représentation. Le Maître, que je connais déjà, et je vais l’étudier au Conservatoire matin, midi et soir pour les 3 prochains mois à venir parce-que ma rédemption passe par la musique. L’interprétation ce soir est à coté.

« Si, justement. Et vous ?»
« Non » au moins voila qui à le mérite d’être clair. Et franc. Je ne suis même pas étonné. Elle n’ai pas l’air de faire partie des gens qui mettent un point d’honneur à assister à toutes les grosses représentations pour alimenter les discutions de salon de thé d’un sujet auquel on ne connait rien pour donner le change, ni pour épater la galerie d’or et de diamants tels qu’elle et moi en portons au cou ou au poignet. Ni pour essayer de convaincre autrui qu’elle à une quelconque sensibilité pour quelque chose qui lui échappe. Cette jeune femme de quelques années, 5 tout au plus vieille que moi n’a de toute évidence aucun goût pour Vivaldi ou peut être pour la musique tout court. Je la suppute prisonnière de sa cage dorée, mais dans un élan d’utopie, je la questionne.
« Vous aimez quoi alors ?»
« La liberté»

Fuck me, aucune surprise. Rien. Ma vie m’emmerde profondément tout comme les gens que je rencontre. Je détaille un peu plus les divers éléments de sa parure et mon regard s’attarde à sa main gauche, ou elle arbore un anneau de platine sur lequel à été serti un diamant taillé de main de maître et plus pur que je ne le serais jamais. J’hausse vaguement les sourcils. Pas de chance mademoiselle. Pour les fiançailles il n’y a rien que je puisse faire pour elle à part lui présenter mes condoléances. Pour la liberté je peux uniquement lui trouver une porte de sortie temporaire et la laisser décider si elle souhaite la prendre ou non.

« Joli cailloux » Observation désuète plus qu’un compliment ou que de réelle félicitations alors qu’on sait déjà que lorsqu’elle sommeille et que son inconscient lui joue une preview de ce qui est sencé représenter le plus beau jour de sa vie, le rêve se transforme en cauchemar au moment ou la pianiste se trompe de partition et engage la marche funèbre au lieu de la marche nuptiale. Mais elle s’en rend à peine compte bien sur, puisqu’elle ne sait probablement pas faire la différence entre Wagner et Chopin.
« La bagatelle de 145 000 euros» M’annonce t’elle, et pour le coup, c’est moi qui suit indigné.
« C’est ça la valeur que vous donnez à votre futur mariage ? Celle de la quatrième voiture de sport que j’ai acheté la semaine dernière parce-que si je ne sais pas quoi faire de ma peau je peux au moins trouver des trucs à faire avec mon argent pour faire passer le temps quelques heures ?» Le mariage en revanche, c’est pour la vie, pauvre folle.
« Je suis désolée, nous ne devrions même pas avoir cette conversation » C’est clair...
« C’est pas grave, et puisqu’elle est entamée allons jusqu’au bout. La liberté vous évaluez ça à combien ?»
« Ca fait parti des choses qui n’ont pas de prix»
« Si je vous donne de la liberté en quantité suffisante pour y goûter le temps de quelques heures, vous la prenez ?»







— i can't make sense of this but we're here today, feeling alive.

— Je suis affalé dans un siège en métal des plus inconfortable sur lequel il m’ai été donné de m’assoir. Les yeux fermés, on pourrait croire que je dors. J’écoute de la musique, ça m’aide à relativiser. Si on sait ce qu’on perd on sait jamais ce qu’on gagne. J’ai toujours détesté Paris d’une force incommensurable. J’ai jamais voulu y aller, j’ai juste pas eu le choix et je m’interroge quotidiennement sur les raisons qui ont poussés mes parents à trouver l’idée prodigieuse alors que j’étais parfait là où j’étais. A 21 ans, j’aurais été un châtelain bon vivant mais simple et serviable à qui on amène ses chevaux pour les faire ferrer, et ses filles pour qu’il leur apprenne à monter sans prendre le risque que ce soit lui qui les monte. J’aurais épousé une fille normale bien qu’approuvée au préalable par mes parents, elle serait tombée enceinte la première année sans que ça me pose problème de procréer dans un environnement saint pour ma descendance, mes enfants auraient à leur tout eu des gamins, j’aurais fait un grand père autoritaire mais affectueux, et je serais mort de vieillesse tranquillement dans le lit de mon vieux château, chez moi. Au lieu de ça on ne m’a rien donné de plus que les armes que j’ai reçu à la naissance, a savoir les armoiries de la famille, et on m’a balancé dans un milieu ou je suis devenu un branleur de première, alcoolique à 14 ans, drogué à 17, qui déteste l’endroit ou il vit au moins autant que ses voisins. Et pourtant, j’arrive pas à en partir. Je pense que je ne pourrait pas habiter ailleurs. A 7 ans j’avais fait 4 fois le tour de la terre en Jet privé, J’ai vécu à Vienne et je vais maintenant vivre à Rome, mais je n’aime que Paris et ce passé sulfureux qui émane des murs et qui flotte dans les rue à cause de la lumière des réverbères sur les trottoirs humides, et les visages tristes derrière les vitre des cafés. Le Paris de Jean-Pierre Jeunet. On me tapote doucement sur l’épaule et j’ouvre les yeux sur une hôtesse au sol qui de toute évidence, tiens à me ménager tant je dois avoir l’air d’un type qui à passé la veille à se bourrer la gueule en faisant la fête alors qu’il n’a rien d’autre à fêter que son retour à Paris, avec autant d’enthousiasme que Buffy ressuscitée d’entre les morts qui en veux à tout le peuple de ne pas l’avoir laissé reposer en paix alors qu’elle était au paradis, et qui se retrouve à vivre une vie dont elle ne voulais clairement plus. On m’annonce que mon chauffeur est arrivé. Quitter Paris, je l’ai déjà fait, en avion quelques heures en arrière, et je me trouve maintenant dans l’espace réservé au détenteur de la fameuse Black Card en attendant le Taxi qui allait m’amener à mon Hotel.

Mon téléphone portable vibre dans la poche arrière de mon jean alors que je ne suis même pas descendu de la voiture de la compagnie de Taxi venue me chercher à l’aéroport et qui me dépose à présent devant le numéro 50 de la Via Vittorio Veneto. Je jette un bref coup d’oeil insatisfait à la façade du bâtiment avant je jeter par la suite un coup d’oeil à l’écran de mon Blackberry. « J'aurais bien aimé te voir jeudi après mes partiels mais tant pis...». Réponse à une annonce faite un peu plus tôt concernant mon absence de Paris pour lui préférer Rome jusqu’à la fin de la semaine. Tant pis oui. Pour toi. Si tu veux un mec qui te court après ton choix en matière de candidat relève de l’ordre du comique ma grande. Je passe sous silence ce que je pense réellement de son message et j’échange quelques banalités dont le but est clairement d’entretenir par l’espoir la population de mon sérail dans laquelle je peux taper à tout instant, selon mon bon vouloir, et chacune d’elle prétendant accomplir le miracle de me transformer en sentimental.

« Monsieur de Rochechouart ! Bienvenue et merci d’illuminer le Majestic Hotel de votre présence » J’hausse un sourcil profondément dubitatif sur le réceptionniste.
« Heu, j’espère que vous aimez la déception ?» Il ne m’écoute pas, il est conditionné pour déblatérer des conneries plus vite que son ombre à tout ceux qui Check In avec une carte de crédit No Limit.
« ...Et voici le pass de votre Suite, autre chose que nous pourrions avoir le plaisir de faire pour vous rendre service ?»
« Vous avez le programme de la Saison du Théâtre de l’Opéra de Rome ?» Devant son air de Lycéen à qui on a posé une colle le jour du bac blanc je comprend que non. Je préfère éviter de l’accabler en levant les yeux aux ciels mais le coeur y es.
« Si si non mais ne vous inquiétez pas allez vous installer et Luigi ici présent se fera un plaisir d’aller...» Je préfère le couper en plein élan de connerie.
« Le code d’accès au Wifi, s’il vous plait ?»
« Le ?»
« Le code d’accès au Wifi de l’hôtel, pour que je puisse me connecter à internet depuis ma chambre et consulter le programme en ligne» Ces italiens, ils se plient en quatre quand se plier en deux suffit largement. Il me donne le code et je commence à tourner les talons pour rejoindre la suite ou on a porté mes valises. Il m’arrête alors que je n’ai pas encore fait un pas.
« Excusez moi Monsieur mais je me suis toujours demandé, c’est bien la ville-lumière ?» j’hésites, entre le silence et la sincérité. Finalement c’est la deuxième option qui l’emporte et qui tombe comme un couperet.
« Non»

Dès que la porte se referme sur le garçon d’étage à qui j’ai laissé un pourboire énorme pour compenser les abrutis qu’il doit certainement se taper comme chef d’équipe, je peux redevenir ce que je suis. Un jeune homme de 21 ans qui s’est pas vu grandir et qui en a encore 18 dans la tête si ce n’est moins. Je récupère mon Ipad dans la grande poche de mon sac à dos. Je ne vais pas compter les mètres carrés d’une chambre à 5000 euros la nuit, ni m’assurer que la sortie de bain est assez épaisse, des fois que j’ai envie de me plaindre. Je prend au passage une canette de coca qui se trouvais dans la coupe en argent remplie de glace qui se trouvait sur la table basse de la pièce principale en guise de bienvenue, et je file directement dans la chambre. Pour sauter à pieds joint sur le lit pendant une bonne minute le temps que mon iPad se connecte, avant de me laisser retomber de dos. Je soupire à la vue du programme qui s’affiche devant mes yeux. Je m’esclaffe même. Encore Vivaldi, sérieux. Comme je viens de me renverser le contenu de ma canette de coca sur la chemise je me redresse pour atteindre de la main un mouchoir posé sur la table de nuit. La table de nuit où se trouve une enveloppe à mon nom et qui une fois ouverte contient une invitation à la représentation de ce soir au Théatre de l’Opéra, charmante attention d’une amie Italienne de ma mère qui m’invite à l’y rejoindre pour me présenter, selon la tâche qui lui incombe, à la faune locale. Ca veux dire que mon moment de pur détente coca, clope et programme de merde à la TV italienne tourne court, qu’il vas falloir que j’aille emmerder une femme de chambre qui ne demande, comme moi, qu’à ce qu’on lui fiche la paix, pour qu’elle repasse un de ces costume qui coute un bras. Et que j’aille me préparer pour être aussi présentable qu’on attends que je le sois en sortie «officielle». Officiellement, je suis à Rome pour le Conservatoire. J’ai à peine quitté celui de Vienne, je suis à peine retourné à celui de Paris où j’officie en tant que violoniste. Si je suis à Rome c’est qu’en tant que brillant diplômé, on me propose aussi le privilège d’enseigner de façon privée des court de théorie musicale. C’est l’excuse, car officieusement, je suis en exil. Peut importe et que tout aille au diable.


— J’ai marché du Majestic Hotel qui se trouve être mon lieu de résidence à Rome, pour retourner au Théatre de l’Opéra de Rome qui se trouve à une distance disons raisonnable pour ne pas avoir à prendre un taxi pour s’y rendre. Marcher me calme, condition sinéquanone pour faire bonne figure dans une société qui ne me manquais pas mais à laquelle j’étais obligée de me présenter par obligation. Et ce soir, j’étais attendu au cocktail qui était donné au Théâtre après la représentation à laquelle je n’avais pas assisté plus d’un quart d’heure par respect pour Vivaldi. J’avais à peine franchi les portes que je m’emparais à la volée d’une coupe de champagne que je vidais d’un trait avant d’interpeller la serveuse qui m’avait présenté le plateau.
« Hey ! » Politesse quand tu nous tiens...
« Monsieur ? »
« C’est dégueulasse, qu’est-ce que c’est ? » Tact, quand tu nous tiens aussi...
« Du Vranken Diamant Brut Millésime 1999 » me répond elle d’un air outré comme si, à moi, qui avait vidée plus de bouteille de Petrus à 4 figures qu’elle n’avait d’âge, elle allait m’apprendre ce qu’étais qu’un bon vin ou un bon champagne.
« Et bien il est infecte » dis-je en en reprenant une coupe dans le but maintenant clairement affirmé de me m’m'enivrer de façon conséquente, au moins assez pour avoir le courage d’afficher un sourire à toutes les personnes que j’allais avoir à saluer et qui me faisaient déjà mal au crâne ou point que je m’en pinçait la partie supérieure du nez, entre les deux yeux, prit par anticipation d’une migraine ravageuse.

Non seulement les gens m’ennuient mais il me fatiguent avec leur constance et consistance de marionnettes. Un minimum de talent d’orateur plus loin et ils disent oui à tout et n’importe quoi. J’en soupire d’avance. On vas venir me trouver pour me demander mon avis sur le concert et alors que j’y était même pas, il me suffira de leur dire que c’était fantastique pour qu’ils restent convaincu que Vivaldi était la personnification de Dieu sur terre. Si au contraire je leur avoue que j’ai trouvé ça nul à chier au point de déserter et que je n’ai de toute façon de réelle admiration que pour Mozart, alors ils oublieront Vivaldi dès le lendemain et iront parcourir youtube dès le lendemain à la recherche de la vidéo d’une mauvaise interprétation de la Symphonie n°40 à afficher sur leur mur Facebook, convaincu que de cette façon, ils réussiront à me faire croire qu’ils y comprennent quelque chose. Suis-je sensé m’en amuser ? Je pourrais. Les endormir à coup de Strauss et les admirer en train de tomber dans le précipice tel un mouton qui suit le premier qui s’est planté, mais personnellement je trouve ça déplorable et rien ne m’intéresse plus que les opinions différentes de la miennes, surtout lorsqu’elles ont étés forgées toutes seules.

« Mon-sieur de Rochechouart, on ne vous attendait plus, ou alors comme le messie » Je relève la tête et mes yeux s’écarquillent, incrédule devant la tornade de botox qui me fonce droit dessus bras grands ouverts et rire infâme au collagène qui lui sert de lèvres.
« Bonsoir ? »
« Qu’avez vous pensez de la représentation ?»
« ... Charmante »
« N’est-ce pas ! Suivez moi j’aimerais vous présenter à... »

Oh mon Dieu mais meurt.... Préférant ne rien dire plutôt que ce que je pense, je me laisse entrainer par le bras par Madame di je ne sais trop quoi que j’ai à peine reconnue puisque si je me souviens bien, la dernière fois que je l’ai vu, j’avais 15 ans. Chargée par ma mère de me présenter à tout ce que Rome abrite en cas sociaux mondains elle prenait sa tâche très au sérieux et je forçait mon cerveau à ne pas compter les poignées de mains dans un moment ou je n’avais envie de toucher personne, encore vaguement électrisé d’un contact charnel trop récent pour être tout à fait tombé dans l’oublie. Et qui savait se faire rappeler à l’ordre alors que j’écoute un beauf italien pur et dur à peine plus âgé que moi s’écouter parler lui même.

« Je vous présenterais bien ma fiancée mais elle est introuvable depuis le début de la représentation, une femme sublime »
« C’est dommage » Je répond aussi évasivement que possible dans l’espoir qu’il comprenne que je me fiche avec une perfection rarement égalée de ce qu’il doit considérer comme un trophée. Pourtant il insiste, et à ma grande surprise, pour ce qui s’avère être mon plus grand plaisir.
« Vous ne l’avez pas croisé vous ? Grande, brune, les cheveux longs et bouclés, une robe Chanel et ...» Je le coupe, parce-que je jubile en comprenant de qui il veux parler et je m’éclipse un peu plus loin, non sans lui taper amicalement l’épaule.
« Non je l’ai pas vu, vous devriez la retrouver avant qu’on vous la tire » Ou alors c’est voler qu’on dit ?

— Aristocratie fin de race, bonsoir. J’ai filé 100 euro de pourboire à un serveur derrière le bar pour qu’il me donne une bouteille neuve de sa merde de champagne qui en vaut la moitié et je suis parti m’assoir dans un coin du Théâtre pour l’entamer en solo. « C’est pas si pire » comme on dit dans les coin les plus reculés de la civilisation. à 17 ans j’avais plus de cocaïne dans le nez que les filles de mon quartier avait de mec dans leur lit pour rester poli et ne pas évoquer ce qu’elles prenaient par derrière, et aujourd’hui je suis clean, pour ainsi dire. Mais quand je vis des moments comme celui que je viens de passer, je me souviens des raisons pour lesquelles j’étais défoncé h24, 7 jours sur 7, 365 jours par ans. De tout les gens présents ici il n’y en à pas un qui serve, concrètement, à quelque chose, et je m’inclut bien entendu dans la masse tristement amorphe qui ne sait pas pourquoi elle se lève le matin et se couche avec l’idée fixe que demain est un autre jour...semblable.

Je suis à Rome depuis quelques heures et je me suis arrangé pour laisser le soin au autres de le prononcer, comme si j’avais Voldemorisé ma propre identité: De Rochechouart, c’est comme ca que je m’appelle. Ca fait de moi l’héritier de tout un tas de truc dont on se fou éperdument si ce n’est que la bulle dans laquelle j’évolue est constituée de droits, qu’ils soient considérés comme Divin ou Auto-octroyés, et qui forment ce que j’appelle l’impunité totalitaire, comme le défunt régime de mon pays d’origine. Est-ce qu’au moins, je l’apprécie cette impunité ? Même pas. Elle m’est chère dans la mesure où j’ai toujours fait ce que je voulais depuis la naissance et qu’il y a aucunes raisons pour que ça change, mais la vérité c’est que lorsqu’on à tout, on s'emmerde profondément parce qu'on a plus rien à désirer. Et le désoeuvrement fait de moi l’ennemi public numéro 1. Quand on ne sais pas quoi faire on fait de la merde. Dit moi ce que tu fais je te dirait qui tu es. Je suis passé maître dans l’Art de faire tout, n’importe quoi et surtout toujours pire, comme si «pire» devenait un but dans la vie à défaut de mieux. Quitte à blesser des gens que j’aime quand blesser des gens que j’aime pas ne me diverti plus assez. Parfois j'aimerais vomir. ainsi je pourrais peut être vomir mon âme. A force de persécuter les cons et martyriser le peuple par soucis de tirer le maximum de la récréation sans fin que représente ma vie, je finirais bien par être condamné à me laisser crever lentement de faim dans un sous bois, parce-que c’est ce que je mérite. Je suis la pire merde qu’on puisse croiser dans une vie et je revendique l’application avec laquelle je peaufine les moindre détails plus que j’assume le fait d’être un gros connard. Je suis un artiste et mon oeuvre, c’est moi. Sauf qu’elle n’est pas belle à voir, et ma lucidité tuant tout le fun, je la noie dans une mauvaise bouteille de champagne en attendant que les convives et leur mondanité à dépasser l’entendement ai terminés de porter aux nues un nom de famille illustre et le physique qui le porte, sans se soucier de ce qu’il peux y avoir derrière.

Un être gravement allumé, qui souffre de lucidité éventuellement bénéfique sur ce qu’il est devenu dans la mesure ou il vas tenter de se trouver un but dans la vie moins nocif pour l’environnement. Qu’un jour il puisse se retourner sur ses pas et constater qu’il a oeuvrer en faveur d’autre chose que pour le ravage et la désolation sur terre. Toutes proportions gardées, Rome, représente cette, très faible il faut le dire, lueur d’optimisme. Car sans doute moins invivable que Paris 8, il n’en reste pas moins que toute ville à ses égouts et son lot de gens qui en proviennent. Ceux là même qui tuent la foie en l’être humain qu’on arrive encore parfois à croire sincère, en faisant revenir au galop un naturel qu’on tente pourtant de chasser, tant ils poussent à la rédaction d’une apologie de la haine, tant il incitent à la composition d’une ode aux escadrons de la mort, tant ils exhortent à la prière de les voir crever d’opprobre dans les bas fond d’où ils proviennent. Et puis il y a ceux pour qui ça vaut la peine d’essayer de changer, et de continuer à y croire. Comme cette femme rencontrée plus tôt sur le balcon avec qui j’ai terminé dans le lit de mon hôtel à quelque pas du Théâtre et qui s’est fait passer dessus par un homme dans toute sa faillible splendeur, ses murmures de tendresse insensés qui profitent d’un moment d’absence et d’abandon pour s’échapper, des mouvements de reins d’une précision digne de l’horlogerie suisse qu’il porte au poignet et avec laquelle il trouve ce que le désir commande à son corps d’aller chercher et qui n’existe que dans le regard de l’autre, quand elle lui réponds.

Je lui ai donné un peu de liberté, elle m’a donné son corps. Elle m’en a remercié et je lui en suis presque tout aussi reconnaissant. Les deux sont hautement addictifs, pour preuve la longue liste de victimes qui m’appartient. Pourtant, quelque chose que personne à jamais été fichu de comprendre, c’est que peut importe la fille, peut importe l’endroit, comment, ou dans quel but très certainement malsain. J’en ai baisé aucune. Ma pauvre dame, c’est que je suis bien trop paumé pour ça en plus. Je ne pense pas que ce soit nos actions qui définissent notre essence mais notre naissance. Et je suis un Ange putain. Au sens biblique du terme. Je suis mauvais car j’ai chu. J’ai juste faillit et renié ma tache, tourné le dos à ma vrai nature, déçu par celle des autres, incapables de me renvoyer ne serais-ce que le 10ème de ce que j’ai à leur offrir. Pourtant je continu. Et elle aussi visiblement. La voila qui passe devant moi au bras de son fiancé que j’ai rencontré un peu plus tôt. Elle m’aperçoit et prend l’initiative de quitter son «propriétaire» pour me rejoindre.

« Tu es parti comme un voleur et je te pensais de partout sauf ici » Sous les airs de reproches, je ne peux pas m’empêcher de remarquer l’air bienveillant qu’elle pose sur moi.
« Devoir quand tu nous tiens, enfin, je fait acte de présence quoi, parce-que niveau participation, c’est pas encore...Je peux savoir ce que tu fais ? » J'ai reculé mon visage sur lequel s'affiche un mélange d'étonnement et de peur assumée, alors qu'elle à approché sa main pour me caresser l'arcade sourcilière du bout des doigts.
« Je...sais pas » Moi je sais, allez viens par là, je ne lâche pas le poignet que j'ai attrapé et je me lève tout en l'entrainant avec moi dans un coin à l'abri des regards indiscrets. Je me cale dos au mur et en dépit de la pénombre, je la toise du regard dans l'attente de ce qu'elle peux avoir à me dire. Rien. Elle à rien me dire alors elle fait. Des trucs avec son corps contre le mien qu'une jeune femme bien éduquée et fiancée qui plus es ne devrait jamais faire. De mon coté au lieu d'attendre que ca passe, j'en profite pour l'embrasser et lui passer la main dans les cheveux, des gestes de tendresse que je peux me permettre avec quelqu'un qui à déjà goûté à ma vulnérabilité.
« J’ai encore besoin de toi » Me dit elle en remontant sa cuisse entre mes jambes. Je l'arrête.
« Quoi, ici ? Non, retourne voir ton fiancé, maintenant »
« Pourquoi tu me dit ça comme si j’étais une pute ? » me dit elle d’un air incrédule, comme si je n’avais pas été clair avant, en tout cas avec moi même, que la liberté était addictive et que de coucher encore ensemble n’est pas une bonne idée. C’était pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c’est qu’elle devrait retourner à sa vie tranquille bien que malheureuse avant d’y foutre encore plus la merde pour moi. Pourtant, je la regarde dans le yeux, mes mâchoires saillantes trahissent la façon dont je serre les dent comme on mordrait dans quelque chose pour supporter la douleur sur le point d’être infligée. On ne s’habitue jamais à la douleur, mais on l’oublie une fois dissipée. Je me répète que c’est juste un mauvais moment à passer, et je lui tire une balle dans la tête pour abréger ses souffrances autant que les miennes.
« Parce-que c’est ce que tu es. Comment tu appelles une fille qui trompe son fiancé dans le coin sombre d’un lieu public où il se trouve aussi, avec quelqu’un qu’elle connait depuis quelques heures voir pas du tout et qui l'a déjà sauté ?» La baffe que je me prend n’est pas volée. Je le regrette à peine, c’était nécessaire. Sinon elle ne m’aurait jamais lâché. Faire preuve d’Amour ? Oui mais non, surtout pas. Jamais de la vie. Ou en tout cas plus jamais. A force de déceptions tout ce que tu peux espérer c’est te faire cartoucher. Et basta. C’est qu’à ma chute on m’a assigné un des 7 péchés capitaux. Dur de dire avec certitude lequel n’est-ce pas ? Je suis Orgueilleux jusqu’au bout des ongles, et colérique comme c’est pas permit pourtant c’est pas un de ceux là, le mien c’est la Luxure. Je profite des plaisirs du corps pour moi-même, parce-qu’il n’y a juste rien d’autre à attendre. Ni d’elles, ni de moi et de mon indulgence qui s’est amenuie comme une peau de chagrin.

— Elle est partie et je me retrouve seul, à nouveau sur les marches à enterrer ce qu’il viens de se passer sous un peu de champagne avec dans l’idée de retourner sur le balcon pour aller fumer une cigarette. Il faudrait aussi que je retourne assister au cocktail avant que ce dernier prenne fin mais je ne suis pas certain d’avoir attendu assez longtemps pour que la horde de beautifull people excités comme des acariens au salon de la moquette se soient calmés. Tout ces gens qui n’ont de noble que le nom de famille et dont le comportement est aux antipodes de ce qu’on est en mesure d’attendre. Ce qui est sans doute le cas de cette jeune femme qui me passe devant et qui m’apercevant, marque le temps d’arrêt propre à ceux qui croisent quelqu’un qu’ils ont le sentiment d’avoir déjà vu quelque part avant de continuer sa marche. Je sais pas où elle vas mais elle, à l’air de le savoir. Alors que pour ma part, je n’ai pas envie de retourner à Paris, je ne suis plus tout à fait sur de savoir ce que je fait à Rome, je rêve d’une semaine ou deux de chasse à la campagne avec mes chevaux. Mais je suis là, et tout ce qui me reste à faire, c’est de donner aléatoirement le bénéfice du doute au gens qui croisent ma route, des fois que l’une ou l’un d’entre eux soit plus décent que le moyenne. Et y’a tellement de travail à abattre que j’en viens à me dire qu’il vaudrais mieux commencer maintenant.

« Hey » Je me lève en emportant ma bouteille avec moi et colle au talon de mon inconnue aléatoire numéro un. J’essaye de lui dire quelque chose qui ne trahi pas le fond de ma pensée et qui ressemblerait à peu de choses prêt à quelque chose comme « T’es inutile comme le reste de la planète ou c’est mon jour de chance ?». Ca serait rude, comme première approche. Heureusement, moi aussi, je l’ai déjà vu quelque part et elle ne m’est pas si inconnue que ça. Je lui parle en français. « Tu étais à Paris pendant un temps je me trompe ? Je crois me rappeler t’avoir croisé au conservatoire ou dans un Théatre ... quelconque.»
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MessageSujet: Re: DELIVER US   Mar 17 Mai - 5:11

« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! »

Le bruit de vaisselle me parvient avant même le fumet délicat qui s’infiltre sous ma porte. Même à cette distance, j’arrive à décortiquer les odeurs, les séparer, les classer, de manière à ce qu’elles ne forment plus un ensemble délicat et alléchant, mais tout un panel d’aliments qui m’attendront autant de temps que nécessaire dans un salon vide de sens depuis qu’il ne résonne plus que de mes propres pas. Je sens le thé, mon préféré, le darjeeling, je reconnais le parfum délicat de croissants juste chauds, comme je les aime, des oeufs aussi, soit pochés, soit brouillés, il me faudrait utiliser un autre sens pour en décider, il y a l’odeur de café chaud aussi, des fois que l’envie me prenne d’ingérer un peu de caféine, et puis les effluves de pain toasté, ni trop, ni pas assez, juste parfait, comme si le personnel de maison sortait tout droit d’un camp d’entrainement spécial visant à ce qu’ils mémorisent et exécutent à la perfection les plats affectionnés par leur prochaine affectation. J’aime cette idée. J’aime l’idée d’une Maria rampant dans la boue tandis qu’un adjudant chef hurlerait des noms de plats et qu’elle répondrait par la cuisson voulu pour chacun d’entre eux. Un travail de titan hier, lorsque la vaste demeure grouillait encore de monde. Cuisson optimale pour tous. Chacun son propre festin. Livio, café, oeuf, bacon, et un grand verre de lait. Stella, un thé, une rondelle de citron, et deux toast nappés d’un peu de gelée de coing. Caly, céréales et nutella. Julian, café noir et croissants. Giovanni, café noir, un sucre. Giovanni... Aujourd’hui il n’y a plus que moi, mes seules envies à se rappeler et à contenter. Et ça fait mal. Ca fait mal parce que Maria y met tant d’ardeur qu’elle me rappelle continuellement à quel point elle se sent inutile, à quel point s’occuper d’un seul petit déjeuner est une offense envers une femme de sa qualité, une grand mère en puissance, une italienne qui ne vit que pour contenter la terre entière et plus, si possible. Et parfois, quand le fumet me parvient, lorsque je suis encore à la frontière entre rêve et réalité, je me prends à tendre l’oreille pour guetter les bruits de jadis, le pas lourd de mon aïeul, les éclats de voix de l’amorce d’une dispute, la voix atroce de ma jeune soeur détruisant méthodiquement le hit du moment. Tout, plutôt que ce silence assourdissant. Et dans mon inconscience lucide, je sais que je rêve, je sais sans savoir que je vais bientôt ressentir la douleur aïgue de la lame, luisante et tranchante, de la réalité qui s’abattra sur ma gorge, créant un noeud que je devrais ravaler, déglutir, avant de pouvoir ne serait-ce que mettre un pied hors de mes draps et amorcer une nouvelle journée, sans lui, sans eux, sans moi. J’en ai conscience, et pourtant je fais durer ces brumes qui brouillent ma perception des choses et des évènements, cette amnésie douce et addictive, je l’entretiens comme un feu follet, soufflant sur la braise avec frénésie, refusant que la flamme ne s’éteigne, jusqu’à ce qu’elle ne disparaisse complètement, malgré l’énergie du désespoir que j’ai mis à garder mes paupières soudées entre elles et à ignorer le froid qui se répand dans mes membres. Et lorsque le couperet tombe, je suffoque. Un peu moins qu’hier, toujours plus que demain. Est-ce qu’un jour je pourrais me lever sans même y penser, sans ce sentiment de manque cuisant ? Est-ce qu’un jour ma douleur sera autre, simple sentiment de culpabilité face à l’oubli ? Ai-je seulement envie d’oublier ? Non, j’aime avoir mal.


Comme prévu, mon petit déjeuné est juste fumant lorsque je daigne faire mon apparition dans la salle à manger, malgré les longues minutes passées au lit à courir après le souvenir fugace d’un passé pas si lointain que ça, et malgré ma douche de trois heures, comme si je mettais un point d’honneur à vider tout le ballon d’eau chaude comme c’était d’usage avant. Je suppose que Maria doit jeter au fur et à mesure les plats devenus froids à la poubelle pour en préparer d’autres bien chauds, et ce jusqu’à ce j’accepte enfin de me montrer, juste pour que j’ai le plaisir de manger frais et chaud, sans avoir à attendre. Un luxe dont je devrais me réjouir. Sûrement. Mais je n’y parviens pas. Quel jouissance peut-il y avoir à s’installer seule à une immense table peuplée de chaises vides, à se faire servir la même chose chaque matin, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, et à manger avec le rythme mou de ma fourchette grinçant contre l’assiette pour seul accompagnement sonore ? Ce sont des oeufs pochés qu’on glisse devant moi. Je remercie Maria d’un sourire que j’imagine suffisamment convaincant vu qu’elle me le rend, authentique chez elle, puis je reporte mon attention sur la chaise vide qui me fait face. 8 mois. C’est beaucoup, mais pas encore assez. Est-ce que les choses seraient différentes aujourd’hui si un taré n’avait pas décidé de jouer les snipers un beau soir d’été ? Sûrement. Ou peut être pas. Finalement, on était pas plus heureux à cette époque là. Notre vie était déjà moche. Mais c’était «notre» vie, et pas seulement «ma» vie. Il paraît que c’est normal d’idéaliser le passé lorsqu’on perd un proche. On sublime les bons souvenirs, on oublie volontairement les mauvais. C’est normal. Tout est normal. Je suis normale selon ce psy à 300€ la séance. Normal aussi de devoir louer son utérus à un couple gay afin de pouvoir s’offrir cette séance. Normal. Oh, ce n’était pas un problème pour moi, une Spinelli n’a pas de problèmes d’argent. C’est comme ça, c’est un fait établi. Jamais je n’aurais à louer mon utérus -et ne vous y méprenez pas, je n’en éprouve aucun regret-, pas plus que je n’aurais besoin de travailler pour nourrir une famille ou autre. D’ailleurs je n’ai même pas besoin de fonder une famille, ça ne fait pas partie des priorités de la mienne, de famille. C’est Julian qui a hérité de tout ça. Et moi j’ai hérité de quoi ? De la liberté. Une liberté tellement vaste que j’en perds mon sens de l’orientation et que je tourne en rond jusqu’à ce que quelqu’un daigne me confier une boussole. Il est où le sens de ma vie ? Pas dans mon assiette, en tout cas, où s’entassent mes oeufs que j’ai rangé d’un seul et même côté pour créer une illusion de vide, comme si j’y avais touché. L’illusion. C’est ça mon métier aujourd’hui, je suis passée maître dans l’art de l’illusion. Je suis la plus grande illusionniste de Rome. Parfois, j’arrive même à me tromper moi-même.

J’y parviens assez souvent même, je suis assez douée pour ça. On se persuade que tout va bien, que notre vie est facile, belle, longue, et l’avenir radieux, et dans un sens on a pas spécialement tort, la vie est belle en soi, on est pas entrain de crever de faim dans un pays de tiers-monde, ni mariée de force à l’âge de 12 ans, grand-mère avant ses 25 ans. Je n’ai qu’à claquer des doigts pour obtenir ce que je souhaite, absolument tout ce que je souhaite, je n’ai à me soucier de rien, on s’arrange pour que j’ai à en faire le moins possible, sans effort, tout est facile, à porter de main. C’est une vie simple, facile, sécurisé. Je suis jeune, belle, intelligente, on n’attend rien de moi, on ne mise pas sur moi, on me laisse libre. Je peux me distraire comme je le souhaite, fréquenter qui je veux, aller où je veux, vivre comme je le veux. J’ai une famille aimante, des parents formidables, un agenda bien rempli, alors de quoi aurais-je à me plaindre ? Rien. J’ai été gâtée par la vie, elle m’a tout offert, sauf le droit de m’en plaindre. Les gens n’ont pas idée de ce que je cache en moi, de ce que je protège en mon sein, cette douleur sourde pas si enfouie que ça, habillement dissimulée sous un sourire et un rire communicatif. Ils n’en ont rien à foutre, ils ne creusent jamais. Et pourquoi faire ? Ils se contentent de la surface, c’est tellement plus simple, et puis ça leur donne l’impression de connaître l’autre dans un monde où on ne se connaît même pas soi-même. Je suis Thalie, la blonde, la souriante, la pleine de vie, la jeune femme à l’humour corrosif, celle avec qui on est assuré de passer un bon moment. Et c’est très bien ainsi, c’est la facette que j’apprécie le plus aussi, celle qui me permet d’apprécier ce que j’ai, ce que je n’ai pas, et ce que je pourrais avoir. Mais quand il arrive que mon sourire se fissure et que mon regard se fasse plus sombre, alors on ne comprend pas. Thalie la bondissante, triste ?! Impensable ! Ca ne peut et ne doit arriver dans leur joli petit monde des apparences. Et quoi, crétin ? Tu penses que je suis née avec une atrophie du coeur qui m’empêche de ressentir ce qu’un humain est en droit de ressentir ? Lorsque la musique se fait plus profonde, que les lumières se tamisent et les regards s’échappent, c’est là, sournois et vicieux, ça s’insinue en moi, glissant sous ma peau comme un serpent de glace, les idées noires m’assaillent, et je n’ai d’autre choix que de me laisser submerger. Mon visage perd de son éclat, mon regard se vide, j’observe les autres autour de moi, leurs corps se mouvant au rythme d’une chanson insipide. Je les vois chanter, danser et rire. J’envie leur insouciance, leur candeur et la facilité avec laquelle ils abordent cette vie. J’oublie que quelques instants plus tôt j’étais eux, et que moi aussi je chantais, je dansais, je riais. J’oublie que moi aussi j’ai ma part d’insouciance et de candeur. J’oublie tout. Je m’oublie, je me perds. J’ai l’impression qu’en quelques secondes ils ont eu le temps de dresser un mur infranchissable devant moi, une paroi de verre qui me permet de les voir mais jamais de les rejoindre. Comme le lapin d’Alice, je me répète que je suis en retard, en retard, toujours en retard. Personne ne m’attends nulle part, et c’est sûrement ça le problème. Je suis seule. Dans cette vie, dans une autre, je suis seule. J’avais toutes les cartes en main, et j’ai choisi de faire voler mon jeu, juste pour le plaisir de les voir virevolter jusqu’au sol. Et maintenant j’ai plus le temps de les ramasser pour en choisir quelques unes. Les cartes ne m’ont pas attendues, les bonnes cartes n’attendent jamais. Alors je ferme les yeux, et dans ma tête ils chantent toujours, ils dansent toujours, ils rient toujours. Est-ce pour me narguer ? C’est bientôt mon anniversaire. J’y pense. Une année de plus. Une personne en moins. Je n’ai que 24 ans. Qu’en sera-t-il lorsque j’en aurais 30 ? J’ai l’impression que le monde se vide autour de moi, chacun devenant sérieux, adulte, époux, père... Et moi ? Moi je suis restée figée dans le temps. «Quoi de neuf dans ta vie, Thalie ?». Toujours la même réponse : Rien. Jamais rien de neuf. Je n’évolue pas, je n’avance pas, je reste là et j’observe le train passer, en me disant que je finirais bien par attraper un wagon, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun, et que le train ne soit plus qu’une tâche sombre dans le lointain. Finalement, je ne sers à rien. Je ne vis pour rien. Je ne suis qu’un passé sans avenir. Je me sens vieille. Et puis, une main se tend vers moi, une main qui a franchis le mur de verre. «Danse Thalie !» L’ordre que j’attendais. Alors je me lève, je danse, et j’oublie que je ne suis qu’un passé pour me projeter dans un avenir immédiat. Je n’ai pas pris le train, sûrement ne le prendrais-je jamais. Mais en attendant, je peux peut être passer le temps avec le contrôleur.


J’ai trouvé la parade. C’est assez simple en fait, d’une simplicité enfantine : ne jamais me laisser l’occasion de réfléchir. Je comble ma vie pour oublier à quel point elle est vide. On pense souvent que je souffre d’hyperactivité, si seulement ils savaient à quel point ils sont éloignés de la vérité. Pourtant, dans les faits, ils n’ont pas tout à fait tort, c’est vrai que je suis assez inépuisable, vivant ma vie à 100 à l’heure, sans jamais prendre le temps de m’arrêter pour observer la vue. Et prendre le risque d’apercevoir le train ? Jamais de la vie. Alors je cours, je cours jusqu’à ce que mes muscles me crient d’arrêter, je cours jusqu’à ce que ma respiration anarchique s'essouffle, et que mon coeur menace de claquer. Je cours pendant des heures, en pleine cambrousse. Contrairement à bon nombre de mes connaissances, je ne vois pas l’intérêt de m’épuiser sur un tapis de course avec pour seul paysage une baie vitrée donnant sur une avenue bruyante. Quand on a la chance de vivre dans une ville qui a fait de ses espaces verts son cheval de bataille, il serait vraiment stupide de ne pas en profiter. Parfois je cours en pleine ville, c’est rare, mais j’aime bien, ça me donne le sentiment d’être déplacée, anachronique et totalement vivante. C’est le cas aujourd’hui, mon énorme casque sur les oreilles, lâchant des décibels à vous vriller les tympans, mon corps moulé dans une de ces tenues qui vous semble indispensable pour courir lorsque vous les apercevez dans les pages de Vogue, et que vous portez une fois, pour faire 500 mètres, cracher vos poumons crasseux de nicotine avant de la remiser au fond de votre placard et l’oublier pendant des mois, je cours. Moi c’est différent, j’ai fais de la course mon défouloir, je m’épuise avant midi, et ce depuis des années. Griffée de la tête aux pieds pour la Scala, je dépasse les bureaucrates en cravates, les familles en poussettes, je fais craquer les cous des bons pères de famille qui profitent d’un moment d’inattention de leur chère et tendre pour suivre des yeux cette blonde au corps de danseuse qui court comme si elle avait la mort aux trousses. C’est pas la mort que j’ai aux trousses, c’est la vie. Et c’est bien plus flippant. Ma queue de cheval se balance dans mon dos au rythme de mes pieds foulant l’asphalte, les petits cheveux qui s’en sont échappés se collent à ma nuque perlée de sueur, mes joues rougissent, ma gorge et mes poumons brûlent à chaque respiration, mes muscles aussi. Et j’adore ça. Je me sens vidée, je puise dans mes dernières forces pour combler les derniers mètres qui me séparent de la maison. Ma vue se brouille et se rétrécie, je ne vois plus que cette ligne de bitume floue devant moi, sous mon nez, comme la ligne jaune d’un GPS vous annonçant «dans 500m, tournez à gauche.», un fil conducteur, juste ce dont j’ai besoin. 500 mètres, et je tourne à gauche, docile et disciplinée, je débouche dans ma rue, celle qui m’a vu grandir, puis fuir. Ma maison, celle de mon enfance, la plus grande, la plus protégée aussi, s’impose au milieu de toutes ces autres qui tentent de rivaliser sans jamais y parvenir. Je dépasse celle des Giolitti, et pendant l’espace d’une seconde j’imagine le regard du père me vriller le dos depuis les doubles fenêtres de son vaste bureau. Mais ce n’est que mon imagination. Je ne suis rien, pas même pour lui. C’est Julian qui est ce tout qu’on admire, qu’on redoute, qu’on déteste et qu’on envie. Je ne suis rien. Je puise la force nécessaire tout au fond de moi, et les jambes en feu, je pousse un sprint jusqu’à l’immense portail qui s’ouvre devant moi, comme si on m’attendait depuis mon départ, immobile devant l’écran de contrôle de la vidéo-surveillance, prêt à pousser le bouton sitôt que j’entrerais dans son angle de vue et que je n’ai surtout pas à patienter pendant que le mastodonte en fer forgé grince sur ses gonds. Je n’ai même pas besoin de m’arrêter, alors je poursuis ma course sur le gravier, je dépasse une de mes voitures, et je rejoins Maria qui vient de m’ouvrir la porte de la maison, un sourire aux lèvres. Ce n’est qu’à cet instant, après avoir gravis les quelques marches menant jusqu’à elle, que je m’autorise à m’arrêter, à reprendre mon souffle, la tête entre les jambes, les mains sur les genoux, refoulant la nausée qui grimpe en moi comme à chaque fois. La vieille femme patiente, toujours aussi souriante, que j’ai retrouvé mon souffle pour me tendre un grand verre d’eau fraîche, sachant que j’aurais, comme à chaque fois, terminé ma bouteille depuis longtemps. Je m’en empare, et le vide d’un trait sans profiter de ses bienfaits apaisants sur ma gorge irritée. Je la remercie d’un sourire -ma marque de fabrique- avant de lui rendre le verre, et d’accepter l’enveloppe qu’elle me tend.

« Bonne course ? » me demande-t-elle comme chaque jour depuis plus d’un an.
« Parfaite. » je réponds dans un sourire, comme chaque jour depuis plus d’un an. Elle se décale pour me laisser passer, puis trottine derrière moi, tandis que j’entreprends de déchirer la belle enveloppe calligraphiée à mon nom. La gouvernante s’arrête au bas des marches, pas moi, et je gravis l’imposant escalier de marbre en tirant le carton de son précieux écrin. Je sais déjà de quoi il s’agit, des enveloppes de ce style, j’en reçois plusieurs fois par mois, et ce à cause de mon nom et de ma prédilection assumée pour le violoncelle. C’est suffisamment rare chez les nouveaux riches pour susciter l’intérêt des hautes instances musicales de Rome. Des lettres dorées légèrement incrustée dans le papier de qualité annonce que le Teatro dell’Opera di Roma a le plaisir d’inviter mademoiselle Athalia Juliana Spinelli au concert dédié à Antonio Vivaldi. Concert suivi d’un cocktail dinatoire avec les artistes. On m’a joint le programme, en le feuilletant je constate que je ne connais aucun des musiciens cités. Ca explique l’invitation. Une salle vide est toujours du plus mauvais effet sur le moral des artistes et sur la réputation de l’Opéra, alors on invite, on invite, on rempli la salle de crétins prétentieux sans notion musicale mais qui ne refusent jamais une invitation à se faire voir et à manger à l’oeil, une salle d’ignares et d’insupportables pompeux que je vais devoir me coltiner. Parce que oui, j’y vais. Je me dois de relever un peu le niveau. Mon empathie fait que je me mets à la place des quelques musiciens présents sur scène, qui joueront pour un parterre de connards ronflants, et moi. Moi je serais là, et moi j’écouterais réellement ce qu’ils ont à me dire. J’irais. « Ca tombe bien, j’avais rien de prévu pour ce soir ! » je lance depuis la quinzième ou seizième marche. C’est le rire de Maria qui me répond. Toujours en bas des marches, appuyée sur le pilastre de la rampe, elle m’observe avec amusement.
« Je ne sais pas comment vous faites, ni d’où vous viens toute cette énergie, mais j’en aurais bien besoin d’un peu si vous êtes d’humeur généreuse. » Ses reins craquent tandis qu’elle se penche en arrière pour illustrer son propos avant de repartir en direction des cuisines. « Toujours par monts et par vaux, cette gamine... » marmonne-t-elle. « Un vrai rayon de soleil... » Si seulement elle savait ce qu’il en est réellement. J’ébauche un sourire. Je suis une éclipse. Une éclipse totale.

« Que le corps fasse ce qu’il veut. Je ne suis pas mon corps. Je suis mon esprit. »

J’avais raison, le concert fut à chier, et le parterre tout autant. Un panel de ce que Rome peut faire de meilleur, un microcosme qui vous jette leur argent à la tronche avec cette absence de discrétion toute italienne. Ils sont riches, ils veulent que ça se sache. Dehors, un musicien, plutôt bon, fait la mendicité, mais personne n’en a quelque chose à foutre. Ici on savoure un champagne acide dont on vante le goût incomparable, des «saumons sur son canapé» avec beaucoup de canapé et très peu de saumon, et quelques macarons «tout droit venus de Paris» qui n’ont rien de Ladurée. J’en viendrais presque à regretter les orgies de bouffe de la Rome antique. Au moins, en ce temps-là on savait festoyer. Moi je suis au vin blanc, une valeur sûre, et je promène mon verre et ma robe déjà portée -n’en déplaise à la Fashion Police milanaise- entre les convives en priant pour qu’on me voit sans me voir. Qu’on me voit assez pour dire que j’étais là, mais pas assez pour m’aborder et me tenir la jambe pendant trois plombes. L’invitation est arrivée trop tard, je ne suis parvenue à me dégoter un cavalier, alors j’aborde le cocktail dinatoire avec mon célibat pour seul compagnie. C’est pas plus mal, je ne voudrais imposer cette grotesque mascarade à personne, même si je me sens un peu démunie et vulnérable sans le bouclier d’un «+ 1». Heureusement pour moi, il semblerait que le fait que Thalie Spinelli soit présente, ou que Julian Spinelli soit absent, ne soit pas le sujet croustillant du moment. Où que je passe, quelque soit le groupuscule mondain que je traverse, j’entends des «Youlienne di Rouchéchouarté» à ne plus savoir qu’en foutre. Je n’ai aucune idée de qui est cette personne, mais mentalement je la remercie de son existence qui occulte la mienne, ou plus précisément qui occulte celle de mon cousin dont je ne suis que la représentante. Grâce à ce nom sur toutes les lèvres, je passe relativement inaperçue. Relativement seulement, puisqu’une main flétrie, une bague à chaque phalange, et le vernis criard, vient de se poser sur mon bras pour me hurler dans le tympan « MaaaaChééééééééérie ! » tout ça en un seul mot et avec une promiscuité qui m’indispose, je pourrais presque sentir son haleine vinassée dans mon cou. Elle s'agrippe à mon bras, ses ongles s’enfonçant dans ma chair, empêchant toute fuite éventuelle. La première chose que je remarque c’est sa robe trop courte pour une femme de cet âge, puis sa couleur trop criarde, et finalement l’abondance de ses bijoux, comme si elle avait fait péter le coffre avant de venir, et qu’elle portait sur elle la totalité de biens accumulés en plus de cinquante ans d’existence. Je souris, par politesse, mais je sais que le vent a tourné. Elle a parlé si fort que l’attention se reporte sur moi, et je me retrouve à sourire à une brochette de cartes vermeilles. « Tu l’as vu ? Dis, tu l’as vu ? » me harcèle Franca Pilla, tandis que je suis encore entrain de saluer son ancien président de mari. Avec sa permanente gonflée à l’hélium et ses boucles d’oreilles aux perles disproportionnées, sa tête me fait l’effet d’une montgolfière prête à se détacher de son cou.
« Qui ça ? » je demande, naïvement, en tendant la main à Giulio Andreotti qui s’empresse d’y coller ses lèvres façon ventouse. Je réprime une grimace. Je ne sais pas ce qui me dérange le plus. Sa petite tête de fouine posée à même ses épaules ? Ou bien le fait qu’il soit plus mafieux que Denaro lui-même ?

« Maaaaa ! Yulienne di Rouchéchouarté ! » scande-t-elle, sa bouche toujours trop proche de mon oreille. « Ca va ? J’ai bien prononcé ? » s’informe-t-elle en se tournant vers son époux qui, en embrassant la pointe de ses doigts, lui rétorque un « Perfetto ! » des plus hypocrites. Elle ne s’en rend pas compte et s’illumine de fierté, avant d’abattre ses deux mains sur la poitrine que ma robe ajustée laisse amplement respirer. « Il est magni.fi.que ! » Donc il s’agit d’un «il» ? Je me demande quel est le prénom qu’ils massacrent tous. « C’est bien simple, on dirait un italien ! » Compliment ultime. « Un peu maigre, cela dit. » Comme toujours, à moins d’afficher un embonpoint sévère. « Et puis une stature... Altier ! C’est ça, il est altier ! Un port de tête... Aïe, aïe, aïe ! » Et voilà l’ancienne première dame d’Italie qui se lance dans une imitation de ce «Yulienne», décrivant un petit cercle autour du groupuscule, le menton exagérément haut, le dos bien droit, et je dois dire que, malgré sa petite taille, elle fait peur. Et pourtant tout le monde hoche la tête de concert, applaudissant même la vieille dame. J’en déduis donc que cet inconnu altier n’est autre que la réincarnation de Napoléon, vu la description et l’imitation. Et je n’ai pas aperçu l’ombre d’un Bonaparte depuis mon arrivée au cocktail. Mais elle s’en fout, elle ne me laisse pas répondre, encore une fois je ne suis qu’un prétexte qui lui permettra de briller, d’attirer les regards, d’être au centre de l’attention. Elle s’est de nouveau lancée dans une diatribe dont je semble être la destinataire principale. Elle est de nouveau accrochée à mon bras, et de l’autre mouline le vent en énumérant les mille et une qualités de Napoléon. Enfin de mon Napoléon.
« Vous allez la lâcher, nom d’un chien ! » La voix rauque s’élève de derrière nous, et sonne comme la fin de mon calvaire. Les doigts de Franca relâchent immédiatement mon bras, et je tourne un sourire sincère vers la petite forme fragile recroquevillée dans un fauteuil à l’ornement compliqué, positionné juste à côté d’une fenêtre ouverte. « Viens me voir, Thalie. » Sa main rendue crochue par l’arthrose me fait signe d’approcher, et je m’exécute immédiatement. Ce n’est pas l’opportunité de fuir le one woman show de Franca qui me fait courir dans sa direction, ni le fait qu’elle soit une des rares à m’appeler comme je le souhaite, Thalie, et non de ce pompeux prénom qu’on m’a attribué, pas plus que chaque souffle, chaque parole, chaque geste lui semble douloureux du haut de ses 102 ans, non. Simplement j’aime cette femme, je la respecte, et son visage parcheminé de rides est comme une terre d’asile, un îlot de paix, un rempart entre moi et ce monde que je ne comprends pas.

« Bon anniversaire. » Je murmure en récupérant une de ses mains si fragile. « Et merci... » Elle balaye mes remerciements d’un mouvement de main, comme on chasse une mouche, puis reporte un regard pétillant de vie sur moi.
« Tu as lu La Ferme des Animaux, de George Orwell ? » je confirme d’un mouvement de tête. « Parfois, je me demande si la révolte n’a pas déjà eue lieu, et si les animaux ne sont pas déjà au pouvoir. » Je jette un regard en direction du groupe où Franca gesticule toujours autant, et je lui trouve l’air d’une poule, une poule vieillissante, mais une poule de luxe quand même. Je laisse échapper un rire. Maintenant que je les vois tous dans leur version animale, ils en deviennent presque distrayants. « Tu voudrais me rendre un service, ma jolie ? » Sa main glisse sur ma joue pour attirer mon attention. Son regard attrape le mien, et ne le lâche plus. « Pourrais-tu aller porter un petit quelque chose au musicien qui m’enchante de son talent depuis tout à l’heure ? » Son attention se reporte sur la fenêtre, et je comprends qu’elle parle du mendiant qui se trouve à l’extérieur, je comprends aussi qu’elle a fait installer son fauteuil ici afin de pouvoir profiter de sa musique, bien meilleure que celle de soit-disant nouveaux talents du récital. Elle glisse quelque chose dans ma main, et quand je l’ouvre la couleur mauve du billet me surprends.
« Mais, Rita... » D’un doigt crochu contre ses lèvres, elle m’intime le silence.
« Passé un certain âge, les bonnes choses n’ont plus de prix. » Elle repose sa joue contre sa main, et s’avance légèrement en direction de la fenêtre, les yeux mi-clos. « J’y serais bien allée moi-même, mais mon corps ne suit plus. Qu’importe. »
« Que le corps fasse ce qu’il veut. Je ne suis pas mon corps. Je suis mon esprit. » Je lui murmure. Un nouveau sourire se forme sur son visage sans âge.
« Tu me cites ? » Cela semble l’amuser plus que la flatter. « Ne me cites pas, ma jolie. Cite-toi toi-même. » J’aimerai lui répondre que je ne suis pas lauréate d’un prix Nobel, moi, et que je doute d’avoir quelque chose d’assez intéressant à dire qui mériterait d’être cité un jour, mais je m’abstiens. A quoi bon contredire une vieille dame ? Et qui plus est la seule à croire en moi ? Je presse sa main dans la mienne en me levant, m’apprêtant à rejoindre le musicien pour lui délivrer le précieux billet de la dernière femme respectable de Rome, mais elle me retient. « Demande-lui de jouer du Vivaldi. » Chuchote-t-elle d’un air canaille qui la fait rajeunir d’un bon quart de siècle. « Qu’au moins quelqu’un lui rende hommage ce soir. » Je ris à nouveau. Elle a peut être traversé deux guerres et plus d’un siècle d’Histoire, mais elle a l’oreille plus affutée que le reste de la basse cour qui caquète son admiration envers des solistes au talent incontestable.


« Hey ! » Visage familier m’interpelle. Je viens de traverser la moitié de la salle sans regarder personne de peur qu’on me réquisitionne pour une énième imitation de Napoléon, mais j’ai commis une erreur. Je me suis arrêtée. Pas longtemps, juste une petite seconde, et seulement parce que ce visage m’était inconnu sans l’être, comme hors contexte, déplacé dans ce décor. Une seconde, c’est rien, et pourtant c’est déjà trop puisqu’il a saisi cette seconde-là, cette maudite seconde, pour justifier le fait de m’aborder.
« Hey ! » je réponds comme s’il s’agissait d’une coutume locale ou une façon de se saluer totalement orthodoxe, et un peu aussi par agacement tendant à mettre en lumière sa manière cavalière de m’interpeller. Pourtant j’ai fait volteface, et le billet de 500 toujours en main, je l’observe avec l’impatience de quelqu’un qui a quelque chose sur le feu.
« Tu étais à Paris un temps, je me trompe ? » J’ouvre la bouche prête à répliquer que j’ai pas le temps, mais je bloque. Quelque chose m’intrigue, et je ne sais toujours pas quoi. « Je crois me rappeler t’avoir croisé au conservatoire ou dans un théâtre... Quelconque. » Oui, c’est ça, Paris ! Autour de lui le décor s’efface et se trouve remplacé par Paris, à la luminosité moins forte, au gris omniprésent... Je dois avoir l’air conne à beuguer comme ça, mais pour ce que j’en ai à faire. Mon cerveau fait le point. Et il ne fait pas les choses à moitié. Je revois le conservatoire, je revois Julian au piano me dresser un portrait au vitriol de ce nouvel arrivant avec son violon et ses grands airs. Moi je le trouve plutôt timide et réservé, tout seul dans son coin, mais mon cousin est formel et le classe dans la catégorie «infréquentable». Je ne cherche pas à en savoir plus, Julian doit avoir raison, Julian a toujours raison.
« Napoléon ! » je souffle en guise de réponse alors que mon cerveau est parvenu à faire le tri dans toutes les informations dont je dispose. « C’est donc toi le fameux Yulienne di Rouchéchouarté, dont tout le monde parle ? » Je suis passée naturellement au français, sans m’en rendre compte, mais je singe tout de même l’accent italien pour massacrer son nom comme l’ont sûrement fait mes compatriotes durant toute la soirée. « Désolée pour eux. » J’envoie mon pouce par-dessus mon épaule pour désigner la faune locale. « Athalia. » A quoi bon donner son nom lorsqu’il est plus un handicap qu’autre chose ? « Et toi tu es Julien de Rochechouart, et maintenant je comprends pourquoi mon cousin ne pouvait pas te souffrir. » Je percute dans un sourire. Jusqu’à présent je n’avais qu’un prénom, mais maintenant que j’ai le nom et le titre qui va avec, l’animosité d’un républicain envers un héritier du trône me semble assez évidente. Moi, personnellement, j’en ai rien à foutre. Je suis peut être le pur produit d’une famille républicaine de père en fils, mais je ne suis justement ni le père, ni le fils, et la liberté qu’on m’a octroyé à la naissance fait de moi quelqu’un de profondément différent du reste de la meute. « J’aimerais bien rester à converser et se remémorer les bons, et moins bons souvenirs parisiens, mais...» Coup d’oeil derrière moi. « mais chaque seconde d’immobilisme est un risque potentiel de se faire repérer par la basse-cour. D’ailleurs, je serais toi, je ne resterais pas dans le coin. Désolée de te l’apprendre, mais tu es l’attraction du moment. Et il ne fait jamais bon d’être dans l’oeil du cyclone. » Et j’ai toujours le billet dans la main.


« Vivaldi, s’il vous plait. » Je me baisse pour glisser le billet dans l’étui de son violon, mais mes yeux ne quittent pas cette fenêtre par laquelle j’aperçois Rita, sa main virevoltant pour marquer le tempo, les yeux clos, l’air ravi. Il n’en faut pas plus pour que ma soirée connaisse une nette embellie. Cigarette au bord des lèvres, je recule légèrement. Je m’en fous d’être en robe du soir en pleine rue, je m’en fous qu’on parle de moi, demain, comme la fille Spinelli en Hervé Leger, donnant un billet de 500 à un mendiant pour épater la galerie. Je m’en fous de la galerie. D’ailleurs il n’y a personne pour me voir. Je recule encore, jusqu’à rencontrer le muret encerclant les palmiers qu’on a jugé bon d’installer devant cette façade à l’architecture fasciste. J’aimerais dire quelque chose, mais le silence est d’or. Alors je me contente de m’installer sur le muret, et de tendre mon briquet à l’homme sur ma droite. Finalement, les choses ont le sens qu’on veut bien leur donner.
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